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Liban : Une délégation américaine à Baabda pousse pour le désarmement du Hezbollah et une coopération régionale

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Le 26 août 2025, le palais de Baabda, siège de la présidence libanaise, a accueilli une délégation américaine de haut rang, composée du sénateur Lindsey Graham, de la sénatrice Jeanne Shaheen, de l’homme d’affaires Thomas Barrack et de l’ancienne porte-parole du département d’État Morgan Ortagus.

Cette visite, menée dans un contexte de tensions persistantes à la frontière sud du Liban, visait à discuter avec le président Joseph Aoun de trois dossiers prioritaires : le désarmement du Hezbollah, le retrait israélien des zones frontalières contestées et la prévention d’une escalade, notamment le spectre d’une guerre civile. Ces échanges, sous l’égide des États-Unis, traduisent l’urgence de stabiliser un pays fragilisé par des crises économiques, politiques et sécuritaires, dans un environnement régional marqué par les rivalités entre Israël et le Hezbollah, soutenu par l’Iran.

Le désarmement du Hezbollah : une condition non négociable
Le sénateur Lindsey Graham a adopté un ton ferme, déclarant depuis Baabda : « Nous voulons un Hezbollah désarmé. » Il a conditionné toute discussion sur un retrait israélien à des avancées concrètes dans le désarmement du parti chiite, ajoutant : « Ne me demandez pas ce que fera Israël avant que vous ne procédiez au désarmement du parti. » Graham a présenté cette exigence comme émanant non seulement des États-Unis, mais aussi du peuple libanais, affirmant : « L’idée du désarmement du Hezbollah vient du peuple libanais. » Il a promis un soutien significatif à l’armée et à l’économie libanaises en cas de progrès, précisant : « Nous aiderons l’armée et l’économie libanaises si le Liban poursuit sur cette voie, et il y aura alors des opportunités extraordinaires. »

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La sénatrice Jeanne Shaheen a renforcé ce message en mettant l’accent sur le rôle central de l’armée libanaise. « Nous attendons l’adoption, la semaine prochaine, du plan militaire que présentera l’armée libanaise pour le contrôle des armes par le gouvernement », a-t-elle déclaré, soulignant que ce plan, attendu pour le 31 août, est essentiel pour rétablir le monopole étatique de la force armée. Elle a qualifié la réunion avec le président Aoun de « fructueuse », ajoutant : « Nous comprenons que le désarmement du Hezbollah est une étape difficile, mais elle est décisive. » Shaheen a également réaffirmé le soutien américain, déclarant : « Nous continuerons à soutenir les voies choisies par le Liban. »

Une approche graduelle pour une désescalade régionale
Thomas Barrack a adopté une posture plus conciliante, mettant en avant la possibilité d’une coopération régionale. « La légalité n’a aucun intérêt à entretenir une quelconque relation hostile avec le Liban », a-t-il affirmé, précisant qu’Israël « aspire à une coopération et à une relation historique avec lui, et elle est prête à coopérer au sujet des frontières. » Morgan Ortagus a complété cette position en indiquant qu’Israël est prêt à avancer « étape par étape » avec le gouvernement libanais concernant le désarmement du Hezbollah et le retrait de ses forces des zones frontalières.

Barrack a précisé : « Israël se retirera du Sud au même rythme que le désarmement du Hezbollah », soulignant une volonté de synchronisation pour éviter une escalade militaire. Il a ajouté : « Israël dit qu’elle présentera son plan de retrait dès qu’elle recevra le plan présenté par la partie libanaise. »Barrack a également tenu à dissiper les craintes d’une occupation prolongée, déclarant : « Israël a déclaré qu’elle ne veut pas occuper le Liban, ce qui signifie qu’il y a des signaux positifs des deux côtés, libanais et israélien. » Il a exprimé un optimisme prudent, saluant les efforts du gouvernement libanais : « Je ressens de l’espoir, car le gouvernement libanais a accompli quelque chose de remarquable. »

