Les obligations souveraines libanaises en dollars, plus communément désignées sous le nom d’Eurobonds, ont enregistré une hausse remarquable au cours des premières semaines de janvier 2026, atteignant des niveaux inédits depuis le défaut de paiement souverain déclaré par Beyrouth en mars 2020. L’indice BLOM Bond Index (BBI), qui évalue la performance de ces titres hors coupons, a franchi le seuil symbolique des 30 points le 14 janvier 2026, s’établissant précisément à 30,17 points, un niveau non observé depuis février 2020. Selon les données fournies par la plateforme Cbonds, l’indice de prix des Eurobonds libanais en dollars se situait à 29,64 points au 16 janvier 2026, tandis que le rendement à l’échéance (YTM) demeurait particulièrement élevé, à 48,7 % au 17 janvier. Cette progression, représentant un gain de près de 25 % depuis le début de l’année, illustre une dynamique spéculative intense sur un marché toujours marqué par un défaut historique portant sur environ 30 milliards de dollars d’encours internationaux.
Les prix moyens des obligations, toutes maturités confondues, oscillent actuellement entre 28,9 et 29,3 cents sur le dollar, contre environ 23,5 cents à la fin décembre 2025 et moins de 6 cents au début de 2024. Cette appréciation rapide traduit une attractivité accrue pour les investisseurs spécialisés dans les dettes distressées, mais elle repose sur des fondations fragiles, sans avancées concrètes en matière de restructuration de la dette publique. Aucune annonce formelle n’a été faite concernant des négociations avec les créanciers, parmi lesquels figurent des fonds d’investissement opportunistes, souvent qualifiés de fonds vautours, qui ont accumulé des positions à bas prix dans l’attente d’un retournement. Ce mouvement haussier, qualifié par de nombreux observateurs de mirage spéculatif, expose les participants à des risques substantiels, dans un contexte où les fondamentaux économiques du Liban restent précaires, avec un PIB contracté de plus de 60 % depuis 2019, une inflation cumulée dépassant les 1 000 % sur la même période, et un taux de chômage officiel frôlant les 40 %, selon les estimations actualisées de la Banque mondiale à fin 2025.
Un sursaut haussier porté par des espoirs incertains et des paris hasardeux
La remontée des cours s’est accélérée au cours du mois de janvier 2026, avec un gain de 24,8 % pour l’indice BBI depuis le 1er janvier, comme l’indiquent les relevés de BLOMINVEST Bank. Ce bond intervient dans un paysage où les opportunités d’investissement dans des dettes souveraines en situation de détresse se raréfient sur les marchés émergents. Les Eurobonds libanais, offrant les écarts de rendement les plus larges parmi les émetteurs en défaut, attirent particulièrement les fonds spécialisés dans les situations distressées, à la recherche de rendements potentiels exceptionnels. Les investisseurs internationaux suivent avec attention plusieurs évolutions susceptibles de modifier la perception du risque pays, pariant sur une possible normalisation à moyen terme, même si les indicateurs économiques soulignent une fragilité persistante.
Parmi les facteurs clés alimentant cette dynamique, le projet de loi relatif à la résolution des écarts financiers, souvent désigné comme la loi sur les pertes du secteur bancaire ou loi sur le gap financier, occupe une place centrale. Approuvé par le gouvernement libanais dans sa forme actuelle fin décembre 2025 et transmis au Parlement pour examen, ce texte vise à clarifier la hiérarchie des créances et à organiser la récupération des dépôts bloqués depuis la crise financière de 2019. Il est perçu par certains gérants de fonds comme une étape potentiellement décisive pour répondre à des conditions posées par le Fonds monétaire international (FMI) en vue d’un éventuel programme d’aide. Des investisseurs, ayant acquis des titres à environ 6,5 cents sur le dollar fin 2024, tablent sur une appréciation pouvant atteindre 40 cents en cas de développements positifs, selon des estimations circulant sur les plateformes de trading comme Refinitiv.
Cependant, ce projet de loi rencontre une opposition marquée de la part de l’Association des banques au Liban (ABL), qui juge qu’il a été élaboré sans étude approfondie des chiffres nécessaires à sa mise en œuvre. Dans un communiqué publié le 5 janvier 2026, l’ABL a déclaré : « Ce projet transfère injustement les pertes aux banques, sans tenir compte de leur rôle historique dans le financement de l’économie libanaise. » Des économistes indépendants, dans des rapports publiés en janvier 2026, soulignent les incertitudes quant à la répartition équitable des pertes entre l’État, la Banque centrale du Liban (BDL), les banques commerciales et les déposants. Le FMI, par la voix de sa directrice pour le Moyen-Orient et l’Asie centrale, a indiqué le 10 janvier 2026 : « La version actuelle de la loi ne répond pas aux normes internationales ; elle nécessite des amendements pour garantir une restructuration équitable du secteur bancaire et une protection minimale des déposants, compatible avec la soutenabilité de la dette. » Sans ces ajustements, le texte risque de perpétuer un mirage de stabilité, masquant les vulnérabilités persistantes du système financier libanais.
