Les journaux du 18 juillet 2025 accordent une place centrale aux répercussions des conflits régionaux sur la scène libanaise et à l’impact de la crise syrienne sur l’équilibre sécuritaire interne. En parallèle, les quotidiens abordent les débats politiques liés aux institutions libanaises, notamment à travers les nominations gouvernementales et les enjeux autour de l’équilibre confessionnel et institutionnel.
Ad Diyar (18 juillet 2025) consacre sa une à l’onde de choc des affrontements en Syrie, notamment à Sweida, qui affecte directement le Liban. Le quotidien rapporte une intensification de la vigilance sécuritaire face aux tensions confessionnelles susceptibles de se propager, évoquant des « mesures de terrain » coordonnées entre l’armée libanaise et les forces de sécurité intérieure. Le journal souligne une concentration des dispositifs autour des zones mixtes druzo-sunnites et des rassemblements syriens, où la peur d’une exportation de la violence syrienne reste vive.
Dans le même esprit, Al Liwa’ (18 juillet 2025) cite un discours du président syrien Ahmad Shar’, qui affirme depuis Damas que « la Syrie ne deviendra pas un théâtre de chaos » et accuse Israël de manipulations politiques et militaires. Ces propos résonnent directement au Liban où, selon Ad Diyar, le camp politique du leader druze Teymour Joumblatt multiplie les consultations pour éviter l’embrasement du « territoire communautaire ». L’ancien dirigeant Walid Joumblatt est également cité dans ses efforts d’intermédiation avec les autorités militaires libanaises.
Conflit au Sud et escalade israélienne
Al Quds Al Arabi (18 juillet 2025) met en lumière les tensions croissantes au Sud-Liban. Israël a mené plusieurs frappes ciblées, causant la mort de membres présumés du Hezbollah dans la région de Nabatiyeh, dont Hassan Ahmad Sabra, identifié comme commandant de la force navale de la brigade Al-Radwan. Le journal précise que ces attaques se sont intensifiées en dépit du cessez-le-feu, selon les termes de la résolution 1701. Deux drones israéliens auraient également frappé des engins civils à Naqoura, provoquant la mort d’un second civil, Ali Fawzi Atwi.
La visite de Nabil Berri, président du Parlement libanais, aux ambassadeurs de l’Union européenne à ce sujet a été fortement relayée. Al Quds rapporte que Berri a dénoncé les « violations systématiques du cessez-le-feu par Israël » et a exigé une réaction ferme des partenaires européens. Ces actes militaires, note le journal, alimentent un climat de suspicion dans le sud et renforcent la posture défensive du Hezbollah, dont le silence médiatique contraste avec l’escalade.
Gouvernance et nominations institutionnelles
Le journal Al Sharq (18 juillet 2025) titre sur les nominations récentes adoptées par le Conseil des ministres sous l’autorité du Premier ministre Nawaf Salam. Parmi les postes renouvelés figurent plusieurs directions générales et postes judiciaires. Ces décisions interviennent dans un contexte de pressions politiques exacerbées par l’opposition menée par le Courant patriotique libre, qui revendique une part plus équitable dans les nominations chrétiennes. Al Sharq insiste sur les tensions autour de ces choix, évoquant des appels à réexaminer le pacte national dans ses équilibres fonctionnels.
An Nahar (18 juillet 2025) revient également sur les nominations gouvernementales, les inscrivant dans une logique d’« adaptation administrative » aux enjeux de réforme exigés par les partenaires internationaux. Le journal note que la nomination de juges réputés proches de certains milieux politiques a relancé les accusations de mainmise partisane sur la justice.
Affaire Georges Abdallah : une libération imminente ?
Al Akhbar (18 juillet 2025) consacre une couverture approfondie à la situation de Georges Ibrahim Abdallah, détenu au centre pénitentiaire de Lannemezan en France depuis plus de 40 ans. Le quotidien rapporte qu’un arrêt rendu par la Cour d’appel de Paris permettrait son extradition vers le Liban d’ici le 25 juillet, une fois le jugement exécuté. Cette décision est qualifiée d’« historique », le journal y voyant un signal fort de libération de la justice française vis-à-vis des pressions américano-israéliennes. Al Akhbar rappelle que la libération conditionnelle de Georges Abdallah avait été bloquée à douze reprises depuis 1999, malgré la fin de sa peine légale.
Le frère de l’activiste, Robier Abdallah, est cité déclarant que « pour la première fois, la justice française a rompu avec l’influence étrangère ». Le journal rappelle que la diplomatie libanaise, sous Joseph Aoun, avait multiplié les démarches officielles et fourni une lettre de garantie pour organiser son retour.
Analyse politique du positionnement libanais
Ad Diyar (18 juillet 2025) interroge les conséquences géopolitiques de ces développements sur la position du Liban. Le journal évoque un double mouvement diplomatique : d’une part, le rapprochement de la Syrie avec Israël selon des canaux informels, et de l’autre, le renforcement des attentes américaines sur Beyrouth. Des voix anonymes citées par le journal critiquent « l’alignement passif » du Liban, incapable d’exercer une diplomatie autonome.
Cette critique est partiellement reprise par Nida’ Al Watan, qui, tout en étant plus conservateur, souligne que « le Liban est de nouveau pris en otage entre son alliance militaire avec le Hezbollah et ses engagements institutionnels à l’égard de la communauté internationale ».
Retour de Joseph Aoun : relégitimation présidentielle
Enfin, Al Sharq (18 juillet 2025) et Al Joumhouriya (18 juillet 2025) s’accordent à souligner que l’élection récente de Joseph Aoun à la présidence de la République symbolise pour une partie de la presse « le retour de l’État central », perçu comme gage de stabilité militaire et institutionnelle. Le journal évoque un regain de popularité pour le nouveau président, qui a récemment initié des concertations sur la politique de défense, la décentralisation administrative et les réformes judiciaires.
Selon Al Sharq, cette séquence politique pourrait marquer « le retour de la République de l’ordre », bien que des divergences persistantes subsistent sur les équilibres confessionnels au sein du gouvernement.
Politique locale : repositionnements internes et équilibres gouvernementaux en tension
La politique intérieure libanaise, à la date du 18 juillet 2025, est marquée par une phase de repositionnement des forces politiques traditionnelles, dans un contexte d’instabilité régionale persistante. Les débats institutionnels, les nominations au sein du gouvernement, les réactions partisanes aux évolutions régionales et les discours symboliques tenus dans et hors du Parlement témoignent d’une recomposition en cours des équilibres internes.
