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Revue de presse du 17/06/25: escalade Israël-Iran et posture libanaise

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La confrontation directe qui oppose Israël à l’Iran, entrée dans son cinquième jour, domine sans partage les manchettes libanaises du 17 juin 2025. L’intensité des frappes balistiques et la crainte d’un embrasement régional se lisent tour à tour dans les pages d’Al Sharq Al Awsat (17 juin 2025), d’Al Akhbar (17 juin 2025) et de Nahar (17 juin 2025). Tous soulignent la même équation : plus le duel s’étend géographiquement, plus le Liban mesure l’urgence d’une neutralité affirmée.

Réplique balistique et raids aériens

Les correspondants militaires d’Al Sharq Al Awsat décrivent des salves de missiles sol-sol iraniens en réponse à des bombardements israéliens « pour la quatrième journée consécutive », tandis que Téhéran promet « davantage » si Tel-Aviv ne cède pas . Al Akhbar insiste sur la « Harb al-mudun », une guerre des villes qui place désormais Haïfa, Beer-Shéva et Ispahan dans le viseur réciproque des deux États . Les analystes du quotidien pan-arabe rappellent qu’Israël mobilise sa doctrine d’« effondrement des centres de gravité adverses », concept issu des enseignements de la guerre d’Ukraine, tandis que l’Iran met à profit la profondeur de son arc de tirs.

Au même moment, Al 3arabi Al Jadid dresse un inventaire de cibles économiques stratégiques déjà touchées : raffinerie pétrolière de Haïfa, usine d’ammoniac portuaire, réseau électrique et installations aériennes . L’article souligne qu’une « perturbation durable de Haïfa » menacerait le trafic de conteneurs en Méditerranée, un scénario qui inquiète directement Beyrouth où 70 % des importations transitent encore par lignes maritimes voisines.

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Craintes régionales et dérive humanitaire

Au-delà des considérations stratégiques, la presse pointe un coût humain déjà massif. Al Sharq Al Awsat évoque la poursuite de « maraudes aériennes » sur la bande de Gaza jusqu’à faire du territoire un « théâtre couplé » aux frappes irano-israéliennes . Dans les colonnes du même quotidien, le président américain Donald Trump, cité depuis la Maison-Blanche, réclame « un arrêt immédiat du feu », sans indiquer quel levier diplomatique Washington serait prêt à actionner.

La dimension humanitaire prend une résonance particulière au Liban : Nahar rend compte de la décision de l’Office de coordination des affaires humanitaires (OCHA) de réduire son budget 2025 de 44 milliards à 29 milliards de dollars, conséquence directe « des coupes les plus sévères jamais imposées par l’administration américaine » . Cet ajustement menace, selon le journal, « 114 millions de bénéficiaires prioritaires », parmi lesquels près de 1,5 million de réfugiés syriens établis au Liban. Les ONG locales parlent d’« effet domino » : si les chaînes d’approvisionnement onusiennes se grippent, les circuits humanitaires à destination du Sud-Liban — déjà sous tension depuis octobre 2023 — risquent la rupture.

Le Liban cherche la neutralité

Face à la montée des périls, les plus hautes autorités libanaises affichent une ligne de non-alignement. De Baabda, le président Joseph Aoun affirme que « l’armée demeurera garante d’un seul usage de la force : la protection du territoire national », écartant « toute participation directe ou indirecte à la guerre en cours » (Nahar, 17 juin 2025). Du Grand Sérail, le Premier ministre Nawaf Salam appuie le message : « Non à l’enlisement, non à l’instrumentalisation » (Al Sharq, 17 juin 2025).

Cette convergence se double d’un geste institutionnel : lors du Conseil des ministres de la veille, l’exécutif a ratifié un vaste mouvement diplomatique destiné à « multiplier les canaux de dialogue » et à « éviter les angles morts de la crise » — plus de trente nominations d’ambassadeurs sont validées, selon Al Sharq . Les éditorialistes jugent l’initiative précieuse : Tunis, Le Caire et Berlin figurent parmi les postes renforcés, autant de capitales susceptibles d’amplifier les messages de désescalade portés par Beyrouth.

Pressions extérieures et absence de garanties

Pourtant, plusieurs rédactions dénoncent la fragilité de ce dispositif. Ad Diyar relate des échanges entre la diplomatie libanaise et des émissaires américains : « Aucune assurance n’a été fournie quant à la protection de la frontière sud » (17 juin 2025). Le quotidien perçoit « l’ombre d’un veto implicite » qui retarderait le déploiement de batteries antimissiles promises depuis l’accord de démarcation maritime d’octobre 2022.

Dans le même registre, Al Akhbar interroge la portée réelle du mandat de la Finul. Le journal révèle qu’en dépit du vote de renouvellement attendu au Conseil de sécurité fin août, Washington envisage de réduire de 15 % la contribution financière américaine, « faute de visibilité opérationnelle » (17 juin 2025). Des sources occidentales citées par le quotidien redoutent une « voie à double fond » où l’aide militaire serait conditionnée à une surveillance accrue des points de passage logistiques supposés alimenter le Hezbollah.

Impact économique et sécurité intérieure

En filigrane, la vulnérabilité de l’économie libanaise ressurgit. Al 3arabi Al Jadid note que les premiers embrasements à Haïfa ont déjà fait bondir de 18 % les primes d’assurance maritime dans l’est de la Méditerranée ; un armateur contacté par le quotidien parle d’« un surcoût immédiat de 24 dollars par conteneur » (17 juin 2025). La Chambre de commerce de Beyrouth estime qu’une fermeture temporaire des terminaux israéliens détournerait jusqu’à 40 % des flux vers Chypre, laissant le port de Beyrouth sans relais direct sur les lignes Asie-Europe.

Parallèlement, la Banque du Liban, déjà contrainte par une marge de manœuvre monétaire étroite, observe une sortie nette de devises. Des opérateurs rapportent une « fuite précautionneuse » de 120 millions de dollars sur les deux dernières séances, un chiffre suffisamment élevé pour que le ministre des Finances convoque une cellule de crise. Les cambistes de Hamra, interrogés par Nahar (17 juin 2025), redoutent « un retour de la spirale automnale » si la livre subit un choc de confiance comparable à celui d’avril 2024.

Au-delà de ces données, le climat intérieur reste crispé. Selon Nahar, « les réunions à trois » — président, Premier ministre, président de la Chambre — se sont multipliées afin de contenir toute velléité de riposte armée de la part du Hezbollah, tandis que des émissaires du mouvement chiite auraient reconnu « la dangerosité d’une entrée en scène hors contrôle » . Pour l’heure, la posture officielle tient ; mais chaque salve au-dessus de Haïfa résonne comme un rappel brutal de la porosité des équilibres libanais.

Politique locale : l’unité gouvernementale sous pression régionale

Conseil des ministres, diplomatie et gestion de crise

Réuni au Grand Sérail sous la présidence de Joseph Aoun, le Conseil des ministres a entériné un vaste tableau diplomatique : trente-quatre rotations et nominations, dont la création de postes renforcés à Berlin, Tunis et Le Caire, sont publiées in extenso par Al Sharq du 17 juin 2025, qui précise que l’exécutif « veut multiplier les canaux de dialogue pour tenir Beyrouth à distance du conflit » . La liste détaillée — allant de Hadi Hashem à Bahreïn à Mustafa Adib rappelé d’Allemagne — figure dans Al Quds Al-Arabi le même jour .

Au-delà des affectations, la séance a validé trois lignes de crédit d’urgence (électricité, eau, céréales) garanties par le Fonds arabe d’Abou Dhabi. Elle a aussi donné mandat au ministre des Finances d’ouvrir un bureau résident du FMI à Beyrouth, annonce confirmée dans la rubrique « Shu’oun Mahalliyya » d’Al Sharq .

