mercredi, février 18, 2026

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Manifestations à Beyrouth sur fond de dénonciation des hausses des taxes visant les plus vulnérables

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Les manifestations contre la hausse des prix de l’essence et de la TVA se multiplient au Liban, rappelant les tensions de 2019. Alors que le gouvernement de Nawaf Salam cherche à financer les augmentations salariales dans le secteur public, les blocages routiers perturbent la circulation dans plusieurs régions, avec une réouverture partielle observée sur l’autoroute du Ring à Beyrouth.

Dans un contexte économique toujours précaire, le Liban fait face à une vague de protestations déclenchée par la décision récente du gouvernement d’augmenter les taxes sur l’essence et la TVA. Ce lundi 17 février 2026, des manifestants ont accepté de rouvrir une voie de l’autoroute du Ring, l’une des artères principales de la capitale, après l’avoir bloquée plus tôt dans la journée. Des heurts entre manifestants et forces de l’ordres ont cependant actuellement lieux.

Les forces de sécurité ont rouvert la route de Palma à Tripoli, au nord du pays, où des blocages persistaient depuis plusieurs heures. Ces événements illustrent les frustrations croissantes d’une population épuisée par les mesures fiscales imposées pour financer les hausses salariales dans le secteur public.

La décision du Conseil des ministres, approuvée il y a quelques jours, prévoit une augmentation de 300 000 livres libanaises sur le prix du baril d’essence et une hausse de 1 % de la TVA. Ces mesures visent à générer des revenus supplémentaires estimés à plusieurs milliards de livres, nécessaires pour couvrir les ajustements salariaux promis aux employés de l’État. Selon des sources au ministère des Finances, dirigé par Yassine Jaber, cette initiative s’inscrit dans le cadre du budget 2026, adopté fin janvier par le Parlement. Le ministre Jaber a déclaré lors d’une réunion du Cabinet : « Ces ajustements sont essentiels pour stabiliser les finances publiques et honorer nos engagements envers les fonctionnaires, qui ont vu leur pouvoir d’achat s’effondrer depuis la crise de 2019. »

Cependant, de nombreux observateurs notent que cette nouvelle hausse fiscale vise avant tout les portions les plus vulnérables de la population, 85% des libanais vivant sous le seuil de pauvreté, sans impacter les portions qui se sont enrichies par la crise.

Les protestations ont éclaté presque immédiatement après l’annonce, avec des blocages signalés sur l’autoroute du Ring et à Khalde, au sud de Beyrouth, ainsi que sur la route reliant Tripoli à la capitale dans la zone de Palma. Des témoins oculaires rapportent que des groupes de citoyens, incluant des chauffeurs de taxi et des commerçants, ont érigé des barricades improvisées avec des pneus et des bennes à ordures, perturbant le trafic et forçant des détours pour des milliers de véhicules. À Tripoli, les forces de sécurité sont intervenues pour dégager la route de Palma, permettant une reprise partielle de la circulation après 34 minutes de blocage total. De même, à 39 minutes d’intervalle, les manifestants ont partiellement obstrué la voie Tripoli-Beyrouth, laissant passer les véhicules d’urgence mais ralentissant le flux commercial.

Ces actions rappellent inévitablement les manifestations massives de 2019, déclenchées par la proposition d’une taxe sur les appels via WhatsApp. À l’époque, cette mesure, perçue comme une goutte d’eau faisant déborder le vase dans un contexte de corruption endémique et de dévaluation de la livre libanaise, avait mobilisé des centaines de milliers de personnes à travers le pays. Les protestations avaient duré des mois, entraînant la démission du gouvernement de Saad Hariri et marquant le début d’une crise économique profonde. Aujourd’hui, les observateurs notent des similitudes : une population appauvrie par l’inflation persistante, avec un taux officiel dépassant les 200 % en 2025 selon les rapports de la Banque mondiale, et un sentiment de déconnexion entre les élites politiques et les besoins quotidiens des citoyens.

Les circonstances actuelles de l’augmentation de la TVA s’ancrent dans les efforts du gouvernement Salam pour redresser les finances publiques. Formé le 8 février 2025 sous la présidence de Joseph Aoun, ce cabinet de 24 ministres – équilibré entre confessions chrétienne et musulmane – a hérité d’une économie en ruines après deux ans de gouvernement intérimaire sous Najib Mikati. Le budget 2026, débattu au Parlement fin janvier, prévoyait déjà des réformes fiscales pour compenser les pertes accumulées depuis la crise de 2019. La hausse de la TVA, passant de 11 % à 12 %, touche directement les biens de consommation courante, des denrées alimentaires aux services essentiels. Couplée à l’augmentation des taxes sur l’essence – fixée à 300 000 livres par baril, soit une hausse effective de 14 000 livres pour 20 litres de 95 octane selon les tableaux publiés par le ministère de l’Énergie le 13 février – cette mesure risque d’alourdir le fardeau des ménages modestes.

