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Une hausse du salaire minimum sans gains de productivité : la relance à crédit d’un pouvoir d’achat illusoire

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En relevant le salaire minimum de 18 à 28 millions de livres libanaises, le gouvernement cherche à soulager le pouvoir d’achat des salariés du privé, sans réforme fiscale ni politique de productivité, au risque de nourrir les tensions inflationnistes et d’aggraver les déséquilibres.

Le 27 juin 2025, le Conseil des ministres libanais a approuvé une nouvelle hausse du salaire minimum légal pour les travailleurs du secteur privé, passant de 18 millions à 28 millions de livres libanaises (LBP) par mois, soit une augmentation de 55 %. Le décret, en application dès juillet 2025, prévoit également un rehaussement du salaire journalier minimum de 820 000 à 1,8 million de LBP. Cette décision vise à compenser la perte de pouvoir d’achat générée par l’effondrement de la livre libanaise. Mais en l’absence de tout plan structurel ou ciblage macroéconomique, cette mesure soulève plusieurs inquiétudes majeures.

Un ajustement nominal sans gain réel

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Présentée comme une réponse sociale à la crise monétaire, cette revalorisation salariale ne s’accompagne d’aucune réforme sur la productivité, les coûts unitaires du travail ou la compétitivité sectorielle. Le Liban affiche une croissance réelle négative depuis trois ans (–7 % en 2024 selon Byblos Research), avec une contraction des investissements privés de –30,6 % sur la même période. Dans ce contexte, la hausse des salaires n’est pas l’expression d’un gain économique, mais d’une tentative de rattrapage nominal sans base productive. Elle risque donc de renforcer l’écart entre le revenu affiché et la richesse effectivement produite.

Tableau 1 : Évolution du salaire minimum au Liban (2022–2025)

Date d’applicationSalaire mensuel minimum (LBP)Salaire journalier minimum (LBP)
Mai 20222 000 000182 000
Octobre 20222 600 000210 000
Avril 20239 000 000410 000
Avril 202418 000 000820 000
Juillet 202528 000 0001 800 000

Inflation importée et boucle prix-salaires

Cette décision pourrait activer une boucle prix-salaires dans un pays fortement dépendant des importations. En effet, plus de 80 % des biens de consommation sont importés, et la masse salariale supplémentaire injectée dans l’économie se traduira probablement par une augmentation de la demande en devises, ce qui pourrait exercer une pression supplémentaire sur la parité du dollar. Or, avec un taux de change officiel fixé à 89 500 LBP/USD, toute dérive sur le marché parallèle entraînerait une nouvelle vague d’inflation importée. Ainsi, la hausse du salaire minimum pourrait mécaniquement contribuer à une reprise de l’inflation dans les mois à venir.

Une mesure inégalitaire sans ciblage

Le relèvement du salaire minimum bénéficie essentiellement aux salariés formellement déclarés dans les entreprises structurées. Mais près de 55 % de la main-d’œuvre au Liban opère dans le secteur informel, selon l’Organisation internationale du travail. Ces travailleurs ne bénéficieront pas de l’augmentation officielle. Par ailleurs, de nombreuses PME, souvent précaires et mal capitalisées, risquent de ne pas appliquer ces nouveaux seuils, ou d’adopter des stratégies d’évitement (réduction d’effectifs, passage à l’informel, conversion partielle en paiements en espèces).

Comparaison régionale : un effort désorganisé

Converti au taux officiel, le nouveau minimum atteint environ 313 USD/mois. Il reste inférieur à celui de pays comme la Jordanie (365 USD) ou le Maroc (707 USD), mais représente un effort budgétaire bien plus important au regard du PIB par habitant. Contrairement à ces pays qui ont articulé la hausse des salaires avec une réforme du marché du travail, le Liban continue de prendre des décisions unilatérales, sans vision stratégique sur les équilibres globaux de productivité, d’éducation, ou d’insertion.

Tableau 2 : Comparatif régional des salaires minimum (2025)

PaysSMIC mensuel (USD)PIB/habitant (USD)Ratio SMIC/PIB/hab
Liban313~5 0006,3 %
Jordanie365~4 9007,4 %
Maroc707~4 30016,4 %
Égypte140~4 0003,5 %

Source : gouvernements nationaux, FMI, estimations 2025

Conséquences pour la CNSS et les finances publiques

L’impact de cette hausse salariale sur les finances publiques est indirect mais réel. La revalorisation augmente la base de cotisation pour la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), mais cela suppose que les entreprises déclarent effectivement les nouveaux salaires. Or, la faiblesse des contrôles, le manque de digitalisation et l’absence d’incitations fiscales rendent ce scénario incertain. Le gouvernement a certes relevé en 2024 le plafond de cotisation maladie à 50 millions LBP/mois, mais sans mesures pour améliorer la collecte ou réduire l’évasion sociale, les recettes de la CNSS resteront limitées.

Absence de politique de revenus ou de stratégie d’emploi

La décision est également critiquable en ce qu’elle ne s’inscrit dans aucune politique nationale de revenus. Il n’y a ni grille salariale concertée par secteurs, ni plan d’accompagnement pour les entreprises fragiles, ni réforme du droit du travail visant à sécuriser l’emploi. La logique reste purement réparatrice, voire électoraliste, alors qu’une politique structurelle supposerait des engagements sur la productivité, la formation, et la fiscalité.

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