Les tensions persistantes à la frontière libano-israélienne se sont manifestées une nouvelle fois ce jeudi 12 février 2026, avec un bombardement d’artillerie israélien sur la localité de Yaroun, dans le district de Bint Jbeil, au sud du Liban. Selon les rapports officiels, ce tir direct a touché deux habitations dans le quartier ancien de la ville, connu sous le nom de Harat al-Qadima, provoquant des dégâts matériels importants sans faire de victimes immédiates. Cet incident s’inscrit dans une série d’actions militaires israéliennes qui, malgré l’accord de cessez-le-feu signé en novembre 2024, continuent de perturber la fragile stabilité de la région. Parallèlement, des opérations de démolition ont été signalées à l’aube dans les villages voisins de Kafr Kila et d’Al-Odeissa, où des forces israéliennes ont fait exploser un bâtiment et deux maisons, accentuant les craintes d’une escalade progressive.
L’attaque sur Yaroun, survenue avant midi, a été confirmée par des observateurs locaux et des autorités libanaises. Les projectiles ont frappé directement les structures résidentielles, causant des effondrements partiels et des dommages aux infrastructures environnantes. Yaroun, une petite ville perchée sur les collines du sud, abrite environ 2 500 habitants, majoritairement chiites, et son quartier historique, avec ses maisons en pierre datant de plusieurs siècles, symbolise le patrimoine architectural de la région. Ce bombardement n’est pas isolé : il fait suite à une série de tirs intermittents sur les zones boisées alentour, signalés ces derniers jours, qui ont déjà contraint plusieurs familles à évacuer temporairement leurs domiciles.
Escalade nocturne à Kafr Kila et Al-Odeissa
À l’aube du même jour, des incursions israéliennes ont été rapportées dans les localités de Kafr Kila et d’Al-Odeissa, situées à proximité de la Ligne bleue, la démarcation établie par les Nations unies en 2000. Dans Kafr Kila, une force israélienne a pénétré dans le quartier d’Al-Nouriya, au centre du village, pour faire exploser un bâtiment. Les détails indiquent que l’opération a été menée avec précision, impliquant des engins explosifs placés à l’intérieur de la structure avant sa détonation. Kafr Kila, un village frontalier de quelque 5 000 âmes, a déjà subi de lourdes destructions lors des conflits passés, et cette action ravive les souvenirs de la guerre de 2006, où plus de 80 % de ses bâtiments avaient été endommagés.
De même, à Al-Odeissa, des troupes israéliennes ont avancé vers les abords du village, en direction de la vallée de Hounin, pour piéger et démolir deux maisons. Ces habitations, situées en périphérie, étaient inoccupées au moment des faits, mais leur destruction souligne une tactique récurrente d’opérations ciblées visant à empêcher toute reconstruction ou présence dans ces zones sensibles. Al-Odeissa, voisine de Kafr Kila, partage une histoire similaire de vulnérabilité frontalière, avec une population qui a connu des déplacements massifs lors des hostilités récentes. Ces démolitions, effectuées sous couvert de la nuit, ont été accompagnées de mouvements de véhicules blindés, renforçant l’impression d’une présence militaire persistante malgré les engagements internationaux.
Contexte d’un cessez-le-feu fragilisé
Ces événements interviennent dans un cadre géopolitique tendu, marqué par l’accord de cessez-le-feu du 27 novembre 2024, négocié sous l’égide des États-Unis, qui visait à mettre fin à plus d’un an de confrontations entre Israël et le Hezbollah. Cet accord stipulait un retrait des forces du Hezbollah au nord du fleuve Litani, à environ 30 kilomètres de la frontière, en échange d’un repli israélien et d’un arrêt des hostilités transfrontalières. Pourtant, depuis son entrée en vigueur, Israël a mené des centaines d’opérations en territoire libanais, justifiées par des allégations de tentatives de réarmement du Hezbollah dans la zone sud. Selon des sources officielles libanaises, plus de 400 personnes ont été tuées dans ces actions depuis novembre 2024, dont au moins 127 civils.
La résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies, adoptée en 2006 pour mettre fin à la guerre entre Israël et le Hezbollah, reste le pilier de la stabilité frontalière. Elle prévoit une zone démilitarisée au sud du Litani, sous la supervision de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL), et un monopole des armes par l’armée libanaise. Or, les violations répétées, incluant des survols de drones et des frappes aériennes, ont été dénoncées par Beyrouth comme des entraves directes à cette résolution. Le gouvernement libanais, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025, a multiplié les appels à la communauté internationale pour faire respecter ces engagements, soulignant que l’armée libanaise a pris le contrôle opérationnel de la zone sud du Litani en janvier 2026.
Rôles et réactions des acteurs régionaux
Le Hezbollah, affaibli par les pertes subies en 2024 – notamment la mort de son leader historique Hassan Nasrallah et de plusieurs commandants – n’a pas répondu militairement à ces incidents récents. Son secrétaire général, Naim Qassem, a toutefois affirmé dans un discours du 26 janvier 2026 que toute menace contre l’Iran, allié clé du groupe, serait considérée comme une menace directe contre le Hezbollah, et que l’organisation déciderait de sa réponse en temps voulu. Qassem a rejeté les pressions pour un désarmement au nord du Litani, les qualifiant d’atteintes à la souveraineté libanaise, tout en appelant à l’unité nationale pour contrer ce qu’il décrit comme une hégémonie américano-occidentale.
Du côté israélien, les autorités justifient ces opérations par la nécessité de prévenir une reconstitution des infrastructures du Hezbollah. Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a déclaré le 4 janvier 2026 que les efforts libanais pour désarmer le groupe au sud du Litani étaient « loin d’être suffisants », en réponse aux tentatives présumées de réarmement. L’armée israélienne a maintenu des postes avancés sur des collines stratégiques le long de la frontière après son retrait partiel en février 2025, arguant d’une menace persistante. Ces positions ont servi de bases pour des opérations comme celles de ce 12 février, incluant des tirs d’artillerie et des démolitions contrôlées.
La FINUL, forte de plus de 7 500 casques bleus issus de 48 nations, a rapporté une augmentation des incidents impliquant des forces israéliennes. Dans un communiqué du 6 février 2026, la force onusienne a exprimé des préoccupations sur des actes d’agression envers ses patrouilles, tels que des tirs de chars et des largages de grenades assourdissantes par drones. Stéphane Dujarric, porte-parole du secrétaire général des Nations unies António Guterres, a déclaré le 3 février 2026 : « Toute activité susceptible de mettre en danger les casques bleus et les civils est une source de grave préoccupation. » Il a exhorté toutes les parties à respecter pleinement l’accord de cessez-le-feu et à éviter les actions qui menacent la sécurité le long de la Ligne bleue.
Impacts sur les populations locales
Les villages touchés par ces incidents, comme Yaroun, Kafr Kila et Al-Odeissa, illustrent les souffrances endurées par les civils libanais. Yaroun, avec son économie basée sur l’agriculture – oliviers et cultures maraîchères –, a vu ses terres périphériques bombardées à plusieurs reprises. Le 3 février 2026, un drone israélien a largué des explosifs sur un bâtiment local, endommageant des équipements agricoles et forçant des fermiers à abandonner leurs champs. À Kafr Kila, où plus de 1 300 structures ont été endommagées ou détruites entre septembre 2024 et janvier 2025 selon des analyses satellitaires, la démolition du bâtiment central ce matin ajoute à une dévastation estimée à 90 % des habitations. Les résidents, dont beaucoup ont fui vers Beyrouth ou Tyr lors des hostilités de 2024, peinent à revenir en raison des infrastructures détruites : routes coupées, réseaux électriques hors service et approvisionnement en eau compromis.
Al-Odeissa subit un sort similaire, avec plus de 580 structures affectées au cours de la même période. La vallée de Hounin, théâtre des démolitions de ce jour, est une zone agricole vitale, et la destruction des deux maisons risque d’aggraver la crise humanitaire. Human Rights Watch a documenté en décembre 2025 des attaques israéliennes sur des équipements de reconstruction, qualifiées de violations du droit international, rendant plus difficile le retour des déplacés. Près de 64 000 Libanais restent déplacés un an après le cessez-le-feu, selon des estimations officielles, avec des communautés entières comme celles de ces villages vivant dans l’incertitude.
