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Salaires publics : une facture de 800 millions de dollars face à un État sous contrainte

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La hausse des salaires publics se heurte à une équation budgétaire simple et sévère. Le coût annuel de la mesure est évalué à environ 800 millions de dollars. Rapportée au mois, cette charge représente près de 66,7 millions de dollars. En face, l’une des recettes régulières les plus visibles du Trésor, la taxe sur l’essence, rapporte environ 35 millions de dollars par mois, soit 420 millions de dollars par an. Même si cette recette était entièrement consacrée aux salaires, elle ne couvrirait qu’un peu plus de la moitié de la facture.

Une dépense annuelle de 800 millions de dollars

Le gouvernement ne freine pas les hausses par simple refus politique. Il fait face à une dépense permanente. Une hausse salariale n’est pas une aide ponctuelle. Elle se répète chaque mois. Elle s’inscrit dans les comptes de l’État pour l’année en cours, puis pour les années suivantes. C’est ce qui rend le dossier sensible.

Une facture de 800 millions de dollars représente environ 66,7 millions de dollars par mois. Ce montant doit être payé en plus des charges existantes. Il ne concerne pas seulement les salaires actifs. Il peut aussi créer des demandes parallèles chez les retraités, les militaires, les enseignants, les agents administratifs et les autres catégories du secteur public. Une hausse accordée à une catégorie entraîne souvent une pression des autres.

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L’État doit donc regarder la dépense totale, et non l’effet immédiat sur une seule grille. Dans une période normale, une telle hausse devrait être financée par des recettes nouvelles, stables et prévisibles. Dans le contexte actuel, les recettes sont fragilisées par la guerre, par le ralentissement économique et par la baisse de certains flux en devises.

La taxe sur l’essence ne suffit pas

La taxe sur l’essence rapporte environ 35 millions de dollars par mois. Sur douze mois, cela donne environ 420 millions de dollars. Le chiffre est important. Il montre que cette taxe est devenue une ressource majeure pour le Trésor. Mais il montre aussi la limite du financement disponible.

Face à une facture salariale de 800 millions de dollars par an, il manque environ 380 millions de dollars si l’on compare seulement cette dépense à la recette annuelle de la taxe sur l’essence. Le rendement mensuel de la taxe couvre environ 52,5 % du coût mensuel moyen des hausses. Autrement dit, pour payer 66,7 millions de dollars par mois, l’État ne dispose, avec cette ressource, que de 35 millions de dollars. Il manque donc environ 31,7 millions de dollars chaque mois.

Cette comparaison explique la prudence du ministère des Finances. La taxe sur l’essence ne peut pas être considérée comme une solution complète. Elle aide à tenir la trésorerie. Elle ne permet pas de financer seule une hausse générale et permanente des salaires publics.

Une marge initiale réduite par la guerre

Le ministère des Finances tablait au début de l’année sur un excédent primaire supérieur à 1 milliard de dollars. Cette perspective aurait pu donner une marge plus confortable. Mais la guerre a réduit les recettes attendues. Elle a aussi augmenté les besoins de l’État.

La différence est majeure. Un excédent primaire supérieur à 1 milliard de dollars pouvait, en théorie, laisser une place à des mesures salariales. Mais si cet excédent se réduit fortement, la même mesure devient plus risquée. Le gouvernement ne raisonne donc pas seulement sur le chiffre de 800 millions de dollars. Il raisonne sur ce qui reste réellement disponible après la baisse des recettes, les dépenses d’urgence, l’aide aux déplacés, le coût de la sécurité et les besoins de reconstruction.

Dans un budget sous tension, une dépense permanente doit être couverte par une recette permanente. Si elle est financée par des entrées temporaires, l’État gagne quelques mois mais crée un problème plus grand ensuite. Si elle est financée par de la création monétaire ou par une pression indirecte sur la Banque du Liban, elle peut menacer le taux de change.