Il a précisé que le plan de désarmement, attendu pour le 31 août, sera suivi d’une proposition israélienne concernant le retrait de cinq points frontaliers contestés, ajoutant : « Le gouvernement libanais présentera dans les prochains jours sa proposition sur la manière de désarmer le Hezbollah ; à ce moment-là, Israël répondra avec une proposition concernant son retrait. »Pour encourager le désarmement, Barrack a évoqué un mécanisme financier, déclarant : « Il y aura un plan de financement pour indemniser ceux qui abandonnent leurs armes parmi les membres du parti. » Il a également mentionné une mobilisation régionale, affirmant : « Nous ferons venir les pays du Golfe pour contribuer à la zone économique du Sud, et nous lèverons aussi l’inquiétude israélienne. » Ces propositions visent à créer des incitations économiques pour faciliter le processus, tout en répondant aux préoccupations sécuritaires d’Israël. Barrack a conclu en soulignant les bénéfices potentiels d’une coopération, déclarant : « L’accord de paix avec Israël est la voie vers la prospérité et la paix. »

Le Hezbollah : un acteur politique et militaire central
Le Hezbollah, à la fois parti politique influent et force militaire soutenue par l’Iran, est au cœur des tensions. Disposant d’un arsenal sophistiqué, incluant des roquettes et des missiles, il est perçu par Israël comme une menace directe, justifiant la présence de troupes israéliennes dans certaines zones frontalières. Au Liban, le Hezbollah se présente comme une force de « résistance » face à Israël, un discours qui lui confère une légitimité auprès d’une partie de la population, notamment dans la communauté chiite.

Barrack a toutefois critiqué cette posture, déclarant : « Le Hezbollah est sorti du champ politique en insistant sur la possession des armes. »Le désarmement exigé par la délégation américaine pose des défis complexes. Le Hezbollah a toujours résisté aux pressions pour abandonner son arsenal, arguant que ses armes sont nécessaires pour protéger le Liban contre les menaces extérieures. Cette position est renforcée par son rôle dans la coalition gouvernementale, où il exerce une influence significative aux côtés de ses alliés. Une initiative de désarmement, surtout si elle est perçue comme imposée par des acteurs étrangers, risque de provoquer une opposition farouche de la part du parti, compliquant les efforts du président Aoun, qui doit concilier les attentes internationales avec les équilibres internes d’un pays où le Hezbollah est à la fois un acteur politique légitime et une force militaire autonome.

Le spectre d’une guerre civile : une menace persistante
Le Liban, marqué par la guerre civile de 1975-1990, reste vulnérable à une nouvelle escalade interne. Barrack a souligné cette préoccupation, déclarant : « Personne ne veut d’une guerre civile au Liban. » Une tentative de désarmement forcé du Hezbollah pourrait raviver les tensions sectaires dans un pays où les divisions entre communautés chiites, sunnites, chrétiennes et druzes restent palpables. Le Hezbollah, fort de son ancrage populaire dans le sud du Liban, la Bekaa et la banlieue sud de Beyrouth, dispose d’une base de soutien estimée à plusieurs dizaines de milliers de partisans. Une confrontation directe avec l’État ou d’autres factions pourrait dégénérer en affrontements armés, surtout dans un contexte où l’armée libanaise, bien que respectée, manque de ressources pour rivaliser avec l’arsenal du Hezbollah, qui inclut des armes lourdes et des capacités de combat avancées.Les divisions politiques aggravent ce risque. Certains partis, notamment chrétiens et sunnites, soutiennent l’idée d’un désarmement, accusant le Hezbollah de monopoliser le pouvoir et de compromettre la souveraineté de l’État.

Cependant, une mise en œuvre maladroite pourrait être perçue comme une marginalisation de la communauté chiite, alimentant un sentiment d’injustice. La crise économique, qui a plongé plus de 80 % de la population sous le seuil de pauvreté selon les estimations des Nations unies, amplifie ce danger. L’effondrement du système bancaire, la dévaluation de la livre libanaise et l’inflation galopante ont créé un climat de frustration généralisée, rendant le pays plus susceptible de basculer dans l’instabilité. Un faux pas dans la gestion du désarmement pourrait transformer des désaccords politiques en violences ouvertes, avec des conséquences potentiellement dévastatrices pour la cohésion nationale.

