Le 6 février 2026, au Sérail gouvernemental de Beyrouth, le Liban et la Syrie ont officiellement signé un accord judiciaire portant sur le transfert de condamnés syriens purgeant leur peine dans les prisons libanaises vers leur pays d’origine. Cette cérémonie, présidée par le Premier ministre libanais Nawaf Salam, a réuni le ministre libanais de la Justice Adil Nassar, son homologue syrien Mazhar al-Wais, ainsi que le vice-Premier ministre libanais Tarek Mitri et une délégation officielle syrienne. L’événement marque un pas concret dans la normalisation des relations bilatérales, tendues par des décennies de conflits et d’ingérences, et s’inscrit dans un contexte de stabilisation régionale après la chute du régime de Bachar el-Assad en décembre 2024.
Cet accord, approuvé par le Conseil des ministres libanais le 30 janvier 2026 lors d’une session présidée par le président Joseph Aoun, concerne environ 300 détenus syriens condamnés pour des crimes graves, tels que des viols ou des meurtres, et ayant déjà purgé au moins dix ans de leur sentence au Liban. Selon les termes du document, le transfert est limité aux personnes dont les jugements sont définitifs et dont les infractions sont reconnues comme punissables dans les deux États. Le ministre syrien de la Justice, Mazhar al-Wais, a déclaré lors de la conférence de presse suivant la signature : « Cet accord ouvre une nouvelle page dans les relations entre nos deux pays, basée sur le respect mutuel et la coopération judiciaire. » Du côté libanais, le vice-Premier ministre Tarek Mitri a souligné que cette mesure permettra de soulager les prisons surpeuplées du Liban, où plus de 2 300 Syriens sont incarcérés, tout en instaurant un principe de réciprocité pour les Libanais condamnés en Syrie.
Le ministre des Affaires étrangères libanais, Youssef Raji, a réagi à cette approbation sur la plateforme X, affirmant : « L’approbation par le gouvernement libanais de l’accord sur le transfert des condamnés syriens constitue le début et la première étape dans le processus de purification des relations entre le Liban et la Syrie, et nous continuerons la coopération ensemble dans tous les dossiers, y compris les disparus libanais, la démarcation des frontières terrestres et maritimes, la poursuite du retour sûr de nos frères déplacés, et la révision des accords bilatéraux de manière à servir les intérêts et la souveraineté de nos deux pays frères. » Cette déclaration, publiée le 30 janvier 2026 à 14h41, reflète l’ambition du gouvernement Salam de transformer cet accord en point de départ pour une refondation des liens avec Damas.
Une normalisation progressive après des décennies de tensions
Les relations entre le Liban et la Syrie ont été marquées par une histoire complexe, dominée par la tutelle syrienne sur le Liban de 1976 à 2005. L’armée syrienne, entrée au Liban au début de la guerre civile, y est restée jusqu’au retrait forcé en avril 2005, suite à l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri et aux pressions internationales incarnées par la résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU. Cette période a laissé des séquelles profondes, avec des accusations d’ingérences politiques, d’assassinats et de disparitions forcées. La guerre civile syrienne, déclenchée en 2011, a exacerbé ces tensions : le Liban, divisé entre soutiens au régime Assad et à l’opposition, a accueilli plus d’un million de réfugiés syriens, créant des pressions économiques et sociales intenses.
La chute du régime Assad le 8 décembre 2024 a ouvert une nouvelle ère. Le gouvernement de transition syrien, dirigé par Ahmed al-Charaa, a exprimé dès fin 2024 sa volonté d’établir des relations « d’État à État » avec le Liban, basées sur le respect mutuel et la non-ingérence. Dans un entretien accordé à la journaliste Bissane el-Cheikh le 28 décembre 2024, al-Charaa a déclaré : « La Syrie n’interférera plus dans les affaires libanaises. Nous aspirons à des relations d’égal à égal. » Cette position a été saluée par Beyrouth, où le président Joseph Aoun, élu en janvier 2025, et le Premier ministre Nawaf Salam, nommé en février 2025, ont priorisé le dialogue avec Damas pour résoudre les dossiers pendants.
Dès mars 2025, un accord entre les ministres de la Défense libanais Michel Menassa et syrien a initié des pourparlers sur la sécurisation des frontières. Ces discussions ont abouti à une coopération renforcée contre la contrebande, avec l’interception par l’armée libanaise de 500 tonnes de marchandises illégales, 1,5 million de pilules de Captagon et 2 000 armes légères en 2025. Le ministre libanais de l’Intérieur, Ahmad al-Hajjar, a rapporté lors d’une conférence de presse le 27 mars 2025 : « Cette coopération marque un tournant dans le contrôle de nos frontières communes, essentielles pour la souveraineté des deux États. »
Les détails de l’accord judiciaire et ses implications immédiates
L’accord signé le 6 février 2026 est un texte de 18 articles, négocié depuis plusieurs mois sous l’égide de comités bilatéraux. Il exclut les détenus en attente de jugement et impose des conditions strictes : les condamnés pour crimes graves doivent avoir purgé dix ans minimum au Liban avant transfert. Parmi les 2 700 Syriens incarcérés au Liban, environ 600 islamistes sont concernés, dont plus de 100 accusés d’actes terroristes par le tribunal militaire de Beyrouth. Le ministre libanais de la Justice, Adil Nassar, a précisé lors de la signature : « Cet accord est une solution équilibrée, protégeant les intérêts judiciaires du Liban tout en facilitant le rapatriement. Il prévoit également la réciprocité pour les Libanais détenus en Syrie. »
Ce transfert vise à alléger la surpopulation carcérale libanaise, où les prisons opèrent à plus de 300 % de leur capacité selon un rapport de la Banque mondiale daté de mars 2025. En janvier 2026, le Liban avait déjà libéré sous caution une centaine de Syriens et transféré 22 autres en geste de bonne volonté. Le ministre syrien Mazhar al-Wais a ajouté : « Damas s’engage à assurer l’exécution des peines restantes dans le respect des normes internationales. » L’ONU, via le Haut-Commissariat aux droits de l’homme, a salué cette mesure le 7 février 2026, notant qu’elle pourrait contribuer à la réconciliation régionale si accompagnée de garanties sur les droits des détenus.
