Le 3 octobre 1957 reste une date sombre dans l’histoire de l’aviation libanaise. Ce jour-là, un avion Curtiss C-46A-45-CU Commando immatriculé OD-ACK, exploité par la compagnie Air Liban, s’écrasait en mer au large de Beyrouth, emportant avec lui 27 vies. Retour sur cet événement tragique qui a marqué le ciel du Liban.
Le Curtiss C-46 et Air Liban : des figures de l’aviation des années 50
Le Curtiss C-46 Commando était un avion robuste, conçu initialement pour des missions militaires pendant la Seconde Guerre mondiale. Avec sa grande capacité de chargement et son autonomie, il avait été adopté par plusieurs compagnies aériennes pour le transport de passagers et de marchandises dans les années d’après-guerre. Air Liban, fondée en 1945, était l’une des principales compagnies aériennes du Moyen-Orient à cette époque, reliant Beyrouth à plusieurs destinations stratégiques de la région.
L’appareil OD-ACK en question avait été bien entretenu et utilisé pour des vols réguliers. Ce jour-là, il était prévu pour un vol reliant Beyrouth à Koweït City, une route commerciale essentielle pour transporter passagers et biens, notamment des marchandises de valeur.
Le déroulement du drame
Le vol avait démarré comme à l’accoutumée. L’avion avait décollé de l’aéroport international de Beyrouth aux alentours de 20 heures locales. À son bord, quatre membres d’équipage chevronnés et 23 passagers, parmi lesquels des hommes d’affaires, des diplomates et des familles voyageant pour affaires ou plaisir.
Peu après le décollage, les choses prirent une tournure dramatique. L’équipage signala un incendie à bord. À l’époque, les systèmes de communication étaient rudimentaires comparés aux normes actuelles, mais le message était clair : une situation d’urgence imposait un retour immédiat à l’aéroport de Beyrouth. Les pilotes, aguerris à ce type de manoeuvres, commencèrent la procédure de demi-tour tout en essayant de stabiliser l’avion.
Cependant, l’incendie était devenu incontrôlable. L’avion volait à une altitude d’environ 2 000 mètres lorsque l’équipage perdit le contrôle. Vers 20 h 30, l’appareil s’écrasa en mer, à environ 18 km au large de Beyrouth. Tous les occupants à bord furent tués sur le coup.
Les opérations de secours
La nouvelle de l’accident parvint rapidement aux autorités. Des navires de pêche et des bateaux de secours furent mobilisés pour retrouver les débris et, si possible, des survivants. Malheureusement, la violence de l’impact et les conditions en mer rendirent les recherches extrêmement difficiles.
Le lendemain matin, les équipes de secours retrouvèrent les premiers débris flottant à la surface de l’eau. Des morceaux de l’avion, des bagages et quelques effets personnels furent récupérés. Aucun survivant ne fut retrouvé. Les corps des victimes furent transportés à Beyrouth pour identification, plongeant des dizaines de familles dans le deuil.
Une anecdote notable liée à ce crash est la recherche obsessionnelle de la cargaison d’or présente à bord. Lors du crash du vol Ethiopian Airlines en 2010. Dans ce dernier cas, les résidents locaux et les plongeurs improvisés avaient exploré les lieux supposés du crash en espérant récupérer des objets de valeur comme cette fameuse cargaison d’or, ce qui compliqua les efforts des enquêteurs officiels.
Les enquêtes et leurs zones d’ombre
Une enquête fut immédiatement ouverte pour déterminer les causes exactes de l’accident. Les autorités aéronautiques libanaises, avec le soutien d’experts internationaux, examinèrent les débris ainsi que les rapports télégraphiques émis par l’équipage avant le crash.
L’enquête conclut que l’incendie à bord était à l’origine du drame. Cependant, les causes précises de cet incendie restèrent floues. Certains émettent l’hypothèse d’un problème mécanique ou électrique, tandis que d’autres pointent la présence à bord d’une cargaison d’or, qui aurait pu provoquer une réaction chimique ou une explosion. Cette cargaison, qui aurait été d’une valeur considérable, attira également des théories conspiratoires, certains suggérant qu’il s’agissait d’un sabotage.
Un contexte international complexe
L’année 1957 était une période tendue pour le Moyen-Orient. Le Liban était un carrefour commercial stratégique et subissait les conséquences des tensions géopolitiques entre les puissances occidentales et les pays arabes en ébullition. Dans ce contexte, Air Liban jouait un rôle crucial en maintenant des liaisons aériennes vitales pour le commerce et la diplomatie.
La présence de passagers importants, notamment des hommes d’affaires transportant des marchandises précieuses comme l’or, ajouta une couche de mystère à l’accident. Les autorités libanaises, sous pression, furent accusées de ne pas avoir enquêté suffisamment sur certains aspects sensibles, alimentant des soupçons de dissimulation.
L’impact sur l’aviation libanaise
Ce crash eut des conséquences profondes sur Air Liban et l’aviation civile au Liban. La compagnie, qui jouissait d’une réputation solide, dut faire face à une perte de confiance du public et à une surveillance accrue des régulateurs. Bien qu’elle continua d’opérer, cet événement marqua le début de son déclin, jusqu’à sa fusion avec la Middle East Airlines en 1963.
Un souvenir qui s’estompe
Malgré l’ampleur de la tragédie, le crash du Curtiss C-46 d’Air Liban est aujourd’hui largement oublié. Peu de commémorations ont été organisées, et les archives disponibles sur l’incident restent fragmentaires. Ce silence est d’autant plus frappant qu’il s’agit de l’un des accidents les plus meurtriers de l’histoire de l’aviation libanaise.



