lundi, février 23, 2026

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Que penser du projet de loi du gouvernement Mikati et de la BDL qui a fuité ?

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Le 9 février dernier, dans la foulée de la promulgation du budget 2024 et de la publication de deux circulaires par la Banque du Liban (BDL) tendant vers l’unification des taux de change et alors que les Libanais célébraient la Saint Maron, un projet de loi du gouvernement Mikati, de la Commission de contrôle des banques et de la BDL visant à restructurer le secteur bancaire et à répartir ses 70 milliards de dollars de pertes a fuité. Il compte une soixantaine de pages.

Le Vice-Premier ministre Saadé Chami qui veut arracher un accord avec le Fonds monétaire international (FMI) a déclaré à l’Agence nationale d’information (ANI) qu’il s’agit du « meilleur projet de loi possible vu les circonstances difficiles que traverse le pays » car il vise à « protéger les dépôts légitimes », « renforcer la stabilité financière » et « réhabiliter le secteur bancaire afin qu’il joue son rôle dans le financement du secteur privé et des citoyens » et cela afin de « stimuler la croissance » tout en s’assurant de la « soutenabilité de la dette publique et de la continuité des services publics » et en « réduisant les risques systémiques du secteur financier ».

Les banques considèrent pourtant que le projet leur fait supporter le poids des pertes et plaident en faveur d’une plus grande participation de l’Etat et de la BDL. Le projet reprend en effet ce que le plan Lazard préconisait concernant la restructuration du secteur bancaire mais manque de clarté concernant la répartition des 70 milliards de dollars de pertes.

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Le projet veut imposer aux banques étrangères opérant au Liban l’obligation de payer tous les dépôts sans restructuration. Ainsi, les groupes basés à l’étranger auxquels elles appartiennent seront contraints à assumer les pertes sans en faire subir le poids à leurs clientèles. Toutefois, il faut déterminer quelles sont ces banques étrangères. On peut raisonnablement penser qu’il s’agit de banques telles Arab Bank et Emirates Lebanon Bank (filiale de Bank of Sharjah).

A travers ce projet, le gouvernement instaure le principe de la hiérarchie des droits et des créances ce qui signifie que l’actionnariat des banques sera modifié avec la dilution des actionnaires actuels (« write-off » par la ponction du capital des banques et « wipe-out » ou radiation, éviction des actionnaires) sauf si les actionnaires des banques recapitalisent eux-mêmes les banques ou si ces dernières trouvent de nouveaux investisseurs. 

Le projet consacre la distinction entre les dépôts en lollars constitués avant le 17 octobre 2019 et ceux constitués par la conversion illégale de livres libanaises en devises après le 17 octobre 2019. 

Les banques sont sommées de garantir un remboursement des dépôts jusqu’à 100 000 dollars pour les dépôts en lollars constitués avant le 17 octobre 2019 et jusqu’à 36 000 dollars pour les dépôts en lollars constitués après le 17 octobre 2019. 

En ce qui concerne les dépôts supérieurs à ces sommes, ils seront retirés du bilan des banques qui ne peuvent pas supporter 90 milliards de dollars d’autant que la BDL va effacer une partie de sa dette envers les banques. Ils pourraient être transformés en actions de banques (bail-in) mais au cours de 4 lollars pour un dollar, en livres libanaises (lirification) par une conversion des dépôts à un taux équivalent à 20% de celui du marché ou en titres synonymes de droits sur un fonds de restitution des dépôts à créer (le projet ne présente pas les contours de ce fonds). 

Pour répondre aux exigences de transparence et de lutte contre la corruption dans l’administration, les banques devront s’assurer de l’origine des fonds des fonctionnaires ayant des dépôts supérieurs à 300 000 dollars. 

Pour les actionnaires de banques optant pour la liquidation de leurs établissements, ils pourraient faire face à des saisies conservatoires sur leurs biens et des poursuites judiciaires. 

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Michel Fayad
Michel Fayadhttp://www.michelfayad.com/
Michel Fayad est un professionnel de l’énergie et de la finance, formateur en géopolitique à l’IFP Training (IFP Énergies nouvelles) et ancien conseiller du ministre libanais de l’Économie et du Commerce. Diplômé entre autres de New York University (NYU) Stern, de la London School of Economics and Political Science (LSE), de HEC Paris et de l’Université Paris Saclay, il a étudié notamment la science politique, la diplomatie, la géopolitique, le droit, l’économie, le management, la finance et la gestion. Son mémoire de Master, consacré à la menace fondamentaliste sunnite au Liban, a été salué par de grands universitaires comme les professeurs Lina Murr Nehmé et Joseph Maïla, ex-directeur de la Prospective et du Pôle Religion au ministère français des Affaires étrangères. Il a conçu, structuré, financé et dirigé des projets dans l’énergie, les ressources naturelles et les infrastructures pour Bluegreen (groupe Bucherer), Bolloré Transport & Logistics et d’autres, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie centrale et en Europe. Il a également exercé des activités de conseil pour Axa, EDF, Manutan et d’autres. Il a enfin siégé aux conseils d’administration de sociétés énergétiques et minières cotées à la Bourse de Londres (AIM) et sur Euronext Growth Oslo. Doctorant à l’Université Grenoble Alpes et à Sciences Po Grenoble, au sein du Centre d’Études et de Recherche sur la Diplomatie, l’Administration Publique et le Politique (CERDAP²), il consacre sa thèse en science politique à la perte de souveraineté du Liban entre 1984 et 1986, à la suite de l’assassinat de Bachir Gemayel et du sabotage de l’accord avec Israël. Expert reconnu des questions géopolitiques (Moyen-Orient, Afrique du Nord et Subsaharienne, ex-URSS et ex-Yougoslavie), il intervient régulièrement dans les médias en France (France 2, M6, BFM TV, CNEWS, LCI, France Info TV, France 24, TV5 Monde, Europe 1, RTL, Radio Classique, Sud Radio, Le Figaro, Libération, Marianne, le JDD, Valeurs Actuelles, Atlantico, etc.) et au Moyen-Orient (Asharq Bloomberg, An-Nahar, El-Nashra, L’Orient-Le Jour, Libnanews, etc.) ainsi qu’au sein d’institutions parlementaires et universitaires et auprès de grandes entreprises. Considéré par feu le professeur Antoine Sfeir comme son poulain, ses analyses sont notamment saluées par le professeur Jacques Soppelsa, le diplomate Naji Abi Assi (représentant de la Ligue arabe à Paris), le général François Chauvancy, ainsi que par la professeure Fadia Kiwan, fondatrice de l’Institut de science politique de l’Université Saint-Joseph (Sciences Po Beyrouth). Cours et interventions marquantes : Conférence « Risque de guerre civile au Liban », ESJ Lille et Sciences Po Lille Intervention au Sénat français sur la crise financière et judiciaire du Liban Cours à l’IFP Training : Géopolitique des métaux stratégiques et des terres rares ; Géopolitique des hydrocarbures

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