Les nominations gouvernementales et leurs implications politiques
Le Conseil des ministres, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam, a officialisé une série de nominations administratives et judiciaires, rapportées en détail par Al Sharq (18 juillet 2025). Ces nominations, tout en étant présentées comme nécessaires au bon fonctionnement des institutions, ont provoqué des crispations notables au sein des formations politiques représentées. Le journal évoque en particulier les tensions avec le Courant patriotique libre (CPL), qui considère que sa part dans les postes réservés aux chrétiens est insuffisante et mal répartie. La polémique porte notamment sur le respect du pacte national et des équilibres confessionnels, un sujet récurrent dans le débat public libanais.
Selon les éléments rapportés par An Nahar (18 juillet 2025), plusieurs figures politiques du CPL auraient exprimé en privé leur mécontentement, soulignant que « l’arbitrage opéré par le Premier ministre Salam semble marginaliser certaines composantes chrétiennes au profit de quotas redistribués entre les Forces libanaises et les Kataëb ». Ces rivalités anciennes trouvent un nouvel écho dans le contexte actuel où la présidence, tenue par Joseph Aoun, affiche une volonté affichée de relancer les institutions.
Réactions des formations druzes aux évolutions régionales
La presse, notamment Ad Diyar (18 juillet 2025), fait également état d’une forte mobilisation politique des acteurs druzes, à la suite des événements sanglants en Syrie, particulièrement à Sweida. Teymour Joumblatt, député et chef du Parti socialiste progressiste, a conduit une délégation à Yarzé pour rencontrer les représentants de l’état-major de l’armée libanaise. L’objectif de cette réunion était d’évaluer les mesures de sécurité prises pour éviter une contagion communautaire des violences syriennes sur le sol libanais.
Toujours selon Ad Diyar, Walid Joumblatt, bien que retiré de la vie politique active, aurait joué un rôle d’arrière-plan dans la coordination de cette initiative. L’accent a été mis sur la nécessité de « prévenir toute instrumentalisation confessionnelle des tensions régionales » et d’éviter que les régions druzes du Liban ne soient perçues comme des prolongements des lignes de front syriennes. La presse souligne aussi le souci exprimé par les Joumblatt de « maintenir le canal de dialogue ouvert avec l’institution militaire », perçue comme garante de la stabilité.
Positionnement du Hezbollah et enjeux au Sud
Bien que silencieux dans ses communications officielles, le Hezbollah reste au centre des préoccupations politiques locales. Al Quds Al Arabi (18 juillet 2025) et Al Akhbar (18 juillet 2025) évoquent les réactions internes à la suite des frappes israéliennes ciblées dans le sud du pays. Le mouvement, qui a perdu plusieurs membres dans ces attaques, notamment Hassan Ahmad Sabra, semble s’orienter vers une posture de retenue tactique, sans rompre le cessez-le-feu établi par la résolution 1701.
Le journal Al Quds précise que cette attitude est perçue comme « une démonstration de discipline stratégique » qui vise à ne pas compromettre les relations politiques internes du Hezbollah avec ses alliés, notamment le mouvement Amal et le courant de Naim Kassem. Ce positionnement alimente néanmoins des interrogations au sein des formations sunnites et chrétiennes, qui redoutent une reprise des hostilités.
Équilibres confessionnels et discours identitaires
Dans ce contexte complexe, le débat sur l’identité politique et l’unité du Liban reste central. Al Joumhouriya (18 juillet 2025) publie une tribune dénonçant les « velléités d’annexion symbolique » exprimées par certains partis syriens ou panarabes. L’article s’interroge : « Que signifie encore l’indépendance si deux souverainetés coexistent dans un même État ? ». Il revient également sur les liens historiques entre figures politiques libanaises et gouvernements syriens passés, pour illustrer la perméabilité historique entre les deux sphères politiques.
Ce type de discours trouve un écho chez les parlementaires du bloc des Forces libanaises, qui selon Al Sharq (18 juillet 2025), ont récemment réaffirmé leur attachement à la neutralité libanaise et au principe de dissociation. Dans un entretien cité par le journal, l’un d’eux déclare : « Notre combat est d’empêcher la résurgence de la logique des tutelles, sous quelque forme que ce soit ».
Initiatives parlementaires et gouvernance
Plusieurs sources, dont An Nahar (18 juillet 2025), font état de propositions législatives émanant de députés réformateurs ou indépendants visant à renforcer la transparence dans les processus de nomination, notamment dans les ministères techniques et les conseils d’administration des établissements publics. Une proposition de loi sur la déclaration de patrimoine des hauts fonctionnaires a été déposée, bien que son adoption semble encore incertaine faute d’alignement entre les blocs parlementaires.
Par ailleurs, des discussions sont en cours sur la réforme du statut des municipalités, dans le but de renforcer leur autonomie financière et administrative. Al Sharq rapporte que ces débats sont soutenus par des députés de la Békaa et du Liban-Nord, confrontés à un manque chronique de moyens pour assurer les services de base dans leurs circonscriptions.
Nouvelles alliances et repositionnements partisans
La recomposition du paysage politique libanais s’exprime aussi à travers de nouveaux rapprochements. Al Akhbar (18 juillet 2025) indique que des contacts non officiels ont eu lieu entre des représentants du Hezbollah et certains membres de partis centristes, dans le but de consolider des fronts communs sur les dossiers économiques, en particulier ceux liés à l’électricité et à la réhabilitation des infrastructures.
Dans le même temps, Nida’ Al Watan (18 juillet 2025) révèle des tensions persistantes au sein de l’alliance FL-Kataëb. Les divergences portent notamment sur la stratégie à adopter vis-à-vis de la présidence Aoun et sur la question de l’ouverture d’un dialogue avec les partenaires chiites.
Citation et discours des personnalités politiques : affirmations identitaires, messages sécuritaires et postures stratégiques
Dans un contexte de tensions internes et régionales, les personnalités politiques libanaises ont multiplié les prises de parole entre le 17 et le 18 juillet 2025. Ces déclarations, relevées dans la presse du jour, traduisent des intentions politiques, des positionnements confessionnels et des manœuvres d’influence. Si les propos ont parfois pris la forme de messages symboliques, ils révèlent aussi des lignes de fracture et des tentatives d’encadrement de la situation sécuritaire.