Les banques commerciales libanaises au cœur des critiques : une gestion imprudente à l’origine de la crise
Derrière ce rebond spéculatif se profile l’ombre accablante des banques commerciales libanaises, dont les pratiques irresponsables ont largement contribué à la genèse et à la perpétuation de la crise des Eurobonds. Dès les années 2010, ces institutions ont massivement investi les dépôts de leurs clients dans des obligations souveraines émises par l’État libanais, créant un schéma pyramidal qui s’apparentait à une vaste opération de Ponzi. Un audit forensic commandé par le gouvernement en 2021 et rendu public en fragments en 2023 par le cabinet Alvarez & Marsal révélait que les banques avaient accumulé plus de 15 milliards de dollars en titres souverains, financés par des dépôts attirés via des taux d’intérêt artificiellement élevés, souvent supérieurs à 15 % annuels, sans égard pour la solvabilité croissante de l’État.
Cette stratégie, qualifiée d’« imprudente et spéculative » dans le rapport Alvarez & Marsal, a gonflé la bulle de la dette publique, qui a explosé en 2019 avec la cessation des flux de capitaux étrangers. Les banques, au lieu de diversifier leurs portefeuilles ou d’imposer des limites d’exposition, ont préféré maintenir une dépendance quasi totale vis-à-vis de la BDL, qui refinançait ces investissements via des ingénieries financières opaques. Le gouverneur de la BDL de l’époque, Riad Salamé, inculpé en 2023 pour enrichissement illicite et blanchiment d’argent, a été accusé de complicité avec les dirigeants des principales banques commerciales dans ces montages. Des documents internes fuités en 2024, rapportés par des agences de presse internationales, montrent que les banques ont perçu plus de 10 milliards de dollars en intérêts sur les Eurobonds entre 2015 et 2019, tout en sachant que l’État recyclait ces fonds via la BDL pour maintenir l’illusion de solvabilité.
Les données du ministère des Finances, actualisées au 31 décembre 2025, indiquent que les banques commerciales détenaient encore 12 milliards de dollars en Eurobonds impayés, représentant plus de 40 % de leurs actifs totaux. Cette exposition massive a non seulement amplifié la crise, mais a aussi conduit à la confiscation de facto des dépôts des Libanais ordinaires, estimés à 100 milliards de dollars gelés depuis 2019. L’Organisation pour la transparence financière (OTF), dans un rapport publié en novembre 2025, a pointé du doigt les conflits d’intérêts flagrants au sein des conseils d’administration des banques, où plusieurs actionnaires majoritaires, souvent liés à des familles politiques influentes, ont profité de prêts non performants accordés à des entités affiliées, totalisant plus de 5 milliards de dollars en créances douteuses. Un porte-parole de l’OTF a déclaré lors d’une conférence à Genève le 15 décembre 2025 : « Les banques libanaises n’ont pas seulement failli à leur devoir de diligence ; elles ont activement contribué à l’endettement insoutenable du pays en priorisant leurs profits immédiats sur la stabilité nationale. »
L’opposition virulente de l’ABL à la loi sur les pertes illustre cette culture de l’impunité. Lors d’une audition parlementaire le 13 janvier 2026, le président de l’ABL, Salim Sfeir, a argué que le texte « ignore les contributions des banques au financement de l’État pendant des décennies ». Pourtant, des enquêtes en cours menées par la Commission spéciale d’investigation sur la corruption (CSIC), établie en 2022, ont déjà abouti à des gels d’actifs pour plusieurs banquiers, totalisant 2 milliards de dollars. Un rapport intermédiaire de la CSIC, daté du 2 janvier 2026, accuse explicitement cinq grandes banques – dont Bank Audi et BLOM Bank – d’avoir manipulé leurs bilans pour masquer des pertes sur Eurobonds, en violation des normes comptables internationales. Ces révélations, couplées à des plaintes collectives de déposants devant la justice libanaise, qui ont atteint 15 000 cas en 2025, soulignent l’urgence d’une accountability accrue pour les institutions bancaires.
