mardi, février 24, 2026

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Une croissance à confirmer : ce que disent vraiment les chiffres du rebond économique libanais

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Des signaux de reprise en trompe-l’œil

Le Liban a enregistré une croissance réelle estimée à 3,5 % pour l’année 2025, selon les dernières projections macroéconomiques. Ce taux marque une rupture avec la contraction économique continue enregistrée entre 2019 et 2023, période durant laquelle le produit intérieur brut (PIB) avait chuté de plus de 60 %. Cette embellie apparente alimente un discours politique centré sur le retour progressif de la stabilité, mais les fondamentaux économiques restent fragiles.

En valeur nominale, le PIB a été évalué à 25,7 milliards de dollars en 2025, contre 24,4 milliards en 2024, traduisant une croissance de 5,3 % en valeur. Toutefois, cette progression masque l’impact de l’inflation. Avec une inflation moyenne estimée à 126 % sur l’année, la croissance réelle reste très en deçà de la hausse des prix, ce qui traduit une stagnation du pouvoir d’achat réel et de la consommation intérieure.

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Le secteur public, notamment les administrations centrales et les entreprises publiques, n’a pas bénéficié de cette reprise. Le salaire moyen dans la fonction publique est resté inférieur à 100 dollars par mois, même après les hausses successives accordées fin 2024. L’absence de mécanisme d’ajustement automatique des salaires neutralise les effets positifs de la croissance sur une large partie de la population active.

Un rebond porté par les transferts extérieurs et la dollarisation

Le principal moteur de cette reprise modérée reste les transferts de fonds en provenance de la diaspora, qui ont dépassé les 7 milliards de dollars en 2025. Ces flux représentent plus de 27 % du PIB et constituent la principale source de devises pour financer les importations et soutenir la consommation.

La dollarisation croissante de l’économie a également contribué à maintenir l’activité dans certains secteurs. Les transactions en dollars représentent désormais plus de 85 % des échanges dans les zones urbaines. Les grandes surfaces, les secteurs de l’immobilier, de l’éducation privée, de la santé et des biens durables fonctionnent presque exclusivement en devises étrangères. Cette dollarisation a permis de contourner l’effondrement de la livre libanaise, mais elle accentue les inégalités sociales et prive l’État d’une base fiscale stable.

L’activité du secteur informel, qui représenterait plus de 50 % de l’économie réelle, s’est renforcée. Les paiements en espèces en dollars, la vente directe et les réseaux de troc contournent les circuits bancaires et fiscaux. Cette informalisation croissante stimule certains pans de l’économie mais échappe totalement au contrôle public, ce qui en limite les effets redistributifs.

Les performances sectorielles en demi-teinte

Le commerce de détail a connu une hausse de chiffre d’affaires de 12,8 % sur l’année, tiré par la consommation en devises et les achats ponctuels de biens importés. Toutefois, cette croissance n’a pas concerné les petits commerces ou les zones rurales, qui restent largement dépendants de la consommation en livres. Le secteur de l’habillement, de l’électroménager et de la téléphonie mobile a retrouvé une dynamique après deux années de marasme.

L’immobilier a continué à jouer un rôle central dans le redéploiement des avoirs. Les achats d’appartements en dollars frais se sont multipliés, en particulier dans les quartiers périphériques de Beyrouth et dans les régions côtières. Le prix moyen du mètre carré a augmenté de 17 % sur un an à Beyrouth, atteignant 1 150 dollars dans les zones résidentielles. Cependant, ce rebond concerne principalement les transactions financées par des fonds extérieurs. Le marché locatif, lui, souffre d’une offre limitée et de loyers élevés, ce qui exclut une majorité des familles.

Le secteur agricole reste marginalisé. Il ne représente plus que 3 % du PIB, contre 6 % en 2018. L’absence de soutien public, les coûts de production élevés et la concurrence des produits importés ont freiné toute tentative de relance. Le secteur industriel, quant à lui, peine à se redresser, malgré des signaux positifs dans l’agroalimentaire et le textile exporté. La production industrielle a progressé de 4,1 % sur l’année, mais reste 35 % inférieure à son niveau de 2018.