Joseph Aoun : symbolique du chef d’État, discours de restauration
Depuis son élection à la présidence, Joseph Aoun multiplie les déclarations sobres mais à forte portée symbolique. Selon Al Sharq (18 juillet 2025), lors d’un entretien avec la Commission de la Femme du Patriarcat grec-catholique, Aoun aurait déclaré que « le Liban a besoin de femmes fortes pour reconstruire l’unité nationale sur des bases justes ». Ce propos s’inscrit dans une stratégie de légitimation consensuelle visant à incarner une présidence d’équilibre, au-dessus des partis.
Par ailleurs, An Nahar (18 juillet 2025) relève qu’Aoun aurait confié en privé à ses collaborateurs que « la priorité reste la préservation des institutions et la consolidation du rôle de l’armée dans la défense du territoire ». Cette insistance sur l’armée comme colonne vertébrale de l’État renforce l’image d’un président défenseur de la souveraineté et de la cohésion territoriale, dans un contexte de tensions avec Israël et de crise syrienne.
Nawaf Salam : légitimité technocratique et appel au calme
Le Premier ministre Nawaf Salam a multiplié les gestes d’apaisement, notamment envers les communautés politiques inquiètes des nominations récentes. D’après Al Sharq (18 juillet 2025), il aurait déclaré à des membres du gouvernement que « le respect de la compétence ne doit jamais être opposé à celui de la représentativité ». Cette formulation vise à rassurer ses partenaires politiques sans céder sur l’objectif de rationalisation de l’administration.
Toujours selon la même source, Salam aurait tenu un échange téléphonique avec Walid Joumblatt pour « coordonner les efforts de stabilisation communautaire » dans le contexte des événements à Sweida. Son entourage cite ces mots : « Nous devons tout faire pour empêcher la transposition des conflits régionaux sur le sol libanais. La neutralité active du Liban commence par ses propres quartiers ».
Walid et Teymour Joumblatt : vigilance communautaire et coordination institutionnelle
Le tandem druze formé par Walid et Teymour Joumblatt s’est illustré par des prises de position ciblées sur le plan sécuritaire. Ad Diyar (18 juillet 2025) rapporte que Teymour, lors d’une visite au commandement de l’armée à Yarzé, aurait déclaré : « La communauté druze reste fidèle à la République, mais elle n’acceptera pas d’être entraînée dans des luttes qui ne sont pas les siennes ».
Quant à Walid Joumblatt, dans un message relayé indirectement par ses proches, il aurait affirmé que « l’histoire nous enseigne que la neutralité n’est pas la passivité, mais une forme de résistance à l’enrôlement par procuration ». Cette déclaration est interprétée comme un refus net de toute implication communautaire dans les dynamiques de guerre en Syrie, tout en gardant une capacité de mobilisation.
Discours de figures chrétiennes : frontières de la souveraineté et identité libanaise
Le journal Al Joumhouriya (18 juillet 2025) publie une tribune au ton accusateur, probablement inspirée de sources proches du Courant des Forces libanaises. On y lit : « Où étaient les partisans du grand Levant quand le Liban bâtissait son prestige intellectuel et diplomatique ? ». L’article accuse implicitement certains mouvements chiites et panarabes de vouloir « diluer l’identité libanaise dans des récits supranationaux ».
Dans le même esprit, un député des Forces libanaises, cité dans Nida’ Al Watan (18 juillet 2025), affirme : « Il n’y a pas de coexistence possible entre deux souverainetés dans un même État. Le Hezbollah doit choisir : l’État ou l’armée parallèle ». Cette déclaration s’inscrit dans une offensive politique contre la double militarisation du territoire par des entités non-étatiques.
Propos issus du Hezbollah : retenue tactique, fermeté stratégique
Bien que le mouvement n’ait pas tenu de conférence de presse, ses relais médiatiques ont transmis des extraits de discours tenus par des figures du mouvement lors de cérémonies religieuses ou locales. Al Akhbar (18 juillet 2025) cite une déclaration du chef du Conseil exécutif du Hezbollah, proche de Naim Kassem, affirmant : « Nous répondons à l’agression par le silence discipliné. Le silence est une arme, tout comme la roquette ». Ces propos sont interprétés comme une justification de la non-réaction militaire immédiate aux frappes israéliennes.
Le même quotidien évoque une autre citation : « Le Liban n’est pas neutre face à la vérité. Il est engagé aux côtés de ceux qui ont payé de leur vie l’honneur de ce pays ». Cette phrase, volontairement floue, vise à légitimer l’engagement militaire sans violer ouvertement les engagements politiques internes.
Réactions de l’opposition parlementaire : retour à la primauté institutionnelle
Plusieurs députés issus du bloc réformiste ou indépendants ont pris la parole ces derniers jours. Selon An Nahar (18 juillet 2025), la députée Nadine Moussa a déclaré lors d’un point presse : « Nous ne pouvons parler de réforme si le processus de nomination reste un système de quotas déguisé. Le Liban mérite une transparence institutionnelle, pas une diplomatie de coulisses ».
De son côté, le député Elias Hankache (Kataëb), cité par Nida’ Al Watan (18 juillet 2025), a demandé que « la prochaine étape du gouvernement soit celle de l’audit de l’administration publique, de la justice jusqu’aux douanes ». Il ajoute : « Si nous voulons restaurer la confiance, il faut montrer que l’État ne fonctionne plus comme un club fermé ».
Figures religieuses et spiritualisation du politique
Enfin, plusieurs voix religieuses ont été relayées dans la presse. Al Sharq (18 juillet 2025) rapporte une déclaration de Sayyed Ali El Amin, figure chiite critique du Hezbollah, qui aurait affirmé : « L’Islam politique ne doit pas être une machine à produire des martyrs, mais un projet de vie pour les sociétés ». Ces propos s’inscrivent dans une tradition intellectuelle cherchant à distinguer foi et milices.
De son côté, le patriarche maronite Bechara Raï aurait, selon des extraits relayés dans Al Joumhouriya, exhorté les leaders politiques à « laisser les jeunes respirer un peu d’espérance », dénonçant « les jeux de pouvoir qui prennent le peuple en otage ».
