lundi, février 9, 2026

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Liban : La taxe de 3 % sur les importations aggrave la hausse des coûts pour les entreprises

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Au Liban, l’adoption du budget 2026 par le cabinet, le 26 septembre 2025, a introduit une mesure qui accentue les pressions sur les importateurs et les producteurs locaux. Cette taxe supplémentaire de 3 % sur toutes les importations, inscrite à l’article 31 du budget, vise à améliorer les recettes fiscales sans imposer de hausses salariales dans le secteur public ni de nouveaux impôts généraux. Cependant, cette disposition a immédiatement suscité des réactions vives de la part des associations économiques, qui alertent sur ses répercussions directes en termes d’augmentation des prix d’achat des biens importés. Dans un contexte où le Liban dépend massivement des importations pour ses besoins en carburant, en denrées alimentaires et en produits de consommation, cette taxe s’ajoute à d’autres facteurs globaux poussant les coûts à la hausse, comme les fluctuations des prix des matières premières et les ajustements tarifaires internationaux.

Les importations libanaises, évaluées à environ 15 milliards de dollars en 2024, ont déjà connu une augmentation notable en 2025, atteignant 19,377 milliards de dollars selon les statistiques des douanes. Les produits métalliques représentent 23 % de ces importations, avec une valeur de 4,46 milliards de dollars, suivis des pierres précieuses et métaux précieux à 19,5 % (3,77 milliards de dollars) et des produits chimiques à 8 % (1,56 milliard de dollars). La Chine demeure le principal fournisseur, avec 2,221 milliards de dollars (11,5 % du total), devant la Suisse (1,86 milliard, 9,6 %) et les Émirats arabes unis (1,632 milliard, 8,4 %). Cette dépendance structurelle expose l’économie libanaise aux variations des coûts d’importation, amplifiées par la nouvelle taxe. Le ministre des Finances, en poste depuis la formation du gouvernement de Nawaf Salam en février 2025, a justifié cette mesure par la nécessité d’améliorer la conformité fiscale et d’estimer plus précisément les revenus, sans pour autant modifier les taux effectifs des douanes, qui restent autour de 3 % si les volumes d’importations se maintiennent aux niveaux de 2024.

Les matériaux de construction et les intrants industriels, déjà affectés par les dommages causés par les conflits régionaux, voient leurs prix d’achat grimper. Par exemple, les importations de fer en provenance d’Iran, évaluées à environ 50,18 millions de dollars en 2024 et 36 millions au cours des huit premiers mois de 2025, illustrent cette vulnérabilité. Les ajustements tarifaires américains, tels que les 10 % imposés sur les importations en provenance du Liban en 2025 dans le cadre d’une révision globale du commerce mondial, ajoutent une couche supplémentaire de complexité, bien que leur impact direct sur les coûts d’importation au Liban soit indirect via les chaînes d’approvisionnement.

Une décélération marquée de l’inflation des prix de production

L’inflation des prix de production au Liban montre une tendance à la baisse depuis la fin de 2024, reflétant une stabilisation relative de l’économie après des années de turbulence. Selon les calculs de l’Administration centrale des statistiques (CAS), l’inflation annuelle a chuté à 14,8 % en 2025, marquant une deuxième année consécutive de déclin par rapport aux 45,24 % enregistrés en 2024. Cette décélération s’explique en grande partie par la stabilisation du taux de change, fixé autour de 89 500 livres libanaises par dollar américain depuis 2023, et par une dollarisation accrue des salaires et des transactions. Le rapport de la Banque mondiale sur le Liban, publié en octobre 2025, estime que l’inflation devrait s’établir à 15,2 % pour l’année 2025, avant de descendre à 8,7 % en 2026, atteignant ainsi un chiffre à un seul digit pour la première fois depuis 2019.

Les prix des biens de consommation ont modéré leur hausse dans plusieurs catégories. Les aliments et boissons non alcoolisées ont vu leur inflation passer de 17 % en novembre 2025 à 14,6 % en décembre, tandis que les transports ont ralenti de 5,4 % à 3,2 %. L’éducation, bien que toujours élevée à 35,9 %, a connu une décélération par rapport aux 76,8 % du mois précédent. Les vêtements et chaussures ont baissé de 7,1 % à 2 %, et les loisirs, divertissements et culture de 39,8 % à 31,6 %. Même les restaurants et hôtels ont vu leur inflation passer de 9,7 % à 7,6 %. En revanche, les logements et services publics ont accéléré légèrement, passant de 15,4 % à 17,2 %, et la santé est restée stable à 2,2 %. Sur une base mensuelle, les prix à la consommation ont stagné en décembre 2025, après une augmentation de 0,82 % en novembre.

Cette baisse du rythme d’inflation des prix de production est également liée à une amélioration de l’offre alimentaire, grâce à une reprise partielle du secteur agricole malgré les dommages causés par les conflits. Cependant, le secteur reste fragile, avec une réduction de l’approvisionnement en produits agricoles due aux destructions dans le sud du pays. La Banque mondiale note que la dollarisation quasi complète des prix à la consommation a contribué à cette tendance, bien que l’inflation persiste dans les services domestiques comme les loyers et l’éducation.