Les risques sécuritaires au Liban et leur influence sur la perception du risque
Les tensions sécuritaires persistantes au Liban jouent un rôle notable dans la perception du risque associé aux Eurobonds libanais. Ces troubles ont alimenté les spéculations sur une possible évolution des dynamiques internes, ce qui pourrait atténuer les tensions frontalières avec Israël et renforcer l’autorité de l’État central libanais face au Hezbollah.
Le désarmement partiel opéré récemment par l’armée libanaise dans le sud du pays, annoncé le 8 janvier 2026, marque une étape significative dans ce contexte. Sous la direction du président Joseph Aoun, élu en novembre 2025, cette opération a visé des positions tenues par des milices, avec la récupération de plus de 500 armes lourdes et le démantèlement de plusieurs dépôts d’armements. Le ministre de la Défense, Maurice Sleiman, a déclaré lors d’une allocution le 12 janvier 2026 : « Cette initiative renforce la souveraineté nationale et répond aux exigences de la résolution 1701 de l’ONU, visant à assurer la stabilité dans la zone frontalière. » Ces éléments, combinés à la disparition de l’ancien secrétaire général du Hezbollah en septembre 2024, ont déjà contribué à tripler les cours des Eurobonds depuis leurs plus bas historiques, comme l’observent les plateformes de trading.
Les investisseurs surveillent étroitement l’évolution de la situation sécuritaire au Liban, où les risques de conflit entre le Hezbollah et Israël restent élevés, avec des incidents frontaliers rapportés sporadiquement par les forces de l’ONU au Liban (FINUL). Ces assurances n’ont pas empêché une intégration accrue du risque sécuritaire dans les marchés, avec des volumes d’échanges sur les Eurobonds libanais atteignant des pics de 200 millions de dollars par jour en janvier 2026, selon les données de Refinitiv. Cette volatilité reflète des positionnements tactiques plus que des convictions fondamentales, soulignant le caractère hautement spéculatif de ces actifs.
Le caractère spéculatif des Eurobonds : volumes élevés et rendements exorbitants
Malgré les facteurs apparents de soutien, l’essence spéculative des Eurobonds libanais transparaît dans leur volatilité et leurs rendements exorbitants. Le rendement à l’échéance avoisinant les 49 % au 17 janvier 2026 traduit une probabilité implicite de pertes substantielles, estimée entre 65 % et 75 % du principal en cas d’échec des réformes, selon des modèles de pricing utilisés par des firmes comme JPMorgan. Les obligations continuent d’être négociées comme des actifs hautement distressés, avec une valeur de récupération projetée variant de 25 % à 35 %, hors intérêts accumulés qui portent l’encours total à 42-44 milliards de dollars.
Aucun calendrier précis n’a été communiqué pour l’ouverture de discussions formelles avec les détenteurs d’obligations, parmi lesquels dominent des fonds comme Aurelius Capital et Baupost Group, ayant racheté des positions à prix cassés. Cette absence de dialogue renforce le mirage spéculatif, où les gains à court terme masquent les réalités économiques sous-jacentes : une dette publique brute dépassant 150 % du PIB projeté pour 2026, selon les prévisions du FMI actualisées en décembre 2025, et un déficit budgétaire chronique avoisinant les 10 % du PIB. Les projections du FMI d’octobre 2025 anticipaient une croissance réelle de 3,5 % pour 2025, contre une contraction de 7,1 % en 2024, soutenue par une stabilisation fragile post-conflit, mais ces estimations restent conditionnées à l’adoption de réformes structurelles.
Le contraste entre les obligataires internationaux et les déposants libanais s’accentue dans ce contexte. Le projet de loi sur les pertes tend à protéger davantage la capacité d’emprunt future de l’État, au risque de cristalliser les pertes pour les clients des banques commerciales et de la BDL. Des critiques estiment qu’une récupération plus généreuse pour les obligataires pourrait réduire les ressources disponibles pour les déposants nationaux, accentuant les inégalités issues de la crise. Le ministre des Finances, Hassan Khalil, a déclaré lors d’une conférence de presse le 15 janvier 2026 : « Les banques doivent assumer leur part de responsabilité ; leur refus de transparence prolonge la souffrance des citoyens. »
Les débats parlementaires en cours : amendements et oppositions persistantes
Les discussions au Parlement autour de la loi sur les pertes, entamées en commission le 9 janvier 2026, déterminent en grande partie si cette dynamique haussière se maintient. Des amendements proposés par des députés indépendants visent à imposer une contribution forcée des banques, via une taxe exceptionnelle sur leurs profits passés, estimée à 3 milliards de dollars. Le député Georges Okais a affirmé lors d’un débat télévisé le 17 janvier 2026 : « Il s’agit de rétablir l’équité ; les banques ne peuvent pas échapper aux conséquences de leurs choix risqués. »
Des sources proches du ministère des Finances, citées le 18 janvier 2026, indiquent que des ajustements sont en cours pour intégrer les recommandations du FMI, visant à assurer une protection minimale des déposants tout en alignant le texte sur les standards internationaux. Les prix des Eurobonds oscillent autour de 29-30 cents sur le dollar, avec une volatilité accrue liée aux fuites sur les négociations internes. Au 18 janvier 2026, ces obligations demeurent l’un des actifs les plus suivis parmi les dettes souveraines en défaut, illustrant la persistance d’un pari risqué sur une sortie de crise encore incertaine, où les volumes d’échanges élevés et les rendements élevés continuent de refléter les tensions entre spéculateurs internationaux et réalités locales. Les sessions parlementaires se poursuivent, avec des auditions supplémentaires prévues pour examiner les impacts comptables détaillés sur les bilans bancaires, tandis que les données économiques actualisées soulignent une inflation mensuelle stabilisée à 2,5 % en décembre 2025, selon la BDL, mais avec des réserves de change toujours critiques à 10 milliards de dollars.
