Au troisième jour de l’opération « Rising Lion », lancée dans la nuit du 12 au 13 juin 2025, Israël intensifie ses frappes aériennes contre des cibles stratégiques en Iran, visant son programme nucléaire et ses infrastructures militaires. Ces attaques, marquant une escalade sans précédent, soulèvent la question de la capacité d’Israël à neutraliser le programme nucléaire iranien sans le soutien direct des États-Unis. L’hypothèse selon laquelle Israël chercherait à entraîner les États-Unis dans le conflit, malgré le refus actuel de Donald Trump, ainsi que la possibilité, bien que moins probable, d’un recours à l’arme nucléaire par Israël, compliquent l’analyse des enjeux techniques, stratégiques et géopolitiques.
Les frappes israéliennes depuis le début de l’opération Rising Lion
La première nuit, l’opération a mobilisé plus de 70 chasseurs de l’Israeli Air Force et des drones, frappant environ 40 sites en Iran. À Natanz, le principal site d’enrichissement d’uranium, les structures en surface, incluant des bâtiments administratifs et des systèmes d’alimentation électrique, ont été endommagées, mais les installations souterraines abritant les centrifugeuses avancées sont restées intactes, selon l’Organisation iranienne de l’énergie atomique. À Ispahan, un centre de recherche nucléaire, quatre bâtiments, dont une usine de conversion d’uranium, ont été touchés, d’après l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). À Fordo, site d’enrichissement enfoui sous une montagne, aucun dégât significatif n’a été rapporté, et le réacteur à eau lourde de Khondab est indemne. À Téhéran, le ministère de la Défense, l’Organisation de recherche et d’innovation en matière de défense (Sapand), et l’Université de technologie Malek Ashtar ont été visés, tuant neuf scientifiques nucléaires et plus de 20 commandants, dont Gholamreza Mahraby et Mehdi Rabbani. Des raffineries à Tabriz, des dépôts pétroliers à Shahran, et une installation de missiles à Khorramabad ont été frappés.
Le deuxième jour, les frappes se sont concentrées sur Natanz, des bases aériennes près de Tabriz, et des systèmes de défense antiaérienne S-300 russes. Un incendie a été signalé au gisement gazier South Pars à Kangan. L’Iran a riposté avec 200 missiles balistiques et des drones dans l’opération « Promesse honnête 3 », tuant neuf personnes en Israël, dont quatre à Bat Yam, une à Haïfa, et deux dans le centre, blessant 150 autres, dont six gravement. À Bat Yam, 18 personnes restaient disparues sous les décombres.
Au troisième day, le 14 juin, l’Israeli Air Force a ciblé des réseaux de défense à Téhéran, deux bases aériennes, et des sites de production de missiles balistiques. À Ispahan, une installation de production d’uranium métallique a été démantelée, selon l’IDF. L’Iran a rapporté 78 morts, dont 30 militaires dans l’Azerbaïdjan oriental, et plus de 320 blessés. Aucun dégât radiologique n’a été détecté, selon l’AIEA.
Les capacités nucléaires iraniennes et les dommages infligés
L’Iran enrichit de l’uranium à 60 %, proche du seuil de 90 % requis pour une arme nucléaire, avec un stock de 5 500 kg en mai 2025, suffisant pour plusieurs bombes si enrichi davantage, selon l’AIEA. Natanz abrite des centrifugeuses IR-6 et IR-9 protégées sous terre, tandis que Fordo, avec plus de 1 000 centrifugeuses IR-6, est conçu pour résister aux frappes conventionnelles. Les frappes israéliennes ont perturbé Natanz en surface, mais les installations souterraines restent opérationnelles. Fordo et Khondab n’ont subi aucun dommage significatif, limitant l’impact sur l’enrichissement. L’élimination de scientifiques ralentit le programme, mais l’Iran a montré sa résilience après des sabotages comme Stuxnet en 2010.
Les capacités militaires d’Israël : forces et limites critiques
Israël dispose de 340 avions de combat, dont des F-35 furtifs, des F-15 et F-16 modernisés, et des missiles Jericho-3 (portée de 4 800 à 6 500 km). Les drones Hermes et Harop ont permis des frappes précises. Cependant, des contraintes limitent une action unilatérale :
- Le ravitaillement en vol, avec seulement sept ravitailleurs Boeing 707 et KC-46 Pegasus, est insuffisant pour une campagne prolongée à 1 500-2 000 km.
- Les sites souterrains comme Fordo nécessitent des bombes GBU-57 Massive Ordnance Penetrator de 13,6 tonnes, capables de détruire des bunkers à plus de 60 mètres. Israël ne dispose pas de ces bombes en quantité suffisante, et leur transport requiert des bombardiers B-2 Spirit ou B-52 Stratofortress, absents de son arsenal. Les F-35 et F-15 ne peuvent emporter ces munitions, limitant les frappes aux bombes GBU-28 de 2,3 tonnes, inefficaces contre Fordo, qui reste non endommagé.
- Les défenses iraniennes, bien que temporairement neutralisées, pourraient se réorganiser lors d’une campagne prolongée.
Hypothèse : Israël cherche-t-il à entraîner les États-Unis dans le conflit ?
Une hypothèse largement discutée est qu’Israël, par l’ampleur de ses frappes, cherche à provoquer une escalade qui forcerait les États-Unis à intervenir. Benjamin Netanyahu, en intensifiant les attaques sur des sites nucléaires et en éliminant des figures clés comme Hossein Salami, pourrait viser à pousser l’Iran à une riposte massive, menaçant les intérêts américains dans la région, comme les bases au Qatar ou à Bahreïn. Cette stratégie, si elle existe, repose sur l’idée que Washington, allié historique d’Israël, ne pourrait rester neutre face à une guerre régionale. En 2025, les frappes ont coïncidé avec des avertissements iraniens contre les bases américaines, et l’Iran a menacé les États-Unis, le Royaume-Uni et la France de représailles si leurs forces interféraient.