Les défis structurels du Liban : une fragilité chronique
Le Liban fait face à des obstacles internes qui compliquent la mise en œuvre des exigences internationales. La crise économique, qualifiée par la Banque mondiale comme l’une des pires depuis le XIXe siècle, a paralysé le pays. La dévaluation de la livre libanaise, qui a perdu plus de 90 % de sa valeur depuis 2019, combinée à l’effondrement du système bancaire, limite la capacité du gouvernement à financer des réformes ou à renforcer l’armée. La classe politique, souvent critiquée pour sa corruption et son incapacité à s’unir, peine à élaborer un projet commun, affaiblissant la légitimité de l’État face à des acteurs non étatiques comme le Hezbollah.

Le président Joseph Aoun, ancien commandant de l’armée, se trouve dans une position complexe. Bien qu’il ait exprimé un engagement envers la souveraineté nationale, il doit naviguer dans un paysage politique fragmenté où les rivalités sectaires et les alliances changeantes compliquent toute tentative de réforme. L’armée libanaise, bien qu’elle soit perçue comme une institution neutre, manque de moyens pour imposer son autorité face à une milice lourdement armée. Ce déséquilibre rend le désarmement du Hezbollah dépendant d’un processus négocié, nécessitant un consensus politique difficile à atteindre dans un pays où les factions s’opposent sur des questions fondamentales.

La FINUL : une mission sous pression
La Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), déployée depuis 1978 et renforcée après la guerre de 2006, joue un rôle de tampon à la frontière sud, mais son efficacité est régulièrement remise en question. Barrack a confirmé le soutien des États-Unis à une prolongation d’un an de son mandat, déclarant : « Nous accepterons de prolonger le mandat de la FINUL d’un an. » Cependant, cette décision intervient dans un contexte de critiques croissantes. Israël reproche à la FINUL de ne pas empêcher les activités militaires du Hezbollah dans la zone sous son contrôle, tandis que certains acteurs libanais critiquent son incapacité à garantir une sécurité durable. Des incidents récents, comme des tirs de roquettes attribués au Hezbollah et des ripostes israéliennes, ont mis en lumière les limites de la FINUL, dont le mandat est souvent jugé trop restrictif pour répondre aux défis actuels.La prolongation du mandat de la FINUL est compliquée par des divergences au sein du Conseil de sécurité des Nations unies.

Certains pays, comme la France, qui contribue significativement à la force, plaident pour un renforcement de son rôle, tandis que d’autres craignent qu’un mandat plus offensif n’entraîne une escalade. Ces tensions internationales ajoutent une couche de complexité aux efforts de stabilisation, alors que la FINUL reste un outil clé pour éviter une confrontation directe entre Israël et le Liban.

Un contexte régional volatile
La question du désarmement du Hezbollah s’inscrit dans un contexte régional tendu. La frontière sud du Liban est une zone de frictions récurrentes, marquée par des échanges de tirs, des incursions transfrontalières et des survols de drones. Israël justifie sa présence militaire dans certaines zones par la nécessité de contrer la menace du Hezbollah, dont l’arsenal, soutenu par l’Iran, inclut des missiles capables de frapper en profondeur le territoire israélien. Le Hezbollah, de son côté, présente ses activités comme une réponse légitime aux incursions israéliennes et à l’occupation de territoires contestés, comme les fermes de Chebaa. Cette dynamique maintient la région dans un état de tension permanente, où un incident mineur pourrait déclencher une escalade majeure.

Un rendez-vous décisif à venir
La visite de la délégation américaine à Baabda met en lumière les enjeux cruciaux auxquels le Liban est confronté. Le plan de désarmement attendu pour le 31 août sera un test déterminant pour la capacité du gouvernement à répondre aux attentes internationales tout en préservant la stabilité interne.

Les propositions de financement pour indemniser les membres du Hezbollah abandonnant leurs armes et l’implication des pays du Golfe pour relancer l’économie du sud du Liban pourraient faciliter ce processus, mais leur mise en œuvre reste incertaine. Le Liban se trouve à un carrefour, où chaque décision pourrait redéfinir son avenir dans une région sous haute tension.

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Newsdesk Libnanews
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