Neutralité affichée par Aoun et Salam

Face à l’escalade Israël–Iran, Joseph Aoun a rappelé « l’impératif absolu d’empêcher que le Liban ne devienne un théâtre d’appoint », saluant même « la retenue affichée par toutes les composantes nationales, y compris le Hezbollah » . Le Premier ministre Nawaf Salam a martelé le même message : « Non à l’enlisement, non à l’instrumentalisation », relate Nahar . Le quotidien voit dans cette convergence « le socle minimal d’une unité gouvernementale inédite depuis 2020 » .

Parlement : Berri accélère le tempo législatif

Soucieux de traduire les engagements financiers en textes, Nabih Berri a convoqué dix commissions permanentes à une session conjointe le 19 juin pour examiner les prêts conclus avec la Banque mondiale et le FMI. Le président de la Chambre promet « une fenêtre législative sans obstruction partisane », selon Al Sharq . Dans l’hémicycle, l’opposition dénonce toutefois la priorité donnée aux lois financières sur la réforme électorale municipale.

Finances publiques et tension monétaire

Depuis le début des frappes régionales, la Banque du Liban a enregistré une sortie nette de devises estimée à cent-vingt millions de dollars, chiffre avancé par Al Akhbar qui voit dans cette fuite « le premier symptôme d’un choc de confiance » . Pour enrayer l’hémorragie, le ministre des Finances mise sur une restructuration bancaire à double voie : création d’une « bad bank » ou institution de résolution autonome, deux scénarios analysés par Al 3arabi Al Jadid .

Sécurité intérieure et frontière sud

La réunion du Conseil a aussi scruté la frontière. Ad Diyar rapporte « l’absence de garanties américaines quant à une protection antimissile renforcée » et décrit un climat « de veille permanente » dans l’état-major libanais . Sur le terrain, le ministère de l’Intérieur a renforcé de trois cents gendarmes la Force mobile déployée à Nabatieh, tandis que les municipalités de Marjayoun et Bint Jbeil alertent sur la panne de trois stations de pompage, compromettant l’approvisionnement de cent-vingt mille habitants, détaille Nahar .

Tripoli, baromètre du malaise social

Loin du Sud, Tripoli vit sa propre crise : fusillades nocturnes, trafic de stupéfiants et chômage massif rongent les quartiers populaires. Des notables locaux réclament une « intervention directe de la Présidence » pour une « planification d’urgence », selon Ad Diyar . Le journal plaide pour coupler la réponse sécuritaire à un plan social ciblé.

Justice : un ministre épinglé

La n° 2 du parquet financier a inculpé l’ancien ministre de l’Économie Amine Salam, son frère et deux collaborateurs pour « détournement, falsification et enrichissement illicite ». Ad Diyar publie l’acte d’accusation, assorti de la date d’interrogatoire fixée au 19 juin . Cette affaire, observe le quotidien, « met à l’épreuve la volonté réformatrice affichée par Baabda ».

Hezbollah : la retenue sous surveillance

Malgré un communiqué de solidarité avec Téhéran, le Hezbollah s’abstient pour l’instant de toute action ; Nahar note que l’absence d’ultimatum contraste avec l’engagement rapide d’octobre 2023 . Al Quds Al-Arabi confirme « l’absence d’indice sérieux d’entrée en guerre » tout en relatant la mort d’un civil dans un raid israélien ponctuel sur Kfar Rumman .

Réformes structurelles et prêts internationaux

Un deuxième volet du plan gouvernemental concerne la modernisation fiscale : un prêt de cinquante millions de dollars destiné à la numérisation des douanes et au renforcement de la traçabilité des recettes est discuté entre le ministère des Finances et la Banque mondiale, comme le révèle Al Sharq . Parallèlement, la hausse du plafond de garantie des prêts logement de 50 000 à 100 000 dollars vise à relancer le secteur de l’habitat, décision actée dans la même séance du 16 juin .

Citations et discours : la parole politique sous tension régionale

Neutralité proclamée par Joseph Aoun et Nawaf Salam

Dans la grande salle du Conseil des ministres, Joseph Aoun avertit que « la phase requiert des décisions exceptionnelles » tout en réaffirmant « l’interdiction absolue de toute participation libanaise au conflit » (Al Sharq, 17 juin 2025) . Quelques minutes plus tard, Nawaf Salam reprend la parole : « Non au – et non au –, notre seul mandat est de protéger les civils », rapporte Nahar le même jour . Ces deux phrases, martelées au cœur d’une crise régionale, inscrivent l’exécutif dans une logique de neutralité active qui tranche avec l’engagement libanais observé durant la guerre de 2023.

Le duo président-Premier ministre amplifie son message par une série d’appels téléphoniques. Ad Diyar décrit un ballet diplomatique mené par Aoun auprès de Washington, Paris et plusieurs capitales arabes « afin de verrouiller la frontière sud et d’obtenir un gel tacite des survols israéliens » (17 juin 2025) . Salam, de son côté, salue l’action de ses ministres « dont Fayyaz Rassamni, prompt à sécuriser l’aéroport » (Nahar, 17 juin 2025) .

Voix parlementaires : Nabih Berri entre fermeté et prudence

Dans un entretien accordé à Nahar, Nabih Berri estime que « si Israël l’emporte, elle sera seule au Levant » et appelle les Libanais « à ne pas se griser des difficultés iraniennes » (17 juin 2025) . Le président de la Chambre fait ainsi écho à sa stratégie historique : dénoncer la guerre tout en misant sur la continuité institutionnelle. Le même journal souligne que Berri prépare dix commissions conjointes censées adopter, avant le 19 juin, une salve de projets financiers indispensables au maintien des subventions énergétiques.

Amal élève le ton : le discours d’Ali Khreis

Depuis la plaine de Tyr, Ali Khreis martèle : « Harekat Amal se tient résolument aux côtés de la République islamique d’Iran contre l’entité sioniste », avant de sommer le gouvernement d’« élaborer un plan de reconstruction crédible » pour les villages bombardés (Al Quds Al-Arabi, 17 juin 2025) . En insistant sur le respect de la résolution 1701, le député recadre son propos : Amal, signale-t-il, demeure favorable à la Finul tant que celle-ci « freine l’escalade ». Cette rhétorique lie solidarité idéologique et pragmatisme territorial, rappelant la posture d’Amal durant les hostilités de 2006.

Prudence tactique du Hezbollah

Le parti chiite reste, pour l’instant, silencieux. Nahar souligne « l’absence d’ultimatum », un contraste saisissant avec l’entrée en scène de 2023 . Dans le même article, des analystes militaires évoquent « l’érosion des capacités financières » du Hezbollah, facteur déterminant dans sa retenue. Pourtant, Al Quds Al-Arabi rapporte qu’un raid israélien ponctuel a fait un mort à Kfar Rumman, rappelant la fragilité de l’accalmie . L’organisation pourrait donc être tentée de durcir son discours sans franchir la ligne de l’engagement direct, stratégie déjà observée après l’accord maritime d’octobre 2022.

Discours réformateur et réassurance économique

Dans la rubrique « Shu’oun Mahalliyya » de Al Sharq, Joseph Aoun proclame « la nécessité de décisions économiques hors norme » tout en promettant « une coopération étroite avec le Parlement » (17 juin 2025) . Cette déclaration précède l’annonce, faite par le ministre des Finances, d’un bureau résident du FMI à Beyrouth : une première depuis 1992 et un symbole de transparence monétaire, selon le quotidien. Ali Hassan Khalil, bras droit de Berri, plaide de son côté pour « une gestion nationale des priorités sociales » tout en accusant « le gouvernement de lenteur face à l’agression israélienne » (Al Sharq, 17 juin 2025) .

