Le parti des Kataeb libanaises, réuni sous la présidence du député Sami Gemayel, a tenu son bureau politique périodique et publié un communiqué qui met en lumière les tensions actuelles autour de la loi électorale. Ce document, issu des délibérations sur les développements récents, exprime un rejet ferme de la position du président du Parlement, Nabih Berri, qui refuse d’ouvrir la porte à une modification de la législation électorale. Selon les Kataeb, cette attitude ignore le fait que certaines dispositions de la loi actuelle sont difficilement applicables, comme l’a confirmé le gouvernement en place. Le parti réitère son attachement à un amendement qui autoriserait les expatriés à voter pour l’ensemble des 128 députés depuis leurs lieux de résidence. Cette prise de position intervient alors que les élections législatives sont fixées au 10 mai 2026 pour les résidents au Liban, et aux 1er et 3 mai pour les expatriés, dans un contexte où le débat sur le vote de la diaspora fait rage. Le communiqué souligne que les élections resteraient incomplètes si les expatriés ne disposaient pas d’une opportunité pleine de participer et d’influencer la vie politique libanaise, et si les habitants du Sud, dans les zones sous influence du Hezbollah, n’avaient pas la liberté d’exprimer leur choix sans la pression des armes et de l’intimidation.
Le refus catégorique du président Berri
La position du président du Parlement, Nabih Berri, est au cœur des critiques formulées par les Kataeb. Ce dernier a bloqué toute discussion sur un amendement à la loi électorale de 2017, qui prévoit initialement que les expatriés ne votent que pour six sièges réservés à la diaspora, répartis par continents. Dans les élections de 2018 et 2022, cette clause – l’article 112 – avait été suspendue par amendement, permettant aux Libanais de l’étranger de voter pour les candidats de leurs districts d’origine au Liban. Pour 2026, Berri s’oppose à une nouvelle suspension, arguant que cela respecterait la loi en vigueur. Les Kataeb estiment que cette rigidité rend certaines parties de la loi impraticables, notamment en ce qui concerne l’organisation du scrutin pour la diaspora. Le gouvernement actuel, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam, a reconnu ces difficultés techniques, et des consultations ont été engagées avec le département de la législation et des consultations au ministère de la Justice pour évaluer la faisabilité d’un vote élargi. Plus de 68 députés, soit une majorité parlementaire, ont signé une proposition urgente pour abolir l’article 112 et permettre aux expatriés de voter soit dans leurs districts d’origine, soit sous les mêmes conditions que les électeurs au Liban. Pourtant, Berri n’a pas inscrit cette proposition à l’ordre du jour des sessions législatives, entraînant une suspension des travaux parlementaires et des craintes de report des élections. Cette impasse révèle les fractures profondes au sein du système politique libanais, où les équilibres confessionnels et les alliances influencent les décisions. Les Kataeb, traditionnellement ancrés dans la communauté maronite, voient dans cette obstruction une tentative de limiter l’influence de la diaspora, souvent perçue comme plus critique envers les forces établies, y compris le duo chiite Amal-Hezbollah. Le débat s’intensifie à mesure que la date limite pour l’enregistrement des expatriés, fixée au 20 novembre 2025, est passée sans extension, laissant des centaines de milliers de Libanais à l’étranger dans l’incertitude. Des initiatives internationales, comme un projet de loi au Congrès américain introduit par les représentants Darin LaHood et Darrell Issa en février 2026, prévoient des sanctions contre quiconque entrave le processus électoral, y compris les restrictions au vote des expatriés. Ce texte vise à protéger l’intégrité des élections, soulignant les préoccupations étrangères sur la stabilité libanaise.