Dynamiques économiques et environnementales
Au-delà des dommages immédiats, ces incidents soulignent des enjeux économiques profonds. Le sud du Liban, région agricole par excellence, a perdu des milliers d’hectares de terres cultivables en raison des bombardements et des pulvérisations chimiques signalées récemment. Le 1er février 2026, des avions israéliens ont largué une substance inconnue sur des zones frontalières, incluant Ras Naqoura et Aita al-Shaab, provoquant des accusations d’« crime environnemental » de la part du président libanais Joseph Aoun. Des analyses ont confirmé des concentrations élevées de glyphosate, un herbicide toxique, affectant les sols et les cultures. Aoun a déclaré : « Ces pratiques dangereuses qui ciblent les terres agricoles et les moyens de subsistance des citoyens, menaçant leur santé et l’environnement, exigent que la communauté internationale et les organisations des Nations unies concernées assument leurs responsabilités pour arrêter ces attaques. »
Cette pulvérisation a conduit à une suspension temporaire des patrouilles de la FINUL pendant neuf heures, le temps de collecter des échantillons pour des tests toxicologiques. L’incident a ravivé les débats sur les violations de la souveraineté libanaise, avec Beyrouth réclamant une enquête internationale. Économiquement, le ministère libanais des Finances, dirigé par le ministre en fonction depuis février 2025, a estimé les pertes agricoles à plusieurs centaines de millions de dollars depuis 2024, exacerbant une dette publique déjà colossale et une inflation persistante. Les rapports du FMI et de la Banque mondiale, actualisés en janvier 2026, soulignent que ces disruptions freinent la reprise post-conflit, avec des dépenses publiques pour la reconstruction dépassant les 2 milliards de dollars prévus pour 2026.
Perspectives sécuritaires et diplomatiques
Les actions de ce 12 février s’inscrivent dans une intensification des opérations israéliennes observée depuis janvier 2026. Entre le 26 janvier et le 1er février, les forces israéliennes ont mené des frappes tuant au moins six membres du Hezbollah et blessant 17 personnes, ciblant des infrastructures présumées au sud et au nord du Litani. Le 2 février, des raids aériens ont détruit des bâtiments à Kfar Tebnit et Ain Qana, après des ordres d’évacuation, sous prétexte de présence d’infrastructures du Hezbollah. Ces opérations, qualifiées de « violations flagrantes » par le gouvernement libanais, ont été suivies d’un appel du ministre des Affaires étrangères, en poste depuis février 2025, pour une réunion d’urgence du Conseil de sécurité.
Sur le plan diplomatique, le Liban cherche à consolider le désarmement au sud du Litani, avec l’armée libanaise annonçant en janvier 2026 avoir atteint son objectif de monopole des armes dans cette zone. Pourtant, des discussions sont en cours pour étendre ce processus au nord, comme l’a indiqué le ministre de la Défense lors d’une réunion du cabinet le 11 février 2026. Israël, de son côté, conditionne tout retrait complet à une déclaration formelle mettant fin à l’état d’hostilité et à un nouvel accord de sécurité. Des médiateurs arabes et européens, en coordination avec les États-Unis, tentent de faciliter un dialogue, mais les incidents comme ceux de Yaroun et Kafr Kila compliquent ces efforts.
Violations récurrentes et rôle de la FINUL
La FINUL a enregistré une hausse des agressions envers ses forces, avec 27 incidents en décembre 2025 contre un seul en janvier de la même année. Le 16 janvier 2026, un char israélien a tiré sur un poste de la FINUL, et un drone a largué une grenade assourdissante près d’une patrouille cette semaine. Dans un rapport interne vu par des médias, un contributeur à la FINUL a qualifié ces actes d’« agressifs », attribués majoritairement aux forces israéliennes. La force onusienne a réitéré son appel au respect de la Ligne bleue et à la sécurité de ses peacekeepers.
Ces événements soulignent les défis confessionnels et régionaux au Liban, où les influences chiites au sud contrastent avec les dynamiques sunnites au nord. Le cabinet Salam, équilibré confessionnellement, navigue ces tensions sans favoritisme documenté, priorisant la stabilité nationale. Les incidents du 12 février, incluant le bombardement de Yaroun et les démolitions à Kafr Kila et Al-Odeissa, illustrent les implications immédiates : évacuations forcées, dommages aux patrimoines historiques et perturbations agricoles, prolongeant l’instabilité sans résolution en vue.