Une minorité d’entreprises ose ajuster ses tarifs

Dans ce paysage économique, les entreprises libanaises font face à une contrainte majeure : la faiblesse de la demande des consommateurs et le pouvoir d’achat limité les empêchent de répercuter pleinement les hausses de coûts sur les prix de vente. Selon les analyses du CAS et de la Banque mondiale, seule une faible proportion d’entreprises a augmenté ses prix en 2025, les autres préférant absorber les coûts pour maintenir leur compétitivité. Les rapports indiquent que la demande atone et la concurrence accrue ont contraint les firmes à limiter les hausses, évitant ainsi une spirale inflationniste plus prononcée.

Par exemple, en décembre 2025, l’inflation annuelle s’est établie à 12,2 %, le niveau le plus bas depuis février 2020, avec des modérations dans les catégories clés comme les aliments (de 17 % à 14,6 %) et les transports (de 5,4 % à 3,2 %). Cette stabilité relative des prix de vente est confirmée par les données mensuelles, où les prix n’ont augmenté que de 0,01 % entre novembre et décembre 2025. Les entreprises, confrontées à une consommation privée soutenue principalement par les envois de fonds et une dollarisation des salaires, ont choisi de ne pas ajuster leurs tarifs de manière significative, craignant une perte de parts de marché. Le rapport de la Banque mondiale souligne que cette retenue est particulièrement visible dans les secteurs des biens de consommation courante, où les hausses de coûts importés n’ont pas été pleinement transmises.

Les implications pour les marges bénéficiaires et les investissements

Cette disparité entre la hausse des coûts d’importation et la stabilité des prix de vente exerce une pression intense sur les marges bénéficiaires des entreprises libanaises. Avec des importations représentant une part dominante de l’économie – le déficit commercial ayant atteint 16,2 milliards de dollars en 2025 –, les firmes absorbent une partie croissante des augmentations, érodant leurs profits. La Banque mondiale estime que la croissance du PIB réel a été de 3,5 % en 2025, inférieure aux prévisions initiales de 4,7 % en raison d’une saison touristique plus faible que prévu et d’investissements modérés au milieu des incertitudes liées aux conflits. Cette situation freine les investissements, car les entreprises hésitent à engager des capitaux dans un environnement où les marges sont comprimées et les perspectives incertaines.

Les envois de fonds, qui soutiennent la consommation privée, ont permis une reprise dans l’immobilier et la construction, mais les secteurs dépendants des importations peinent à investir dans la modernisation ou l’expansion. Le rapport de la Banque mondiale projette une croissance de 4 % en 2026, conditionnée à la poursuite des réformes, à des afflux modestes de reconstruction et à la stabilité politique. Cependant, sans réformes structurelles comme la loi sur l’écart financier et les ajustements sectoriels, les investissements restent limités. Les évaluations de la pauvreté indiquent que 44 % de la population vivait sous le seuil de pauvreté monétaire en 2022, avec une pauvreté multidimensionnelle touchant près des trois quarts des Libanais, aggravant la faiblesse de la demande intérieure et forçant les entreprises à sacrifier leurs marges pour survivre.

Les secteurs les plus vulnérables face à ces pressions

Parmi les secteurs les plus sensibles aux hausses des coûts d’importation figurent l’agriculture et l’agroalimentaire, gravement impactés par les dommages causés par les conflits. Le secteur agricole a subi des pertes significatives, réduisant l’offre de produits locaux et augmentant la dépendance aux importations alimentaires, dont les prix ont grimpé de 20,86 % annuellement en janvier 2025 en raison des destructions. Les denrées de base comme l’huile, le boulgour, le blé et le riz ont vu leurs prix tripler au cours de l’année écoulée, selon les données du Programme alimentaire mondial.

Le secteur des transports et de l’énergie est également touché, avec une dépendance chronique aux importations de carburant qui expose les coûts à des fluctuations globales. Les prix des transports ont ralenti, mais restent vulnérables aux chocs externes, comme les ajustements tarifaires américains ou les tensions régionales affectant les chaînes d’approvisionnement. Les produits chimiques et métalliques, représentant une part importante des importations, voient leurs coûts grimper, impactant l’industrie manufacturière limitée du Liban. La Banque mondiale évalue les besoins en reconstruction à 11 milliards de dollars suite aux conflits, avec des dommages estimés à 14 milliards, affectant particulièrement les infrastructures du sud.

Enfin, le tourisme, qui a rebondi en 2025 grâce à une stabilisation relative, reste sensible aux incertitudes sécuritaires. Bien que contribuant à la croissance via une augmentation de la consommation, il pourrait pâtir d’une reprise des hostilités, amplifiant les pressions sur les marges dans les services connexes comme les restaurants et hôtels, où l’inflation a décéléré mais persiste à 7,6 %. Les projections pour 2026 soulignent que sans désarmement des milices et amélioration de la sécurité, ces secteurs continueront à absorber des coûts élevés sans pouvoir ajuster leurs prix, menaçant leur viabilité à court terme.

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Newsdesk Libnanews
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