Le coût mensuel est le chiffre clé

Le chiffre annuel de 800 millions de dollars frappe les esprits. Mais le chiffre mensuel de 66,7 millions de dollars explique mieux le problème de trésorerie. L’État doit trouver cette somme chaque mois. Il ne suffit pas d’annoncer une décision. Il faut assurer le paiement régulier.

Le Trésor fonctionne avec des rentrées irrégulières. Certaines taxes arrivent à des dates précises. La taxe sur la valeur ajoutée peut donner un bol d’air à la fin d’un mois. Les taxes sur les carburants sont plus régulières, mais elles dépendent de la consommation et des prix. Les recettes douanières peuvent varier avec l’activité et les importations. La guerre peut réduire plusieurs de ces sources en même temps.

Le ministère des Finances craint donc un décalage entre des salaires payables chaque mois et des recettes qui ne suivent pas au même rythme. Ce décalage peut pousser l’État à chercher des dollars sur le marché ou à injecter plus de livres libanaises. Dans les deux cas, le taux de change peut être touché.

Le taux de change reste la ligne rouge

La stabilité du taux de change est le principal argument du gouvernement. Une hausse salariale financée sans ressources réelles peut augmenter la liquidité en livres libanaises. Une partie de cette liquidité peut ensuite se diriger vers l’achat de dollars. Le marché des changes réagit vite, surtout dans un pays qui garde le souvenir de l’effondrement financier.

Si la demande de dollars augmente, la stabilité actuelle peut se fissurer. Une dépréciation de la livre ferait monter les prix. Elle réduirait la valeur réelle de la hausse salariale. Les fonctionnaires recevraient davantage de monnaie, mais cette monnaie achèterait moins. Le gain social serait alors absorbé par l’inflation.

Le gouvernement veut éviter ce scénario. Sa logique est défensive. Il préfère freiner une hausse attendue plutôt que prendre le risque d’un choc sur le change. Cette position est difficile à défendre politiquement. Elle repose pourtant sur un raisonnement simple : une hausse non financée peut finir par pénaliser ceux qu’elle voulait aider.

Les fonctionnaires ont pourtant besoin d’une réponse

Le freinage budgétaire ne doit pas masquer la crise sociale du secteur public. Les fonctionnaires ont subi une chute brutale de leur pouvoir d’achat depuis l’effondrement de la livre. Beaucoup ont perdu la capacité de vivre de leur salaire. Certains cumulent des activités. D’autres réduisent leur présence. Des administrations fonctionnent au ralenti.

Le coût humain est réel. Les enseignants, les agents municipaux, les personnels administratifs, les forces de sécurité, les employés des ministères et les retraités vivent avec des revenus qui ne correspondent plus au coût de la vie. L’État ne peut pas durablement demander à ses agents de tenir sans compensation.

Mais la réponse doit être financée. C’est le point de friction. Le besoin social pousse vers la hausse. La contrainte monétaire pousse vers la prudence. Le gouvernement se trouve donc entre deux risques. S’il ne fait rien, l’administration continue de se vider. S’il paie trop vite, le taux de change peut se tendre.

L’indemnité de transport comme compromis limité

L’une des pistes consiste à augmenter l’indemnité de transport. Cette solution cible une dépense concrète. Les agents publics doivent se déplacer pour travailler. La hausse du carburant rend ces trajets plus coûteux. Une indemnité plus élevée peut donc améliorer la présence dans les administrations sans modifier toute la grille salariale.

Ce compromis a l’avantage de limiter la charge permanente. Il peut être ajusté plus facilement qu’un relèvement général des salaires. Il répond aussi à une réalité immédiate. Quand le prix du carburant monte, certains agents ne peuvent plus financer leurs trajets quotidiens.

Mais cette réponse reste partielle. Elle aide ceux qui se déplacent. Elle ne règle pas le problème du revenu de base. Elle ne répond pas pleinement aux retraités. Elle ne corrige pas les pertes accumulées depuis plusieurs années. Elle sert surtout à maintenir l’administration en fonctionnement minimal.