Diplomatie : alignements discrets, pressions croisées et repositionnements régionaux
La scène diplomatique libanaise, au 18 juillet 2025, est caractérisée par une série d’ajustements stratégiques et de prises de contact à intensité variable avec les principaux acteurs régionaux et internationaux. Si les déclarations officielles sont limitées, les signaux indirects sont nombreux, traduisant des repositionnements en cours sur fond de guerre en Syrie, d’escalade au Sud-Liban et de tensions persistantes entre grandes puissances.
Ligne diplomatique du Président Joseph Aoun : prudence et équilibre
Depuis son investiture, le président Joseph Aoun adopte une ligne diplomatique fondée sur la retenue et l’équilibre. Dans les pages de Al Sharq (18 juillet 2025), on évoque ses échanges discrets avec plusieurs représentations diplomatiques européennes, notamment autour du maintien de l’appui à la FINUL et du respect de la résolution 1701. Selon une source citée anonymement, Joseph Aoun aurait affirmé que « la stabilité du Liban ne peut pas être détachée de la stabilité régionale, mais elle ne saurait non plus en être l’otage ».
Ce positionnement modéré cherche à préserver les canaux ouverts avec les États-Unis et l’Union européenne, sans rompre les ponts avec les puissances régionales comme l’Iran ou la Syrie. Il s’agit d’un exercice d’équilibrisme diplomatique visant à restaurer une voix libanaise crédible et autonome sur la scène internationale, tout en tenant compte de l’influence du Hezbollah dans les équilibres internes.
Visite de l’émissaire américain Barak Thomas : attentes non satisfaites
Comme le rapporte Al Sharq (18 juillet 2025), la venue prévue de l’émissaire américain Barak Thomas à Beyrouth suscite à la fois espoirs et interrogations. Selon l’article signé par Malak Akil, les objectifs de cette troisième visite ne sont pas clairement définis. Un haut responsable libanais aurait déclaré : « Nous attendons une clarification des intentions américaines, notamment sur le rôle de la Syrie et sur la sécurité du Sud-Liban ».
Cette déclaration est accompagnée d’une remarque rapportée de la visite précédente de Thomas : « Je reviendrai vers vous avec la réponse de Washington ». Cette promesse, encore non honorée, laisse entrevoir une certaine lassitude du côté libanais face à des engagements jugés fluctuants de la diplomatie américaine. L’administration Trump, tout en maintenant son soutien verbal aux institutions libanaises, ne semble pas encore prête à clarifier sa position sur les dossiers centraux, notamment ceux du Hezbollah, des sanctions et de l’aide militaire.
L’Union européenne : soutien verbal, prudence sur le terrain
La presse évoque également les échanges entre le président de la Chambre, Nabih Berri, et une délégation de l’Union européenne, selon Al Quds Al Arabi (18 juillet 2025). Berri a exprimé son inquiétude quant aux « violations israéliennes constantes du cessez-le-feu », tout en saluant le rôle de la FINUL. Les diplomates européens, notamment l’ambassadrice Sandra De Waal, ont réitéré leur attachement à la stabilité du Liban et à la poursuite des programmes de reconstruction, mais sans engagement ferme sur une évolution du mandat des forces onusiennes.
Le message européen semble donc clair : soutien institutionnel, coopération économique, mais pas d’intervention directe sur les sujets militaires sensibles. Cela reflète une prudence dictée à la fois par les contraintes budgétaires des États membres et par la complexité du contexte régional.
Réactivation du canal syrien : signaux discrets et interprétations divergentes
Ad Diyar (18 juillet 2025) soulève la question de l’attitude ambivalente du régime syrien envers Israël. L’article fait état d’« un certain niveau de coopération non officiel » entre Damas et Tel-Aviv, dans le cadre de la gestion des événements à Sweida. Selon des sources proches du dossier, « le régime syrien aurait informé Israël de ses intentions militaires dans le Sud, ce qui a permis d’éviter des frictions directes ».
Cette hypothèse, bien que non confirmée officiellement, alimente les doutes sur la sincérité de la posture anti-israélienne du régime de Shar’ et soulève une question fondamentale pour le Liban : faut-il encore considérer Damas comme un allié stratégique, ou comme un acteur à géométrie variable ? La diplomatie libanaise semble, à ce stade, incapable de trancher clairement cette question, oscillant entre prudence institutionnelle et réalisme géopolitique.
Iran et Hezbollah : influence indirecte mais omniprésente
Même si aucun article du jour ne rapporte de déclaration explicite de responsables iraniens, l’influence de Téhéran reste une variable incontournable. Al Akhbar (18 juillet 2025), proche du Hezbollah, laisse entendre que « l’axe de la résistance poursuit sa coordination », notamment dans le cadre de la surveillance du front sud et de la gestion de l’escalade israélienne. Une source officieuse y évoque « un message transmis à travers des canaux diplomatiques non officiels à la France et à l’Italie », rappelant que toute attaque contre le Liban provoquerait une réaction conjointe.
Ces éléments ne peuvent être vérifiés de manière indépendante, mais ils illustrent le rôle de la diplomatie parallèle pratiquée par le Hezbollah, qui s’appuie sur ses relais à Damas, Téhéran et Moscou pour équilibrer la pression exercée par Washington et ses alliés.
Rôle des puissances régionales : Arabie saoudite, Turquie et Égypte en attente
Aucune des sources ne fait état d’un mouvement diplomatique actif émanant des capitales arabes majeures. Toutefois, Ad Diyar (18 juillet 2025) évoque des divergences entre la Turquie et l’Arabie saoudite sur la gestion de l’après-Syrie. Le journal indique que « les deux puissances s’affrontent pour le contrôle des canaux d’influence communautaire dans le Levant ». Cette compétition régionale aurait des répercussions sur les alliances libanaises, notamment dans les milieux sunnites, où les rivalités entre partisans du mufti Derian et des figures politiques pro-saoudiennes alimentent une instabilité chronique.
L’Égypte, quant à elle, reste absente des articles du jour, ce qui reflète son effacement relatif dans les affaires libanaises actuelles, malgré des contacts diplomatiques en coulisse sur les dossiers énergétiques.
Le Liban et les Nations Unies : respect des engagements mais isolement croissant
Enfin, la diplomatie libanaise cherche à maintenir un profil de conformité vis-à-vis du droit international. Al Sharq (18 juillet 2025) note que le ministre des Affaires étrangères a transmis au Secrétaire général des Nations Unies un rapport sur les récentes violations de la résolution 1701 par Israël. Le Liban y réaffirme son engagement à respecter ses obligations, mais demande une « condamnation claire des actions israéliennes menaçant la stabilité du Sud ».
