Je vous adresse cette lettre en tant que citoyen du Moyen-Orient, issu d’origines diverses : paternelle hashémite d’abord, familiale chrétienne ensuite, ayant reçu une éducation franco-libanaise laïque. Ces influences m’ont appris à reconnaitre la riche diversité des choix humains civilisés et d’apprécier les cultures orientale, occidentale et américaine, dans le respect des hommes − celles qui possèdent en commun l’héritage positif émanant des religions monothéistes : un mode de vie libre selon le respect du droit et des valeurs humaines.La Constitution américaine, inspirée profondément par la Révolution française, a pris le flambeau de la raison et de la liberté pour construire son unité nationale. Thomas Jefferson père de la déclaration d’indépendance des Etats-Unis a noté : « Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes naissent égaux, que leur Créateur les a dotés de certains droits inaliénables, parmi lesquels la vie, la liberté et la recherche du bonheur, que pour garantir ces droits, les hommes utilisent des gouvernements dont le juste pouvoir émane du consentement des gouvernés, que si un gouvernement, qu’elle qu’en soit la forme, vient à méconnaître ces fins, le peuple a le droit de le modifier ou d’abolir et d’instituer un nouveau gouvernement…»  En 1825, un an avant de mourir, il dira de la déclaration qu’elle « cherchait à exprimer l’esprit des Américains ».

Monsieur le Président, en appréciant la grandeur de ce texte historique, de référence cruciale pour les États-Unis et le monde, je me permets de signaler un vécu de Libanais habitant un point sensible de la carte géopolitique du Moyen-Orient : Le Liban. Le processus tant entendu et attendu de « la démocratisation de la région » ne fait plus rêver que certains. Pourtant, on est en majorité révoltés de souffrir d’instabilités chroniques depuis une cinquantaine d’années avec d’autres pays voisins qui ont pourtant cru au rôle et à la responsabilité bienveillante de la superpuissance de l’Amérique pour la défense des droits de l’humanité tout en considérant ce facteur essentiel que nous avons bien retenu :

les intérêts des Etats-Unis passent toujours en premier. Cependant, est-ce que les notions de «juste pouvoir», le «consentement» des peuples, «la recherche du bonheur», évoquées par Jefferson, ne concernent qu’une éventuelle seconde ou troisième priorité qui dépendrait des stratégies pour la recherche, la sauvegarde des énergies multiples ? Devra-t-on attendre la remise en cause, grâce au soulèvement de la jeunesse, des fausses démocraties dans des pays arabes que vous avez pourtant longtemps reconnues et soutenues ? En joignant les autorités unificatrices d’Abraham Lincoln et de Martin Luther King à la vision du penseur et fondateur d’Etat Thomas Jefferson, l’Amérique porte jusqu’à votre réélection la charge honorable d’une vérité remarquable : celle de l’égalité d’abord à préserver entre les hommes. Néanmoins, la population de notre région demeure prise en otage, soumise, gérée non démocratiquement. Le choix non agréé des gouvernés vis-à-vis des gouvernants est clair alors qu’ils reçoivent une écoute partiale de votre administration en révérence presque continue et inconditionnelle à Israël. Il est certes indéniable de considérer la responsabilité de l’effort du soulèvement arabe pour la démocratisation aux peuples de la région, mais est-ce vraiment cela que vous soutenez ? Ou bien préférez-vous l’installation du flou institutionnel qui freine la volonté des grandes puissances à soutenir les droits des citoyens pour que le choix démocratique du peuple s’épuise et demeure un projet en gestation, non ouvertement soutenu et dépendant du timing des stratégies internationales ?

Cher Monsieur le président, je ne m’adresse pas aujourd’hui à votre stature de général en chef de la superpuissante armée américaine, en ces jours très critiques, mais à l’humain en vous qui pourrait se manifester par l’élan vital non programmé. Il adresserait au monde la suprématie de la conscience au même titre que celle des intérêts. La culture d’Aristote et de Cicéron a façonné les pères de la démocratie moderne. Ils ont inspirés Thomas Jefferson pour bâtir «l’esprit des Américains»! Permettez moi de vous solliciter fraternellement en citoyen ordinaire de l’autre bout du monde. Soyez, M. Obama, le gardien de votre déclaration d’indépendance nationale afin que l’injustice faite aux hommes pèse sur vos préoccupations autant que chacun de vos intérêts nationaux. Soyez le promoteur d’une nouvelle proclamation de paix, juste et pragmatique pour notre pays et la région! 
Respectueusement à vous, Mr le President, au cas où cette lettre vous parviendrait…

Joe Henry Acoury

Ref le monde des lecteurs le 16 Septembre 2013.