Le président français a annoncé que la France reconnaîtra officiellement l’État de Palestine lors de l’Assemblée générale des Nations unies prévue en septembre. Cette déclaration marque une inflexion nette dans la diplomatie française, longtemps prudente sur ce dossier. Dans une lettre rendue publique, Emmanuel Macron affirme vouloir s’inscrire dans la continuité d’un engagement historique pour une paix juste et durable au Proche-Orient. Il conditionne cette reconnaissance à l’exigence d’un cessez-le-feu immédiat à Gaza, à la libération de l’ensemble des otages encore retenus, et à l’acheminement massif d’aide humanitaire aux civils palestiniens. L’annonce a été différée à plusieurs reprises depuis le printemps, notamment à cause de l’escalade militaire entre Israël et l’Iran, mais l’exécutif français maintient désormais l’échéance de septembre.
Le projet est présenté comme un outil politique destiné à relancer la solution dite à deux États, à laquelle Paris affirme rester attaché. L’État de Palestine, selon les termes exprimés, devra être bâti de manière à garantir sa viabilité, accepter sa propre démilitarisation et reconnaître pleinement Israël. La France envisage également de présider avec l’Arabie saoudite une conférence internationale visant à fédérer d’autres pays autour de cette reconnaissance mutuelle. Cette initiative, initialement prévue pour le mois de juin, avait été repoussée dans un contexte de tensions régionales.
Soutien affirmé des Palestiniens face à une reconnaissance symbolique
Le Hamas a immédiatement salué l’annonce du président français, qu’il qualifie de pas positif en direction de la justice pour le peuple palestinien. Le mouvement islamiste appelle les autres États, en particulier européens, à suivre l’exemple de Paris. Il considère que cette reconnaissance constitue une forme de soutien international à ce qu’il décrit comme le droit légitime à l’autodétermination des Palestiniens. L’appel vise autant les pays qui n’ont pas encore reconnu la Palestine que ceux qui, ayant suspendu leur position, pourraient revoir leur positionnement à la lumière de la décision française.
Hussein al-Cheikh, vice-président de l’Organisation de libération de la Palestine, a exprimé une réaction similaire en soulignant l’importance de la position française. Il affirme que cette annonce reflète un attachement clair de la France au droit international et à la légitimité des droits politiques des Palestiniens. Il y voit aussi un signal adressé à la communauté internationale pour réaffirmer la nécessité d’un État indépendant fondé sur les frontières définies en 1967.
Vives condamnations israéliennes et tensions accrues
En Israël, les dirigeants politiques ont unanimement critiqué l’annonce du président français. Le Premier ministre a estimé que la décision de Paris revenait à récompenser la terreur, en référence au Hamas, et qu’elle représentait une menace existentielle pour Israël. Il a affirmé que les Palestiniens ne visaient pas la création d’un État aux côtés d’Israël mais bien à sa place, remettant en cause le principe même d’un processus de paix fondé sur la coexistence. Selon lui, cette reconnaissance ne ferait qu’offrir une rampe de lancement à ceux qui veulent anéantir Israël.
Le ministre des Affaires étrangères a poursuivi sur la même ligne, déclarant qu’un État palestinien serait, selon lui, un État contrôlé par le Hamas, accusé d’avoir déclenché la guerre actuelle par les attaques du 7 octobre. Cette prise de position rejoint celle du ministre de la Justice, qui a qualifié la décision française d’aide directe au terrorisme. Il a ajouté qu’elle constituerait une tache noire dans l’histoire de la France. Le ministre de la Défense, pour sa part, a assuré qu’Israël ne permettrait pas l’émergence d’une entité palestinienne qui porterait atteinte à sa sécurité.
Appel à l’annexion et durcissement parlementaire en Israël
Le ministre des Finances a affirmé que cette décision donnait à Israël une justification supplémentaire pour annexer la Cisjordanie. Il a dénoncé ce qu’il considère comme une illusion dangereuse autour de la perspective d’un État palestinien, en la décrivant comme un projet terroriste. Le Parlement israélien a d’ailleurs adopté une résolution non contraignante appelant à imposer la souveraineté israélienne sur la Cisjordanie, dans une dynamique politique portée par la droite et l’extrême droite israélienne. Cette orientation renforce l’opposition de l’État hébreu à toute reconnaissance internationale de l’État palestinien.