Cette initiative, saluée par les milieux diplomatiques libanais, contraste avec le sentiment d’isolement exprimé par plusieurs analystes cités dans An Nahar. Selon eux, « la diplomatie libanaise souffre d’un manque de vision stratégique et d’une absence de leadership qui empêche toute action offensive sur le plan international ».
Politique internationale : alliances fragiles, jeux d’influence et équilibres recomposés
La presse libanaise du 18 juillet 2025 consacre plusieurs analyses à la situation internationale, en particulier aux conflits en cours au Proche-Orient, aux repositionnements stratégiques entre puissances régionales et mondiales, ainsi qu’à l’impact croissant de la guerre psychologique dans les rapports diplomatiques. L’attention est centrée sur les tensions israélo-arabes, la réorganisation en Syrie, la polarisation au sein du monde sunnite et les jeux d’équilibre autour de l’Iran.
Israël et la normalisation armée : entre provocations militaires et pression diplomatique
Les tensions israéliennes au Sud-Liban sont au cœur des couvertures d’Al Quds Al Arabi et Al Akhbar (18 juillet 2025). Ces deux journaux relatent les frappes israéliennes ayant ciblé des membres du Hezbollah, notamment à Nabatiyeh. Selon Al Quds, il s’agit de l’application d’une nouvelle doctrine dite « de dissuasion cumulative », consistant à attaquer de manière fragmentée mais répétée, sans franchir la ligne de guerre ouverte. Cette approche vise à maintenir une pression constante sur les acteurs du Hezbollah et à tester leur capacité de retenue.
Le même journal évoque une stratégie israélienne visant à « neutraliser la profondeur stratégique du Hezbollah » à travers des actions ciblées non revendiquées. Le but serait de pousser le mouvement à une réaction prématurée pour le délégitimer sur le plan diplomatique. Parallèlement, Al Akhbar souligne que les États-Unis soutiennent cette posture tout en évitant de s’y impliquer ouvertement, laissant à Israël une marge de manœuvre asymétrique.
Guerre en Syrie : stabilisation armée et alignements à géométrie variable
Les combats dans la province de Sweida en Syrie font l’objet d’analyses dans Ad Diyar (18 juillet 2025), qui souligne leur impact régional. L’armée syrienne, selon le journal, mène une opération de « restauration du monopole de la force » contre des milices rebelles. Mais derrière cette rhétorique, Ad Diyar dévoile une stratégie plus complexe : l’État syrien chercherait à rassurer Israël sur sa maîtrise de la frontière, tout en consolidant ses alliances internes avec les forces tribales et les milices pro-iraniennes.
Le président syrien Ahmad Shar’, cité dans Al Liwa’, affirme que « la Syrie ne permettra pas le retour du chaos, et qu’elle saura différencier ses vrais alliés de ses amis intéressés ». Cette déclaration vise indirectement les puissances arabes du Golfe et la Turquie, dont les rapports avec Damas sont marqués par la méfiance.
Iran et l’axe de résistance : diplomatie indirecte et anticipation stratégique
Même si Téhéran ne figure pas directement dans les articles du jour, son influence est manifeste. Al Akhbar (18 juillet 2025) fait état de « coordinations continues entre Téhéran, Damas et Beyrouth » dans la gestion des tensions au Sud. Le journal évoque également des messages discrets transmis à Moscou pour prévenir toute escalade incontrôlée.
Cette stratégie iranienne repose sur une anticipation des réactions israéliennes et sur le maintien d’un canal diplomatique discret avec certaines capitales européennes. Téhéran chercherait à prouver qu’il peut contrôler ses alliés régionaux, tout en conservant sa capacité de nuisance si ses intérêts sont menacés. L’Iran apparaît ainsi comme un acteur multidimensionnel, naviguant entre logique révolutionnaire et pragmatisme géopolitique.
Arabie saoudite, Turquie et Qatar : compétition pour la redéfinition du leadership sunnite
La presse du 18 juillet 2025, notamment Ad Diyar, met en lumière la rivalité croissante entre Riyad, Ankara et Doha pour le contrôle idéologique et financier du monde sunnite. Cette compétition se traduit par des investissements croisés dans les médias, les écoles religieuses, les institutions caritatives, mais aussi dans les partis politiques régionaux.
Un analyste anonyme cité par Ad Diyar explique : « L’Arabie saoudite veut incarner l’islam institutionnel, la Turquie l’islam politique, et le Qatar l’islam social. Chacun cherche à imposer son modèle de gouvernance religieuse à travers des relais régionaux ». Ces rivalités trouvent un écho au Liban, où les réseaux d’influence sunnites sont divisés, et où les mouvements islamistes restent surveillés, notamment par les services de sécurité.
États-Unis : politique d’attente et diplomatie de positionnement
L’ambiguïté de la politique américaine est soulignée par Al Sharq et Al Quds (18 juillet 2025). Alors que l’émissaire Barak Thomas multiplie les visites régionales, aucun plan diplomatique cohérent ne semble émerger de Washington. Le journal note que les États-Unis se contentent de « gérer les urgences sans penser la solution d’ensemble », oscillant entre soutien à Israël et volonté de préserver les équilibres.
Cette position est jugée dangereuse par certains analystes cités dans Al Akhbar, qui estiment que l’administration Trump « sous-estime le facteur émotionnel et identitaire dans les conflits en cours ». Une source diplomatique européenne affirme : « Il n’y a pas de stratégie américaine au Levant, seulement des postures ».
Union européenne : soutien aux processus mais absence de vision
Le rôle de l’Union européenne dans les conflits régionaux reste marginal selon les articles de Al Quds et Al Sharq. Si l’UE poursuit ses aides humanitaires et soutient des mécanismes de coordination avec l’ONU, elle n’apparaît pas comme un acteur stratégique. Cela s’explique par ses divisions internes et par la primauté accordée aux enjeux migratoires sur les considérations géopolitiques.
Un diplomate européen cité anonymement dans Al Sharq reconnaît que « l’Union n’a pas de levier militaire, et ses outils diplomatiques sont trop lents pour influer sur des dynamiques violentes en évolution rapide ». Cette faiblesse de l’UE favorise, selon les journaux, la montée en puissance d’acteurs plus directs comme la Russie ou la Chine.
