Le Liban traverse une crise économique et financière sans précédent depuis 2019. Les faillites bancaires, la chute drastique de la livre libanaise, et la perte de confiance des épargnants sont autant de symptômes d’un système en déclin. Récemment, lors du Forum annuel sur la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme, Wassim Mansouri, gouverneur par intérim de la Banque du Liban, a souligné qu’aucune reprise économique ne pourrait se faire sans réformes profondes.
Les crises et la perte de confiance
Le gouverneur Mansouri a rappelé que les crises successives ont engendré une situation de méfiance généralisée parmi les déposants. Le gel des comptes bancaires et la fuite des capitaux ont laissé des millions de citoyens dans une situation de désarroi financier. Ce manque de confiance est aujourd’hui l’un des principaux freins à toute relance économique.
Il a également mis en lumière que le Liban est désormais sous un contrôle accru du système financier international, notamment en matière de blanchiment d’argent et de financement du terrorisme. Cela s’explique par la montée des inquiétudes concernant la transparence des institutions libanaises. Le pays doit ajuster ses législations afin de se conformer aux exigences internationales. Dans ce cadre, la décision du Groupe d’action financière (GAFI), attendue prochainement, pourrait avoir un impact déterminant sur l’avenir économique du Liban.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
La nécessité d’un plan d’action collectif
Pour Mansouri, une reprise durable ne pourra être atteinte que grâce à une planification collective impliquant tous les acteurs : gouvernement, secteur privé, et partenaires internationaux. Il propose de combler les lacunes actuelles dans la réglementation et de renforcer le système de lutte contre le financement du terrorisme. Il est primordial d’adopter des réformes structurelles profondes pour ramener la confiance et stabiliser l’économie.
Un modèle économique à repenser
Depuis 2019, le système financier libanais a révélé ses failles : les banques, au lieu de protéger les avoirs des citoyens, ont joué un rôle central dans l’effondrement. Les pratiques douteuses, l’endettement excessif de l’État, et la mauvaise gestion des fonds publics ont mené à une situation où les épargnants ont perdu une grande partie de leurs dépôts. Le gouverneur Mansouri a souligné quatre axes pour une relance :
- Rétablir la confiance via la justice : Il appelle à une responsabilité judiciaire pour les fautes commises, afin de restaurer la confiance dans le système.
- Rendre les fonds aux déposants : La priorité doit être la restitution des économies volées ou bloquées dans le système bancaire.
- Redémarrer l’économie : Un programme de relance économique est nécessaire pour remettre le pays sur pied.
- Lancer une série de réformes structurelles : Ces réformes toucheraient l’ensemble des institutions publiques, dont la modernisation est cruciale.
Depuis des décennies, le système bancaire libanais était vanté pour sa stabilité et sa capacité à attirer les capitaux étrangers. Cependant, les événements depuis 2019 ont révélé un autre visage de ce secteur : un réseau bancaire complice des dérives financières de l’État, profitant de taux d’intérêt élevés et de politiques défaillantes.
Les banques libanaises, sous couvert de stabilité, ont accumulé des actifs risqués et n’ont pas su anticiper les conséquences de l’endettement public croissant. Leur connivence avec les autorités politiques a abouti à un système opaque où les petits épargnants se sont retrouvés pris au piège. Plutôt que de servir d’intermédiaire sain entre les citoyens et l’économie, elles ont favorisé la spéculation au détriment du développement à long terme.
Les critiques vis-à-vis du secteur bancaire se sont multipliées, notamment quant à leur manque de transparence et leur rôle dans la fuite massive de capitaux, tandis que les citoyens ordinaires étaient piégés par des restrictions drastiques sur leurs propres comptes. Les banques doivent aujourd’hui rendre des comptes et adopter des pratiques plus éthiques et transparentes pour regagner la confiance de la population.
La reprise économique du Liban est possible, mais elle nécessite des réformes radicales, tant au niveau des institutions publiques que du secteur financier. Wassim Mansouri a raison de souligner que le pays ne pourra se redresser sans une restructuration complète du système bancaire et une reddition de comptes des responsables. À moins de surmonter ces défis, le Liban continuera de sombrer dans une crise sans issue.



