La publication soudaine d’une circulaire par la Banque centrale au début du mois de juillet 2025 a provoqué une onde de choc au sein de la classe politique libanaise. La mesure interdit désormais aux banques commerciales d’autoriser les retraits en devises étrangères pour les dépôts effectués avant le 17 novembre 2019, sauf autorisation expresse du gouverneur. Cette décision a surpris autant le gouvernement que les institutions parlementaires et a déclenché une série de réactions immédiates de la part des principaux responsables politiques.
Le Premier ministre Nawaf Salam a exprimé sa surprise devant ce qu’il considère comme une prise de décision unilatérale. Selon ses proches collaborateurs, le chef du gouvernement n’avait pas été informé à l’avance de l’intention du gouverneur de la Banque centrale de publier une telle circulaire. À l’intérieur du Sérail, plusieurs réunions d’urgence ont été convoquées dès la diffusion de la mesure. Les ministres des Finances et de la Justice ont été sollicités afin d’évaluer les bases légales de cette décision et d’envisager les recours possibles.
La réaction rapide du Premier ministre s’inscrit dans un contexte politique déjà tendu. Depuis son entrée en fonction, Nawaf Salam a réaffirmé à plusieurs reprises la nécessité de renforcer la coordination entre les institutions de l’État, notamment dans le domaine économique et monétaire. L’absence de concertation préalable avec le gouvernement sur un sujet aussi sensible constitue, selon lui, un précédent dangereux. Lors d’un échange avec ses conseillers, il a souligné que toute décision affectant directement les droits économiques des citoyens doit faire l’objet d’une concertation au plus haut niveau de l’État.
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Face à l’agitation provoquée par la circulaire, le président de la Chambre des députés Nabih Berri a lui aussi réagi sans attendre. Dès le lendemain de la publication de la décision, il a convoqué les commissions parlementaires des finances et de la justice à une réunion d’urgence. L’objectif de cette convocation était d’étudier les moyens légaux permettant de contester ou d’encadrer la décision de la Banque centrale. Nabih Berri a rappelé devant les membres des commissions que toute décision ayant un impact direct sur les droits fondamentaux des citoyens doit obligatoirement être soumise à un débat parlementaire préalable.
La réunion parlementaire s’est tenue dans un climat particulièrement tendu. Les débats ont rapidement mis en lumière les profondes divergences entre les blocs politiques représentés au Parlement. Certains députés ont défendu l’indépendance de la Banque centrale, arguant que le contexte financier du pays justifiait des décisions rapides et sans préavis pour préserver les réserves monétaires restantes. D’autres élus, principalement issus des blocs d’opposition, ont vivement critiqué ce qu’ils considèrent comme une atteinte aux droits des déposants et une violation de la séparation des pouvoirs.
Le Hezbollah, par la voix de son député Hassan Fadlallah, a adopté une position particulièrement critique. Le parlementaire a accusé le gouverneur de la Banque centrale d’agir en dehors de tout cadre légal. Il a souligné que de telles décisions, aux conséquences aussi importantes pour les citoyens, nécessitent au minimum une validation parlementaire. Le député a également rappelé les précédentes prises de position du Hezbollah concernant la gouvernance monétaire du pays. Le parti dénonce depuis plusieurs années ce qu’il qualifie de gestion opaque et unilatérale de la politique monétaire nationale.
Dans les cercles politiques proches du Hezbollah, plusieurs responsables ont appelé à l’annulation immédiate de la circulaire. Ils ont averti que son application risquait d’aggraver encore la colère populaire, déjà alimentée par la crise bancaire et la détérioration continue du pouvoir d’achat.
Parallèlement aux réactions politiques, les associations de défense des droits des déposants ont elles aussi exprimé leur mécontentement. Dès l’annonce de la décision, plusieurs de ces associations ont organisé des rassemblements spontanés devant les sièges de grandes banques commerciales à Beyrouth et dans d’autres villes du pays. Des slogans dénonçant l’arbitraire des décisions de la Banque centrale et la passivité des autorités politiques ont été largement repris par les manifestants.
Les avocats représentant les déposants ont entamé des démarches judiciaires pour contester la validité de la circulaire. Plusieurs recours ont été déposés devant le Conseil d’État. Les requérants demandent la suspension immédiate de la mesure et son annulation pour excès de pouvoir. La date de la première audience préliminaire a été fixée au 10 juillet 2025.
Dans le secteur bancaire, la décision a été accueillie avec réserve. Plusieurs responsables de banques commerciales ont exprimé en privé leur inquiétude quant aux conséquences pratiques de la mesure. Les établissements financiers craignent notamment une recrudescence des tensions avec leurs clients, déjà frustrés par les restrictions successives sur les retraits en devises et les transferts à l’étranger.
Certains banquiers estiment que la Banque centrale a pris cette décision pour protéger ce qui reste des réserves en devises du pays, évaluées à 63,4 milliards de dollars, dont 16,6 milliards font encore l’objet de contentieux juridiques. Toutefois, beaucoup s’interrogent sur la faisabilité d’une application stricte de la circulaire dans le contexte économique et social actuel.
Du côté du Parlement, plusieurs députés membres de la commission des finances ont proposé l’ouverture d’un débat national sur l’indépendance de la Banque centrale. Ils estiment que les récents événements illustrent la nécessité de redéfinir le cadre juridique régissant les relations entre les institutions monétaires et les autres pouvoirs publics.
Les discussions au sein des commissions parlementaires ont également porté sur la possibilité d’imposer un contrôle parlementaire plus strict sur les décisions majeures de la Banque du Liban. Plusieurs députés ont suggéré l’élaboration d’un projet de loi visant à renforcer les mécanismes de reddition de comptes de la Banque centrale.
Le Premier ministre Nawaf Salam a réitéré, lors de son intervention devant le Conseil des ministres, que son gouvernement resterait vigilant face à toute mesure susceptible de porter atteinte aux droits fondamentaux des Libanais. Il a appelé à la modération dans les prises de décisions et a insisté sur la nécessité d’une concertation institutionnelle renforcée pour préserver la cohésion nationale.
Dans les médias, le débat sur la gouvernance monétaire s’est amplifié. Des analystes économiques ont souligné les risques d’une perte de confiance accrue entre les citoyens et les institutions financières. Certains experts redoutent une accélération des retraits de fonds encore accessibles et un nouveau cycle de panique bancaire.
En parallèle, les mouvements sociaux continuent de s’organiser. Plusieurs syndicats professionnels ont annoncé leur intention de soutenir les actions de protestation initiées par les associations de déposants. Des appels à des journées de grève générale ont été lancés pour la deuxième quinzaine de juillet 2025.
Les bailleurs de fonds internationaux suivent de près l’évolution de la situation. Les représentants du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale ont demandé des éclaircissements au gouvernement libanais sur les motivations et les impacts de la nouvelle circulaire. Les négociateurs libanais se préparent à fournir dans les prochains jours un rapport détaillé sur la situation monétaire et bancaire du pays, dans le cadre des discussions en cours sur l’octroi d’une aide financière d’urgence.
La classe politique reste divisée sur la stratégie à adopter pour sortir de cette crise institutionnelle. Certains appellent à une suspension immédiate de la circulaire, tandis que d’autres préconisent son maintien temporaire en attendant la mise en place de mesures d’accompagnement législatives. Les débats se poursuivent dans un climat d’incertitude et de tensions croissantes.



