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La mort comme projet politique

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Du ressentiment envers la vie à la reconstruction d’un État vivant

Il existe des moments dans l’histoire où une société ne vacille pas seulement sous le poids des crises économiques ou militaires, mais sous une dérive plus profonde, plus insidieuse : celle qui transforme la mort en horizon politique.

Ce n’est pas simplement une question de guerre. Toutes les sociétés connaissent la guerre. Ce qui distingue certaines dynamiques contemporaines, c’est autre chose : la construction progressive d’un imaginaire où la mort n’est plus une tragédie, mais une finalité ; où le sacrifice n’est plus une exception, mais une norme ; où vivre pleinement devient suspect, presque secondaire.

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Le ressentiment contre la vie

Toute idéologie qui glorifie la mort commence presque toujours par un malaise face à la vie. Non pas la vie biologique, mais la vie dans ce qu’elle a de libre, de multiple, d’imprévisible.

Ce malaise se transforme en ressentiment.

Le ressentiment contre la prospérité perçue comme corruption, contre la liberté perçue comme décadence, contre la diversité perçue comme désordre. Dans ce cadre, la vie n’est plus une valeur en soi. Elle devient une épreuve à transcender, voire un obstacle à dépasser.

Alors apparaît une inversion fondamentale : ce qui, ailleurs, est considéré comme une perte irréparable — la mort — devient ici un accomplissement.

La théologie du sacrifice

Ce basculement ne tient pas seulement à la politique. Il s’ancre dans une lecture particulière du religieux.

Le sacrifice y devient central. Non pas comme acte exceptionnel, mais comme idéal. Le martyr n’est plus une figure tragique. Il devient une figure normative.

Or, toute société qui érige le sacrifice en modèle produit mécaniquement une hiérarchie des vies : certaines vies sont appelées à être vécues, d’autres à être offertes.

Cette logique, poussée à son terme, finit par banaliser la destruction — de soi, des autres, du monde.

Quand l’Oumma dépasse la Patria

À cela s’ajoute une rupture politique majeure : la dissolution de l’État-nation comme cadre de loyauté.

Lorsque l’allégeance première n’est plus à la patrie, mais à une communauté transnationale — l’Oumma — alors la souveraineté devient secondaire.

Et lorsque cette Oumma est elle-même structurée autour d’un principe d’autorité religieuse centralisée, incarnée dans certaines doctrines par le Wilayat al-Faqih, la conséquence est claire : il n’existe plus de souveraineté nationale autonome.

Dans cette vision, les frontières politiques deviennent contingentes. L’État n’est plus un sujet. Il devient un terrain.

La logique de la guerre permanente

Une telle structure ne peut fonctionner sans tension permanente.

Elle repose sur une opposition constante : entre le pur et l’impur, entre le croyant et l’ennemi, entre le monde tel qu’il est et tel qu’il devrait être.

La guerre, dans ce cadre, n’est pas un accident. Elle est une condition d’existence. Elle nourrit le récit, légitime le sacrifice et entretient la mobilisation.

Sans conflit, le système perd son énergie.

Antisémitisme, antisionisme viscéral et conflictualité absolue

Dans ce paysage idéologique, certaines formes d’hostilité dépassent la critique politique pour devenir des éléments structurants d’identité.

Lorsque l’adversaire est essentialisé, le conflit cesse d’être politique pour devenir existentiel. Et un conflit existentiel ne connaît pas de compromis durable. Il ne produit que des cycles de confrontation.

Dans ce cadre, l’hostilité envers Israël occupe une place centrale. Mais pour la comprendre, il faut distinguer ce qui relève du politique de ce qui relève du structurel.

La critique d’un État, de ses politiques ou de ses actions, est légitime dans tout débat international. Elle appartient à l’ordre du politique, donc du discutable, du négociable.

Mais ce que l’on observe souvent dans certaines dynamiques régionales dépasse ce cadre.

On assiste à un glissement vers un antisionisme de nature absolue, qui ne vise plus des politiques, mais l’existence même de l’État d’Israël. Ce glissement transforme un conflit politique en conflit existentiel.

D’où vient cette radicalité ? Elle s’inscrit dans plusieurs couches superposées.

D’abord, une mémoire historique non résolue, marquée par les guerres, les défaites et les humiliations collectives. Dans ce cadre, Israël n’est pas perçu seulement comme un adversaire, mais comme le symbole d’un déséquilibre plus large — politique, militaire, et parfois civilisationnel.

Ensuite, une instrumentalisation politique du conflit, qui permet de fédérer, de mobiliser, de détourner l’attention des crises internes. Le conflit devient un outil de cohésion. Il structure les identités, légitime les pouvoirs, justifie les sacrifices.

Mais il y a aussi une dimension plus profonde.

Dans certaines visions idéologiques, l’existence d’un État non musulman souverain au cœur d’un espace historiquement perçu comme appartenant à une continuité religieuse ou civilisationnelle pose un problème de légitimité. Ce n’est plus une question de frontières, mais de représentation du monde.

À cela s’ajoute parfois une confusion — volontaire ou non — entre : judaïsme (religion), juifs (peuple), sionisme (projet politique), État d’Israël (réalité géopolitique).