Le ministre de l’Énergie, Joe Saddi, a justifié ces hausses lors d’une conférence de presse : « Sans ces revenus supplémentaires, nous ne pourrons pas financer les augmentations salariales équivalant à quatre à six mois de salaire pour les employés publics, y compris les forces armées. C’est une question de survie pour l’État. » Les syndicats du secteur public, regroupés au sein du Rassemblement des syndicats du secteur public, avaient menacé d’escalade si les promesses n’étaient pas tenues. Le 13 février, ils ont publié un communiqué appelant le gouvernement et le Parlement à respecter les engagements pris lors du débat budgétaire, soulignant que les salaires, payés en livres libanaises, ont perdu plus de 90 % de leur valeur depuis 2019.

À Tripoli, ville du nord marquée par une pauvreté chronique, les blocages ont été particulièrement intenses. La route de Palma, un axe vital pour le transport de marchandises vers Beyrouth, a été obstruée par des manifestants protestant contre l’impact sur les coûts de transport. Des images diffusées sur les réseaux sociaux montrent des files de camions immobilisés, avec des conducteurs exprimant leur colère face à l’augmentation des prix du carburant, qui pourrait renchérir les frais de livraison de 20 à 30 % selon des estimations locales. Les forces de sécurité, composées d’unités de la police et de l’armée libanaise, ont procédé à une intervention mesurée, évitant les confrontations violentes pour le moment, bien que des tensions aient été rapportées avec des jets de pierres isolés.

Plus au sud, sur l’autoroute du Ring à Beyrouth, le blocage initial a duré environ une heure, comme indiqué par les dépêches récentes. Les manifestants, organisés en petits groupes spontanés, ont bloqué les voies en direction du centre-ville, causant des embouteillages massifs aux heures de pointe. L’accord pour rouvrir une seule voie, intervenu dix minutes après les négociations avec les autorités locales, permet un écoulement minimal du trafic, mais les perturbations persistent. À Khalde, une zone côtière sensible où se croisent les routes vers le sud du Liban, les blocages ont été similaires, avec des protestataires allumant des feux pour signaler leur présence et attirer l’attention des médias.

Le gouvernement Salam, confronté à cette contestation naissante, a réagi par des déclarations apaisantes. Le Premier ministre Nawaf Salam, dans un discours télévisé le 16 février, a souligné l’importance de ces mesures fiscales pour éviter un effondrement total des services publics. « Nous comprenons les difficultés du peuple libanais, mais sans ces ajustements, les écoles, les hôpitaux et les forces de sécurité ne pourront pas fonctionner », a-t-il affirmé, appelant au dialogue avec les représentants syndicaux. Cependant, les critiques fusent de toutes parts : des députés de l’opposition, comme ceux du bloc du Changement issu des élections de 2022, accusent le cabinet de privilégier les salaires des fonctionnaires au détriment des citoyens ordinaires.

Dans le contexte plus large, ces hausses fiscales interviennent alors que le Liban négocie toujours avec le Fonds monétaire international (FMI) pour un plan de sauvetage. Les discussions, relancées en mars 2025, exigent des réformes structurelles, y compris une rationalisation des subventions et une augmentation des recettes fiscales. Selon un rapport du FMI publié en décembre 2025, la dette publique libanaise avoisine les 150 milliards de dollars, soit plus de 300 % du PIB, rendant impératives de telles mesures. La hausse de la TVA, bien que modeste de 1 %, est vue comme un premier pas vers une fiscalité plus progressive, mais ses détracteurs arguent qu’elle frappe disproportionnellement les classes moyennes et pauvres.

À Tripoli, bastion sunnite historiquement marginalisé, les manifestations prennent une dimension régionale. Les leaders locaux, dont des figures communautaires et des associations de commerçants, ont organisé des sit-ins pacifiques, exigeant des exemptions pour les biens de première nécessité. La route Tripoli-Beyrouth, partiellement bloquée dans la zone de Palma, a vu des manifestants brandir des pancartes rappelant les promesses non tenues des gouvernements précédents. Les forces de sécurité, après 39 minutes d’obstruction, ont permis une circulation alternée, mais les tensions demeurent vives, avec des risques d’escalade si les blocages se prolongent.

