Le président du Parlement libanais, Nabih Berri, a réaffirmé avec fermeté, lors d’un entretien accordé au portail d’information Asas Media le 6 février 2026, que les élections législatives se tiendront à la date prévue en mai prochain. Cette déclaration intervient dans un contexte de débats intenses sur la loi électorale et les modalités du vote des expatriés, alors que le pays fait face à des défis sécuritaires persistants au sud, marqués par des incursions israéliennes quotidiennes. Berri, figure centrale de la politique libanaise depuis des décennies et leader du mouvement Amal, a insisté sur le respect du calendrier constitutionnel, écartant toute modification de la loi entre mai et juillet. Il a rappelé avoir proposé un compromis, consistant à supprimer les six sièges réservés aux expatriés en échange de leur droit de vote dans les circonscriptions d’origine, une offre qu’il a depuis retirée face au refus de ses interlocuteurs.
Cette position de Berri souligne les clivages profonds au sein de la classe politique libanaise, où les questions techniques se mêlent à des enjeux de représentation communautaire et de pouvoir. Le président du Parlement a précisé que le gouvernement n’a qu’un rôle limité dans le processus, se bornant à des procédures impliquant uniquement les ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères. Il a déploré que l’attention se concentre exclusivement sur les élections, occultant les agressions israéliennes récurrentes dans le sud du Liban, qui continuent de menacer la stabilité du pays. Berri a évoqué les élections de 1992, marquées par des doutes sur leur légitimité, pour illustrer comment, une fois tenues, elles ont conféré une pleine reconnaissance au Parlement élu, exprimant ainsi la volonté populaire.
Les enjeux du scrutin de mai
Les élections législatives de mai 2026 s’annoncent comme un test majeur pour la cohésion politique du Liban, dans un pays encore marqué par les séquelles de la crise économique de 2019 et les conflits récents avec Israël. Prévu pour le 10 mai pour les résidents libanais, avec un vote anticipé pour les expatriés les 1er et 3 mai, ce scrutin vise à renouveler les 128 sièges du Parlement, répartis selon le système confessionnel établi par l’accord de Taëf en 1989. Ce mécanisme, qui alloue la moitié des sièges aux musulmans et l’autre aux chrétiens, avec des sous-divisions par confession, vise à assurer une représentation équilibrée mais est souvent critiqué pour perpétuer les divisions sectaires.
Le calendrier électoral a été fixé par un décret du ministre de l’Intérieur, Ahmad al-Hajjar, qui a appelé les corps électoraux à se mobiliser. Les candidatures seront ouvertes du 10 février au 10 mars 2026, marquant le début officiel de la campagne. Ce processus intervient alors que le Liban émerge d’une période de vacance présidentielle prolongée, résolue en janvier 2025 avec l’élection de Joseph Aoun comme président de la République. Aoun, ancien commandant de l’armée, a formé un gouvernement dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam, axé sur la restauration de la souveraineté et la reconstruction économique. Le président Aoun a réitéré son engagement pour la tenue des élections dans les délais, soulignant qu’elles constituent une obligation constitutionnelle incontournable.
Les controverses autour du vote des expatriés
Au cœur des débats figure la question du vote des Libanais de la diaspora, estimée à plusieurs millions de personnes. La loi électorale de 2017 prévoit six sièges supplémentaires réservés aux expatriés, mais son application reste ambiguë, faute de mécanismes clairs pour leur allocation. Berri a critiqué les opposants à sa proposition initiale, notant que certains, autrefois favorables, s’y opposent désormais. Il a retiré son offre, insistant sur l’application stricte de la loi actuelle, et a déclaré qu’il ne convoquerait aucune session parlementaire pour la modifier. Cette stance a provoqué des tensions, avec une majorité de députés boycotant des sessions passées pour protester contre l’exclusion d’un projet de loi accéléré visant à permettre aux expatriés de voter dans leurs circonscriptions d’origine.
Le ministre de l’Intérieur, Ahmad al-Hajjar, a confirmé que les préparatifs avancent malgré les défis sécuritaires et logistiques. Une circulaire récente détaille les délais pour les retraits de candidatures et l’enregistrement des listes électorales, soulignant l’urgence de résoudre les ambiguïtés légales. Le gouvernement a formé un comité interministériel pour évaluer l’applicabilité de la loi, concluant que sans amendements, le cadre existant ne peut être pleinement opérationnel. Des figures comme le député Samir Geagea, leader des Forces libanaises, ont accusé Berri d’obstruer le processus, arguant que son refus de soumettre le projet à l’agenda parlementaire risque de compromettre les élections.
Ces controverses reflètent des calculs politiques plus larges. Pour le duo chiite formé par Amal et le Hezbollah, le maintien de la loi actuelle pourrait consolider leur emprise sur les 27 sièges réservés à la communauté chiite. Les élections de 2022 ont révélé des disparités internes, avec des candidats du Hezbollah surpassant souvent ceux d’Amal dans les mêmes districts, comme à Nabatieh où Mohammad Raad a obtenu près de 48 500 voix contre environ 20 000 pour Hani Qbeissi. Berri, âgé de 88 ans en janvier 2026, voit dans ce scrutin une opportunité de renforcer sa position, tout en naviguant les pressions internes et internationales.