L’enjeu crucial du vote des expatriés
Les Kataeb insistent sur le fait que priver les expatriés d’un vote complet rendrait les élections législatives de 2026 incomplètes. La diaspora libanaise, estimée à plus de 14 millions de personnes contre 4 millions de résidents au Liban, représente une force économique et politique significative. En 2022, environ 225 000 expatriés s’étaient inscrits pour voter, influençant les résultats dans plusieurs districts. Permettre un vote pour les 128 sièges signifierait intégrer pleinement cette communauté dans le processus démocratique, renforçant la légitimité du Parlement. Le communiqué des Kataeb met en parallèle cette question avec la situation au Sud, où les habitants, majoritairement chiites mais incluant d’autres communautés, font face à des pressions du Hezbollah. Selon le parti, la liberté de choix électoral dans ces régions est entravée par l’omniprésence des armes non étatiques, ce qui mine la souveraineté de l’État. Cette analyse s’inscrit dans un contexte plus large de tensions régionales, où la résolution 1701 de l’ONU, adoptée en 2006, appelle à un désarmement des milices au sud du Litani et à un renforcement de la présence de l’armée libanaise et de la FINUL. Les Kataeb appellent à une application stricte de cette résolution avant les élections, pour garantir un scrutin équitable. Le gouvernement Salam, formé en février 2025 après plus de deux ans de cabinet intérimaire, a engagé des réformes pour faciliter le vote des expatriés, mais les blocages parlementaires persistent. Des propositions alternatives, comme celle de Berri pour un district électoral unique, ou des appels à reporter les élections à juillet 2026 pour permettre aux expatriés de voter au Liban, compliquent le paysage. Les Kataeb rejettent ces idées, les voyant comme des manœuvres pour diluer l’impact de la diaspora, souvent favorable à des changements structurels face à la corruption et à l’effondrement économique.
Le soutien indéfectible à l’armée libanaise
Dans leur communiqué, les Kataeb expriment un soutien ferme à l’armée libanaise dans sa mission de monopole sur les armes. Le parti salue les efforts de la commandement pour obtenir un appui international, soulignant l’importance du succès de la conférence de soutien à l’armée prévue le 5 mars 2026 à Paris, sous l’égide du président français Emmanuel Macron. Cette réunion, préparée par le “Quintette” (Arabie saoudite, États-Unis, France, Égypte, Qatar), vise à fournir des ressources pour renforcer les forces armées et les forces de sécurité intérieure. Le 5 août 2025, le gouvernement avait approuvé une décision limitant la possession d’armes aux institutions étatiques, incluant celles du Hezbollah, et confié à l’armée un plan en cinq phases pour son implémentation. La première phase, au sud du Litani, est presque achevée, malgré les attaques israéliennes qui ont perturbé les opérations. Le commandant de l’armée, le général Joseph Haykal, a discuté de ces préparatifs lors de visites à Washington, Riyad, Berlin et Doha, réclamant un soutien militaire accru. Les Kataeb appellent les amis du Liban à contribuer activement aux besoins de l’institution militaire, pour qu’elle accomplisse sa tâche. Ils exhortent le cabinet à accélérer le monopole sur les armes, à étendre l’autorité de l’État au nord du Litani, et à démanteler l’appareil militaire et sécuritaire du Hezbollah sur l’ensemble du territoire, particulièrement avant les élections. Cette position reflète les dynamiques géopolitiques, où l’Iran-backed Hezbollah reste une force dominante, mais affaiblie par les récents conflits avec Israël. La résolution 1701 demeure centrale, avec la FINUL prolongée jusqu’à fin 2026, bien que des incidents récents, comme des attaques contre des patrouilles onusiennes, soulignent les défis persistants.
La visite emblématique du Premier ministre au Sud
Les Kataeb saluent la visite du Premier ministre Nawaf Salam au Sud, qui a été accueillie avec une chaleur populaire remarquable, confirmant l’attachement des habitants à la souveraineté de l’État et à son devoir de protéger tous ses citoyens. Effectuée les 7 et 8 février 2026, cette tournée – la première depuis la fin du désarmement du Hezbollah dans la région – a conduit Salam à des villages dévastés comme Tayr Harfa, Yarine, Bint Jbeil, Aitaroun, Kfar Shouba, Hasbaya, Marjayoun et Nabatieh. À Tayr Harfa, à trois kilomètres de la frontière israélienne, le Premier ministre a décrit la zone comme frappée par une “vraie catastrophe”, promettant de lancer des projets de reconstruction pour restaurer les infrastructures, les services de base et les moyens de subsistance. À Dhayra, il a été reçu avec des confettis et des drapeaux libanais, symbolisant un retour à l’autorité étatique. Salam a déclaré : “Nous voulons que la région revienne sous l’autorité de l’État.” Cette visite intervient après des mois de violence transfrontalière avec Israël, qui ont détruit des milliers de bâtiments et déplacé des populations. Le gouvernement a alloué des fonds initiaux pour la reconstruction, en coordination avec des partenaires internationaux, mais les défis logistiques persistent, notamment en raison des mines et des munitions non explosées. Les Kataeb voient dans cette réception populaire une preuve que les habitants du Sud, malgré les influences confessionnelles et régionales, aspirent à une présence étatique forte, contrastant avec des années de domination non étatique.