Réponses spirituelles et appels à la cohésion

Au sein de Dar el-Fatwa, Abdel Latif Derian bénit la nouvelle année hégirienne et invoque « la paix au Liban et dans la région » tout en exhortant les décideurs à « préserver l’unité nationale » (Ad Diyar, 17 juin 2025) . Dans un registre laïc, Walid Jumblatt rappelle qu’« il est facile d’allumer la guerre, presque impossible de l’éteindre » (Ad Diyar, 17 juin 2025) . Ces voix religieuses et civiles, souvent dissociées, convergent pour souligner les dangers d’un emballement.

Ascèse médiatique et rhétorique stratégique

La couverture des journaux montre un usage calibré des citations. Aoun et Salam privilégient des phrases courtes aux verbes volontaristes. Berri, Khreis ou Khalil recourent à une anaphore morale – « point de », « besoin de » – afin de lier sécurité et justice sociale. Cette palette oratoire reflète une guerre d’images : prouver à l’opinion intérieure et aux partenaires étrangers que l’État reste maître de la décision armée.

Impact des discours sur les indicateurs de confiance

Au lendemain de ces déclarations, la livre cède 1,8 % face au dollar, note Al Akhbar, un repli jugé « contenu » grâce aux propos rassurants d’Aoun et Salam (17 juin 2025) . Les cambistes de Hamra se disent « attentifs au verbe présidentiel », preuve que la rhétorique officielle pèse sur la psychologie de marché. Les ONG, elles, observent que le discours de Derian a compliqué les tentatives de récupération partisane dans les camps syriens, précise Al Sharq (17 juin 2025) .

Diplomatie : reconstruire le réseau extérieur à marche forcée

Mouvement d’ambassadeurs après huit années de paralysie

Le Conseil des ministres du 16 juin a validé la première vague de mutations diplomatiques depuis 2017. Al Quds Al-Arabi publie la liste intégrale : Hadi Hashim passe de Berlin à Manama, tandis que Mustafa Adib rentre de l’ambassade d’Allemagne pour prendre un poste au centre, imité par la diplomate Claude El-Hajal rappelée de Chypre . Al Sharqprécise que trente-quatre nominations couvrent cinq continents, avec des priorités affichées pour Berlin, Tunis et Le Caire où « la voix de Beyrouth doit porter la neutralité » . Dans Nahar, le tableau nominatif s’allonge : Farah Berri file à Londres, Ali Qaranouh à Riyad, tandis que Wael Hashim héritera de Séoul .

Logique géopolitique des affectations

En filigrane, les affectations tracent la carte des urgences stratégiques. L’axe euro-méditerranéen concentre onze sièges sur les trente-quatre, dont Bruxelles, Vienne et Athènes. Le choix n’est pas anodin : la diplomatie libanaise veut « verrouiller l’accès aux instances européennes de sécurité maritime », relève Al Sharq Al Awsat en citant une note interne du ministère des Affaires étrangères . Berlin obtient un ambassadeur aguerri en matière de défense ; la chancellerie allemande pilote déjà deux projets de modernisation douanière du port de Beyrouth.

À Washington, le poste reste vacant depuis mars 2024 ; or le président Joseph Aoun a téléphoné au secrétaire d’État américain pour « sécuriser la frontière sud », raconte Ad Diyar, qui précise qu’aucune garantie antimissile n’a été donnée à cette heure . Beyrouth mise donc sur Paris : un envoyé spécial de l’Élysée devrait faire la navette entre Tel-Aviv et Baabda « avant le 30 juin », selon la même source.

Arithmétique confessionnelle sous les projecteurs

Le remaniement n’échappe pas aux équilibres internes : Al Akhbar souligne que la part des diplomates chiites passe de seize à quinze postes, le siège de Koweït revenant désormais à un maronite, alors qu’un sunnite hérite de Mascate . Le quotidien rappelle qu’en 2017 un véto discret du Koweït avait bloqué un ambassadeur chiite. La fonction publique tente donc une péréquation confessionnelle, au risque de mécontenter les partis : le Mouvement Amal revendique déjà « un correctif dans la prochaine fournée ».

« Diplomatie défensive » face au duel Israël-Iran

Sur le fond, la stratégie officielle consiste à diffuser la même ligne à l’international : neutralité active, refus d’embrasement, appel à la désescalade. Al Sharq Al Awsat détaille la consigne adressée aux missions : « Mettre en avant la posture de bouclier civil pour éviter toute représaille contre le territoire libanais » . Dans les couloirs de Baabda, l’expression « diplomatie défensive » s’impose ; elle induit des relais permanents auprès du Conseil de sécurité pour préserver le mandat de la Finul menacé par une coupe budgétaire américaine.

Négociations d’urgence avec Washington et le FMI

La quête de garanties sécuritaires se double d’un agenda financier : Al Sharq révèle qu’Aoun a réclamé à la Maison-Blanche la reconduction sans condition du financement américain à la Finul, tandis que Nawaf Salam sollicite la « flexibilité » du Trésor sur la ligne de crédit d’urgence promise en 2024 . Sur le plan macro, la création d’un bureau résident du FMI à Beyrouth a été avalisée « pour restaurer la confiance des bailleurs » . La diplomatie financière rejoint ainsi la diplomatie classique : convaincre les partenaires qu’un Liban neutre reste un pari rentable.

Europe, G7 et risque de rattrapage économique

La même logique s’observe face au G7. Al Sharq Al Awsat rapporte que Beyrouth redoute « une prime de risque continentale » si les Européens jugent la convergence nucléaire iranienne incontrôlable . D’où l’importance de Bruxelles : l’ambassadeur pressenti, Walid Haïdar, s’est vu confier un mandat précis – défendre l’exemption de droits antidumping sur l’aluminium libanais.

Capitales arabes : Tunis et Le Caire en relais de neutralité

Le volet arabe compte douze postes, dont trois essentiels. À Tunis, Bassam Yammine devra activer la commission mixte libano-tunisienne, gelée depuis 2019. Al Quds Al-Arabi insiste : « Le message à Carthage est clair, éviter tout alignement idéologique qui isolerait Beyrouth » . Au Caire, l’ambassadeur Hussein Rabiah Haïdar prend ses fonctions en pleines tensions Égypte-Éthiopie ; il devra protéger les dix-huit mille expatriés libanais d’un possible rapatriement massif. Quant à Riyad, Ali Qaranouh reçoit un portefeuille prioritaire : négocier la reprise intégrale des importations agro-alimentaires libanaises suspendues après la crise des agrumes de 2021.

Diplomatie multilatérale et forcing onusien

À New York, le représentant permanent par intérim, Pascale Baabda, a reçu de Joseph Aoun la mission d’obtenir « une clause humanitaire spécifique » si de nouvelles sanctions frappaient l’Iran. Les tractations, révèle Al Sharq, portent sur un mécanisme d’« exclusion humanitaire » des couloirs maritimes conduisant aux ports libanais . Dans le même temps, Al Akhbar évoque le rôle du médiateur américain Thomas Barak, dépêché à Beyrouth pour rassurer sur la poursuite des négociations maritimes Liban-Israël .

Contradictions internes et voix discordantes

Malgré l’unanimité affichée, plusieurs courants contestent la carte des nominations. Les Forces libanaises regrettent l’absence d’un ambassadeur francophone à Ottawa, facteur clé pour lever la clause de sécurité alimentaire canadienne. Le Courant patriotique libre dénonce une « sous-représentation des diplômés de l’École nationale d’administration » dans les nouveaux postes, tandis qu’Amal critique la perte d’influence au sein du Conseil des expatriés.