Lorsque ces distinctions disparaissent, le rejet devient global, indistinct, et tend à prendre des formes essentialisées.

C’est à ce moment que l’on bascule de la critique politique vers une logique d’hostilité structurelle.

Et dans cette logique, la négation de l’État d’Israël n’est pas seulement un objectif stratégique. Elle devient une nécessité idéologique.

Car accepter l’existence d’Israël reviendrait à remettre en question certains récits fondateurs, certaines visions du monde, certains rapports de pouvoir.

Le refus devient alors constitutif de l’identité.

Mais cette position a une conséquence majeure : elle enferme le conflit dans une impasse permanente.

Car un conflit où l’un des acteurs nie l’existence même de l’autre ne peut produire ni compromis, ni stabilisation durable. Il ne peut produire que des cycles de confrontation.

Et ces cycles alimentent à leur tour la logique sacrificielle.

Le basculement anthropologique

Ce qui est en jeu est plus profond encore : c’est un basculement anthropologique.

Dans une société orientée vers la vie, on élève des enfants pour qu’ils vivent mieux que leurs parents. Dans une société structurée autour du sacrifice, on les élève pour qu’ils soient prêts à mourir pour une cause.

Lorsque mourir devient une promesse de sens, vivre perd sa centralité.

L’économie du sacrifice

Une société organisée autour de la mort ne peut produire une économie stable.

L’investissement suppose la confiance dans le futur. L’innovation suppose la liberté. La prospérité suppose la paix.

À leur place se développe une économie parallèle, dépendante, fragile. Une économie de survie.

La capture de la souveraineté

Dans ce modèle, la souveraineté n’est pas seulement affaiblie : elle est capturée.

L’État subsiste en apparence, mais la décision réelle se déplace ailleurs : vers des structures parallèles, vers des centres idéologiques extérieurs.

Le résultat est une fiction institutionnelle.

Les sociétés prises en otage

Une minorité structurée, cohérente, prête au sacrifice peut imposer sa logique à une majorité attachée à la vie mais fragmentée.

Le déséquilibre n’est pas démographique. Il est existentiel.

Le silence des majorités

Ceux qui veulent vivre ont quelque chose à perdre. Ils sont prudents, dispersés.

À l’inverse, ceux qui sacralisent la mort n’ont pas cette contrainte.

C’est cette asymétrie qui explique souvent la domination d’une minorité sur une majorité.

Sortir de la logique sacrificielle

Sortir de ce modèle ne peut pas être un slogan. C’est une stratégie.

Réhabiliter la souveraineté réelle. Redéfinir le récit collectif. Reconstruire une économie de la vie. Séparer clairement foi et pouvoir. Restaurer l’individu.

Application au Liban : de la théorie à l’action

Le Liban est aujourd’hui le théâtre parfait de cette dualité.

Un pays divisé entre deux systèmes : un système de vie, fragmenté, affaibli, et un système de mobilisation, structuré, cohérent.

Le véritable enjeu n’est pas technique. Il est structurel.

Mais il faut dire les choses clairement.

Comment voulez-vous que les pays amis du Liban puissent aider le Liban… si le Liban lui-même ne s’aide pas ?

Depuis plus de dix ans, les mêmes exigences sont posées : une justice réellement indépendante, un contrôle financier de l’État indépendant des pouvoirs politiques, une restructuration profonde de l’État, une responsabilité effective des dirigeants.

Rien de structurel n’a été mis en place.

Tant que ces réformes ne sont pas engagées de l’intérieur, aucune aide extérieure — aussi massive soit-elle — ne pourra produire autre chose qu’un répit temporaire.

Car on ne sauve pas un pays… contre lui-même.

Objectif stratégique

Restaurer une souveraineté effective basée sur une économie de vie.

Axe 1 — Reprise progressive de la souveraineté

Sans confrontation frontale, par érosion et encadrement institutionnel. Reprise du contrôle des flux : douanes, ports, aéroport.

Axe 2 — Renversement du récit

Faire de la réussite, de la création et de la prospérité des valeurs centrales. Mobiliser la diaspora comme levier stratégique.

Axe 3 — Reconstruction économique ciblée

Créer des zones économiques stables, protégées, attractives. Rendre la guerre économiquement incompatible.

Axe 4 — Neutralité stratégique

Sortir du rôle de terrain de confrontation régionale. Instaurer une neutralité crédible et garantie.

Axe 5 — Réforme institutionnelle

Justice indépendante, accountability réelle, réforme électorale. Sans justice, aucune reconstruction ne tient.

Le choix fondamental

Au fond, la question est simple : Organiser la vie, ou organiser la mort. Les deux logiques sont incompatibles.

Le courage de vivre

Il existe un courage évident : celui de mourir.

Mais il existe un courage plus rare, plus exigeant : celui de vivre. Construire. Créer. Transmettre. Refuser la fatalité.

Les civilisations ne disparaissent pas seulement lorsqu’elles sont vaincues. Elles disparaissent lorsqu’elles cessent de croire que la vie mérite d’être vécue.

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Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

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