Le député libanais Jamil Sayyed a semé la controverse ce vendredi 22 août 2025 en publiant sur son compte X des allégations explosives concernant une supposée réponse israélienne à une médiation menée par l’émissaire américain Tom Barrack sur la situation au Sud-Liban. Selon Sayyed, Israël exigerait une présence dans 14 villages libanais, certains devant être totalement ou partiellement vidés de leurs habitants, ainsi que l’établissement de positions militaires permanentes dans plusieurs localités.
Ces déclarations, non confirmées officiellement, interviennent dans un contexte de tensions persistantes autour du cessez-le-feu de novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, et soulèvent des questions sur leur véracité et leurs implications pour la souveraineté libanaise.
Une proposition israélienne explosive
Dans deux posts publiés à 14h58 et 15h02 (CEST), Jamil Sayyed affirme que Tom Barrack, présenté comme médiateur, aurait reçu une réponse israélienne exigeant un arrêt des opérations militaires, la remise des prisonniers et une délimitation des frontières.
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
Parmi les conditions, Israël demanderait à maintenir une présence dans 14 villages du Sud-Liban. Les localités d’Adaisseh, Kfarkila, Houla, Marjaba et Aita al-Shaab seraient visées pour une annexion totale, tandis que Khiam, Ramieh, Yaroun, Aitaroun, Alma al-Shaab, Dahira, Marwahin, Maroun al-Ras et Blida accueilleraient des positions militaires israéliennes permanentes dans leurs périphéries et forêts.
Sayyed rapporte également que Barrack aurait insisté sur un compromis pour éviter de futures agressions, affirmant qu’Israël ne transigerait pas sur ces conditions. Avec une pointe d’ironie, le député conclut en suggérant que l’État libanais pourrait voir cette proposition comme un “exploit”, en référence à une récente célébration de la réception d’armes dans le camp palestinien de Bourj el-Barajneh.
Un contexte de cessez-le-feu fragile
Ces révélations s’inscrivent dans un climat de tensions persistantes au Liban, où le cessez-le-feu signé le 27 novembre 2024 entre Israël, le Liban et cinq pays médiateurs, sous l’égide de l’envoyé spécial américain Amos Hochstein, peine à être respecté.
Cet accord prévoyait le retrait des forces israéliennes du Sud-Liban, le repli des combattants du Hezbollah au nord du fleuve Litani, et le déploiement de 5 000 soldats libanais pour garantir la sécurité, conformément à la résolution 1701 de l’ONU. Cependant, le Liban a rapporté plus de 1 500 violations israéliennes, incluant des frappes aériennes ayant causé la mort d’au moins 83 civils entre novembre 2024 et avril 2025. De son côté, Israël accuse le Hezbollah de violer l’accord en tentant de reconstituer ses capacités militaires.
Tom Barrack, un médiateur improbable ?
L’implication de Tom Barrack, homme d’affaires américain et ancien conseiller de Donald Trump, dans cette médiation soulève des interrogations. Contrairement à Amos Hochstein, qui a joué un rôle central dans les négociations de 2024, Barrack, ambassadeur des États-Unis en Turquie et envoyé spécial pour la Syrie, n’a été associé à des pourparlers israélo-libanais que récemment. Depuis juillet 2025, il a effectué plusieurs visites à Beyrouth pour discuter d’un plan américain visant à désarmer le Hezbollah en échange d’un retrait israélien des cinq points stratégiques encore occupés dans le Sud-Liban.
Le 7 juillet, Barrack s’est dit “extrêmement satisfait” de la réponse libanaise à ce plan, qualifiant le document de sept pages remis par le président Joseph Aoun de “spectaculaire”. Le 18 août, il a appelé Israël à respecter ses engagements, insistant sur un “échange équitable” après l’approbation par le Liban d’un plan de désarmement du Hezbollah d’ici fin 2025.
Le Hezbollah et la question du désarmement
Le plan américain, détaillé par le journal Al-Akhbar proche du Hezbollah, comprend quatre phases : un engagement initial du Liban à désarmer le Hezbollah, un arrêt des opérations militaires israéliennes, le déploiement de l’armée libanaise dans le Sud, et un retrait progressif d’Israël accompagné d’un soutien économique pour la reconstruction du Liban. Cependant, le Hezbollah, affaibli par la guerre de 2024, refuse de rendre ses armes tant qu’Israël maintient une présence militaire et continue ses frappes. Le chef du groupe, Naim Kassem, a qualifié les efforts de désarmement de “grave erreur” et menacé de résister, craignant une déstabilisation interne.
Une proposition invérifiable à ce stade
Aucune source officielle, qu’il s’agisse des gouvernements libanais, israélien ou américain, n’a confirmé les allégations de Sayyed. Les conditions rapportées, impliquant une annexion de villages libanais, semblent incompatibles avec les termes du cessez-le-feu de 2024 et les efforts diplomatiques en cours, centrés sur la désescalade et la mise en œuvre de la résolution 1701. Le ministre libanais des Affaires étrangères, Youssef Rajji, a qualifié la décision de monopoliser les armes sous contrôle de l’État d’“historique”, tandis que le président Aoun et le Premier ministre Nawaf Salam ont exigé un retrait total d’Israël et la fin de ses attaques.



