16,5 milliards de dollars: un montant déjà comptabilisé, mais pas assumé
Le 12 janvier 2026, Nawaf Salam répond à une demande insistante de la Banque du Liban. La banque centrale affirme que la position officielle de l’État sur sa dette envers elle reste contestée ou non reconnue. Cela vaut même après la signature d’un mémorandum d’entente entre la Banque du Liban et le ministère des Finances. Le montant au centre du litige est de 16,5 milliards de dollars.
Ce chiffre n’est pas présenté comme une estimation vague. Il renvoie à une dette déjà “mise en comptes”. Il est rapporté que l’ancien gouverneur l’avait enregistré au bilan de la Banque du Liban comme des facilités accordées à l’État. Autrement dit, il s’agit d’un crédit de la banque centrale à l’État, reconnu dans la comptabilité de la banque centrale.
La contestation vient donc d’un point précis. Le problème n’est pas l’existence d’un document. Le problème est l’absence d’acceptation politique et administrative d’une dette que la banque centrale considère comme actée.
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Pourquoi c’est contesté: une “position officielle” qui n’existe pas encore
Le cœur de la crise tient à une formule simple. La Banque du Liban dit que l’État ne tient pas une ligne officielle claire sur ce montant. Nawaf Salam, tel qu’il est rapporté, reconnaît que la situation reste disputée.
Cette contestation a un effet immédiat. Elle empêche de bâtir un cadre stable. Une dette reconnue devient un point de départ. Une dette contestée devient un champ de bataille. Elle devient aussi un argument de report, car on peut toujours dire que le dossier n’est pas “mûr”.
L’enjeu est d’autant plus sensible que ce chiffre se trouve au milieu d’un chantier plus large. Ce chantier est la loi sur l’écart financier, c’est-à-dire la loi qui doit encadrer la manière dont les pertes sont identifiées et réparties.
Karim Souaid: deux annonces pour empêcher un retour “au point de départ”
Karim Souaid choisit une riposte publique. Le récit explique qu’il veut éviter que l’absence de reconnaissance par l’État “ramène la crise à son point de départ”.
Il fait alors deux annonces, rapportées comme centrales. Premièrement, il affirme que le ministère des Finances reconnaît sa signature sur le mémorandum et sur le montant de 16,5 milliards. Deuxièmement, il affirme que ce montant ne serait qu’un tiers de la dette totale envers la Banque du Liban. Il avance un total proche de 50 milliards de dollars.
Il ajoute un élément technique, mais politiquement explosif. Il parle de “demandes non régulières” qu’il évalue à environ 35 milliards de dollars. Il indique que, après retraitement de ces demandes, le reste correspondrait, dans son explication, à ce qui demeure de la “fuite” globale.
Dans cette séquence, le gouverneur ne se contente pas de défendre un chiffre. Il élargit la scène. Il transforme un litige sur 16,5 milliards en débat sur l’ampleur réelle de l’écart.
Le contexte politique: une loi de l’écart financier attaquée pour manque de chiffres
Cette bataille des montants n’arrive pas dans le vide. Elle est rapportée comme liée à une critique majeure du projet de loi sur l’écart financier. Le texte est accusé de manquer de chiffres clairs sur la répartition des fonds et sur les estimations des postes contestés. Cela alimente les critiques et les doutes sur l’absence d’engagements explicites.
C’est ce contexte qui éclaire la stratégie des acteurs. Le gouvernement cherche à éviter une explosion politique. Le gouverneur cherche à verrouiller une base chiffrée. Les députés, eux, observent un texte critiqué pour son flou, et une dette déjà enregistrée au bilan de la banque centrale mais contestée par l’État.
Ce que la querelle produit: une réforme bloquée par une “double vérité”
Quand l’État ne reconnaît pas une dette que la banque centrale dit avoir comptabilisée, deux vérités coexistent. Une vérité comptable du côté de la Banque du Liban. Une vérité politique du côté de l’exécutif.
Cette coexistence est précisément ce qui fragilise tout le reste. La loi sur l’écart financier a besoin d’un socle. Sans socle, chaque camp peut rejeter la répartition des pertes. Le citoyen, lui, n’entend qu’une chose. Les institutions ne disent pas la même chose sur les mêmes chiffres.
Une réponse de gouvernement, plus qu’un débat de banque centrale
La réponse de Nawaf Salam, en reconnaissant l’existence de la contestation, a un effet politique. Elle officialise le désaccord. Elle oblige aussi les institutions à sortir du non-dit.
En face, la parole de Karim Souaid vise à rendre le non-dit impossible. Il fixe un chiffre. Il affirme une signature. Puis il élargit l’addition. Cela place l’exécutif devant une alternative très dure. Reconnaître, et assumer l’impact sur le débat des pertes. Ou contester, et accepter l’idée d’un retour au point de départ.



