Au cœur de Beyrouth, alors que le Cabinet se réunissait ce jeudi au Grand Sérail, le ministre de l’Intérieur Ahmad al-Hajjar a livré une déclaration qui pourrait apaiser les tensions politiques grandissantes autour des élections parlementaires prévues pour le 10 mai prochain. Devant les caméras de la chaîne MTV, juste avant le début de la session gouvernementale, il a affirmé que la tenue des élections dans les délais est « plus probable que non », soulignant que le nombre de candidats inscrits a déjà atteint 30. Cette annonce intervient dans un contexte où les rumeurs de report persistent, alimentées par des pressions internes et externes, mais où aucune demande officielle de report n’a été reçue par son ministère.
Cette session du Cabinet, présidée par le Premier ministre Nawaf Salam, s’inscrit dans une série de réunions régulières visant à aborder les défis multiples auxquels fait face le Liban, de la crise économique persistante aux tensions sécuritaires au sud du pays. Le gouvernement Salam, formé en février 2025 après des mois de vide présidentiel, tente de stabiliser une nation fragilisée par des années d’instabilité. Al-Hajjar, un ancien brigadier général de l’armée libanaise nommé à ce poste clé pour sa réputation de rigueur en matière de sécurité et de gouvernance locale, a insisté sur le fait que les préparatifs électoraux avancent conformément à la loi en vigueur. Il a rappelé que le processus a débuté avec la formation des comités d’inscription des électeurs et des comités d’appel, comme exigé par le calendrier légal, et que le décret convoquant les élections devrait être signé d’ici le 15 février, bien que nous soyons déjà en fin de mois.
Les déclarations optimistes du ministre al-Hajjar
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Dans ses propos à MTV, al-Hajjar a été clair : « Le ministère n’a reçu aucune demande de report. » Il a ajouté que le « train électoral a démarré » et que rien ne peut l’arrêter sauf une décision explicite du Parlement. Cette métaphore, qu’il a utilisée à plusieurs reprises ces dernières semaines, reflète sa détermination à respecter les échéances constitutionnelles. Le 19 février, lors d’une conférence de presse au siège du ministère, il avait déjà annoncé le lancement d’un plan stratégique pour 2025-2028, axé sur le renforcement de la sécurité, de la démocratie et de la gouvernance locale, et réitéré son engagement pour des élections en mai. Ce plan inclut des mesures pour améliorer la transparence des scrutins, comme la mise en place de mécanismes de surveillance accrue des urnes et la facilitation du vote des expatriés, un point sensible depuis les élections de 2022 où plus de 225 000 Libanais de la diaspora avaient participé.
Al-Hajjar, né en 1967 et issu d’une carrière militaire marquée par des opérations contre le narcotrafic et la contrebande, a pris ses fonctions dans un contexte de réformes urgentes. En septembre 2025, il avait organisé une conférence de presse au quartier général de la Branche des renseignements, où il avait annoncé des avancées majeures dans la lutte contre le trafic de drogue, avec des saisies record et des coopérations internationales renforcées. Ces efforts, selon ses déclarations, visent à créer un environnement stable propice à des élections libres. Le ministre a également noté que le nombre de candidats, actuellement à 30, est en hausse, signe d’un intérêt croissant pour le renouvellement parlementaire. Parmi eux, des figures issues des partis traditionnels mais aussi des indépendants émergents, reflétant les dynamiques post-crise de 2019.
Les positions fermes du président de l’Assemblée Nabih Berri
Le président de l’Assemblée nationale, Nabih Berri, figure incontournable de la scène politique libanaise depuis des décennies, a réaffirmé sa position contre tout report. Dans une interview accordée au journal al-Joumhouria, il a déclaré que « rien n’empêchera les élections » et que « il n’y aura ni report ni prolongation ». Berri, qui dirige le mouvement Amal et représente une partie clé de l’alliance chiite avec le Hezbollah, a insisté sur le respect des délais constitutionnels. Il a rappelé qu’il avait été le premier à annoncer sa candidature, précisément pour contrer les allégations selon lesquelles il favoriserait un ajournement.
Cette stance de Berri s’aligne sur celle du duo chiite, qui préfère tenir les élections dans les temps pour capitaliser sur leur momentum populaire actuel et éviter des évolutions régionales défavorables. Le 23 février, dans des remarques publiées par plusieurs médias, Berri a confirmé avoir communiqué sa position aux ambassadeurs du Comité du Quintette – États-Unis, France, Arabie saoudite, Qatar et Égypte –, qui poussent pour un report d’un ou deux ans. Il a qualifié ce report d’injustifié et promis que les élections se dérouleraient selon la loi électorale actuelle, qui divise le pays en 15 circonscriptions avec un système proportionnel et des quotas confessionnels hérités de l’accord de Taëf de 1989.