Russie et Chine : retour par la stratégie des corridors
Même si peu mentionnées directement, la Russie et la Chine maintiennent leur présence dans les équilibres régionaux. Al Akhbar (18 juillet 2025) fait état d’un accord bilatéral entre Damas et Pékin pour la réhabilitation d’une route stratégique entre Homs et la frontière irakienne. Cet accord s’inscrit dans le cadre de la Belt and Road Initiative, qui vise à connecter les infrastructures régionales au réseau économique chinois.
La Russie, de son côté, renforce sa présence militaire symbolique dans certaines zones syriennes, selon Ad Diyar, pour « dissuader tout débordement turco-israélien ». Le journal précise que Moscou veut apparaître comme garant d’une paix régionale ordonnée, sans être impliqué dans les confrontations directes.
Économie : réformes sous pression, indicateurs à la dérive et arbitrages politico-financiers
Le paysage économique libanais, tel qu’il ressort de la presse du 18 juillet 2025, est dominé par un climat de grande incertitude, sur fond de blocages institutionnels et de divergences croissantes autour de la réforme du secteur public. Les journaux abordent les nominations dans les postes économiques stratégiques, les nouvelles propositions fiscales, l’état des finances publiques, et les relations du Liban avec ses partenaires internationaux, notamment dans le cadre des discussions autour de l’aide financière.
Nominations dans les postes économiques : arbitrages techniques ou partisans ?
Selon Al Sharq (18 juillet 2025), le gouvernement dirigé par Nawaf Salam a approuvé plusieurs nominations à la tête d’institutions économiques clés, dont la Direction des douanes, la Cour des comptes et la Direction du budget. Ces choix sont officiellement présentés comme un renforcement de la compétence technocratique, mais Al Sharq note qu’ils suscitent des contestations de la part de plusieurs partis, notamment le Courant patriotique libre, qui estime que ces nominations « écartent des profils compétents en raison de leur couleur politique ».
An Nahar (18 juillet 2025) va plus loin en parlant d’un « deal de nominations » entre le gouvernement et certains blocs parlementaires, évoquant une logique de partage des directions économiques selon des quotas communautaires. Un haut responsable du Trésor, cité anonymement, affirme que « les nominations répondent davantage à des équilibres politiques qu’à des impératifs de redressement budgétaire ».
Budget et déficit : blocage sur les ressources, controverse sur les dépenses
La question du budget 2025-2026 est au cœur des débats économiques, comme le rapporte Al Joumhouriya (18 juillet 2025). Le journal souligne que le projet reste bloqué au Parlement en raison de divergences sur les ressources fiscales à mobiliser. L’administration des Finances plaide pour une hausse de la TVA sur les produits de luxe et une régularisation foncière, tandis que plusieurs députés s’opposent à toute forme de nouvelle pression fiscale.
Toujours selon Al Joumhouriya, le déficit public dépasserait les 9,3 % du PIB pour l’exercice 2024, selon les premières estimations, en raison de la stagnation des recettes douanières et de l’explosion des charges de personnel. Le journal précise que les subventions indirectes, notamment sur l’électricité, continuent de grever lourdement les comptes publics.
Banque du Liban : stabilité formelle, flou stratégique
La politique monétaire reste officiellement stable, mais le rôle de la Banque du Liban (BDL) dans la gestion de la crise fait débat. Al Akhbar (18 juillet 2025) critique ouvertement l’inaction du gouverneur Karim Souaid, accusé de pratiquer une forme d’« attentisme technocratique » consistant à maintenir les équilibres sans proposer de réforme. Le journal estime que la BDL reste dans une posture de « gestion passive de la crise » et ne joue pas son rôle moteur dans la réforme du secteur bancaire.
À l’inverse, Nida’ Al Watan (18 juillet 2025) défend l’approche de Souaid, jugeant que « la stabilité de la livre libanaise depuis janvier 2025, autour de 89 000 LBP/USD, est un succès en soi ». Le journal rappelle que le gouverneur agit dans un cadre institutionnel restreint, sans couverture politique claire, et que toute action unilatérale serait risquée.
Relations avec le FMI : inertie politique et urgence financière
Les discussions avec le Fonds monétaire international sont abordées dans Al Sharq et An Nahar (18 juillet 2025). Les deux journaux confirment qu’aucune délégation du FMI n’est attendue à Beyrouth avant septembre, en raison du manque de progrès sur les conditions préalables. Le principal point de blocage reste l’unification du taux de change et la restructuration du secteur bancaire, deux dossiers sur lesquels les responsables libanais n’ont pas encore tranché.
Selon Al Sharq, un diplomate européen aurait confié que « tant que les autorités libanaises ne se mettent pas d’accord sur un même plan de sauvetage, les bailleurs de fonds continueront de geler les engagements ». Ce climat de défiance internationale se traduit par une raréfaction des financements extérieurs, à l’exception de quelques aides ponctuelles pour les projets humanitaires.
Marché du travail et pouvoir d’achat : déconnexion et précarisation
Les articles de Ad Diyar et Al Liwa’ (18 juillet 2025) mettent en lumière les difficultés persistantes du marché de l’emploi. L’écart entre les salaires et les prix continue de se creuser. Le salaire minimum, fixé à 9 millions de livres libanaises, reste très en dessous du seuil de survie, estimé à 20 millions pour une famille de quatre personnes. La plupart des ménages doivent cumuler plusieurs emplois pour couvrir leurs dépenses.
Les départs de jeunes qualifiés vers l’étranger se poursuivent. Selon une enquête citée dans Al Liwa’, 38 % des diplômés universitaires interrogés au printemps 2025 déclarent vouloir quitter le pays d’ici fin 2026. Cette fuite des compétences aggrave le déficit de productivité des entreprises et réduit les perspectives de relance interne.
Entreprises publiques : réformes avortées et gaspillage structurel
Al Sharq (18 juillet 2025) revient sur le dossier de l’Électricité du Liban (EDL), qualifié de « gouffre à milliards ». Le journal affirme que les pertes cumulées de l’établissement dépassent les 3,2 milliards de dollars sur les dix dernières années, en raison d’un double échec : absence de facturation réelle et dépendance chronique aux générateurs privés. Le plan de réforme proposé en 2024, incluant l’ouverture partielle du capital au secteur privé, est à l’arrêt, faute d’accord au Parlement.