La crise des bâtiments fissurés à Tripoli
Les Kataeb louent les efforts du Premier ministre pour résoudre la crise des bâtiments fissurés à Tripoli, considérant que ce problème est lié à de multiples facteurs, dont le principal est la construction anarchique sans respect des normes de sécurité publique, dans un contexte d’absence prolongée de l’État sur des décennies. Ce dossier ne se limite pas à une seule région mais constitue un fichier explosif nécessitant une traitement radical et une approche nationale globale pour activer la présence de l’État et ses services dans toutes les zones. Le parti demande l’ouverture du dossier pour identifier les responsabilités et sanctionner tous les négligents au fil des ans. Cette prise de position fait écho à des événements récents tragiques : le 8 février 2026, deux bâtiments adjacents dans le quartier pauvre de Bab al-Tabbaneh se sont effondrés, tuant 15 personnes et blessant huit autres. Huit survivants ont été extraits des décombres par la Défense civile, dirigée par le général Imad Khreiss, qui a indiqué que les immeubles abritaient 22 résidents, mais que d’autres pourraient manquer. C’est le cinquième effondrement à Tripoli cet hiver, soulignant les négligences structurelles dans la ville la plus pauvre du Liban. Les autorités ont évacué 114 bâtiments à risque et promis un an d’allocations logement pour les familles affectées. Amnesty International a qualifié l’incident d’évitable, résultant de la mauvaise gestion étatique, de la corruption et de la crise économique qui a plongé les gens dans la pauvreté. Des résidents comme Ibrahim Sidawi, qui a perdu son fils de 16 ans, Abdel Hamid, ont exprimé leur colère, refusant la présence d’officiels aux funérailles. Des estimations indiquent plus de 800 bâtiments à risque à Tripoli, majoritairement dans les quartiers déshérités, marqués par des dommages de guerre et un manque d’entretien. Le gouvernement Salam a engagé des inspections et des aides, mais les défis économiques persistent, avec une dette publique élevée et une inflation galopante, selon les rapports récents du ministère des Finances et du FMI.
La réforme de la responsabilité pénale des mineurs
Enfin, les Kataeb saluent le projet de loi présenté par le ministre de la Justice, Adel Nassar, visant à élever l’âge de la responsabilité pénale de 7 à 14 ans, en conformité avec les normes internationales. Ce texte s’appuie sur les conclusions des neurosciences, indiquant que les enfants en dessous de cet âge n’ont pas la maturité psychologique et intellectuelle suffisante pour comprendre les conséquences de leurs actes ou assimiler les procédures pénales. Il impose une approche réformative et protectrice plutôt que punitive. Le cabinet a approuvé à l’unanimité ce projet de loi en février 2026, marquant un pas vers la modernisation de la législation pénale et le renforcement de la protection des enfants, aligné sur les standards des droits humains. Cette mesure répond à des critiques internationales, comme celles du Comité des droits de l’enfant de l’ONU, qui recommande un âge minimal de 14 ans. Au Liban, où l’âge actuel de 7 ans est l’un des plus bas au monde, des enfants sont souvent détenus avec des adultes, exposés à des risques. Le projet prévoit des alternatives comme des programmes de réinsertion et des centres spécialisés, pour prévenir la récidive et promouvoir le développement. Le ministre Nassar a déclaré que cette réforme vise à équilibrer justice et protection, en tenant compte des réalités sociales comme la pauvreté et les conflits qui poussent les mineurs vers la délinquance. Des consultations avec des ONG et des experts ont enrichi le texte, qui attend maintenant l’approbation parlementaire. Cette initiative s’inscrit dans un effort plus large de réforme judiciaire sous le gouvernement Salam, incluant la lutte contre la corruption et l’indépendance des juges, pour restaurer la confiance dans les institutions. Les implications immédiates incluent une réduction des détentions juvéniles et un focus sur l’éducation et la réhabilitation, particulièrement dans des régions vulnérables comme le Sud et Tripoli, où les mineurs sont exposés à des environnements instables.

