Ils viennent à Paris, se ressourcer, se réfugier, se faire une santé morale…

Ils viennent à Paris, se mettre à l’abri, laissant passer la tempête et engager des négociations, tandis que les leurs restent sans abris…De leurs cachettes, privés de leur scène patriotique, ils vantent leur patriotisme par des slogans et promesses, des promesses qui sont autant de mensonges, sacrés mensonges à gogos…

Ils viennent à Paris car ils ont été bannis de leur propre pays, fuyant la menace et le danger, laissant mon peuple face à sa misère…

Paris, Terre des Droits de l’Homme, les a accueillis. Baignés dans la démocratie, ils en ont tiré profit, et  le profit de l’un fut le dommage de l’autre.

A l’abri, à Paris, chacun à sa façon, a fait renaître affectivement, en ses partisans, ses idéologies pour un Liban meilleur… Un Liban à leur image, sans union mais avec beaucoup d’illusions, « l’illusion cette foi démesurée » qui devient vérité.

Les slogans de chacun procuraient à leurs partisans des promesses pour un avenir meilleur… Mais « la promesse des grands n’est pas héritage ». Beaucoup y ont cru, mais toujours sans union, mon peuple s’est divisé. A chacun son image et à chacun son idéal, un idéal dans des personnes qui ont fui le pays, demandant refuge ou asile à Paris…

Les espoirs des uns s’opposaient aux idéaux des autres partageant le pays en deux grandes brèches, le 8 et le 14… De leurs tours d’argent, ils propageaient les lueurs tamisées d’un « Avenir meilleur » ou d’un « Liban prometteur » mais sans faire le pas les uns envers les autres, laissant leurs partisans se charger de propager et divulguer leurs contradictions et leurs erreurs. La situation s’envenimait à chaque fois que l’un se trouvait en arrière plan sur la scène politique, leurs partisans faisaient le nécessaire. Les réseaux sociaux se sont enflammés par leurs acharnements, par leurs insultes et leurs divisions…

Plus de deux ans et demie de vacance du siège présidentiel, car l’un s’opposait à l’autre, et qui dit l’un et l’autre dit aussi le peuple atteint par cette division et grugé par ces promesses fustigées… Ces promesses qui sont faites pour être rompues !

Les voilà enfin ensemble, les alliés de demain ! Les frères ennemis, sont le binôme d’un « Liban fort » !

Mais en fait, si ce binôme, monté de toute pièce et forcé, a trouvé l’accord autour de leurs propres intérêts, qu’ont-ils fait alors pour calmer le feu et la braise entre mon peuple, leurs partisans des deux côtés ?

L’espoir des deux clans les a divisés, chacun suivant ses slogans, affaiblissant les structures de l’État jusqu’à une dérive nauséabonde, plongeant le pays dans une marée de déchets, une marée qui à travers elle, mes compatriotes ont dû subir le pire de ce qu’à pu vivre le Liban, pays du Cèdre et de l’Encens. Ces libanais fiers, vantards, coquets, élégants, exigeants, fantaisistes, charmeurs et racoleurs,  toutes catégories confondues, se sont trouvés encerclés par des tonnes d’ordures mettant le pays et les décideurs face à leur incapacité de gérer la situation ou face à leur incapacité de trouver des accords entre eux…

Enfin, l’heure a sonné ! Mais après tant de promesses et de déceptions, pouvons-nous croire encore en un avenir meilleur, un « Liban fort » ? Ce binôme à la tête du pays, tel un mariage forcé, comme tant d’autres mariages voués à l’échec aura-t-il par la force du Saint Esprit et le sacrifice, sa chance à féconder ?

De Paris, pays des Droits de l’Homme, ce binôme a dû bien apprendre les principes d’une réelle démocratie. Cette terre d’asile qui leur a ouvert ses portes, a pu bien leur apporter un positivisme dans leur pensée… Oserai-je y croire ?