L’enjeu des diasporas et de la reconstruction économique

Le ministère des Affaires étrangères table sur une remobilisation des communautés de l’étranger : les virements des quelque six millions de Libanais expatriés représentaient 36 % du PIB avant la crise de 2019. Or Nahar note que les transferts ont chuté à 27 % début 2025 . Les ambassadeurs reçoivent donc pour consigne de « restaurer la confiance dans la solvabilité bancaire », notamment via des road-shows en Amérique latine où résident 1,2 million de Libanais.

Frontières, Finul et fenêtre humanitaire

Enfin, le dossier Finul reste central : Beyrouth souhaite maintenir le plafond budgétaire malgré les projets de coupes de 15 % évoqués à Washington. Al Akhbar affirme que la délégation libanaise proposera en juillet une « réorientation fonctionnelle » : moins de troupes mais plus de radars maritimes, afin d’apaiser le Congrès sans affaiblir la surveillance .

Politique internationale : tensions multipolaires et réponses globales

Le duel Israël-Iran continue d’irriguer l’actualité mondiale, mais il se dilue désormais dans une mosaïque plus large où chaque pôle tente de redessiner ses priorités stratégiques. Les pages « Arab & International affairs » d’Al Quds Al-Arabi (17 juin 2025) relèvent que Donald Trump s’est envolé pour la réunion du G7 à Calgary avec l’intention affichée « d’arracher un compromis énergétique qui maintienne un baril sous quatre-vingts dollars » . Dans l’avion présidentiel, selon le quotidien, l’équipe de la Maison-Blanche redoutait que la perspective d’un embargo occidental sur les produits pétroliers iraniens n’alimente la spéculation.

Sommet du G7 : le Moyen-Orient s’invite à Calgary

Selon Al 3arabi Al Jadid (17 juin 2025), la première séance du G7 a été monopolisée par des échanges sur la guerre israélo-iranienne, alors que la présidence canadienne espérait discuter d’intelligence artificielle . Le ministre allemand des Affaires étrangères a proposé une « pause humanitaire supervisée », tandis que la délégation française plaidait pour une résolution du Conseil de sécurité qui inclurait « une clause de désescalade nucléaire ». Même l’Italie, traditionnellement prudente, a averti qu’une hausse prolongée des primes d’assurance maritime « mettrait à genoux » les ports d’Ancône et de Brindisi. Pour Trump, écrit Al Quds Al-Arabi, toute déclaration finale « doit préserver l’autonomie américaine en matière de sanctions » .

Course aux armements : Pékin sous le feu des projecteurs

Dans son édition du même jour, Al 3arabi Al Jadid cite un rapport confidentiel de l’Organisation du Traité sur l’interdiction complète des essais nucléaires selon lequel « la Chine possède l’arsenal à la croissance la plus rapide du monde » . Le document chiffre le parc chinois à quatre-cent-quatre-vingt ogives, soit une augmentation de trente-pour-cent en trente-six mois. Les diplomates européens, rassemblés à Calgary, craignent un « effet domino asiatique ». Le Japon essaie de relancer la doctrine Kishida de non-nucléarisation régionale tandis que l’Australie, partenaire AUKUS, ne cache plus son intention d’acquérir des sous-marins armés de missiles de croisière. Pour Al Akhbar (17 juin 2025), Pékin « observe la guerre urbaine Haïfa-Ispahan comme un laboratoire et ajuste la portée de ses Dongfeng-27 » .

Téhéran et la tentation du retrait du TNP

La riposte iranienne se joue aussi dans les arcanes multilatérales : un « projet de loi devant le Majlis » envisage un retrait de l’Iran du Traité de non-prolifération, révèle Al 3arabi Al Jadid . Le texte, brandi comme levier de pression, a déjà poussé l’Agence internationale de l’énergie atomique à convoquer une réunion d’urgence. Les éditorialistes du quotidien jugent improbable une majorité parlementaire en faveur du retrait, mais l’initiative accroît la nervosité des marchés de l’uranium. Moscou, principal fournisseur technique de Bushehr, adopte pour l’instant une posture de réserve.

Ukraine : leçons aériennes exportées au Levant

Dans un encadré intitulé « Druos Harbe Ukrania fi Samā’ Irania », Al 3arabi Al Jadid expose comment l’état-major israélien « transpose les enseignements de la supériorité aérienne OTAN-Ukraine » et affûte « des modèles de frappe en essaim » contre les radars iraniens . L’article rappelle que le logiciel de planification Op-Fire, testé à Kharkiv début 2024, a été transféré à la base de Tel-Nof en février. Washington a confirmé une livraison de trente drones MQ-28A, perçus à Calgary comme un signal d’escalade technologique.

États-Unis : contestation intérieure et agenda migratoire

La politique étrangère américaine n’éclipse pas les tensions domestiques. Al 3arabi Al Jadid publie en page 21 la photo d’une marche à Los Angeles menée par le mouvement « No Kings » contre la réforme migratoire de Trump . Les manifestants fustigent « la suspension des visas humanitaires » décidée en mai, pendant que le président prône à Calgary une « immigration ciblée, orientée compétences ». Le contraste entre discours international et contestation locale renforce la polémique démocrate : le caucus californien réclame déjà une audition du Département de la Sécurité intérieure.

Afrique du Nord : la Tunisie cherche un second souffle rural

Loin des projecteurs géostratégiques, Tunis lance un plan d’un demi-milliard de dinars pour « réinstaller les populations vulnérables dans les campagnes de Zaghouan », note Al 3arabi Al Jadid . Le projet, soutenu par la Banque africaine de développement, vise à combattre l’exode rural aggravé par cinq années de sécheresse. L’initiative arrive alors que le président Kaïs Saïed reste silencieux sur la normalisation diplomatique avec Damas, provoquant « des interrogations » parmi les chancelleries occidentales, écrit le même journal .

Asie : indicateurs chinois en demi-teinte malgré la reprise commerciale

Dans ses pages économiques, Nahar évoque une accélération inattendue des ventes de détail en Chine au mois de mai (+7,4 %) « au moment même où la guerre tarifaire sino-américaine s’intensifie » . Les analystes de Shanghai expliquent ce rebond par un report de la consommation de biens durables vers les services de loisir, un phénomène déjà observé après la crise de 2022. Bruxelles, pourtant, agite la menace de droits antidumping sur les batteries LFP, alimentant la crainte d’une surenchère tarifaire.

Proche-Orient : Gaza et Yémen toujours pris dans la tourmente

Le même Al 3arabi Al Jadid consacre un reportage aux civils de Khan Younis « traqués par la faim » après les dernières frappes israéliennes . L’UNRWA, privée d’un tiers de son financement américain, réduit ses rations. Au Yémen, Al 3arabi Al Jadid insère la photo d’un cimetière houthiste et souligne le « taux de renouvellement accéléré » des recrues . Des diplomates européens redoutent que la coalition saoudienne se retire prématurément, laissant place à un vide sécuritaire exploité par Al-Qaïda dans la Péninsule arabique.

Balkans : tension énergétique autour du gazoduc Ionien-Adriatique

Dans son supplément énergie, Al Akhbar confirme que la Commission européenne a validé la clause de construction d’une dérivation vers la Bosnie-Herzégovine, malgré l’opposition de Belgrade qui y voit « un contournement de South Stream » . La Serbie menace de saisir la Cour de justice de l’UE, accusant Bruxelles de « politiser l’interconnexion ». Pour Tirana, ces tuyaux demeurent « un passeport vers l’indépendance énergétique ».

Amérique latine : diaspora libanaise, diplomatie économique

La communauté libanaise d’Argentine, forte d’environ trois-cent-cinquante-mille personnes, a adressé une lettre ouverte à Baabda pour soutenir « la neutralité comme condition d’un investissement pérenne ». L’initiative n’a pas encore trouvé d’écho officiel, mais Al Quds Al-Arabi note que le nouveau fonds souverain argentin cherche à lever des capitaux au Moyen-Orient .