Berri, âgé de 88 ans et speaker depuis 1992, a une histoire complexe avec les reports électoraux. Sous son mandat, les élections ont été ajournées à plusieurs reprises : en 2013, prolongées jusqu’en 2014, puis 2017, avant d’être tenues en 2018. En 2022, malgré la crise économique, elles ont eu lieu, aboutissant à un Parlement fragmenté où l’alliance Hezbollah-Amal a perdu la majorité absolue mais conservé une influence significative. Aujourd’hui, Berri argue que tout délai supplémentaire minerait la légitimité des institutions, déjà affaiblies par le vide présidentiel qui a duré de 2022 à début 2025, jusqu’à l’élection de Joseph Aoun.
Les rumeurs de report persistent dans les médias
Malgré les assurances d’al-Hajjar et de Berri, plusieurs rapports médiatiques publiés ce jeudi maintiennent l’incertitude. La chaîne al-Jadeed a rapporté que le Parlement est incliné vers un vote pour une prolongation du mandat, avec un décompte des voix en cours. Selon ces informations, certains députés, inquiets des résultats potentiels, poussent pour un ajournement technique, invoquant des défis logistiques comme la confusion autour du vote des expatriés ou les tensions sécuritaires au sud liées aux escalades israéliennes.
D’autres médias, comme ad-Diyar, ont évoqué l’absence d’une position claire des États-Unis sur la question. Le journal a indiqué que Washington n’a pas encore donné un feu vert définitif pour la tenue des élections comme prévu. Ces rapports s’appuient sur des sources anonymes au sein des cercles diplomatiques, soulignant que les pressions internationales visent à donner plus de temps au gouvernement Salam pour implémenter des réformes financières et administratives, conditionnées à l’aide du FMI et de la Banque mondiale. La dette publique libanaise, estimée à plus de 100 milliards de dollars en 2025, et l’inflation qui a frôlé les 200 % en 2023 avant de se stabiliser autour de 50 % en 2025 grâce à des mesures d’austérité, pèsent lourdement sur le débat.
Un haut responsable, cité anonymement dans al-Joumhouria, a clarifié que le report n’est pas une demande étrangère comme le prétendent certains politiciens, mais plutôt une initiative domestique. « Certaines parties libanaises craignent l’issue des élections et ont sollicité l’aide de leurs alliés étrangers », a-t-il expliqué, ajoutant que « certaines – mais pas toutes – parties étrangères ont répondu positivement à l’idée d’un report ». Ce responsable n’a pas nommé les acteurs impliqués, mais le contexte pointe vers des factions chrétiennes et sunnites, traditionnellement alliées à l’Occident et au Golfe, qui pourraient perdre des sièges face à une mobilisation accrue des indépendants issus des protestations de 2019.
Les implications des pressions internationales
Le Comité du Quintette, formé en 2023 pour faciliter le dialogue politique au Liban, joue un rôle central dans ces dynamiques. Les ambassadeurs de ces pays ont, selon Berri, exprimé une préférence pour un ajournement, arguant que la priorité devrait être le désarmement du Hezbollah et la stabilisation régionale, surtout dans le cadre des négociations USA-Iran. Ces discussions, qui ont repris en 2025 après une pause due aux tensions au Moyen-Orient, influencent directement le Liban, frontalier avec Israël et théâtre d’échanges de tirs sporadiques depuis 2023.
En novembre 2025, lors d’une rencontre à Manama, le ministre des Affaires étrangères bahreïni Abdullatif bin Rashid Al Zayani avait discuté avec al-Hajjar de la coopération en matière de sécurité, soulignant l’importance d’élections transparentes pour la stabilité régionale. De même, en décembre 2025, le président Aoun, lors d’une visite à Oman, avait été accueilli par des hauts dignitaires, où les discussions ont porté sur le soutien omanais à la tenue des scrutins libanais. Ces interactions diplomatiques illustrent comment le Liban reste au carrefour des influences étrangères, avec les États-Unis et la France poussant pour des réformes avant tout vote, tandis que l’Arabie saoudite et l’Égypte insistent sur une déconfessionnalisation progressive, comme promis par Taëf.
La position du président Joseph Aoun
Le président Joseph Aoun, ancien commandant en chef de l’armée élu en février 2025 pour mettre fin au vide institutionnel, partage la vision de Berri. Selon ad-Diyar, Aoun est engagé à tenir les élections dans les délais. Le journal a rapporté qu’un conseiller d’Aoun a rencontré Berri mercredi pour discuter de la question, et qu’ils ont convenu de procéder au vote comme prévu. Aoun, âgé de 61 ans et perçu comme un unificateur transconfessionnel, a réitéré ce jeudi son rejet absolu de toute prolongation du mandat parlementaire. Dans des déclarations rapportées par Annahar, il a insisté sur le fait que si les élections municipales et les scrutins passés ont pu se tenir malgré les crises, les parlementaires doivent suivre.