Les dynamiques communautaires et les défis chiites
La communauté chiite, traditionnellement dominée par le duo Amal-Hezbollah depuis 1992, fait face à des défis croissants. Les opposants chiites indépendants, émergents après les manifestations de 2019, cherchent à briser ce monopole en capturant des sièges. Des figures comme celles interviewées par des médias locaux expriment leur ambition de contester l’hégémonie, arguant que les revers militaires du Hezbollah face à Israël pourraient éroder son soutien populaire. Berri a minimisé les rumeurs de report des élections de deux ans, affirmant qu’aucune discussion sérieuse n’a eu lieu et que le duo chiite est prêt à sécuriser tous les sièges chiites.
Le Hezbollah, affaibli par les conflits récents, prépare activement le scrutin. Des rapports indiquent des campagnes internes pour réhabiliter son image, en se positionnant comme défenseur de la souveraineté face aux incursions israéliennes. Le parti vise à préserver son bloc parlementaire, allié au mouvement Amal dans la coalition du 8 Mars, qui a souvent bloqué des réformes sur le désarmement et la transparence. Le président Aoun, soutenu par une coalition incluant des forces opposées au Hezbollah, a placé la restauration de la souveraineté en tête de ses priorités, appelant à l’application de la résolution 1559 de l’ONU, qui exige le désarmement des milices.
Ces dynamiques s’entremêlent avec les enjeux sécuritaires. Berri a souligné que les attaques israéliennes quotidiennes au sud distraient de l’urgence électorale. Israël, qui s’est retiré partiellement du sud Liban en février 2025 mais maintient des positions dans cinq zones litigieuses, justifie sa présence par la nécessité d’empêcher le retour du Hezbollah au sud du Litani. Dans une déclaration conjointe du 18 février 2025, Aoun, Berri et Salam ont exigé un retrait complet israélien, réaffirmant l’unité libanaise face à l’occupation.
Les préparatifs logistiques et les pressions internationales
Malgré les tensions, les préparatifs avancent. Le ministère de l’Intérieur a lancé une campagne de sensibilisation intitulée « Votre vote est l’image de la nation », encourageant les citoyens à vérifier leurs données électorales d’ici le 1er mars 2026. Un numéro dédié, 1766, est disponible pour les questions. Le Supervisory Commission for Elections, renforcée par des projets d’assistance comme LEAPS financé par l’Union européenne, vise à améliorer la transparence, incluant des débats sur les mégacentres de vote et une quota de genre.
Sur le plan international, des acteurs comme les États-Unis exercent des pressions. Une législation introduite le 5 février 2026 par les congressistes Darin LaHood et Darrell Issa vise à sanctionner quiconque obstrue le processus électoral, particulièrement le vote des expatriés. Cette mesure, baptisée SAFE Lebanon Act, reflète les préoccupations sur l’ingérence du Hezbollah et des élites corrompues. L’ONU, via ses rapports sur la résolution 1559, suit de près l’évolution, notant les progrès municipaux de mai 2025 comme un précédent positif.
Les implications pour la stabilité économique et la reconstruction
Les élections interviennent alors que le Liban peine à relancer son économie. La dette publique, estimée à plus de 100 milliards de dollars, et l’inflation persistante exigent des réformes urgentes. Le gouvernement Salam a présenté un budget 2026 incluant des clauses pour la reconstruction du sud, mais des disputes avec Berri sur l’exclusion initiale de ces fonds ont escaladé. Berri a lié une frappe israélienne en octobre 2025 à ces tensions budgétaires, accusant Israël d’exploiter les divisions internes.
La reconstruction post-conflit, évaluée à des dizaines de milliards, dépend de la stabilité post-électorale. Le FMI et la Banque mondiale conditionnent leur aide à des réformes, incluant l’indépendance judiciaire et la restructuration bancaire. Les élections pourraient renforcer un Parlement favorable à ces mesures, ou perpétuer les blocages si le duo chiite maintient sa majorité. Des opposants comme Sami Gemayel, leader des Kataeb, appellent au désarmement du Hezbollah avant le scrutin pour garantir sa liberté, particulièrement dans les zones sous influence armée.
Les perspectives immédiates des préparatifs électoraux
À mesure que la date approche, les alliances se forment. Le Hezbollah et Amal coordonnent leurs listes pour maximiser les gains chiites, tandis que des coalitions anti-duo, incluant les Forces libanaises et des indépendants issus de 2019, cherchent à capitaliser sur le mécontentement populaire. Le ministère de l’Intérieur a ajusté les dates pour résoudre des problèmes logistiques, reportant le vote résident au 10 mai et expatrié aux 1er et 3 mai. Le personnel électoral votera le 7 mai. Ces ajustements visent à accommoder les défis sécuritaires, avec des préoccupations sur l’escalade israélienne influençant les délibérations. Le président Aoun a exhorté la commission de supervision électorale à résister aux pressions, affirmant que tout report doit être technique et limité. Berri, dans ses déclarations récentes, a réitéré que la volonté politique prime sur les obstacles légaux, insistant sur l’application de la loi existante sans amendements. Les candidatures imminentes, à partir du 10 février, marqueront l’entrée sérieuse dans la phase électorale, avec les nominations publiques signalant le début concret du processus.