Le souvenir de 2019 plane sur ces événements. La taxe WhatsApp, proposée le 17 octobre 2019 par le ministre des Télécommunications de l’époque, Mohamed Choucair, avait été le déclencheur d’un mouvement populaire massif. Des centaines de milliers de Libanais étaient descendus dans les rues, de Beyrouth à Tripoli en passant par Saïda et Nabatieh, réclamant la fin de la corruption et une refonte du système politique confessionnel. Les manifestations avaient conduit à des affrontements avec les forces de l’ordre, des centaines de blessés et une paralysie économique accrue. Aujourd’hui, avec une livre libanaise toujours dévaluée – échangée à plus de 100 000 pour un dollar sur le marché parallèle en février 2026 –, les mêmes griefs resurgissent.

Les implications immédiates de ces protestations se font sentir sur l’économie quotidienne. Les transporteurs, déjà affectés par les pénuries récurrentes de carburant depuis 2021, estiment que la hausse des taxes sur l’essence augmentera les coûts opérationnels de 15 % en moyenne. Des associations comme le Syndicat des propriétaires de stations-service ont averti d’une possible augmentation des prix à la pompe dès la fin de la semaine, passant de 1,2 million de livres pour 20 litres à plus de 1,35 million. À Beyrouth, les embouteillages causés par les blocages sur le Ring et à Khalde ont retardé les livraisons de biens essentiels, provoquant des hausses localisées des prix des produits frais dans les marchés.

Le ministre de l’Énergie Joe Saddi, qui s’est opposé à ces hausses lors de la session du Cabinet, a néanmoins défendu le besoin de réformes plus larges dans le secteur électrique. Récemment, le 20 janvier 2026, il a annoncé le lancement des travaux de réhabilitation de la centrale hydroélectrique d’El Bared, un projet soutenu par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), visant à avancer la transition vers les énergies renouvelables. Ce projet, évalué à plusieurs millions de dollars, prévoit la modernisation des infrastructures datant des années 1950, avec une capacité potentielle de 20 mégawatts supplémentaires pour le réseau national. Lors de la conférence de presse, Saddi a déclaré : « Cette réhabilitation est un pas crucial vers une énergie durable, réduisant notre dépendance aux importations de carburant et atténuant les coupures chroniques d’électricité. »

Plus tôt, le 9 janvier 2026, le ministère de l’Énergie a signé un accord d’exploration gazière avec un consortium international, incluant des compagnies françaises et qatariennes, pour le bloc offshore numéro 8, adjacent à la frontière maritime avec Israël. Cet accord, paraphé par Joe Saddi au siège du gouvernement à Beyrouth, s’inscrit dans les efforts pour exploiter les ressources en hydrocarbures de la Méditerranée orientale, potentiellement génératrices de revenus substantiels. Les officiels du consortium ont souligné que les opérations sismiques débuteront au printemps, avec des estimations préliminaires indiquant des réserves comparables à celles des champs voisins comme Tamar ou Leviathan.

Le 3 février 2026, Saddi a rencontré son homologue qatari, Saad bin Sherida Al Kaabi, pour discuter de coopération en matière d’énergie, y compris des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) afin de pallier les déficits immédiats. Cette rencontre, tenue à Doha, a abouti à un mémorandum d’entente pour des livraisons prioritaires, renforçant les liens bilatéraux dans un contexte régional marqué par les tensions post-conflit avec Israël.

Parallèlement, un plan de réforme du secteur électrique, présenté fin décembre 2025, envisage une augmentation des tarifs et l’atteinte de 24 heures d’électricité par jour d’ici fin 2026. Ce plan, élaboré en collaboration avec la Banque mondiale, inclut la privatisation partielle de la distribution et la lutte contre les pertes techniques, estimées à 40 % du réseau. Saddi a insisté sur la transparence lors d’une présentation au Parlement : « Nous devons rompre avec les pratiques passées pour assurer un secteur viable et auto-financé. »

Le ministre des Finances Yassine Jaber, de son côté, a récemment rencontré l’envoyé présidentiel français pour discuter des soutiens internationaux, le 16 février 2026. Cette réunion à Beyrouth a porté sur les mécanismes de récupération des dépôts bancaires, avec Jaber affirmant que tous les déposants avec moins de 100 000 dollars récupéreront leur argent intégralement. Dans une interview, il a projeté une croissance économique modérée pour 2026, tirée par les secteurs touristique et agricole, malgré les défis persistants.

Ces développements interviennent alors que les protestations continuent de s’étendre, avec des appels à des manifestations plus larges dans les prochains jours. À Saïda et Nabatieh, des blocages similaires ont été signalés, perturbant le commerce interrégional. Les autorités surveillent de près la situation, avec des déploiements renforcés des forces de sécurité pour prévenir une escalade. Les implications immédiates incluent des retards dans les chaînes d’approvisionnement, affectant particulièrement les importations de denrées alimentaires via le port de Beyrouth, déjà sous pression depuis l’explosion de 2020.

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