Une domination nationale renforcée dans un ciel toujours contraint
Au cours des quatre premiers mois de l’année 2025, la compagnie aérienne nationale Middle East Airlines (MEA) a transporté 744 197 passagers sur un total de 1 464 274 voyageurs enregistrés à l’aéroport international de Beyrouth (AIB). Cela représente 51 % du trafic global, selon les statistiques publiées par la direction de l’aviation civile. Ce taux de concentration exceptionnel confirme la position dominante de MEA dans un marché aérien régional encore marqué par les effets résiduels de la pandémie, les contraintes politiques et le repli des compagnies concurrentes.
Une situation d’ultra-dépendance au pavillon national
Parmi les 47 compagnies aériennes actives à Beyrouth au cours de la période, seule MEA dépasse le seuil des 10 % de parts de marché. Elle est suivie très loin par Turkish Airlines (128 135 passagers, soit 8,8 %), Qatar Airways (104 865 passagers, 7,2 %) et EgyptAir (82 930 passagers, 5,7 %). Ce classement souligne à quel point la connectivité internationale du Liban repose aujourd’hui sur MEA, une entreprise semi-publique détenue à 99,5 % par la Banque du Liban. La compagnie joue un rôle stratégique, mais cette dépendance pose aussi des problèmes de résilience économique et de diversité des liaisons.
| Compagnie | Passagers (janv–avril 2025) | Part de marché (%) |
|---|---|---|
| MEA | 744 197 | 51,0 % |
| Turkish Airlines | 128 135 | 8,8 % |
| Qatar Airways | 104 865 | 7,2 % |
| EgyptAir | 82 930 | 5,7 % |
| Flydubai | 45 250 | 3,1 % |
Un trafic en hausse, mais toujours en dessous des niveaux d’avant-crise
Le trafic global sur la période progresse de 16 % par rapport à l’année précédente, mais reste 20 à 25 % inférieur aux chiffres de 2018–2019. Les routes les plus fréquentées restent celles vers les Émirats arabes unis, la Turquie, la France, l’Arabie saoudite et l’Allemagne. Toutefois, plusieurs destinations historiques n’ont pas été rétablies, faute de rentabilité ou en raison de blocages diplomatiques. Le contexte régional (conflit à Gaza, tensions avec certains pays du Golfe) continue de limiter l’expansion du réseau. Le trafic en transit reste marginal : l’aéroport de Beyrouth n’est plus un hub régional depuis longtemps.
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MEA : entre outil stratégique et acteur commercial sous tutelle
La position de MEA est paradoxale : elle est à la fois indispensable pour assurer la continuité territoriale du Libanet soumise à des contraintes opérationnelles sévères. Sa flotte reste limitée (18 appareils actifs), son bilan dépend du soutien indirect de la Banque du Liban, et sa politique tarifaire est parfois critiquée pour son opacité. Si la compagnie a su maintenir un bon niveau de ponctualité et de sécurité, elle souffre d’un manque de transparence financière. Aucun rapport annuel n’a été publié depuis 2021, et les derniers états financiers vérifiés remontent à 2019.
Une absence de concurrence renforcée par des facteurs non économiques
Plusieurs compagnies low-cost européennes ont quitté le marché libanais au cours des cinq dernières années, invoquant des coûts d’assurance élevés, une incertitude sur la convertibilité des revenus en devises, et un manque de clarté réglementaire. Résultat : MEA opère souvent sur des routes où elle est seule à proposer une fréquence quotidienne, sans pression sur les prix. Cela renforce la perception d’un marché captif, où les voyageurs n’ont guère d’options, notamment pour les destinations vers l’Afrique, le Golfe ou l’Europe centrale.
Perspectives : entre stabilisation et vulnérabilité
La MEA prévoit d’augmenter ses fréquences vers l’Europe pour l’été 2025, mais sans acquisition d’appareils supplémentaires. L’ouverture d’une liaison vers Alger est en discussion. Toutefois, le modèle économique de la compagnie reste fragile. Son exposition à un seul hub, sa dépendance à la BDL et l’instabilité du pays sont des facteurs de risque majeurs. Le maintien de 51 % de parts de marché reflète moins une compétitivité internationale qu’un effet de repli systémique, où MEA reste seule faute de concurrence viable. Dans ce contexte, tout incident opérationnel ou géopolitique pourrait rapidement désorganiser l’ensemble du réseau aérien libanais.