Le cas de la Régie des tabacs est également cité par An Nahar, qui évoque un clientélisme généralisé dans l’attribution des postes, et des pertes de revenus liés à la contrebande depuis la frontière syrienne. La réforme des entreprises publiques, bien que présente dans le discours politique, reste un objectif lointain, faute de consensus et de volonté exécutive claire.
Secteur privé : résilience limitée, incertitudes fiscales
Le secteur privé libanais, notamment les PME, continue de fonctionner dans un environnement difficile. Al Joumhouriya (18 juillet 2025) rapporte que plusieurs commerçants ont fermé boutique à Beyrouth et dans la Békaa, en raison de l’instabilité des prix et du manque de visibilité. Le journal cite le président de l’Association des industriels, qui affirme que « les entrepreneurs n’ont ni crédit, ni garantie, ni sécurité ».
Par ailleurs, les incertitudes autour du régime fiscal 2025-2026 alimentent les inquiétudes. La Fédération des Chambres de Commerce demande au gouvernement de « geler toute nouvelle imposition tant que le cadre réglementaire n’est pas stabilisé ». Le risque de voir fuir les capitaux restants est réel, d’autant plus que les banques ne prêtent plus que sous conditions extrêmement restrictives.
Justice : lenteurs structurelles, pressions politiques et mobilisation sur les affaires sensibles
La justice libanaise, au 18 juillet 2025, est confrontée à des défis systémiques aggravés par l’inaction politique, les tensions communautaires et les limites structurelles de ses institutions. La presse du jour met en lumière plusieurs dossiers emblématiques : la lenteur des poursuites dans les affaires de corruption, l’absence d’avancées dans les enquêtes judiciaires sensibles, les pressions exercées sur les magistrats et les critiques croissantes contre la politisation des institutions judiciaires.
L’affaire Riad Salamé : enlisement procédural et stratégie d’attente
Le dossier de l’ancien gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, est toujours au centre des critiques. An Nahar(18 juillet 2025) évoque un nouveau report de l’audience prévue devant le juge Ghassan Oueidat, faute de transmission complète des documents bancaires suisses. Le journal précise que la commission rogatoire internationale chargée de l’affaire, notamment depuis la France et l’Allemagne, aurait réclamé une actualisation des documents transmis, jugés « incomplets ou partiellement exploitables ».
Un avocat proche du dossier, cité anonymement par An Nahar, dénonce une stratégie d’évitement judiciaire : « Tout est fait pour retarder l’irréversible : un acte d’accusation clair et public contre Riad Salamé. Le système se protège ». Cette situation suscite l’incompréhension de nombreuses associations de victimes de la crise bancaire, qui y voient un symbole de l’impunité des élites économiques.
Affaire de la double explosion du port de Beyrouth : impasse judiciaire persistante
L’enquête sur la double explosion du 4 août 2020 est dans l’impasse depuis plusieurs mois. Al Sharq (18 juillet 2025) rappelle que le juge Tarek Bitar, chargé de l’instruction, reste suspendu dans ses fonctions, en raison d’un conflit de compétences opposant la Cour de cassation à la Cour d’appel. Les familles des victimes, réunies récemment devant le palais de justice de Beyrouth, ont dénoncé l’inaction de l’État et la paralysie volontaire du dossier.
L’un des porte-parole du collectif des familles, cité par Al Sharq, déclare : « Ce n’est pas une question de droit, c’est une question de volonté politique. Tant que certains ministres seront protégés par leur immunité, il n’y aura pas de vérité ». Cette position est également défendue dans une tribune publiée par Al Joumhouriya, qui parle d’un « crime d’État étouffé par les codes de procédure ».
Pressions politiques sur la magistrature : la question de l’indépendance en débat
La question de l’indépendance du pouvoir judiciaire revient avec insistance dans les articles de Al Liwa’ et Nida’ Al Watan (18 juillet 2025). Les deux journaux rapportent que plusieurs juges auraient reçu des appels ou des messages leur enjoignant d’« ajuster leurs décisions » dans des affaires financières et foncières sensibles. Ces pressions émaneraient, selon les sources, de responsables politiques locaux, mais aussi de figures communautaires influentes.
Un juge cité anonymement par Al Liwa’ évoque une « ambiance d’intimidation institutionnelle », où « l’autorité judiciaire est instrumentalisée comme outil de dissuasion ou de règlement de comptes ». Ces révélations relancent le débat sur la nécessité de réformer le Conseil supérieur de la magistrature, perçu comme une instance opaque et sujette aux influences.
Lutte contre la corruption : annonces sans effet et réformes bloquées
Al Akhbar (18 juillet 2025) publie une enquête sur l’inefficacité du Haut conseil pour la lutte contre la corruption. Depuis sa relance en 2023, l’institution n’a prononcé aucune condamnation publique, malgré les dizaines de plaintes déposées. Le journal met en cause « le double verrou » constitué par l’absence de moyens d’enquête autonome et par l’impossibilité de lever l’immunité de nombreux responsables.
Le même article rappelle que le projet de loi sur la transparence de l’administration, soumis au Parlement en décembre 2024, n’a toujours pas été mis à l’agenda de la commission des Finances et du Budget. Selon un expert cité par le journal, « le discours anti-corruption a été intégré comme un élément rhétorique dans les campagnes, mais sans intention de rupture avec la structure clientéliste du régime ».
Affaires criminelles et meurtres : inquiétude croissante sur la sécurité urbaine
Ad Diyar (18 juillet 2025) consacre une page aux meurtres non élucidés dans les banlieues de Beyrouth et dans certaines régions de la Békaa. Le journal évoque un climat d’impunité croissante, alimenté par la lenteur des enquêtes et la faiblesse des moyens de la police judiciaire. L’article cite plusieurs cas récents, notamment l’assassinat d’un pharmacien à Bourj Hammoud, resté sans suites depuis trois semaines.
Les associations locales dénoncent une justice à deux vitesses, où les crimes liés à des réseaux influents ou à des figures locales restent impunis, tandis que les affaires ordinaires sont jugées sans délais. Un magistrat retraité, cité par Ad Diyar, résume la situation ainsi : « Le problème n’est pas le manque de lois, c’est leur application sélective. La justice ne protège plus les faibles ».
