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Sud-Liban : la Finul neutralise un drone israélien après un largage de grenade sur sa patrouille

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Dans une nouvelle escalade des tensions au sud du Liban, la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul) a annoncé dimanche 26 octobre 2025 avoir appliqué des « contre-mesures défensives nécessaires » pour neutraliser un drone israélien qui survolait de manière agressive une de ses patrouilles près de Kfar Kila, une localité frontalière. Cet incident, survenu en fin d’après-midi, s’est rapidement transformé en confrontation lorsque le même appareil a largué une grenade à proximité des Casques bleus, suivi d’un tir d’obus provenant d’un char israélien en direction de la patrouille. Heureusement, aucun Casque bleu n’a été blessé, mais l’événement ravive les craintes d’une déstabilisation du fragile cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024.

La Finul, déployée depuis 1978 pour superviser le respect de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, opère dans un contexte de défiance persistante entre les forces israéliennes et les acteurs libanais. L’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024, qui a mis un terme à plus d’un an de confrontations sporadiques entre Israël et le Hezbollah – culminant en deux mois de guerre ouverte –, prévoyait le retrait israélien du sud-Liban et le déploiement exclusif de l’armée libanaise et de la Finul dans la zone tampon au nord de la Ligne bleue. Pourtant, neuf mois plus tard, cinq positions israéliennes demeurent occupées dans cette région frontalière, et les survols de drones ainsi que les frappes ponctuelles se multiplient, alimentant un climat d’insécurité chronique.

Une patrouille prise pour cible près de Kfar Kila

L’incident s’est déroulé vers 17h45, heure locale, alors qu’une patrouille de la Finul effectuait une mission de routine près de Kfar Kila, un village chiite situé à quelques kilomètres de la frontière avec Israël. Selon le communiqué officiel de la mission onusienne, un drone des Forces de défense israéliennes (FDI) a d’abord survolé la colonne de véhicules de manière « agressive », menaçant directement la sécurité des observateurs internationaux. Les Casques bleus, composés de contingents malaisiens et irlandais dans cette zone, ont alors activé leurs protocoles de défense, neutralisant l’appareil par des moyens non létaux, sans préciser la nature exacte de l’arme utilisée – probablement un brouilleur électronique ou un tir d’avertissement.

Quelques instants plus tard, le même drone, ou un appareil similaire, s’est rapproché à nouveau de la patrouille et a largué une grenade explosive à proximité immédiate des positions des peacekeepers. « Cette action a été suivie, quelques moments après, d’un tir d’obus provenant d’un char israélien en direction des Casques bleus », précise le communiqué de la Finul, qui souligne l’absence de blessures ou de dommages matériels. Kfar Kila, niché dans les collines verdoyantes du sud-Liban, est un point sensible depuis des années : c’est là que des échanges de tirs sporadiques entre le Hezbollah et l’armée israélienne ont souvent eu lieu, transformant la zone en un théâtre d’opérations permanentes pour les drones de renseignement.

Cette séquence d’événements n’est pas isolée. Moins d’un mois plus tôt, le 3 octobre 2025, des drones israéliens avaient déjà largué des grenades à proximité de Casques bleus et de soldats libanais lors d’une opération conjointe de sécurisation d’une route près de Marwahin, à une dizaine de kilomètres à l’ouest. La Finul avait alors qualifié ces actes de « violation flagrante de la souveraineté libanaise et de la résolution 1701 », appelant à une enquête immédiate du Conseil de sécurité.

La version israélienne : une enquête pour « destruction délibérée »

De son côté, l’armée israélienne a réagi avec vivacité, accusant la Finul d’une agression injustifiée contre son matériel. Le lieutenant-colonel Nadav Shoshani, porte-parole des FDI sur les réseaux sociaux, a publié un message sur X (ex-Twitter) peu après l’incident, affirmant qu’une « première enquête suggère que les forces de la Finul ont délibérément tiré sur le drone et l’ont abattu ». Selon lui, l’appareil effectuait une mission de renseignement standard, sans représenter « aucune menace pour la Finul ». Pour justifier la riposte subséquente, Shoshani a expliqué que « après la destruction du drone, les troupes israéliennes ont largué une grenade vers la zone où le drone est tombé », une mesure décrite comme préventive pour empêcher toute récupération par des éléments hostiles.

L’annonce d’une enquête interne par Tsahal – acronyme hébreu des FDI – n’est pas anodine. Elle s’inscrit dans une rhétorique récurrente de Tel-Aviv, qui dépeint souvent les actions de la Finul comme entravant ses opérations anti-Hezbollah. « Aucun tir n’a été dirigé contre les forces de la Finul », a insisté le porte-parole, minimisant l’incident du char comme une « mesure de sécurité ». Cette position fait écho à des déclarations antérieures, comme celle d’août 2025, lorsque des drones israéliens avaient fait exploser une grenade près d’un poste de la Finul à Naqoura, blessant deux soldats libanais lors d’une inspection. Israël avait alors invoqué une « erreur technique » et nié toute intentionnalité.