L’impossibilité pour l’État de combler le gap des pertes bancaires selon le plan présenté
Le plan incarné par la loi sur le gap financier, approuvé par le cabinet le 27 décembre 2025 avec 13 voix pour et 9 contre, vise à répartir un écart financier estimé entre 70 et 83 milliards de dollars entre l’État, la BDL, les banques commerciales et les déposants. Ce gap représente les pertes accumulées dans le secteur financier depuis la crise de liquidité de 2019, incluant des prêts non performants, des expositions souveraines dévaluées et des opérations d’ingénierie financière opaques. Selon le texte, les banques ne couvriraient que 40 % des retraits, malgré leur rôle central dans la crise, tandis que l’État devrait compenser une part significative, potentiellement jusqu’à 6 milliards de dollars sur cinq ans, pour permettre le remboursement progressif des dépôts jusqu’à 100 000 dollars en cash sur quatre ans.
Pourtant, l’impossibilité pour l’État libanais de combler ce gap apparaît patente au regard de ses contraintes budgétaires et structurelles. Avec une dette publique brute dépassant 150 % du PIB en projections pour 2026, et un déficit budgétaire chronique de 10 % du PIB, l’État dispose de marges de manœuvre limitées pour injecter des fonds sans accroître son endettement ou imposer de nouvelles taxes impopulaires. Les réserves de change de la BDL, stabilisées à environ 10 milliards de dollars fin 2025, restent critiques et largement mobilisées pour des importations essentielles, rendant improbable une contribution substantielle sans un soutien extérieur du FMI, conditionné à des réformes que le Liban peine à implémenter. Des sources au sein de la BDL indiquent que la banque centrale ne peut assumer plus de 9 milliards de dollars sur cinq ans, majoritairement via des fonds recyclés des déposants, laissant l’État face à un vide financier insurmontable sans une restructuration plus drastique.
Les critiques soulignent que le plan actuel, en l’absence d’audit forensic complet des banques et de la BDL, risque de perpétuer l’impunité en transférant les pertes vers les déposants et l’État, sans imposer une haircut suffisante aux actionnaires bancaires. Un rapport de l’OTF de novembre 2025 met en évidence que les banques ont distribué des profits excessifs de plus de 5 milliards de dollars en créances douteuses à des entités affiliées, aggravant le gap sans accountability. Le FMI insiste sur des amendements pour aligner la loi sur les normes internationales, notant que sans cela, l’État ne pourra pas accéder à un programme d’aide estimé à 3 milliards de dollars, essentiel pour combler partiellement le gap.
Les négociations sur les Eurobonds, qui restent au point mort au 18 janvier 2026, accentuent cette impossibilité, car toute restructuration de la dette externe nécessiterait une cohérence avec le traitement des pertes internes, sans quoi les créanciers internationaux pourraient refuser tout accord. Des experts du ministère des Finances estiment que le gap bancaire, s’il n’est pas comblé par des contributions forcées des banques, pourrait entraîner une dépréciation supplémentaire de la livre libanaise, déjà stabilisée à un taux officiel de 89 500 pour un dollar, mais avec un marché parallèle fluctuant autour de 90 000. Les débats en commission parlementaire, qui se sont intensifiés le 17 janvier avec l’audition de représentants de la BDL, révèlent des divergences sur la quantification précise du gap, certains députés plaidant pour une révision à la hausse des pertes bancaires basées sur des données actualisées des audits partiels de 2025.