Perspectives et lignes de fracture

En filigrane, trois lignes structurent la politique internationale : une latitude américaine qui oscille entre unilateralité et concertation limitée ; une Europe soucieuse de protéger sa sécurité énergétique ; un Sud global fragmenté entre redéploiement économique et urgences climatiques. Chaque tension reconfigure les alliances sans régler les crises humanitaires persistantes de Gaza, du Yémen ou du Soudan. L’absence de contre-poids institutionnel favorise une diplomatie d’expédients, illustrée par le marchandage autour de la Finul ou les avances de Pékin à Abuja. Dans ce jeu d’équilibres mouvants, l’espace laissé au multilatéralisme réel se réduit ; il se négocie désormais ville par ville, port par port.

Économie : choc de confiance et réformes sous contrainte

Tension monétaire et réserves amoindries

La livre libanaise, stabilisée autour de 89 500 LL en avril, cède de nouveau face au dollar après les premières frappes israélo-iraniennes. Nahar explique que « la phase du la-certitude explosive » pousse les cambistes à réclamer des marges plus larges, tandis que le volume de devises vendues par la Banque du Liban demeure « strictement limité » . Le journal cite un stock théorique de réserves compris entre neuf et dix milliards de dollars, mais rappelle que « la part effectivement mobilisable ne dépasse pas six milliards », chiffre confirmé par un cadre de la salle des marchés.

Dans Al 3arabi Al Jadid, des analystes dénoncent des « opérations de spéculation structurée » profitant de chaque rumeur d’escalade pour monter le billet vert avant de le relâcher dès qu’un signe d’accalmie paraît, phénomène accentué par « l’insuffisance d’un vrai flottement administré » . Le manque de munitions monétaires explique la stratégie du gouverneur intérimaire : injections ciblées et absence de plate-forme ouverte, au risque d’un effet d’accordéon sur les prix de gros.

Restructuration bancaire, bras de fer institutionnel

La commission parlementaire ad-hoc peine à arbitrer entre le projet de « bad bank » transmis en mars et la proposition concurrente d’« Autorité de résolution » portée par le gouverneur. Al 3arabi Al Jadid expose les deux schémas : dans la première version, l’État adosserait quelque vingt milliards de créances douteuses à une structure externe ; dans la seconde, une instance interne au BDL déciderait des cessions d’actifs, le gouverneur conservant une majorité de voix . Le quotidien souligne que le FMI a transmis « une série d’observations écrites » sur les conflits d’intérêts latents.

Ad Diyar relaie l’impatience de Paris : l’émissaire Jean-Yves Le Drian déplore « l’inexistence d’un calendrier ferme » et rappelle que l’Union européenne vient d’inscrire le Liban sur « la liste grise » de lutte contre le blanchiment, tout en l’accolant à l’Algérie . Pour le quotidien, la sanction porte moins sur le volume d’échanges que sur le signal : elle menace à court terme les correspondances bancaires déjà fragiles avec Bruxelles et Francfort.

Commerce extérieur : ports, sur-assurance et goulets logistiques

Le port de Beyrouth, « shariyān asāsi li-waridāt al-bilād », voit sa fréquentation menacée par la reclassification en « High Risk Port ». Nahar rapporte que les armateurs exigent une surprime d’assurance pouvant atteindre quatre-cents dollars la boîte, soit un surcoût de huit millions pour chaque tranche de vingt mille EVP . L’étude interne citée prévoit un report partiel vers Tripoli, mais celui-ci manque de profondeur nautique pour les navires « post-Panamax ».

Cette flambée de primes s’ajoute à la remontée des frets maritimes mondiaux, alimentée par la menace iranienne de fermeture du détroit d’Hormuz que détaille Al 3arabi Al Jadid . Le quotidien note qu’un Brent au-delà de cent dollars renchérirait mécaniquement les importations libanaises de carburants de quinze millions de dollars par mois, creusant le déficit commercial déjà supérieur à deux milliards sur le premier trimestre.

Pouvoir d’achat, prix administrés et inflation persistante

Depuis janvier, le ministère de l’Économie applique la « dollarisation d’étiquette » : les produits doivent afficher un prix en livres et son équivalent en dollars officiel. Ad Diyar constate que la mesure a ouvert une brèche : certains distributeurs facturent des légumes locaux en dollars tandis que des fruits importés restent libellés en livres, créant « des marges discrètes difficilement auditées » . Malgré la quasi-fixation du taux de change administratif, le reportage relève des hausses de 30 à 90 cents sur les denrées sèches, évoquant une « inflation rampante » masquée par la volatilité intra-semaine.

Les services publics suivent la même trajectoire. Al Akhbar révèle un projet de barème carburants : la nouvelle grille augmenterait de onze mille livres la poche de vingt litres de 95 octanes et de huit dollars la tonne de gazole, gain fiscal destiné à compenser la baisse des recettes douanières . Les économistes interrogés redoutent un effet domino sur la chaîne de distribution alimentaire et un regain de tension sociale.

Finances publiques et pression fiscale internationale

Les recettes budgétaires baissent plus vite que les dépenses. Al Akhbar critique « un cabinet de comptables obsédé par la ligne de caisse » qui privilégie la création de taxes ponctuelles au détriment d’une réforme élargie de la TVA . Le ministère des Finances espère combler la brèche par un « dollar douanier glissant » indexé sur la plate-forme Sayrafa ; néanmoins, les importateurs protestent, arguant que les marges sur les textiles et l’électronique s’effondreraient.

Dans le même temps, le Trésor évalue les pertes induites par la réduction de l’aide humanitaire de l’ONU – quarante-quatre à vingt-neuf milliards de dollars au niveau mondial – dont une part substantielle était ventilée sur les programmes syriens au Liban. Nahar estime que la baisse amputera d’au moins quatre-cents millions les flux d’ONG en 2025, somme équivalente à la moitié du budget du ministère des Affaires sociales .

Énergie : carburants et rationnement électrique

Le plan quadripartite présenté au Conseil des ministres – affrètement de barges flottantes, remise en service partielle de Deir Ammar, interconnexion jordanienne, reconduction de l’accord pétrolier irakien – vise six heures de courant public en septembre. Or, la hausse prévue du fret pétrolier et la flambée des primes ciblant Haïfa compromettent la trajectoire financière. Al 3arabi Al Jadid souligne que « le coût d’équilibrage » du kilowatt-heure doublerait si le Brent franchissait les cent dollars .

Parallèlement, la société d’électricité affiche des pertes techniques supérieures à 38 % en distribution ; chaque heure supplémentaire de service public ajoute 3,2 millions de dollars au déficit, selon une note interne citée par le quotidien. Le ministère juge néanmoins la mesure indispensable pour réduire la dépendance aux générateurs privés, dont le gasoil est lui-même frappé par la nouvelle grille tarifaire.

Secteurs productifs et compétitivité érodée

L’industrie agro-alimentaire, qui importe la quasi-totalité de ses intrants, subit le double choc du taux de change et du fret. Ad Diyar rapporte que les producteurs de légumineuses ont vu leur coût matière première bondir de 17 % depuis avril, tandis que la grande distribution répercute instantanément les variations du port .

Le tourisme, autre pilier traditionnel, encaisse la suspension partielle des assurances voyage et l’exode temporaire de ressortissants du Golfe. Al Sharq Al Awsat note que plusieurs États arabes ont déjà affrété des vols d’évacuation, mesure qui pénalise la haute saison d’été, d’ordinaire portée par les vacanciers du CCG .

