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Najib Mikati, figure de consensus ou symbole du statu quo ?

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Le rôle du Premier ministre au Liban est défini par les accords de Taëf de 1989, qui ont mis fin à la guerre civile et réorganisé le partage des pouvoirs entre les communautés. Dans ce système confessionnel, la fonction de Premier ministre est réservée à un musulman sunnite, un équilibre politique essentiel pour maintenir la stabilité du pays. Cependant, ce modèle est souvent critiqué pour son incapacité à répondre aux aspirations d’un pays traversé par des crises successives. Selon Ad Diyar (12 janvier 2025), ces consultations parlementaires représentent une opportunité unique pour Joseph Aoun, récemment élu président, d’inaugurer son mandat avec un choix fort et symbolique​. Depuis la crise politique de 2019, marquée par des manifestations de masse contre la corruption et la mauvaise gestion, le Liban n’a cessé de basculer entre instabilité politique et détérioration économique. Les précédentes nominations, notamment celles de Hassan Diab ou de Najib Mikati, ont souvent été perçues comme des solutions transitoires, incapables de répondre aux véritables défis structurels. Le processus actuel s’inscrit dans cette continuité, avec des attentes accrues de la part des citoyens et des partenaires internationaux.

Contexte politique et consultations en cours

Le Liban, en pleine crise politique et économique, entame une étape cruciale avec la désignation imminente d’un nouveau Premier ministre. Cette décision intervient après l’élection récente de Joseph Aoun à la présidence de la République, un événement qui a marqué la fin de plusieurs mois de vide institutionnel. Les consultations parlementaires obligatoires, prévues à Baabda sous la supervision du président Aoun, rassembleront les blocs parlementaires pour choisir le chef du futur gouvernement. D’après Ad Diyar (12 janvier 2025), les premières rencontres incluront une réunion avec le président du Parlement, Nabih Berri, suivie de discussions intensives avec les principales forces politiques du pays. Ce processus se déroule dans un contexte de tensions politiques et sociales exacerbées. Les divisions au sein des blocs parlementaires reflètent une société polarisée, marquée par la défiance envers la classe politique traditionnelle. Les mouvements de protestation nés en 2019 continuent de réclamer un changement radical, tandis que les élites traditionnelles cherchent à préserver leurs positions dans le système confessionnel libanais.

Najib Mikati : un favori solide mais contesté

Najib Mikati, ancien Premier ministre, émerge comme le favori pour occuper à nouveau ce poste. Soutenu par Nabih Berri et les blocs alliés au Hezbollah, Mikati est perçu comme une figure de consensus capable de naviguer dans les eaux tumultueuses de la politique libanaise. Son expérience et son pragmatisme en matière de réformes économiques sont des atouts majeurs pour ses partisans. Selon Al Quds (12 janvier 2025), Mikati a démontré sa capacité à négocier avec les institutions internationales, notamment le FMI, un partenaire crucial pour le redressement économique du Liban mais sans résultat probant au final, faute de pouvoir mettre en place les réformes nécessaires

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Sa candidature suscite aussi des critiques. Une partie de l’opposition et des réformateurs voient en lui un symbole de continuité avec une classe politique largement tenue responsable de la crise actuelle. Ces voix appellent à une rupture avec l’ordre établi et à l’émergence d’une figure réformiste susceptible de répondre aux aspirations populaires exprimées lors des manifestations de 2019.

Opposition et critiques populaires

La candidature de Mikati n’est pas sans susciter des oppositions. Les mouvements sociaux, qui continuent de revendiquer une refonte totale du système, perçoivent en lui un symbole d’un statu quo largement critiqué. D’après Al Sharq Al Awsat (12 janvier 2025), des groupes de jeunes militants appellent à un changement radical, proposant des figures issues de la société civile ou des technocrates, bien que ces dernières manquent souvent de soutien parlementaire pour devenir des alternatives crédibles.

Les candidats comme Ashraf Rifi ou Fouad Makhzoumi cherchent à capter cet appel au changement. Rifi, en particulier, s’appuie sur une rhétorique anti-Hezbollah pour rallier une partie de l’électorat sunnite. Cependant, son manque de soutien parmi les blocs parlementaires chiites et chrétiens limite ses chances de succès. Quant à Makhzoumi, son profil d’homme d’affaires et son discours réformiste attirent des soutiens modérés, mais il reste isolé dans un paysage politique dominé par des alliances confessionnelles rigides​.

Défis économiques : la priorité absolue

La nomination d’un Premier ministre intervient dans un contexte économique désastreux. La livre libanaise a perdu plus de 90 % de sa valeur depuis 2019, plongeant une grande partie de la population sous le seuil de pauvreté. Selon les chiffres rapportés par Ad Diyar, l’inflation galopante et la paralysie des institutions ont aggravé les inégalités et la précarité sociale​. Pour le FMI et les institutions financières internationales, les priorités du futur gouvernement sont claires :

  1. Stabilisation monétaire et restructuration bancaire.
  2. Réforme des subventions énergétiques pour réduire les dépenses publiques.
  3. Lutte contre la corruption à travers des audits indépendants et des mécanismes de transparence. Ces réformes, bien que nécessaires, risquent d’accentuer les tensions sociales si elles ne sont pas accompagnées de mesures visant à protéger les plus vulnérables. La formation rapide d’un cabinet capable d’engager ces changements est donc essentielle.

Enjeux régionaux et implications géopolitiques

Le rôle du Liban en tant que carrefour géopolitique le place sous l’influence constante des puissances régionales. Al Sharq Al Awsat (12 janvier 2025) rapporte que l’Arabie saoudite, après une période de désengagement relatif, surveille de près le processus de nomination. Le royaume cherche à soutenir des forces capables de limiter l’influence du Hezbollah et, par extension, celle de l’Iran. En revanche, l’Iran, via le Hezbollah, s’efforce de garantir que le futur gouvernement ne remettra pas en cause ses intérêts stratégiques.

Ce jeu d’équilibre entre Riyad et Téhéran complique les négociations parlementaires, où chaque décision est scrutée à travers le prisme des alliances régionales.

En outre, la France continue de jouer un rôle clé dans la médiation internationale, exigeant des réformes pour débloquer l’aide financière européenne. Emmanuel Macron, qui s’est rendu plusieurs fois à Beyrouth depuis 2020, a récemment renouvelé son appel à une gouvernance efficace et transparente.

Perspectives et scénarios possibles

Si Najib Mikati est nommé, il pourrait former rapidement un gouvernement grâce à ses relations établies avec les blocs parlementaires. Cependant, sa capacité à engager des réformes profondes reste incertaine, surtout dans un contexte où les alliances sont fragiles. À l’inverse, un blocage prolongé des consultations pourrait exacerber la crise, accentuer la méfiance populaire et entraîner des manifestations de grande ampleur.

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