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Liban entre Israël et Iran : l’équilibre impossible ?

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Neutralité proclamée, vulnérabilité assumée
La première salve de missiles tirés vers Haïfa à l’aube du 13 juin 2025 déclenche, à Beyrouth, une réunion d’urgence du Conseil supérieur de défense. Dans la même heure, un communiqué présidentiel rappelle que l’armée « ne participera à aucune coalition », tandis que le chef du gouvernement insiste sur « l’interdiction absolue d’enlisement ». L’exécutif fixe trois priorités : sécuriser la frontière sud, activer une diplomatie éclair et endiguer la fuite de devises. Ce triptyque fonde la notion de neutralité active ; pourtant, chaque axe révèle aussitôt ses failles.

Frontière sous tension et Finul fragilisée
Durant les premières quarante-huit heures, cinquante-deux violations aériennes sont enregistrées au-dessus du Liban-Sud. Le commandement militaire redoute le scénario d’un projectile égaré frappant Marjayoun ou Khiam : une seule victime civile suffirait à déclencher une riposte partisane. Or la Force intérimaire de l’ONU fonctionne à budget constant depuis trois ans. Les négociations budgétaires ouvertes à New York laissent planer l’hypothèse d’une réduction de 15 % de la contribution américaine, ce qui contraindrait la Finul à limiter ses patrouilles terrestres et ses vols de surveillance. Sans relai international robuste, l’armée libanaise devrait couvrir les brèches avec un parc automobile obsolète et un stock de carburant couvrant à peine dix jours.

Silence tactique du Hezbollah
Malgré un discours idéologique de solidarité, le mouvement chiite retient ses moyens. Deux variables pèsent : l’érosion financière provoquée par dix-huit mois d’escarmouches frontalières et la crainte de perdre un capital de sympathie communautaire déjà entamé. Les cadres militaires perçoivent également l’évolution technologique de leur adversaire : drones kamikazes multi-essaims, systèmes d’artillerie guidée et radars anti-tunnels rendent toute incursion coûteuse. Ce réalisme militaire rejoint un calcul politique : une entrée en guerre diminuerait instantanément les flux de devises acheminés par la diaspora vers les fiefs du Sud.

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Choc monétaire et effet domino logistique
Le marché parallèle réagit en dix minutes : la livre se déprécie de deux pour cent dès l’annonce des premières frappes. Depuis le 13 juin, le recul atteint quatre pour cent. Pour éviter la panique, la banque centrale vend dix millions de dollars en deux tranches, juste assez pour fixer un repère psychologique. Mais les réserves mobilisables tombent à six milliards, alors que les sorties nettes dépassent trente-cinq millions par jour. Dans les bureaux de change de Hamra, les files d’attente triplent ; certains cambistes réduisent leurs heures d’ouverture pour limiter les risques de trésorerie.

Le missile d’Haïfa touche aussi Beyrouth par ricochet. Quarante pour cent des conteneurs destinés au marché libanais passent d’ordinaire par le terminal israélien avant d’être transbordés à Chypre. La fermeture partielle de Haïfa impose une surprime d’assurance de quatre-cents dollars par conteneur. Sur une base de vingt mille EVP, la surfacturation atteint huit millions. Les importateurs de carburant paient déjà une prime spot de dix-huit pour cent. Le ministère de l’Énergie calcule qu’un Brent supérieur à cent dollars ferait doubler le coût d’équilibrage du kilowatt-heure, annihilant le plan officiel qui promet six heures de courant public en septembre.

Diplomatie éclair, garanties incertaines
Pour conjurer l’isolement, l’exécutif signe la plus vaste rotation diplomatique depuis 2017 : trente-quatre postes changent de titulaire. Berlin, Tunis et Le Caire deviennent points d’appui. L’envoyé spécial de Paris fait la navette entre Tel-Aviv et Baabda, tandis qu’un conseiller du département d’État passe vingt-quatre heures à Beyrouth sans produire la moindre lettre de garantie antimissile. La neutralité active, dogme proclamé, bute donc sur la realpolitik : les alliés écoutent, promettent, mais laissent le Liban gérer seul ses frontières.

Ports, primes et spirale inflationniste
Le classement « High Risk » attribué au port de Beyrouth renchérit instantanément l’importation alimentaire. Les distributeurs de grains ajoutent dix-sept dollars par tonne ; les boulangeries familiales montent le prix du pain de huit pour cent. Pour le riz importé, l’ajustement atteint douze pour cent. Ce glissement révèle le lien direct entre conflit régional et assiette quotidienne d’un foyer à revenu fixe. En parallèle, les hôtels de la côte annulent soixante pour cent des réservations estivales, tuant la première saison touristique prometteuse depuis la pandémie.

Jeu dangereux sur la ligne bleue
Chaque créneau de la journée impose son lot de micro-crises. À l’aube, les muezzins de la plaine de Khiam rapportent les survols des drones israéliens ; à midi, les négociants observent les fluctuations de la plate-forme de change ; en soirée, la télévision diffuse les images des interceptions de dômes antimissiles au-dessus d’Haïfa. Dans ce ballet, un missile égaré pourrait bousculer l’équation : frappe accidentelle, riposte ponctuelle, escalade incontrôlable. Les analystes évoquent l’exemple ukrainien : la « guerre des centres » brouille la lisibilité stratégique et rend toute désescalade plus lente que l’accélération initiale.

Résilience sociale et documentation citoyenne
Pourtant, la société refuse la paralysie. Les cafés de Gemmayzé maintiennent leur programmation, les concerts jazz de Tripoli affichent complet malgré le couvre-feu municipal. Sur les réseaux, l’humour noir coexiste avec la pédagogie militaire amateur ; chaque vidéo de traînée lumineuse déclenche des débats d’identification, de distance et de trajectoire. Ainsi, la communauté numérique documente la crise en temps réel, créant une mémoire immédiate qui compense la lenteur des rapports officiels.

Pari final sur un fil trop mince
Le Liban navigue entre prudence militaire, discipline financière et diplomatie tous azimuts. Mais la marge se réduit : réserves de devises en chute, Finul potentiellement amoindrie, bailleurs humanitaires en retrait. Le funambule avance encore, porté par la capacité populaire à improviser des filets de secours. Chaque heure gagnée repousse la chute d’un cran, mais l’équilibre reste provisoire, car nul ne sait combien de temps un drap de fortune peut briser une chute libre.

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Newsdesk Libnanews
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