En aval, les places de travail informelles gonflent : Ad Diyar observe une « retraite silencieuse » de l’emploi formel, alimentée par la hausse des charges sociales et la raréfaction des crédits à l’investissement . Le phénomène nourrit un cercle vicieux : baisse de la base taxable, pression accrue sur les comptes publics, nécessité de nouveaux impôts indirects.

Perspectives immédiates

Entre réserves limitées, réformes bancaires incertaines et pressions sécuritaires, l’économie libanaise avance sur une ligne de crête. La crédibilité monétaire dépend autant de la rapidité du Parlement à trancher le modèle de résolution que de la capacité du gouvernement à sécuriser les flux portuaires et énergétiques. Faute d’une consolidation coordonnée, la reprise restera suspendue au tempo de la crise régionale et aux arbitrages, souvent contradictoires, d’une population tiraillée entre dollarisation de survie et faillite du pouvoir d’achat.

Société : résilience quotidienne face à l’austérité humanitaire

Les Libanais affrontent, en parallèle des tensions régionales, un rétrécissement brutal des ressources extérieures. Le Bureau de coordination des affaires humanitaires des Nations Unies a abaissé son plan mondial 2025 de 44 à 29 milliards de dollars, « priorisant 114 millions de personnes au lieu des 180 millions initialement prévues », rappelle Nahar du 17 juin 2025 . La version arabe de l’AFP, reprise par Al Quds le même jour, précise que seuls 5,6 milliards avaient été mobilisés à mi-année, soit à peine treize pour cent des besoins . Au Liban, où un quart des habitants sont réfugiés syriens ou palestiniens, les ONG redoutent l’amputation de quatre-cents millions de dollars de programmes, l’équivalent de la moitié du budget national des Affaires sociales. Les centres communautaires de la Békaa, financés jusque-là par le PAM, annoncent déjà des listes d’attente de trois semaines pour les colis alimentaires.

À la frontière nord, l’afflux de Syriens déplacés par les bombardements autour d’Alep a poussé les municipalités à instaurer un couvre-feu informel à partir de vingt-deux heures. Des bénévoles de l’ONG Sawa racontent, dans Nahar, la fermeture du dispensaire de Qaa faute de gasoil pour alimenter les frigos à vaccins . Le choc frappe également les Libanais à bas revenu : l’aide mensuelle de 25 dollars distribuée par le HCR, déjà rognée en mars, devra « suspendre deux versements avant septembre » selon une note interne que les travailleurs humanitaires disent avoir reçue samedi.

Santé et recherche médicale

La contraction budgétaire intervient alors qu’une équipe de l’Université libanaise annonce des résultats « encourageants » dans l’élaboration d’un sérum antivenin contre la Vipère de Palestine, serpent responsable de plusieurs décès annuels dans le Sud. Nahar décrit une phase de test « en modèle murin, avec un taux de neutralisation de 78 % » . Les chercheurs réclament un financement complémentaire de 600 000 dollars ; or le ministère de la Santé, lesté par la dette hospitalière, propose un tiers seulement de la somme et renvoie vers la diaspora médicale. Les pharmaciens de Saïda, interrogés par le quotidien, redoutent une « pénurie critique » à l’approche de l’été, saison où les morsures se multiplient dans les champs d’oliviers.

Plus largement, la couverture santé vacille. Les caisses privées peinent à rembourser les cliniques : une note du Syndicat des hôpitaux évoque « 110 millions de dollars d’arriérés » qui menacent la continuité des soins oncologiques. Au Mont-Liban, trois services de radiothérapie fonctionnent désormais trois jours par semaine, faute de techniciens partis travailler à Dubaï.

Culture et expression féminine

Malgré une conjoncture morose, la création littéraire demeure un exutoire. Sous le titre « Bilhibr al-ta’ir », Naharpublie une chronique où trois écrivaines, Rana Issa, Tracy Chamoun et Fatima Abou Khaled, « auscultent l’existence en récits courts » . L’éditeur Samir Fayad annonce un tirage initial de cinq-cents exemplaires, chiffre modeste mais significatif dans un marché du livre asphyxié par les droits d’importation du papier. Les autrices, réunies à la librairie Dar el-Kalimah, défendent une langue « dépouillée et résistante », nourrie d’images de la vie quotidienne, du ticket d’autobus écorné à la coupure d’électricité de minuit. Leur table ronde, ponctuée de lectures, a attiré quatre-vingts personnes malgré l’absence prolongée de climatisation.

La parole féminine émerge aussi sur les réseaux. Le hashtag « #Sama3naSoutik » (fais entendre ta voix) a généré quinze mille interactions selon l’observatoire SocialPulse. Des enseignantes y décrivent la difficulté d’assurer les cours entre délestages électriques et classes surchargées ; des mères de famille alertent sur « le prix introuvable du lait ». La sociologue Mona Sukkarieh voit dans ce flux numérique « une archive vivante de la crise » qui permet à la fois catharsis et mobilisation.

Vie chère et stratégies d’adaptation

Dans les souks de Tyr, la double étiquette imposée en janvier – livres et dollars à la caisse – accentue la confusion. Les commerçants changent le taux de conversion trois fois par jour ; un kilo de tomates oscille ainsi entre 75 000 et 88 000 LL selon l’heure. Les associations de consommateurs parlent d’« inflation furtive », imperceptible sur les relevés officiels mais ressentie chaque semaine dans le panier de base. Certains ménages reviennent au troc : dans le quartier de Mazraa, un groupe Facebook baptisé « Min beady l-beid l-akhdar » propose d’échanger confitures maison contre bombonnes de gaz.

Face à la flambée des loyers – un studio non meublé à Hamra dépasse 300 dollars – la cohabitation intergénérationnelle progresse. Une enquête rapide de l’Université Saint-Joseph dénombre treize pour cent d’adultes de plus de trente ans revenus vivre chez leurs parents depuis 2022. Le phénomène atténue la précarité immédiate mais dilue l’indépendance économique et retarde les projets matrimoniaux, relève la démographe Chadi Haddad.

Solidarités locales et gouvernance municipale

Les municipalités du Sud doivent combiner austérité et urgence. À Bint Jbeil, le conseil municipal demande 50 000 litres de gasoil à la Direction des collectivités pour alimenter les pompes d’eau potable, en panne depuis le 12 juin ; sans réponse, les habitants tirent l’eau des citernes privées à 40 000 LL le baril. Dans la Békaa, Aarsal expérimente un ramassage d’ordures « participatif » : chaque commerçant reçoit des sacs numérotés, pesés au dépôt ; une réduction de taxe foncière est octroyée si le quota mensuel de tri est atteint. Le maire espère ainsi « réinventer la fiscalité locale quand l’État central fait défaut ».

Le financement international se raréfie ; pourtant la diaspora libanaise tend la main. L’association Libanity, basée à Montréal, collecte cinquante-deux mille dollars pour remplacer les congélateurs d’un centre de distribution alimentaire à Tripoli. Dans la ville portuaire, le prêtre maronite Georges Azzi transforme une salle paroissiale en consultation médicale gratuite : deux généralistes s’y relaieront le matin, un pédiatre l’après-midi. L’initiative, relayée par Ad Diyar, répond à la fermeture récente de la polyclinique Saint-Joseph faute de subventions .

Pression migratoire et fatigue sociale

La réduction du quota humanitaire frappe les réfugiés syriens mais aussi les Palestiniens apatrides. Le camp de Nahr el-Bared, en reconstruction depuis 2007, voit ses versements onusiens étalés jusqu’en 2029. Les familles s’endettent auprès de prêteurs informels ; l’ONG Aleef signale « un taux alarmant de décrochage scolaire » : 28 % des adolescents ont quitté l’école cette année pour chercher des emplois journaliers sur les chantiers.