Aoun, qui a supervisé l’armée pendant les années de crise économique et les tensions frontalières, met l’accent sur la restauration de la légitimité démocratique. Son élection, soutenue par une large coalition incluant des factions chiites, sunnites et chrétiennes, a permis la formation du gouvernement Salam, composé de technocrates et de figures politiques modérées. Parmi eux, al-Hajjar représente la part du Premier ministre, avec un focus sur la sécurité intérieure. Le président a également évoqué la nécessité d’élections pour renouveler un Parlement élu en 2022 dans un contexte de boycott partiel et de faible participation (environ 41 %).
Les défis logistiques et sécuritaires en toile de fond
Au-delà des déclarations politiques, les préparatifs électoraux font face à des obstacles concrets. Le ministère de l’Intérieur a lancé en janvier 2026 les comités d’inscription, mais des questions persistent sur le vote des expatriés, qui représentent une part significative de l’électorat. En 2022, des dysfonctionnements techniques avaient été signalés dans plusieurs ambassades, et al-Hajjar a promis des améliorations via son plan stratégique. De plus, les tensions au sud, avec des escalades israéliennes rapportées comme visant à influencer le climat électoral, ajoutent une couche de complexité. Le gouvernement estime que ces actions extérieures pourraient être utilisées comme prétexte pour un report, mais al-Hajjar a affirmé que la sécurité des bureaux de vote sera assurée par les Forces de sécurité intérieure et l’armée.
Les partis politiques, quant à eux, se positionnent différemment. Le duo chiite, fort de 27 sièges en 2022, voit dans les élections une opportunité de consolider son influence, surtout après les gains régionaux du Hezbollah en 2024-2025. À l’opposé, certains observateurs notent que des factions chrétiennes pourraient soutenir un report, craignant une perte de représentation dans un système confessionnel où les maronites détiennent 34 sièges. Cette crainte pourrait, paradoxalement, mener à une restructuration : un ajournement prolongé pourrait ouvrir la voie à des élections non confessionnelles, avec le Liban traité comme une seule circonscription, comme suggéré par Taëf mais jamais implémenté.
Les dynamiques économiques sous-jacentes
La crise économique, qui a éclaté en 2019 avec la dévaluation de la livre libanaise et la faillite bancaire, reste un facteur clé. Le gouvernement Salam a soumis un budget en juillet 2025, validé par le FMI pour un prêt de 3 milliards de dollars conditionné à des réformes. L’inflation, stabilisée à 40 % en 2025 grâce à des subventions ciblées, et la dette restructurée partiellement en 2024, pèsent sur les électeurs. Les partis craignant un vote sanction pourraient pousser pour un délai, permettant plus de temps pour des mesures populaires comme l’augmentation des salaires publics, gelés depuis 2019.
En janvier 2026, le Hezbollah a intensifié ses activités politiques, organisant des réunions pour mobiliser sa base, indiquant une préparation active pour mai. De son côté, le ministre al-Hajjar a rencontré des homologues régionaux, comme en octobre 2025 où il a discuté de la lutte antinarcotique, renforçant les liens avec des pays comme l’Arabie saoudite, traditionnellement critiques du Hezbollah.
Les implications immédiates des débats actuels
Alors que le Cabinet examinait ce jeudi divers dossiers, dont la sécurité et les réformes administratives, les discussions sur les élections ont dominé les coulisses. Le nombre croissant de candidats – 30 à ce jour, contre seulement une poignée en février 2022 – signale un regain d’intérêt, potentiellement porté par des figures indépendantes issues des mouvements de protestation. Al-Hajjar a noté que les inscriptions se poursuivent jusqu’à mars, et que son ministère coordonne avec l’ONU et l’UE pour une observation internationale, visant à garantir la crédibilité du scrutin.
Dans ce climat, un senior official a souligné que les craintes domestiques portent sur une fragmentation accrue du Parlement, où les indépendants pourraient gagner du terrain, comme en 2022 avec 13 sièges. Les alliés étrangers, répondant positivement à certains, incluent potentiellement des membres du Quintette, bien que les États-Unis restent ambigus. Ad-Diyar a rapporté que Washington attend des clarifications régionales avant de se prononcer, liant le dossier libanais aux négociations plus larges.
Les tensions frontalières, avec des incidents rapportés en février 2026, ajoutent à l’urgence. Le gouvernement perçoit ces escalades comme des tentatives d’influencer l’électorat, mais al-Hajjar a assuré que les mesures de sécurité sont en place, incluant des déploiements supplémentaires au sud. Cette situation rappelle les élections de 2009, tenues malgré des menaces similaires.
Au final, les préparatifs avancent, avec le décret électoral imminent et les comités opérationnels, même si les voix discordantes persistent au Parlement. Le ministère de l’Intérieur continue de coordonner avec les forces armées pour sécuriser les 5 000 bureaux de vote prévus, tandis que les candidatures affluent, reflétant les enjeux immédiats pour un Liban en quête de stabilité.