Des exportations en légère hausse, un commerce extérieur toujours déficitaire

Le volume des exportations libanaises a progressé de 9 % en 2025, atteignant 4,8 milliards de dollars. Cette croissance repose essentiellement sur les métaux précieux, les bijoux transformés, les produits agroalimentaires et certains produits pharmaceutiques génériques. Toutefois, cette amélioration reste limitée face aux besoins d’équilibrage de la balance commerciale.

Les importations, quant à elles, ont atteint 17,4 milliards de dollars, en hausse de 11 % par rapport à 2024. L’essentiel de ces importations concerne les produits énergétiques, les céréales, les voitures, les équipements médicaux et les biens de consommation courante. Le déficit commercial s’est donc creusé, atteignant 12,6 milliards de dollars, soit près de 49 % du PIB.

Ce déséquilibre structurel traduit la dépendance persistante à l’égard des ressources extérieures, qu’elles soient sous forme de transferts, d’aides internationales ou de réservoirs de devises de la Banque du Liban. Aucune stratégie d’exportation sectorielle n’a encore été déployée, malgré les recommandations des économistes et des institutions internationales.

Un chômage sous-estimé et une précarité massive

Le taux de chômage officiel a été estimé à 13,7 % pour l’année 2025, en baisse de deux points par rapport à 2024. Ce chiffre masque cependant la réalité d’un marché du travail éclaté et d’une précarisation générale. La majorité des nouveaux emplois créés sont informels, à temps partiel ou dans des secteurs non déclarés.

Les jeunes de moins de 35 ans représentent plus de 60 % des chômeurs enregistrés. Le taux de sous-emploi est estimé à plus de 40 % dans cette catégorie. Les diplômés de l’enseignement supérieur, en particulier dans les filières juridiques, médicales et techniques, peinent à trouver un emploi correspondant à leurs compétences. Une part croissante d’entre eux cherche à émigrer, ce qui contribue à une hémorragie des compétences.

Les salaires réels, toutes catégories confondues, ont baissé de 12 % en moyenne sur l’année, en dépit de la croissance du PIB. Cette baisse s’explique par le glissement continu de la livre, l’absence d’ajustement des barèmes salariaux et la domination du cash en dollars dans l’économie informelle.

Une productivité en déclin, des investissements au point mort

L’indice de productivité du travail a reculé de 3,4 % en 2025. Cette baisse est liée à la dégradation des infrastructures, à la faiblesse des investissements publics et privés et à la désorganisation administrative. Les coupures d’électricité, les problèmes logistiques, la lenteur des procédures douanières et l’absence de crédits affectent directement la performance des entreprises.

Les investissements directs étrangers (IDE) sont restés faibles, en dessous de 900 millions de dollars sur l’année, soit un niveau inférieur de 75 % à celui de 2018. Les investissements locaux sont en grande partie orientés vers l’immobilier, les services personnels et le commerce, au détriment des secteurs productifs.

L’absence de réforme bancaire durable, l’incertitude fiscale et la faiblesse du cadre juridique dissuadent toute prise de risque sur le long terme. Le secteur bancaire reste paralysé, incapable de financer la croissance ou d’accompagner les entreprises. Le crédit au secteur privé a reculé de 6 % en 2025, illustrant la contraction continue de l’intermédiation financière.

Un environnement monétaire toujours instable

Le taux de change de la livre libanaise a connu une stabilité relative au second semestre 2025, oscillant entre 89 000 et 94 000 livres pour un dollar. Cette stabilisation est artificielle, car elle repose en grande partie sur l’absorption de liquidités par la Banque du Liban et sur le recours massif au cash en dollars. Le volume de transactions en livres a chuté, et le dollar est devenu la monnaie de fait dans la majorité des secteurs.

La masse monétaire (M2) a augmenté de 32 % sur un an, alimentée par l’émission continue de livres pour financer les dépenses publiques. Cette création monétaire a été partiellement absorbée par l’épargne en devises, mais elle reste une source de pression inflationniste. L’absence de politique monétaire active rend difficile tout pilotage macroéconomique.

Les taux d’intérêt réels restent négatifs, ce qui décourage l’épargne et stimule la conversion immédiate des liquidités en devises ou en biens. Le taux d’intérêt moyen sur les dépôts à terme reste inférieur à 3 %, tandis que l’inflation dépasse 120 %. Ce déséquilibre pénalise les petits épargnants et accentue la fuite vers le cash.

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Newsdesk Libnanews
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