Une aide exceptionnelle coûterait moins qu’une hausse générale

Le gouvernement peut aussi recourir à une aide exceptionnelle. Cette option évite de créer une charge annuelle de 800 millions de dollars. Elle permet de soutenir les ménages publics dans l’urgence, sans inscrire toute la dépense dans les budgets futurs.

Une aide unique de 100 millions ou 150 millions de dollars, par exemple, serait lourde mais moins dangereuse qu’une charge permanente de 800 millions. Elle pourrait être financée par une combinaison de recettes ponctuelles, de soutien extérieur ou de marges budgétaires limitées. Elle ne réglerait pas la question salariale, mais elle donnerait du temps.

Le risque est de transformer l’exceptionnel en habitude. Si l’État verse une aide ponctuelle tous les quelques mois, sans réforme de fond, il crée une attente. Les agents ne retrouvent pas une visibilité durable. Le budget reste soumis à des décisions répétées. La solution temporaire ne doit donc pas remplacer une stratégie salariale.

Les retraités restent les plus exposés

Les retraités du secteur public sont dans une situation encore plus fragile. Ils ne peuvent pas toujours compenser la perte de revenu par une activité supplémentaire. Ils supportent souvent des frais médicaux plus élevés. Une hausse du transport ne les aide pas directement. Une réforme salariale qui oublie les pensions serait socialement incomplète.

Mais les pensions représentent aussi une dépense durable. Toute augmentation devient récurrente. Elle s’ajoute à la charge annuelle. Le gouvernement doit donc arbitrer entre justice sociale et capacité financière. Les retraités ont besoin d’une réponse ciblée, mais cette réponse doit être calculée avec précision.

Une aide ciblée aux pensions les plus faibles pourrait être plus soutenable qu’un relèvement uniforme. Elle demanderait toutefois des données fiables. Elle exigerait aussi une administration capable d’identifier les bénéficiaires et d’éviter les doublons ou les injustices.

Les militaires et les services essentiels au centre de l’équation

Les militaires, les forces de sécurité, les enseignants et certains services essentiels posent un problème particulier. Le pays demande davantage à ces secteurs. L’armée doit jouer un rôle central dans le Sud. Les forces de sécurité doivent maintenir l’ordre dans une période de déplacement et de tension. Les enseignants doivent empêcher l’effondrement scolaire. Les agents fiscaux doivent collecter les recettes.

Une hausse ciblée pourrait donc viser les fonctions essentielles. Elle serait moins coûteuse qu’une hausse générale. Elle permettrait de protéger les missions prioritaires de l’État. Mais elle créerait aussi des tensions avec les autres catégories. Chaque administration peut justifier son importance. Le ciblage doit donc être expliqué et encadré.

Le gouvernement doit éviter une concurrence entre fonctionnaires. Une réforme salariale réussie doit distinguer les urgences sans humilier les autres agents. Elle doit aussi être présentée comme une étape, non comme une préférence politique.

La reconstruction du Sud crée une dépense concurrente

La guerre ajoute une pression budgétaire majeure. Les villages du Sud auront besoin de reconstruction. Les routes, les écoles, les réseaux d’eau, les terres agricoles et les maisons devront être évalués puis réparés. Les déplacés auront besoin d’aide au retour. Les municipalités devront être soutenues.

Ces dépenses entrent en concurrence avec les salaires. L’État ne peut pas utiliser la même marge deux fois. S’il consacre 800 millions de dollars par an aux hausses salariales, il réduit sa capacité à financer d’autres priorités, sauf si des recettes nouvelles arrivent. À l’inverse, une reconstruction sans administration fonctionnelle sera difficile à gérer.

Le budget doit donc lier les deux sujets. Il faut maintenir les services publics pour organiser la reconstruction. Mais il faut préserver assez de ressources pour réparer les régions touchées. Une hausse salariale mal calibrée peut réduire la capacité de réponse après la guerre.