L’opposition israélienne a elle aussi critiqué avec force la position française. Plusieurs anciens responsables politiques ont qualifié cette reconnaissance d’acte d’effondrement moral, estimant qu’elle constitue une forme de récompense pour les actes terroristes perpétrés par le Hamas. Le discours dominant au sein de l’opposition reste ancré dans une lecture sécuritaire et identitaire du conflit, soulignant que toute concession diplomatique représenterait un encouragement à la violence.
Instrumentalisation politique et communication agressive
Une séquence politique sur les réseaux sociaux a également alimenté la controverse. Le ministre israélien de la Diaspora a publié une vidéo virale montrant la Première dame française repoussant visiblement son époux. Il l’a utilisée comme symbole du rejet par Israël de la position française. Il a affirmé qu’il s’agissait là de la réponse du gouvernement israélien à la reconnaissance de l’État palestinien, donnant à l’épisode une portée diplomatique inattendue.
L’annonce française a aussi suscité des réactions au-delà du Proche-Orient. L’Arabie saoudite a salué une décision historique, le ministère des Affaires étrangères affirmant qu’elle réaffirme le consensus de la communauté internationale sur le droit du peuple palestinien à établir un État indépendant sur les frontières de 1967. Le Royaume appelle les autres États à adopter des positions similaires et à agir de manière concrète pour soutenir cette dynamique.
Fractures géopolitiques et équilibres diplomatiques fragilisés
La France n’est pas le premier pays européen à franchir ce pas. La Norvège, l’Espagne et l’Irlande avaient annoncé leur reconnaissance le 22 mai. Elles avaient été rejointes peu après par la Slovénie et l’Arménie. L’annonce française s’inscrit donc dans une dynamique plus large à l’échelle du continent. Le Premier ministre espagnol a salué cette décision, la considérant comme une continuité naturelle du mouvement amorcé au printemps.
La réaction américaine a été ferme. Le chef de la diplomatie a dénoncé une décision imprudente, estimant qu’elle représentait un camouflet pour les victimes des attaques du 7 octobre. Les autorités américaines s’opposent depuis longtemps à toute reconnaissance unilatérale de l’État palestinien, préférant une solution négociée entre les parties. Cette position a été maintenue sous les deux dernières administrations.
Une reconnaissance symbolique aux effets concrets incertains
La reconnaissance d’un État palestinien par la France, bien que juridiquement simple à mettre en œuvre, soulève néanmoins plusieurs interrogations politiques. Trois critères doivent être remplis pour définir un État : un territoire, une population, et une autorité politique légitime. Or, la Cisjordanie est fragmentée par les implantations israéliennes, Jérusalem est revendiquée comme capitale indivisible par Israël, et Gaza a été largement détruite par les combats récents. La question de la légitimité de l’Autorité palestinienne se pose également, son président étant toujours en fonction malgré l’expiration de son mandat en 2009. Cette institution est régulièrement accusée de corruption et d’inefficacité.
Un autre enjeu concerne le sort des réfugiés palestiniens, dont les descendants sont estimés à près de six millions selon les données des Nations unies. La possibilité de leur accorder la nationalité palestinienne pourrait modifier considérablement la démographie régionale. Israël acceptera-t-il un voisin dont la population augmenterait massivement en peu de temps ? Cette question, bien qu’absente du débat public français, reste centrale dans la diplomatie régionale.
Enfin, la portée de cette reconnaissance reste largement symbolique. En dépit des cent quarante-six États qui ont reconnu la Palestine depuis 1988, les incursions militaires et les mouvements de colonisation se sont poursuivis. Les pays occidentaux les plus influents, dont les États-Unis, le Royaume-Uni, l’Allemagne ou le Japon, n’ont pas encore suivi ce chemin. Sans leur appui, l’effet de levier diplomatique de la France reste limité. La reconnaissance française pourrait toutefois encourager d’autres pays à réévaluer leur position, contribuant à une dynamique plus globale.
La décision française pourrait également provoquer un refroidissement diplomatique avec Israël. Les relations bilatérales sont déjà tendues depuis que Paris a exprimé des critiques sur la manière dont Israël conduit ses opérations militaires à Gaza. En octobre, le président français avait déclaré ne pas être certain qu’on défendait une civilisation en semant soi-même la barbarie. Il avait aussi plaidé pour un embargo sur les livraisons d’armes à Israël. Dans ce contexte, la reconnaissance de l’État palestinien constitue une nouvelle étape dans la redéfinition des équilibres diplomatiques au Proche-Orient.