Cependant, Donald Trump a explicitement refusé de s’impliquer, déclarant le 14 juin que Washington « n’avait rien à voir » avec les frappes israéliennes, tout en menaçant l’Iran d’une réplique « maximale » si les États-Unis étaient attaqués. Trump, après un échange avec Vladimir Poutine, a appelé à la fin du conflit, suggérant une préférence pour la diplomatie. Les États-Unis ont fourni un soutien limité, comme l’interception de missiles iraniens via leurs défenses antimissiles, mais n’ont pas engagé de forces offensives. Cette retenue reflète la volonté de Trump d’éviter une guerre coûteuse, particulièrement après les tensions économiques liées à la flambée des prix du pétrole en juin 2025. L’hypothèse qu’Israël tente de pousser les États-Unis dans le conflit reste plausible, mais pour l’instant, elle se heurte au refus américain de s’engager militairement.
La dépendance stratégique vis-à-vis des États-Unis
Les États-Unis fournissent des bombes GBU-28 et GBU-31, utilisées en 2025, et des renseignements via le Commandement central. Les bases américaines au Qatar, à Bahreïn et en Jordanie offrent un soutien logistique potentiel. Sans ce soutien, Israël manque :
- Bombes GBU-57, nécessitant des B-2 ou B-52.
- Ravitaillement suffisant pour des missions répétées.
- Satellites américains pour un ciblage précis.
- Couverture diplomatique face aux retombées.
Une opération unilatérale exposerait Israël à des missiles iraniens, comme les 200 du 14 juin, qui ont saturé les défenses Dôme de fer et Arrow. L’Iran a menacé de lancer 2 000 missiles supplémentaires, et ses proxies, comme le Hezbollah, pourraient ouvrir un second front.
Hypothèse de l’utilisation de l’arme nucléaire par Israël
Une hypothèse moins probable, mais évoquée dans les cercles stratégiques, concerne un éventuel recours à l’arme nucléaire par Israël pour détruire le programme iranien. Israël posséderait entre 80 et 200 ogives nucléaires, livrables par des Jericho-3 ou des F-35, selon le Stockholm International Peace Research Institute. Bien que Benjamin Netanyahu ait affiché une posture agressive, qualifiée d’irrationnelle par certains en raison de son insistance à escaler, le recours à l’arme nucléaire serait une décision extrême. Une attaque nucléaire sur Fordo ou Natanz pourrait neutraliser ces sites, mais introduirait l’arme au Moyen-Orient, une région où aucun État n’a encore utilisé cette option.
Un tel acte isolerait davantage Israël sur la scène internationale, déjà critiqué par l’Union européenne et l’ONU pour ses frappes conventionnelles. L’Iran, soutenu par la Chine et la Russie, pourrait justifier une riposte massive, et des alliés comme le Hezbollah pourraient intensifier leurs attaques. Les retombées radioactives menaceraient les populations régionales, provoquant une condamnation mondiale, y compris de pays comme la Jordanie ou l’Arabie saoudite, qui ont toléré les survols israéliens. Malgré la pression interne en Israël pour contrer la menace iranienne, l’utilisation de l’arme nucléaire reste hautement improbable en raison de ses conséquences diplomatiques, environnementales et stratégiques.
Les défis géopolitiques et logistiques
La distance de 1 500 à 2 000 km entre Israël et l’Iran complique les opérations. Survoler l’Irak, la Syrie ou l’Arabie saoudite nécessite des autorisations ou des violations risquées. L’Irak a demandé à l’Iran de ne pas cibler les bases américaines sur son sol, et l’Azerbaïdjan a refusé d’autoriser des frappes depuis son territoire. La Jordanie a fermé son espace aérien temporairement. Le budget militaire israélien, environ 24 milliards de dollars en 2025, dépend de l’aide américaine de 3,8 milliards annuels.
L’Iran a dispersé ses installations nucléaires, incluant Natanz, Fordo, Ispahan, Arak, Bushehr et des laboratoires clandestins. Les stocks d’uranium enrichi, dispersés dans des sites fortifiés, sont difficiles à éliminer.
La riposte iranienne et ses implications
La réponse iranienne du 14 juin, avec 200 missiles et une seconde salve à 03h10 le 15 juin, a causé des dégâts en Israël. À Bat Yam, quatre personnes, dont deux femmes âgées et un garçon de 10 ans, sont mortes, et 18 restaient disparues. À Haïfa, une jeune femme a été tuée, et à Rehovot, 37 blessés ont été signalés. Sept soldats israéliens et le consul de Croatie à Tel Aviv, avec son épouse, ont été blessés. Une opération unilatérale prolongée pourrait provoquer une escalade similaire.
Les perspectives d’une action unilatérale
Les frappes de 2025 ont montré qu’Israël peut infliger des dommages ciblés, neutralisant temporairement les défenses iraniennes et tuant des figures clés. Cependant, la destruction complète du programme nucléaire iranien, incluant les centrifugeuses souterraines, les stocks d’uranium et les connaissances scientifiques, nécessiterait une campagne prolongée. Sans les bombes GBU-57, transportables uniquement par des B-2 ou B-52 américains, Israël ne peut pénétrer les installations comme Fordo, qui restent non endommagées. L’hypothèse qu’Israël pousse les États-Unis à intervenir est plausible, mais contrecarrée par le refus de Trump. L’utilisation de l’arme nucléaire, bien que théoriquement possible, isolerait Israël et est peu probable. Les limites de ravitaillement, la dépendance aux renseignements américains, et les risques de représailles rendent une neutralisation unilatérale improbable.



