mardi, janvier 13, 2026

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Un Hezbollah sans Nasrallah : les funérailles comme baromètre de l’avenir du mouvement

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Une cérémonie à la hauteur d’un chef historique

Les funérailles de Hassan Nasrallah vont marquer un moment historique pour le Liban et le Hezbollah. Après plus de trois décennies à la tête du mouvement chiite, il laisse derrière lui un héritage qui continue de diviser. Son décès, survenu dans un contexte de tensions exacerbées entre le Hezbollah, Israël et les acteurs régionaux, a suscité un élan de ferveur dans son bastion du sud-Liban et dans les quartiers chiites de Beyrouth. Pourtant, derrière l’unité apparente de cette cérémonie, se pose une question cruciale : s’agissait-il d’une démonstration de force du Hezbollah ou d’un signe de vulnérabilité, alors que son chef historique disparaît à un moment critique ?

Dès l’annonce officielle de son décès, des centaines de milliers de partisans du Hezbollah ont afflué à Beyrouth et dans la banlieue sud pour rendre hommage à Nasrallah. La procession funéraire, largement relayée par les médias affiliés au Hezbollah comme Al-Manar, a été orchestrée avec une discipline militaire impressionnante, mettant en scène un Hezbollah structuré et toujours capable de mobiliser ses partisans. Le cercueil de Nasrallah, drapé du drapeau du Hezbollah, a été porté à travers une marée humaine scandant des slogans de fidélité et de résistance, un message clair envoyé aux adversaires du mouvement, notamment Israël et les États-Unis.

La présence de délégations officielles de l’Iran, de la Syrie et des groupes alliés comme les Houthis yéménites et les milices chiites irakiennes témoigne également de l’importance de cet événement dans la sphère d’influence de Téhéran. La République islamique d’Iran, principal soutien du Hezbollah, a multiplié les déclarations affirmant que la disparition de Nasrallah ne changerait en rien l’orientation stratégique du mouvement. Le guide suprême iranien, Ali Khamenei, a personnellement salué « le martyre d’un grand combattant » et assuré que le Hezbollah poursuivrait « sa mission de résistance ».

Toutefois, si ces hommages ont renforcé l’image d’un Hezbollah puissant et soudé, des signes de fragilité ont également émergé. L’absence remarquée de certains acteurs politiques libanais et les réactions prudentes des dirigeants sunnites et chrétiens montrent que la disparition de Nasrallah ne fait pas l’unanimité et pourrait même relancer certaines tensions internes. De plus, la transition vers une nouvelle direction, avec Naim Kassem comme successeur, pose des défis considérables, notamment en matière de leadership et de légitimité.

Les funérailles de Nasrallah ont donc été un moment de démonstration de force, mais elles ont aussi exposé les fragilités d’un mouvement en quête de stabilité après la perte de son leader emblématique. Entre ferveur populaire et incertitudes politiques, elles ont servi de révélateur des dynamiques internes et des tensions qui pourraient remodeler l’avenir du Hezbollah.

Un Hezbollah fragilisé par la disparition de son chef historique ?

Si les funérailles de Hassan Nasrallah ont été une démonstration de force sur le plan symbolique, elles ont également révélé les défis majeurs auxquels le Hezbollah doit faire face après la disparition de son leader historique. Pendant plus de trois décennies, Nasrallah a incarné la stratégie, la communication et l’idéologie du Hezbollah. Son absence pose donc une question fondamentale : le mouvement peut-il maintenir sa cohésion et son influence sans lui ?

L’un des premiers éléments de fragilité concerne la transition du pouvoir au sein du Hezbollah. Nasrallah était un leader incontesté, dont l’autorité reposait non seulement sur son charisme personnel, mais aussi sur son rôle clé dans les relations avec l’Iran et les autres factions chiites de la région. Son successeur, Naim Kassem, bien qu’ayant occupé le poste de numéro deux du mouvement pendant de nombreuses années, ne bénéficie pas du même niveau de reconnaissance populaire et politique. De plus, il devra faire face à d’importants défis internes, notamment la gestion des tensions entre différentes factions du Hezbollah, certaines plus alignées sur l’Iran, d’autres plus enclines à privilégier une approche plus nationaliste libanaise.

En outre, la mort de Nasrallah intervient à un moment particulièrement délicat pour le Hezbollah. Sur le plan militaire, le mouvement est sous pression constante d’Israël, qui a intensifié ses frappes contre ses positions en Syrie et surveille de près ses activités au Liban. La question de savoir si le Hezbollah maintiendra la même ligne de confrontation que sous Nasrallah ou s’il adoptera une posture plus prudente est cruciale. Un changement de stratégie pourrait affaiblir son image de force de résistance, mais persévérer dans l’affrontement pourrait également entraîner le Liban dans une nouvelle guerre dont le pays, déjà en crise, ne peut se permettre les conséquences.