Justice militaire et détentions arbitraires : critiques d’organisations internationales
La justice militaire libanaise fait l’objet de critiques récurrentes, notamment de la part de l’Observatoire des droits humains. Selon Al Quds (18 juillet 2025), plusieurs ONG ont saisi le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies pour dénoncer les procédures expéditives dans les affaires de sécurité nationale. Le journal cite un rapport transmis à Genève, pointant « l’absence d’avocats lors des interrogatoires, la durée excessive des détentions provisoires, et la confusion des compétences entre justice civile et militaire ».
Le ministère de la Justice n’a pas encore réagi à ce rapport, mais Al Quds indique que des consultations internes seraient en cours pour redéfinir le champ d’action des tribunaux militaires, en particulier dans les dossiers non liés directement à des actes de guerre ou de terrorisme.
Société : tensions communautaires, malaise éducatif et fractures sociales persistantes
La presse libanaise du 18 juillet 2025 dépeint un tableau social marqué par la crispation communautaire, la fatigue psychologique des citoyens et une précarité en augmentation. Les débats publics s’articulent autour des inégalités d’accès à l’éducation, des violences de proximité, de la détérioration du tissu associatif et de l’impuissance croissante de l’État à remplir ses fonctions sociales fondamentales.
Écoles privées et inégalités : un système dual en crise
An Nahar (18 juillet 2025) s’intéresse à la situation alarmante du secteur éducatif privé, en particulier dans les établissements francophones, confrontés à une hausse des frais de scolarité sans équivalent avec les revenus des familles. Le journal cite un directeur d’école à Achrafieh : « Nous devons payer nos enseignants, régler nos abonnements aux générateurs et maintenir un minimum de qualité pédagogique. Mais à ce rythme, nous risquons de perdre nos élèves ».
Selon une étude publiée dans le même article, près de 22 % des familles ayant des enfants inscrits dans le privé ont transféré ceux-ci vers des établissements publics depuis 2023. Cette migration subie ne s’accompagne toutefois pas d’un renforcement du système public, qui souffre d’un déficit d’encadrement, de surpopulation des classes et de grèves récurrentes. L’État est ainsi accusé d’abandonner ses missions éducatives au profit de la débrouille communautaire ou familiale.
Crise du logement : loyers inaccessibles et constructions informelles
Ad Diyar (18 juillet 2025) consacre un reportage à la flambée des loyers dans plusieurs quartiers périphériques de Beyrouth, notamment à Bourj el-Barajneh, Nabaa et Dekwaneh. La demande accrue de logements bon marché, liée à la perte de pouvoir d’achat, pousse les familles à accepter des conditions de vie dégradées. Le journal souligne que plus de 40 % des nouvelles constructions en périphérie ne disposent pas d’autorisations régulières et sont alimentées illégalement en électricité.
Une habitante de Chiyah, interrogée par le journal, déclare : « Nous vivons à cinq dans deux pièces. Il n’y a pas de ventilation, pas de sécurité, mais nous ne pouvons pas payer plus ». Cette précarisation du logement affecte aussi les classes moyennes, de plus en plus dépendantes des transferts familiaux depuis l’étranger pour payer les frais courants.
Sécurité urbaine et violences de proximité : malaise dans les quartiers populaires
La rubrique locale de Al Joumhouriya (18 juillet 2025) rapporte plusieurs faits de violences dans des quartiers denses, notamment à Tariq el-Jdideh, Hay el-Sellom et Tripoli. Le journal signale une augmentation des altercations liées à des conflits domestiques, à la circulation, ou à des dettes impayées. Les services de sécurité, sous-dotés, peinent à répondre à l’ensemble des appels au secours, selon une source du ministère de l’Intérieur.
Un sociologue interrogé par le journal attribue cette insécurité à une combinaison de facteurs : frustration sociale, effondrement des solidarités communautaires traditionnelles et perte de confiance dans les institutions. Il déclare : « L’État n’est plus perçu comme un régulateur du quotidien, mais comme une entité lointaine. La justice du quartier remplace la justice publique ».
Santé mentale et fatigue collective : l’invisible crise psychologique
Al Sharq (18 juillet 2025) publie une enquête sur la santé mentale des Libanais en période de crise. L’article cite plusieurs psychologues libanais affirmant que la demande en consultations a doublé depuis le début de l’année 2024. Toutefois, l’accès reste très inégal, et de nombreuses familles ne peuvent se permettre les honoraires des thérapeutes, estimés à plus de 40 dollars par séance en moyenne.
L’une des patientes témoigne anonymement : « Je n’arrive plus à dormir. Mon fils veut quitter le pays, ma fille ne trouve pas de travail, et je ne peux plus payer les médicaments de mon mari ». Ce type de détresse silencieuse alimente une fatigue collective qui traverse les classes sociales et les générations. Les psychiatres alertent sur une explosion des cas d’anxiété sévère, de dépression chronique et de troubles psychosomatiques.
Mobilisation associative : derniers remparts sociaux
Malgré le retrait de l’État, plusieurs associations continuent à assurer des services essentiels. Nida’ Al Watan (18 juillet 2025) met en lumière le travail de l’ONG « Baytna », qui organise des distributions alimentaires et des activités scolaires de soutien à Bourj Hammoud. Le directeur de l’association déclare : « Nous ne remplaçons pas l’État, mais nous évitons que des centaines de familles ne basculent dans la misère absolue ».
La montée en puissance des initiatives locales, notamment dans les quartiers mixtes ou marginalisés, compense partiellement l’effondrement institutionnel. Toutefois, ces structures restent fragiles, dépendantes de financements extérieurs et parfois soumises à des interférences politiques.
Conflits communautaires et mémoire de guerre : récurrences et tensions larvées
Plusieurs articles, notamment dans Al Akhbar et Al Quds (18 juillet 2025), alertent sur la résurgence de tensions communautaires latentes. Des incidents signalés à Aley et à Zahlé ont opposé des groupes de jeunes se revendiquant de formations politiques antagonistes. S’il n’y a pas eu d’affrontements directs, les réseaux sociaux ont amplifié les tensions par des discours de haine ou des références aux guerres passées.
Un prêtre de la région de Zahlé, interrogé par Al Quds, déclare : « La mémoire de la guerre est encore vive. Il suffit d’un mot, d’un geste, d’un drapeau pour que tout s’enflamme. Nous avons besoin d’un travail de réconciliation en profondeur ». Le risque de fragmentation territoriale sur base identitaire n’est pas exclu, dans un pays où les mécanismes de médiation institutionnelle sont de plus en plus faibles.