Ces affirmations contrastent avec les rapports onusiens, qui documentent une multiplication des incidents impliquant des drones israéliens depuis le cessez-le-feu. En septembre 2025, par exemple, quatre grenades ont été larguées près d’une équipe de la Finul déminant des routes bloquées près de la frontière, un acte qualifié par la mission de « l’une des attaques les plus graves contre le personnel et les biens de la Finul ». L’enquête israélienne promise ce dimanche pourrait, comme à son habitude, conclure à une absence de faute intentionnelle, perpétuant un cycle de tensions non résolues.

La Finul dénonce une violation flagrante de la résolution 1701

La réponse de la Finul a été immédiate et ferme. Dans son communiqué du 26 octobre, la mission dirigée par l’Irlandais Aroldo Lázaro – reconduit à son poste en août 2025 pour un nouveau mandat – a qualifié les actions des FDI de « violation de la résolution 1701 du Conseil de sécurité et de la souveraineté libanaise ». « Ces actes témoignent d’un mépris pour la sécurité et la sûreté des peacekeepers accomplissant les tâches mandatées par le Conseil de sécurité dans le sud du Liban », ajoute le texte, qui rappelle que la résolution de 2006 impose un embargo sur les armes au sud du Litani et interdit les survols aériens non autorisés.

Un porte-parole de la Finul a réitéré ces griefs depuis le quartier général de la mission. « Les drones israéliens ne se contentent pas de surveiller ; ils harcèlent et attaquent nos patrouilles, compromettant notre mandat de maintien de la paix », a-t-il déclaré, citant des données internes montrant plus de 150 survols signalés depuis janvier 2025. Il a également évoqué le contexte plus large : la présence persistante de troupes israéliennes dans cinq points stratégiques – dont des collines dominant Metula au nord d’Israël –, en contravention directe avec les termes du cessez-le-feu négocié sous l’égide des États-Unis et de la France.

Les violations post-cessez-le-feu : un pattern d’escalades

Depuis la signature de l’accord du 27 novembre 2024, qui a stoppé les échanges de tirs massifs entre le Hezbollah et Israël – responsables de plus de 2 500 morts côté libanais et 50 côté israélien –, le sud-Liban n’a pas retrouvé la paix escomptée. Les rapports trimestriels de la Finul, soumis au Conseil de sécurité, font état d’au moins 79 civils libanais tués par des opérations israéliennes depuis cette date, dont 15 femmes et 10 enfants. Ces chiffres, croisés avec les données du ministère libanais de la Santé, soulignent une intensification des frappes aériennes et des incursions terrestres, souvent justifiées par Tel-Aviv comme des mesures préventives contre le réarmement du Hezbollah.

En avril 2025, l’Office des Nations unies pour les droits de l’homme (HCDH) avait déjà alerté sur 71 civils tués dans des frappes israéliennes post-cessez-le-feu, majoritairement dans des villages frontaliers comme Aitaroun et Blida. Juillet 2025 a vu une recrudescence, avec des bombardements sur des positions présumées du Hezbollah à Majdal Selm, à proximité d’un poste de la Finul, forçant l’évacuation temporaire de 200 civils. Ces opérations, menées par des drones Hermes 450 – des appareils de renseignement équipés de caméras haute définition –, illustrent la doctrine israélienne de « dissuasion active », qui tolère peu les mouvements perçus comme hostiles dans la zone tampon.

Les drones ne sont pas les seuls vecteurs de tension. Le 28 août 2025, un drone israélien abattu s’est écrasé près de Naqoura, explosant lors d’une inspection conjointe Finul-armée libanaise et blessant deux soldats libanais. La Finul avait qualifié cela d’« incident évitable », appelant à un meilleur respect des protocoles aériens. Fin septembre, les quatre grenades larguées près de Marwahin avaient endommagé un véhicule de la mission, sans faire de victimes, mais renforçant le sentiment d’impunité parmi les contingents onusiens.

Un historique sombre : les attaques contre la Finul depuis 2023

Pour comprendre l’ampleur de ces frictions, il faut remonter à octobre 2023, lorsque le conflit frontalier a éclaté en écho à la guerre à Gaza. Dès le 8 octobre, le Hezbollah a lancé des roquettes sur le nord d’Israël en solidarité avec le Hamas, provoquant une riposte israélienne massive. La Finul, prise en étau, a documenté 5 451 trajectoires de projectiles du sud vers le nord de la Ligne bleue, et 610 attaques aériennes des FDI jusqu’en octobre 2024. Ces échanges ont transformé le sud-Liban en un champ de bataille, avec des bombardements indiscriminés touchant régulièrement les positions onusiennes.