La dimension économique est également un facteur clé de vulnérabilité. Le Liban traverse l’une des pires crises économiques de son histoire, et le Hezbollah n’échappe pas aux difficultés financières. Les sanctions internationales visant le mouvement et ses réseaux de financement ont considérablement réduit ses ressources. Même si l’Iran continue d’apporter un soutien financier et logistique, les difficultés économiques de Téhéran limitent sa capacité à financer ses alliés régionaux. En interne, de nombreux partisans du Hezbollah, qui bénéficiaient auparavant d’un soutien social et financier solide, commencent à ressentir les effets de cette crise.

Par ailleurs, la perception du Hezbollah au sein de la société libanaise a évolué ces dernières années. Si une partie importante de la communauté chiite reste fidèle au mouvement, d’autres voix s’élèvent pour critiquer son emprise sur le pays. La participation du Hezbollah à la guerre en Syrie a profondément divisé le Liban, et son implication dans des affaires de corruption et de trafic international a terni son image. La mort de Nasrallah pourrait accélérer cette remise en question, notamment si son successeur ne parvient pas à rassurer les différentes composantes du mouvement et à maintenir une stratégie claire.

Enfin, la scène politique libanaise elle-même est en mutation. Le Hezbollah a longtemps bénéficié d’un système politique lui permettant de consolider son influence. Mais avec la montée de nouvelles forces politiques, notamment après les mouvements de protestation de 2019, il se trouve face à un paysage plus incertain. La disparition de Nasrallah ouvre donc une période de recomposition qui pourrait redéfinir le rôle du Hezbollah dans le pays et sa capacité à manœuvrer politiquement.

Les répercussions régionales : un Hezbollah affaibli ou un axe Iran-Hezbollah renforcé ?

Les funérailles de Hassan Nasrallah ne sont pas uniquement un événement libanais ; elles s’inscrivent dans une dynamique régionale où le Hezbollah joue un rôle central au sein de l’axe de la « résistance » dirigé par l’Iran. La disparition de son chef historique soulève une question majeure : cet événement affaiblira-t-il la position régionale du Hezbollah ou, au contraire, renforcera-t-il son alignement avec Téhéran ?

Dans l’immédiat, les réactions officielles des alliés du Hezbollah, notamment l’Iran et la Syrie, montrent une volonté de préserver la continuité stratégique du mouvement. Ali Khamenei, guide suprême iranien, a multiplié les déclarations affirmant que « la résistance ne s’arrête pas avec la disparition d’un homme » et que le Hezbollah reste un pilier de la politique régionale de Téhéran. De son côté, Bachar al-Assad a rendu hommage à Nasrallah, soulignant son rôle crucial dans le maintien du régime syrien face aux offensives rebelles et jihadistes depuis 2011.

Cette unité affichée masque cependant certaines réalités plus complexes. Le Hezbollah a toujours été un acteur hybride, à la fois un parti politique libanais et une milice paramilitaire intégrée à la stratégie iranienne. Nasrallah, en tant que leader, avait su naviguer entre ces deux identités, maintenant un équilibre fragile entre son engagement au Liban et son rôle régional. Son successeur, Naim Kassem, pourrait rencontrer des difficultés à reproduire cette même dynamique, notamment si les tensions entre l’Iran et les pays arabes du Golfe continuent de s’aggraver.

L’un des enjeux cruciaux pour l’avenir du Hezbollah concerne ses relations avec Israël. Sous la direction de Nasrallah, le Hezbollah a maintenu une posture de confrontation permanente avec l’État hébreu, tout en évitant une guerre ouverte après 2006. Avec son décès, la possibilité d’une escalade militaire n’est pas à exclure. Israël pourrait voir cette période de transition comme une opportunité pour frapper durement le Hezbollah, en visant ses infrastructures en Syrie et au Liban. Dans ce contexte, le défi pour Naim Kassem sera d’éviter une guerre totale tout en maintenant la rhétorique de résistance qui a fait la force du mouvement.

Un autre facteur de vulnérabilité pour le Hezbollah est l’évolution de la situation en Syrie et en Irak. Depuis plusieurs années, le mouvement a renforcé son influence en déployant des combattants en Syrie et en soutenant des milices pro-iraniennes en Irak. Avec la mort de Nasrallah, certaines de ces factions pourraient chercher à renforcer leur autonomie, réduisant ainsi l’influence du Hezbollah sur l’ensemble de l’axe de la résistance.

Enfin, il ne faut pas négliger la dimension interne au sein de l’axe iranien. Si l’Iran a toujours soutenu le Hezbollah, il existe des tensions subtiles entre les différentes factions du mouvement chiite régional. Certains cercles en Iran pourraient voir la disparition de Nasrallah comme une opportunité pour recentrer leur influence sur d’autres groupes, comme les Houthis au Yémen ou les milices irakiennes. Ce repositionnement pourrait affecter les capacités logistiques et militaires du Hezbollah, en particulier si ses financements en provenance de Téhéran sont réduits.

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