Au-delà de cet accord, les discussions bilatérales englobent la révision des traités de fraternité et de coopération signés en 1991, jugés obsolètes par Beyrouth. Le Premier ministre Nawaf Salam a déclaré le 30 janvier 2026, lors de l’approbation du texte : « Cet accord n’est que la première étape. Nous aborderons bientôt la démarcation des frontières et le sort des disparus. »
Le dossier des disparus libanais, une plaie ouverte
Parmi les dossiers prioritaires évoqués par Youssef Raji figure celui des disparus libanais en Syrie. Selon la Commission nationale des disparus, créée en 2018, 725 Libanais ont été transférés dans des prisons syriennes sous la tutelle d’Assad, dont la célèbre prison de Saidnaya. Le régime syrien a toujours nié ces disparitions, mais la chute d’Assad a permis l’accès à des archives. En avril 2025, lors de la première visite officielle du Premier ministre Salam à Damas, accompagnée par les ministres Raji, Menassa et al-Hajjar, les discussions ont porté sur ce sujet. Le président syrien Ahmed al-Charaa a promis une commission conjointe pour examiner les dossiers.
Le ministre libanais de la Justice Adil Nassar a rapporté le 14 avril 2025 : « Les autorités syriennes ont fourni des informations sur 150 cas, confirmant des décès pour certains et des libérations pour d’autres. » L’ONU, via sa Commission d’enquête internationale sur la Syrie, a documenté en juin 2025 plus de 100 000 disparitions forcées sous Assad, incluant des Libanais. Michelle Bachelet, haute-commissaire aux droits de l’homme, a déclaré le 15 juin 2025 : « La coopération entre Beyrouth et Damas est cruciale pour apporter des réponses aux familles. » En 2025, 50 familles libanaises ont reçu des confirmations officielles, mais des milliers attendent encore, comme l’a souligné un rapport du Comité international de la Croix-Rouge en septembre 2025.
La démarcation des frontières, un enjeu de souveraineté
La frontière syro-libanaise, longue de 375 kilomètres, reste non délimitée depuis l’indépendance des deux pays en 1943. Héritage des mandats français, elle inclut des zones contestées comme les fermes de Chebaa, occupées par Israël depuis 1967 mais revendiquées par le Liban avec soutien syrien. L’accord de mars 2025 entre les ministres de la Défense a initié des relevés topographiques conjoints. Le ministre libanais Michel Menassa a annoncé le 28 mars 2025 : « Nous avons identifié 13 points litigieux, dont la zone de Hermel et la région de Qusayr. »
En 2025, des accrochages ont eu lieu, comme le 6 février entre forces syriennes et tribus libanaises, ou mi-mars à Hermel impliquant des éléments proches du Hezbollah. L’armée libanaise, renforcée par un soutien international de 1 milliard d’euros annoncé par l’Union européenne en mai 2025, a déployé 5 000 soldats supplémentaires aux frontières. Le général Joseph Aoun, commandant en chef, a déclaré le 15 mai 2025 : « Le contrôle frontalier est essentiel pour combattre la contrebande et assurer la sécurité. » L’ONU, via la résolution 1701 renforcée en 2025, supervise ces efforts, avec un rapport du secrétaire général Antonio Guterres en juillet 2025 notant une réduction de 40 % des incidents frontaliers.
Le retour des réfugiés syriens, un défi humanitaire et économique
Le Liban accueille encore environ 800 000 réfugiés syriens enregistrés auprès du HCR, bien que plus de 510 000 soient rentrés en 2025 selon la ministre libanaise des Affaires sociales Hanine al-Sayed. Dans un communiqué du 10 janvier 2026, elle a précisé : « 501 603 Syriens ont regagné leur pays en 2025, basés sur les données de la Sûreté générale et du HCR. » Le HCR a confirmé en décembre 2025 que 378 000 retours ont été enregistrés, majoritairement vers Alep, Idleb et Damas.
Ces retours, facilités par la stabilisation syrienne, ont été organisés en 14 convois en 2025, le dernier en octobre vers Homs et Hama. Kelly T. Clements, haute-commissaire adjointe du HCR, a indiqué le 2 septembre 2025 : « Près de 200 000 sont rentrés au premier semestre, mais le soutien international est vital pour la durabilité. » Le Qatar a lancé en janvier 2026 un projet de 20 millions de dollars pour rapatrier 100 000 réfugiés, incluant aide financière et reconstruction de villages. Le ministre qatari Mohammad ben Abdelaziz al-Khulaifi a déclaré : « Ce plan vise 400 000 retours progressifs. »
Cependant, des flux inverses persistent : en 2025, 100 000 nouveaux arrivants, principalement alaouites fuyant les violences côtières syriennes, ont été recensés. Le HCR a rapporté en novembre 2025 que 562 000 personnes, dont 354 000 Syriens, ont franchi la frontière vers le Liban suite aux hostilités de septembre 2024. Human Rights Watch a documenté en 2025 des expulsions forcées de 1 763 Syriens par le Liban, malgré les risques en Syrie.