Le 10 octobre 2023, près de Rmeish, des tirs d’avertissement israéliens ont visé un véhicule de patrouille Finul, forçant les peacekeepers à se retrancher. La mission avait alors appelé à la « retenue et au respect de sa liberté de mouvement ». En février 2024, un poste près de Marjayoun a été frappé par de l’artillerie israélienne lors d’un échange de tirs avec le Hezbollah, blessant trois Casques bleus italiens. « La Finul condamne fermement cette attaque et exige une enquête immédiate », avait déclaré le commandant Lázaro.

Mai 2024 a vu une série de survols de drones près de Yarine, causant une alarme généralisée parmi les contingents ghanéens. Août 2024 a marqué un pic d’escalade avec l’utilisation d’une tour d’observation Finul à Shamaa comme point de référence pour un bombardement, détruisant partiellement la structure. La Finul avait exprimé sa « préoccupation profonde » face à ces violations répétées de l’espace aérien.

Octobre 2024 a été particulièrement sanglant. Le 10 octobre, les FDI ont ouvert le feu près d’un base à Naqoura après avoir ordonné aux forces onusiennes de se retirer. Le 25 octobre, des soldats israéliens ont attaqué des peacekeepers observant des raids terrestres, blessant deux observateurs. Fin novembre, juste avant le cessez-le-feu, la destruction délibérée de biens Finul – incluant des tirs directs sur des bases – a été qualifiée de « flagrante violation du droit international » par la mission.

En 2025, le pattern s’est poursuivi. Le 12 janvier, une patrouille près de Kafer Shuba a été menacée par des tirs d’armes légères. Avril a enregistré une hausse des frappes civiles, avec des retombées sur les routes patrouillées par la Finul. Ces incidents cumulés ont causé la mort d’au moins cinq peacekeepers et du personnel associé depuis octobre 2023, selon un rapport onusien de février 2025, dont huit Autrichiens blessés par une roquette le 29 octobre 2024, probablement lancée par le Hezbollah ou un groupe affilié.

Les contingents sous tension : un mandat fragilisé

La Finul, forte de 10 000 hommes issus de 50 pays – dont l’Inde, le Ghana et l’Italie comme principaux contributeurs –, fait face à un défi existentiel. Son mandat, renouvelé en août 2025 pour un an supplémentaire, vise à assister l’armée libanaise dans la sécurisation du sud, mais les attaques récurrentes minent sa crédibilité. Les contingents, souvent exposés sans armes lourdes, dépendent de la coordination avec Beyrouth, dont les forces sont affaiblies par la crise économique persistante – une dette publique à 150 % du PIB, selon le FMI en juillet 2025, et une inflation galopante à 70 % l’année dernière.

Les déclarations du secrétaire général Guterres, lors de son allocution au Conseil de sécurité le 3 janvier 2025, ont été sans équivoque : « Le retrait israélien du sud-Liban doit être effectif et vérifiable, sans délai. » Pourtant, les cinq positions occupées – incluant des avant-postes à Ghajar et Doviv – restent un os de discorde. Le Hezbollah, discret depuis le cessez-le-feu mais accusé par Israël de creuser des tunnels, ajoute à la complexité, avec des roquettes sporadiques signalées en mars 2025 près de Aita al-Chaab.

Enquête en cours et survols persistants

Lundi 27 octobre, la Finul a annoncé l’ouverture d’une enquête interne pour documenter l’incident de Kfar Kila, en coordination avec les autorités libanaises. Des experts onusiens ont été dépêchés sur site pour analyser les débris de la grenade et les trajectoires du char, tandis que des images satellite de l’ONU confirment le survol à basse altitude du drone. Parallèlement, des rapports préliminaires indiquent que ce n’était pas le premier passage de l’appareil ce jour-là : un survol matinal avait déjà été signalé par une patrouille adjacente près de Metula.

Du côté israélien, l’enquête de Tsahal pourrait s’étendre sur plusieurs jours, impliquant des analyses balistiques pour déterminer si le tir de la Finul provenait d’un fusil d’assaut ou d’un système anti-drone. Des sources militaires à Tel-Aviv, sous couvert d’anonymat, évoquent une « frustration croissante » face à ce qu’ils perçoivent comme une partialité de la mission onusienne, accusée de tolérer des mouvements du Hezbollah. En attendant, les patrouilles Finul dans la zone ont été renforcées, avec des convois blindés supplémentaires déployés de Naqoura à Tibnine.

Ces développements immédiats soulignent la précarité de la Ligne bleue, où chaque drone abattu ou grenade larguée risque de rompre l’équilibre précaire. Les observateurs notent que, depuis le 1er octobre 2025, au moins 12 survols israéliens ont été enregistrés dans un rayon de 10 kilomètres autour de Kfar Kila, souvent coïncidant avec des mouvements de l’armée libanaise. Un rapport interne de la Finul, circulant au sein du Conseil de sécurité, détaille ces patterns, insistant sur la nécessité d’un mécanisme de déconfliction aérien bilatéral, réclamé en vain depuis janvier.

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