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Les transferts de fonds vers le Liban atteignent 6,9 milliards USD en 2024, en hausse de 6 %

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En 2024, les Libanais de la diaspora ont envoyé 6,9 milliards de dollars vers leur pays d’origine, selon les dernières données consolidées par la Banque du Liban et le ministère des Finances. Ce montant représente une hausse de 6 % par rapport à l’année précédente, où les transferts avaient atteint 6,5 milliards USD. Dans un pays dont l’économie est largement fragilisée par une crise multiforme depuis 2019, ces envois constituent un pilier de résilience économique et sociale.

Les transferts de fonds sont la première source de liquidité en devises du Liban. Ils représentent l’équivalent de près de 30 % du PIB nominal projeté pour 2024, une proportion exceptionnelle à l’échelle mondiale. Ce flux constant permet à des centaines de milliers de familles libanaises de subvenir à leurs besoins de base, dans un contexte d’effondrement du pouvoir d’achat et d’absence de filet de sécurité national. Le système de santé, l’éducation privée, les dépenses alimentaires et même le paieme…

Répartition géographique : un flux très concentré

Les transferts sont largement concentrés dans certaines régions où la diaspora libanaise est fortement implantée. Le tableau suivant présente les estimations pour l’année 2024 :

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Région d’originePart estimée (%)Montants (en M USD)
Pays du Golfe38 %2 622 M USD
Amérique du Nord27 %1 863 M USD
Europe13 %897 M USD
Afrique9 %621 M USD
Amérique latine7 %483 M USD
Asie6 %414 M USD

Les envois les plus importants proviennent des pays du Golfe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Koweït, Qatar), où résident une grande partie des expatriés libanais depuis les années 1970. L’Amérique du Nord arrive en seconde position, notamment les États-Unis et le Canada, suivie par l’Europe (France, Allemagne, Royaume-Uni), où la migration libanaise remonte souvent aux périodes de guerre civile ou post-crise bancaire.

Une dynamique historique… mais sous pression

Si le volume des transferts reste stable voire légèrement croissant, leur composition et leur mode de réception ont évolué. Avant 2019, la majorité des envois transitaient par les banques. Depuis, la méfiance envers le système bancaire libanais, combinée aux restrictions sur les retraits et transferts internationaux, a conduit à un basculement vers les circuits parallèles ou les sociétés de transfert d’argent. En 2024, on estime que près de 70 % des flux passent par des canaux non bancaires : Western…

Cette fragmentation a des effets pervers. Si elle permet de contourner les restrictions, elle empêche la bancarisation des montants transférés, réduit leur traçabilité, et prive le système bancaire libanais de dépôts stables en devises. De plus, elle augmente les coûts de transaction pour les expatriés, qui paient en moyenne entre 5 % et 10 % de frais selon les corridors.

Utilisation des fonds : survie, loyers et scolarité

Selon les enquêtes menées par les organisations internationales opérant au Liban, les transferts sont utilisés à plus de 65 % pour les besoins essentiels : alimentation, santé, éducation, logement. Une autre partie alimente des micro-investissements dans les régions rurales ou dans la rénovation d’habitations. Le flux est particulièrement concentré à certaines périodes : rentrée scolaire, fêtes religieuses, ou en amont de l’hiver. En 2024, une forte hausse a été enregistrée en mars (+12 % sur un an),…

Ce phénomène a également un effet sur les prix. Dans certaines régions du Liban, les loyers sont devenus indexés sur les transferts, avec des propriétaires exigeant des paiements en dollars frais uniquement. Cela aggrave la pression sur les ménages ne recevant pas d’aide externe, accentuant les inégalités et les tensions sociales.

Effets macroéconomiques : stabilisation sans développement

D’un point de vue macroéconomique, les transferts jouent un rôle de stabilisateur conjoncturel. Ils permettent d’alimenter en dollars une économie en manque de devises, et offrent un substitut aux exportations structurellement faibles. Toutefois, ils n’ont pas d’effet multiplicateur significatif, car une large partie est consommée, peu investie, et encore moins bancarisée. Leur impact est donc limité à la sphère domestique immédiate.

En 2024, les transferts ont couvert près de 85 % du déficit commercial du Liban (estimé à 8,1 milliards USD), ce qui souligne leur poids dans la balance des paiements. Sans eux, la livre libanaise aurait probablement subi des pressions de change bien plus importantes, malgré l’adoption d’un taux de change officiel unifié. Toutefois, cette stabilité apparente est fragile, dépendante de facteurs extérieurs.

Vulnérabilités : dépendance et effet diaspora

La dépendance aux transferts comporte plusieurs risques. Le premier est conjoncturel : un ralentissement économique dans les pays hôtes peut entraîner une baisse immédiate des flux. En 2023, un recul temporaire avait été enregistré suite à des licenciements massifs dans le secteur de la construction au Golfe. Le second est structurel : une part croissante de la diaspora récente coupe progressivement ses liens économiques avec le Liban, notamment chez les jeunes.

Cette situation place l’État dans une position de rentier diaspora, sans réelle capacité à mobiliser ces flux pour la reconstruction économique. En l’absence d’une réforme bancaire crédible et d’un climat d’investissement stable, rien ne permet de canaliser ces montants vers des investissements productifs. La fuite des capitaux, notamment via les circuits informels, empêche toute stratégie d’ancrage.

Recommandations institutionnelles

La Banque mondiale et le FMI recommandent depuis plusieurs années la création de mécanismes transparents et sécurisés pour intégrer les transferts dans le circuit économique : microbanques spécialisées, garanties sur les comptes en dollar frais, plateformes digitales certifiées. En 2024, aucune de ces recommandations n’a été mise en œuvre. Le pays reste dans une logique de captation immédiate, sans vision stratégique.

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Newsdesk Libnanews
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