Dans la rue, les colères demeurent sporadiques. Des coupures de route éclatent à Bar Elias lorsque la meunerie locale annonce une hausse de 15 % sur la farine. Le soir, la police militaire patrouille près de la World Food Kitchen. Les clameurs se taisent vers minuit, faute d’éclairage public. L’anthropologue Rima Majdalani résume : « La société libanaise vit dans un état de veille – ni paix, ni guerre, mais une fatigue qui ronge doucement la confiance collective. »

Culture : créations résilientes et agenda estival

Théâtre en résistance

La douzième édition de « Printemps de Beyrouth » s’ouvre sur « Jarret Gaz Special », une pièce écrite et mise en scène par Sara Abdo et Karim Chibli, interprétée par Cynthia Karam et Joseph Zaytoun, qui déroule sur la scène du Théâtre Mono jusqu’au 29 juin un collage de souvenirs de guerre, de deuil et de renaissance, entremêlant dialogues acérés et images d’archives projetées en fond Al Sharq Al Awsat, 17 juin 2025. Le quotidien pan-arabe souligne que la dramaturgie floute délibérément passé et présent : un même personnage traverse 1976, 2006 et 2020, rappelant combien la mémoire collective libanaise se recompose à chaque crise. Les fauteuils du Mono, réouverts après des mois de travaux de sécurité, affichent complet ; la billetterie numérique, plafonnée à trois cents places par soirée, sature en quarante-huit heures selon l’administration de la salle.

Sons mêlés de Tripoli à Beyrouth

À 280 kilomètres au nord, le Festival « Remmen » convie le quintette « Lucerne Beirut Connection » sur la scène de Stereo Kwalys, au port de Tripoli, le 22 juin à 20 h 30 Al Akhbar, 17 juin 2025. Mené par le guitariste suisse David Heitzmann, l’ensemble fusionne jazz contemporain, funk, lignes orientales et ponctuations de oud jouées par Ziad Al-Ahmadieh. La programmation répond à une ligne esthétique claire : confronter l’improvisation helvétique à l’ornementation maqâm. Le même journal annonce pour le lendemain, dans la librairie-café Barzakh de Gemmayzé, une veillée bossa-nova conduite par « Salma & Habib », duo local qui entremêle la saudade brésilienne à des rythmiques dabké Al Akhbar, 17 juin 2025. La multiplication de scènes intermédiaires hors de la capitale témoigne d’une volonté de désenclaver la création musicale et de drainer un public jeune qui se déplace désormais en covoiturage pour alléger la facture carburant.

Pages de femmes, encres de survie

Le rayon littérature retrouve des couleurs malgré le renchérissement du papier. Nahar détaille la sortie de « Bilhibr al-ta’ir » – recueil de récits courts signé par Rana Issa, Tracy Chamoun et Fatima Abou Khaled – tiré à cinq-cents exemplaires chez l’éditeur Samir Fayad Nahar, 17 juin 2025. Les autrices puisent dans des scènes de la vie ordinaire : une coupure d’électricité nocturne, un taxi collectif entre Jounieh et Hamra, l’attente d’un SMS bancaire. Le critique Georges Khoury y voit « une langue sans fards qui déjoue la lassitude en transformant le quotidien en matériau de résistance ». Le lancement, organisé dans la librairie Dar el-Kalimah sans climatisation, attire tout de même quatre-vingts personnes, preuve que la lecture subsiste comme refuge abordable face à l’inflation des loisirs.

Mémoire et regard féminin

À Beyrouth, « Maison Beit Beirut » accueille le troisième volet du cycle « Ehkili » consacré aux « Artistes et guerre » : une table ronde modérée par l’animatrice Wafa Arroub réunit peintres, photoreporters et performeuses pour sonder la trace du conflit dans la création visuelle Al Akhbar, 17 juin 2025. Les organisateurs insistent sur la parité : cinq intervenantes, dont la vidéaste Hala Tannous, croisent leurs archives intimes pour exposer la dialectique entre trauma et esthétique. Les fonds proviennent d’un micro-financement piloté par la galerie Agial : 22 000 dollars collectés auprès de la diaspora sous forme de NFTs représentant des planches de carnet-de-voyage.

Chanson libanaise : nouvelle vague pop

Sur les ondes de Radio Liban Libre, « Helwa », premier extrait du futur album de Nasif Zeytoun entièrement en dialecte libanais, tourne en boucle depuis minuit. Al Sharq signale que le titre, écrit par Salah Bloul et arrangé par Omar Sabbagh, a été clippé par le réalisateur Samir Seryani à Mar Mikhaël, symbole de la reconstruction post-explosion Al Sharq, 17 juin 2025. Le single, distribué par la plateforme Anghami, engrange cent mille écoutes en six heures ; un record local depuis la crise de 2019 selon la start-up SoundPorts. La Fédération des Bars de la Rue d’Arménie prévoit déjà d’indexer les cachets des DJ sur la courbe du streaming pour compenser la faible fréquentation touristique.

Cinéma et dialogues transfrontaliers

Dans la rubrique « Founoun wa cocktail » d’Al 3arabi Al Jadid, un reportage consacre une page à la visioconférence du réalisateur franco-grec Costa-Gavras avec un salon de Damas, où il commente la genèse de « Hanna K », son film de 1983 dénonçant l’occupation israélienne Al 3arabi Al Jadid, 17 juin 2025. Si l’événement se tient en ligne, il a été co-organisé par la Cinémathèque de Beyrouth qui diffusera un cycle complet de l’auteur en juillet, assorti de masterclasses pour jeunes réalisateurs libanais. La programmation, financée par l’Institut français, inclut une résidence d’écriture au Couvent Saint-Joseph à Achrafieh.

Arts vivants et théâtre de la mémoire

Al Sharq Al Awsat publie une critique détaillée de « Jarret Gaz Special » : le texte décrit une dramaturgie non linéaire où les traumatismes collectifs se matérialisent par un cylindre métallique évoquant à la fois réservoir domestique et obus Al Sharq Al Awsat, 17 juin 2025. Dans la seconde partie, une séquence de danse butô figurant la pénurie d’oxygène provoque un silence de trois minutes dans la salle, moment que la critique qualifie de « respiration partagée, rare au théâtre libanais ». Le public, composé d’étudiants en arts, de journalistes culturels et de ressortissants étrangers, interroge la résilience des corps à travers la scénographie brute.

Agenda des quinze jours à venir

23 juin : lancement du recueil « Min Beidy l-Beid l-Akhdar » à la librairie Antoine de Saïfi, rencontre avec l’illustratrice Dina Haddad.
24 juin : concert « Mélodies nahda » au Musée Sursock, duo oud-piano mené par Charbel Rouhana.
25–28 juin : Fête de la musique de Jbeil, dix-neuf groupes locaux sur trois scènes face à la mer, accès gratuit.
26 juin : première du film documentaire « Beyrouth Barbacue » de Maya Karam au Metropolis Sofil.
29 juin : clôture du Printemps de Beyrouth avec une lecture-performance de l’acteur Rafic Ali Ahmad sur les marches du Grand Théâtre.

Ces rendez-vous illustrent la vitalité d’un secteur qui, malgré la crise énergétique et la contraction du mécénat, multiplie les formats légers, autogérés, pour maintenir un dialogue avec la cité.

Sport : duel pour le titre et horizon olympique

Le championnat sous haute tension
Le choc Ansar–Tadamon-Sour n’a laissé aucune place au suspense : trois buts nets, signés Nader Matar à la 16ᵉ, le Palestinien international Mohamed Habous à la 38ᵉ, puis le remplaçant Mohamed Bou Saleh au temps additionnel, propulsent « le Zaïm » à trente-trois points ; c’est la première victoire de l’ère Dragàn Jovanović, technicien serbe arrivé mi-mai pour redresser la machine verte . Sur la pelouse du Camille-Chamoun, l’entraîneur insiste sur la « discipline défensive retrouvée » et prévient que la marge aurait pu gonfler « si les occasions de seconde période avaient été converties ».