Les insultes et les blessures échangées entre ces deux clans restent gravées sur les réseaux sociaux,  et si l’on ose un jour oublier, facebook, ce mur virtuel, nous le rappellera chaque jour avec sa fonctionnalité de souvenirs qui s’affichent quotidiennement…

Il s’agit d’un passé très proche, d’une déchirure et d’une blessure non guéries, non soignées, infectées, mais juste un sparadrap qui les couvre en guise d’un estompage visuel. Chacun mord sur sa douleur, tandis que d’autres s’exhibent de joie, de provocation voire de vengeance, cette vengeance « morale », ou celle de l’égo, le défoulement des nerfs, comme quoi « je suis le meilleur », « le plus fort »…

Des promesses courent la rue, mon peuple veut encore y croire. Mon peuple, ce peuple que j’admire tant par son courage, sa force, sa résistance et sa résilience, répartis entre les uns et les autres, éparpillés, résiliés…

« Diviser pour régner », c’est la logique du plus fort, de ceux qui se sont accaparés le Pouvoir… Ils plébiscitent leurs partisans quand ça les arrange et quand ils se réconcilient entre eux, leurs partisans, dans un premier temps surpris, cherchent à trouver des justifications … transformant la trahison, le changement, la rupture, en un acte de courage et de gloire. Ce qui se passe aujourd’hui est loin d’être nommé : Démocratie.

Mon peuple,  ce peuple qu’on a oublié dans sa misère, dans ses manques et ses besoins, où ses droits minimes ont été les derniers des préoccupations de ceux qui ont pris le pouvoir en son nom … Mon peuple, ce peuple qui est resté attaché à sa terre, gardien de nos biens et nos racines ; ce peuple qui continue à nous accueillir à bras ouverts, nous comble de tendresse et d’attention, nous les libanais des frontières…

Mon peuple souffre ! Et nous souffrons aussi avec lui car nous sommes démunis face à ses problèmes qui sont les nôtres aussi, sauf que nous, vivant en dehors des frontières, notre adaptabilité et notre intégration à des sociétés autres, nous ont permises de nous projeter dans l’avenir, pensant nos blessures de guerre, avec des visions différentes en vivant de près la vie démocratique et les principes d’une démocratie à l’Occidentale… Nous avons fait sur nous-mêmes un grand effort d’adaptation à des sociétés nouvelles, le temps a gravé en nous une double identité … Et nous vivons comme les vases communicants, entre nos deux cultures. La faille affective et nostalgique, nous la soignons en puisant dans nos sources et nos racines, quand on va à la rencontre de mon peuple pour qui j’ai la plus grande affection et le plus grand respect.

L’effort qu’on a investi dans nos vies et dans nos sociétés adoptives, nous libanais des frontières,  nous a forcés à faire ce travail de remise en cause, adaptation à une société nouvelle, oblige ! Au Liban, mon peuple, lui, a dû se plier et s’adapter davantage jusqu’à la résilience, abandonné à son sort, préoccupé par les soucis du quotidien, il survit. Les familles se sont focalisées sur ces détails prioritaires, ces minimas sociaux absents, s’oubliant eux-mêmes et déléguant la gestion du pays à ceux qui se sont accaparés ses ressources…

Qui au Liban, a été pris en charge psychologiquement et économiquement, pour soigner ses blessures ou dépasser cette douleur de guerre fratricide qu’on a vécu ? Deux générations nous séparent de nos jeunes d’aujourd’hui au pays … Des parents blessés, choqués, endeuillés,  abandonnés à leur propre sort, le terrain était propice à ces « chefs » ; et c’est ainsi que l’être humain se trouve isolé dans son groupe restreint cherchant refuge… Il n’y a pas eu un travail national sur la psychologie des êtres souffrants.

Essayer de comprendre une population en crise m’oblige à prendre en considération l’état psychosociologique d’un peuple en survie et en dépit des signaux d’alerte et des inquiétudes,  je voudrai encore espérer que mon pays natal puisse retrouver la « coexistence » et la « démocratie » nécessaires à notre survie, nous peuple de ce « Pays-Message ».

 « A travers le dialogue, les libanais doivent choisir une formule qui préserve ces priorités et c’est aux dirigeants libanais, en connaissance de la psychologie du peuple libanais, de donner une forme propre à ces priorités. Et l’unité du Liban aboutissement et point de départ de la coexistence, est la caractéristique de la coexistence qui est un modèle de civilisation pour le monde. » [https://libnanews.com/dignite-et-liberte/]