dimanche, février 22, 2026

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Le Terminal Libanais

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Dans le film Le Terminal, Tom Hanks incarne Viktor Navorski, un homme pris au piège d’un aéroport international, incapable de rentrer chez lui ou de passer la frontière pour entrer aux États-Unis. La guerre dans son pays natal, la Krakozhia, transforme cet espace de transit en un lieu de vie permanent, symbolisant l’absurdité bureaucratique et l’isolement forcé. Ce scénario tragico-comique, qui paraissait si éloigné de la réalité quotidienne, trouve aujourd’hui une résonance inattendue chez les Libanais.

Depuis le déclenchement du conflit au sud du Liban et l’intensification des tensions régionales, une autre forme de « terminal » semble s’imposer dans le quotidien des Libanais, notamment ceux qui tentent de quitter le pays ou simplement de communiquer efficacement avec le monde extérieur. Ce terminal invisible s’incarne dans les difficultés croissantes liées à la navigation, à la localisation et à la communication, exacerbées par le brouillage des réseaux GPS orchestré par Israël.

À Amman, en Jordanie, l’aéroport Queen Alia semble s’être transformé en un carrefour virtuel pour de nombreux Libanais, bloqués dans leur quête d’un ailleurs plus stable. Loin de chez eux, ces passagers sont en transit existentiel, suspendus entre un passé douloureux et un avenir incertain. Mais ce phénomène dépasse les murs de cet aéroport. Au Liban, le brouillage GPS mis en place par Israël a créé une sensation similaire de stagnation.

Imaginez une scène : vous décidez d’aller rendre visite à un ami. Pour cela, vous lui demandez de partager sa localisation, comme il est courant de le faire dans cette ère hyper-connectée. Mais au moment de suivre les indications, votre téléphone vous mène en pleine confusion : les coordonnées sont fausses, les itinéraires s’effacent, et votre déplacement devient un exercice d’improvisation. Cet exemple, trivial en apparence, illustre une réalité bien plus large : au Liban, on est tous « coincés » dans un terminal d’aéroport, celui d’Amman, chose surprenante quand on sait que l’aéroport de Beyrouth, lui est sous menace constante des bombardements israéliens.

Les actions militaires israéliennes au Liban ont amplifié l’usage du brouillage des réseaux GPS, rendant toute navigation électronique chaotique, voire impossible. Ce brouillage, initialement justifié par des objectifs militaires, a des répercussions directes sur la vie quotidienne. Les services de livraison, la logistique des entreprises, ou même la simple capacité à retrouver des amis se heurtent à des obstacles technologiques inédits. On revient aux bonnes vielles méthodes, la maison se trouve à côté de tel magasin, à tel endroit, après le carrefour nommé un tel, faute de noms de rues, de numéros d’immeubles.

En temps de guerre, ces perturbations technologiques deviennent des armes silencieuses, isolant encore davantage une population déjà fragilisée par des années de crise économique, politique et sociale. Privés de repères numériques, les Libanais ressentent une perte de contrôle sur leur environnement immédiat, ajoutant une couche supplémentaire à leur sentiment d’emprisonnement.

Tout comme Viktor Navorski dans Le Terminal, les Libanais se retrouvent dans un espace intermédiaire, un « entre-deux » où les repères classiques — géographiques, sociaux, économiques — ont perdu leur sens, avec un problème plus profond : l’impression d’être figés dans un temps qui ne progresse pas. Le quotidien est une répétition interminable de frustrations, d’incertitudes et de restrictions, qu’il s’agisse de la difficulté à organiser un déplacement, de l’absence d’un État fonctionnel ou de la menace constante d’un conflit armé.

L’histoire de Viktor Navorski trouve son issue lorsqu’il parvient, après des années de lutte, à quitter son terminal. Mais pour les Libanais, l’horizon reste encore obstrué. Le brouillage des GPS symbolise une réalité où la liberté de mouvement — physique, mentale, technologique — est constamment remise en question.

Pourtant, comme dans le film, l’espoir demeure. Navorski a su transformer son espace de confinement en une opportunité de créer des liens, de se réinventer, de survivre avec dignité. Les Libanais, malgré les obstacles, continuent de faire preuve d’ingéniosité et de résilience.

Le « terminal » libanais n’est pas un lieu physique, mais une réalité collective. C’est un état d’esprit où chaque individu lutte contre les limitations imposées par des forces extérieures et des circonstances historiques. Mais comme l’a montré Viktor Navorski, l’immobilité n’est pas une fatalité. Encore faut-il en avoir la volonté

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François El Bacha
François El Bachahttp://el-bacha.com
Expert économique, François el Bacha est l'un des membres fondateurs de Libnanews.com. Il a notamment travaillé pour des projets multiples, allant du secteur bancaire aux problèmes socio-économiques et plus spécifiquement en terme de diversité au sein des entreprises.

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