Quelques heures plus tard, au stade Fouad-Chehab de Jounieh, le Safa domine l’Ahed 2-1 grâce à un doublé opportuniste du sierraléonais Lamin Kamara exploité sur deux erreurs défensives adverses . L’« Armée jaune » concède ainsi son quatrième revers de la seconde phase et s’éloigne définitivement de la course au sacre, laissant le suspense se cristalliser entre Safa et Ansar avant leur confrontation directe, présentée dans la presse comme « le virage penultimate » du sprint final.

Guerre des mots avant la “finale” anticipée
Dès le coup de sifflet, la guerre psychologique s’enclenche. Dans Nahar du 17 juin, le capitaine du Safa déclare que « la pression change désormais de camp : Ansar doit gagner pour préserver quinze titres d’histoire » tandis que Matar réplique en conférence de presse : « Le Safa rêve depuis 2016 ; nous vivons avec la couronne depuis 1998 ». Les réseaux sociaux s’enflamment ; l’ex-sélectionneur Jamal Taha twitte « La solidité prime le romantisme », remettant sur la table le dilemme traditionnel du football libanais : bloc bas rigoureux ou jeu de circulation inspiré de l’école brésilienne adoptée par Najmeh dans les années 1990.

Le rôle des arbitres et la question de la VAR
Au-delà du rectangle vert, l’arbitrage redevient sujet central. Les deux entraîneurs réclament l’introduction pleine de la VAR, promise depuis 2022 mais freinée par la crise électrique : le coût d’un car régie mobile dépasse 600 000 USD et nécessite une alimentation de secours que la Fédération peine à financer. Le président du Comité des arbitres propose un compromis : assistance vidéo limitée aux buts hors-jeu et aux pénalties, sans ligne de but virtuelle. Les clubs hésitent : Jovanović redoute « un bricolage technologique qui discrédite plutôt qu’il n’assure ».

Le facteur public et les tribunes segmentées
Pour la première fois depuis la reprise post-pandémie, la Fédération vendra des packs familiaux ; objectif : remplir 70 % des tribunes tout en évitant le mélange des groupes ultras, souvent sources de tensions confessionnelles. Des stadiers bénévoles issus des académies sportives seront déployés pour orienter les supporters vers des blocs identifiés par couleur plutôt que par club. Ce dispositif, testé lors de la demi-finale de Coupe 2024, avait réduit de 40 % les jets de bouteilles selon le rapport de la Sûreté générale. Les revenus guichets pourraient atteindre 120 000 USD, souffle un comptable de la Ligue, « un bol d’air » quand les droits télé plafonnent à 900 000 USD la saison.

Enjeux collectifs : place continentale et trésoreries fragiles
Le champion 2025 décrochera le seul ticket libanais pour l’AFC Champions League 2 (nouveau format), doté d’une prime de participation de 250 000 USD. Pour Safa comme pour Ansar, cette manne couvrirait un quart de la masse salariale annuelle, évaluée à 980 000 USD pour le premier, 1,1 million pour le second. Les directions financières tablent aussi sur des ventes de maillots vers la diaspora : la boutique en ligne d’Ansar expédie 35 % des commandes vers l’Australie et la Côte d’Ivoire.

Le rôle des outsiders dans la balance des points
Au classement, l’Ahed (troisième) et Nejmeh (quatrième) deviennent arbitres du duel : l’un affrontera Safa, l’autre Ansar, lors des trois dernières journées. La presse parle de « quatre leviers invisibles » : prime de match, motivation européenne, revanche historique et exposition médiatique. Chaque camp soupçonne l’autre de « lobbying tacite » auprès des adversaires. La rumeur d’un bonus de victoire payé par un mécène anonyme circule sur WhatsApp, sans confirmation.

La sélection nationale et l’effet Coupe d’Asie 2027
En marge de la course au titre, quatre internationaux – Matar, Habous, Kamara naturalisé, et le défenseur du Safa Ali Saad – rejoignent le stage préparatoire des Cèdres, prévu à Amman du 28 juin au 6 juillet en vue du second tour éliminatoire de la Coupe d’Asie 2027 . Le sélectionneur Nikola Jurčević explique que la forme physique est « miraculeusement haute pour un mois de juin », signe selon lui que « le football local a gagné en rigueur athlétique malgré la crise énergétique ». Il prévoit trois matches amicaux, dont un contre la Jordanie U-23 pour tester la charnière Matar-Habous.

Basket-ball : pause forcée et mercato discret
Si le football concentre l’attention, la ligue de basket reste muette. La finale Riyadi-Homenetmen, programmée fin juin, dépend de la remise en service de la climatisation du palais sportif Ghazir ; le gestionnaire réclame deux générateurs de 750 kVA, encore bloqués au port avec des frais de surestaries. Les clubs évitent de surenchérir sur le marché des transferts : seul Riyadi a prolongé son meneur américain Larry Austin pour 180 000 USD (+10 %), tandis que Sagesse mise sur une rotation 100 % locale pour réduire la facture de devises.

Athlétisme : vers Paris 2026, la relève s’entraîne dans l’ombre
Au stade Camille-Chamoun, la Fédération d’athlétisme lance un camp de détection de talents U-18 sous l’égide du Franco-libanais Pierre Issa, consultant bio-mécanique. Objectif : identifier deux sprinteurs capables de courir le 100 m en moins de 10″60 avant fin 2025, critère de bourse olympique. L’accès aux appareils de cryothérapie reste limité ; Issa loue à ses frais un caisson mobile installé derrière la tribune visiteurs. Les séances se tiennent de 5 h 30 à 8 h pour éviter la chaleur et économiser l’éclairage.

Sports aquatiques et spectre des primes d’assurance
Le rallye nautique Jounieh – Byblos, prévu le 5 juillet, est repoussé sine die : les assureurs réclament une couverture supplémentaire de 25 % pour risque régional élargi. Les organisateurs évaluent l’option d’un tracé côtier réduit à dix milles nautiques, mais les sponsors doutent de la visibilité TV. La FF Motonautique reconnaît que « sans drone, pas de public », or l’espace aérien est partiellement fermé aux UAV depuis le 14 juin.

Calendrier condensé et fatigue logistique
La Commission des compétitions maintient la fin de championnat au 16 juillet pour libérer une fenêtre à la sélection. Les clubs devront enchaîner cinq matches en vingt-cinq jours. Pour minimiser les déplacements, trois rencontres se joueront en terrain neutre à Jounieh ; les supporters d’Ansar, basés majoritairement à Beyrouth-Sud, s’organisent en co-voiturage tandis que ceux du Safa négocient une réduction de 15 % avec la société charters CèdresBus.

Perspectives
La conclusion du championnat décidera d’une part du destin continental, d’autre part du niveau d’adhésion populaire à un football local secoué mais vivant. Si le binôme Safa-Ansar incarne le haut de l’affiche, les clubs à la lutte pour la cinquième place (Hikmeh, Tadamon-Sour) pèseront indirectement sur la répartition des droits télés 2026, calculée à l’indice de part d’audience. Derrière la ferveur, un autre enjeu se profile : maintenir l’exode des jeunes talents à un rythme tolérable pour ne pas vider le championnat avant qu’il ne récolte les fruits financiers d’une participation ACL2. D’ici là, les cris des supporters résonneront encore, prouvant qu’au-delà des crises monétaires ou des sirènes de raid aérien, la passion sportive reste l’un des derniers espaces de communion possible.

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