Le Fonds monétaire exige une trajectoire crédible

Les discussions avec les partenaires internationaux renforcent la prudence. Le Liban doit montrer une trajectoire budgétaire crédible. Cela signifie contrôler les dépenses, améliorer les recettes, restructurer les banques et traiter les pertes financières. Une hausse salariale importante peut compliquer ce message si elle n’est pas financée.

La crédibilité extérieure compte. Sans accord financier plus large, l’État restera dépendant de recettes limitées et de décisions ponctuelles. Il aura peu de marge pour soutenir la monnaie, financer les salaires, aider les déplacés et reconstruire. Le gouvernement sait donc qu’une décision salariale peut avoir des effets sur les négociations économiques.

Le problème n’est pas de refuser les salaires par principe. Il est de savoir quel rythme le pays peut supporter. Une hausse progressive, conditionnée à des recettes réelles, sera plus défendable qu’une hausse générale sans financement.

Le scénario le plus probable : graduel, ciblé, financé

La voie la plus réaliste semble être une combinaison de mesures. Une partie pourrait prendre la forme d’une indemnité de transport relevée. Une autre partie pourrait être une aide exceptionnelle. Une troisième pourrait cibler les bas salaires, les retraités les plus vulnérables ou les secteurs essentiels. Le tout devrait être lié à des recettes identifiées.

Cette méthode ne satisfera pas tout le monde. Elle sera jugée trop lente par les fonctionnaires. Elle sera jugée trop coûteuse par les défenseurs de la discipline budgétaire. Mais elle permettrait de réduire le risque de choc monétaire. Elle donnerait aussi au gouvernement le temps de suivre les recettes et d’adapter ses décisions.

Le coût total doit rester inférieur aux marges disponibles. C’est le point central. Si l’État peut financer 200 ou 300 millions de dollars sans déstabiliser le change, il peut commencer par là. S’il promet 800 millions sans financement, il prend un risque plus lourd.

La transparence devient indispensable

Le gouvernement doit expliquer les chiffres. Il doit dire combien coûte chaque option. Il doit dire quelles recettes existent réellement. Il doit dire quel montant peut être payé sans pression sur le change. Il doit aussi préciser ce qui relève d’une aide ponctuelle et ce qui relève d’une hausse permanente.

Sans transparence, le débat deviendra politique et émotionnel. Les fonctionnaires verront un refus. Les citoyens verront des privilèges. Les partenaires extérieurs verront un manque de discipline. La clarté budgétaire peut réduire la tension.

Les chiffres disponibles donnent déjà une base. La hausse coûte 800 millions de dollars par an. Elle coûte 66,7 millions par mois. La taxe sur l’essence rapporte 35 millions par mois. Elle rapporte 420 millions par an. L’écart annuel est de 380 millions de dollars. Ces données doivent être au cœur de la discussion publique.

Un frein qui ne peut pas durer sans calendrier

Freiner les hausses peut se justifier à court terme. Mais ce frein ne peut pas devenir une stratégie permanente. Le secteur public ne peut pas continuer à fonctionner avec des revenus dégradés. Le gouvernement doit donc présenter un calendrier. Il doit dire ce qui peut être payé maintenant, ce qui dépend de la trêve, ce qui dépend de la taxe sur la valeur ajoutée, ce qui dépend des recettes futures et ce qui dépend d’un accord financier plus large.

Le calendrier doit aussi être socialement lisible. Les catégories les plus faibles doivent passer en premier. Les services essentiels doivent être protégés. Les retraités vulnérables doivent être inclus. Les hausses permanentes doivent être limitées à ce qui peut être financé durablement.

Le vrai enjeu n’est pas de choisir entre les fonctionnaires et la monnaie. Le vrai enjeu est d’éviter que la défense de la monnaie détruise l’administration, et que la défense des salaires détruise la monnaie. Le gouvernement marche entre ces deux dangers.

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