Une frappe aérienne israélienne a visé, ce vendredi 20 février 2026, le quartier Hittin dans le camp de réfugiés palestiniens d’Ain al-Helweh, près de Saïda, au sud du Liban. Selon l’Agence nationale d’information (NNA), un drone israélien a tiré deux missiles sur un bâtiment, causant des dommages matériels importants au site ciblé et aux structures environnantes. Le Croissant-Rouge palestinien, opérant dans le camp, a rapporté deux morts et trois blessés, évacués vers des hôpitaux de Saïda. L’armée israélienne a revendiqué l’opération, affirmant avoir frappé un « centre de commandement du Hamas » utilisé pour préparer des attaques contre ses troupes. Cette intervention s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes au Liban, malgré l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah.
Les circonstances précises de l’attaque
L’incident s’est produit en début d’après-midi, lorsque le drone a survolé le camp densément peuplé. Le bâtiment touché, situé dans le quartier Hittin, était anciennement occupé par la force de sécurité palestinienne conjointe, chargée de maintenir l’ordre interne dans le camp. Récemment, il avait été loué à un particulier pour servir de cuisine de distribution d’aide alimentaire, selon des témoignages locaux relayés par la NNA. Les missiles ont provoqué une explosion qui a endommagé non seulement la structure principale, mais aussi plusieurs bâtiments adjacents, forçant les résidents à évacuer temporairement la zone. Des ambulances ont rapidement convergé vers le site, et les hôpitaux de Saïda ont lancé un appel urgent à des dons de sang en raison de la gravité des blessures.
Le bilan humain, bien que limité comparé à d’autres incidents récents, souligne la vulnérabilité des civils dans ce camp surpeuplé. Les deux victimes ont été identifiées par la défense civile palestinienne comme des résidents locaux, sans affiliation officielle confirmée à des groupes armés. Les trois blessés incluent des personnes présentes à proximité, touchées par des éclats ou des débris. Avichay Adraee, porte-parole arabophone de l’armée israélienne, a déclaré sur la plateforme X que l’opération visait un « poste de commandement où des membres du Hamas étaient présents », précisant que l’activité sur place constituait une « violation flagrante des accords de cessez-le-feu entre Israël et le Liban » et une menace directe pour la sécurité israélienne. L’armée a ajouté que le centre avait été utilisé ces derniers mois pour des préparatifs d’activités terroristes, incluant des entraînements visant à avancer des plans d’attaques contre les troupes israéliennes en territoire libanais.
Cette frappe marque une intervention relativement rare contre des cibles liées au Hamas au Liban, par opposition aux opérations quasi quotidiennes contre des infrastructures du Hezbollah. Elle intervient alors que des drones israéliens ont continué à survoler le camp et ses environs immédiats après l’attaque, augmentant l’anxiété parmi les habitants.
Le camp d’Ain al-Helweh, un foyer de tensions historiques
Ain al-Helweh, le plus grand camp de réfugiés palestiniens au Liban, abrite entre 70 000 et 120 000 personnes sur une superficie d’environ 1,5 kilomètre carré. Établi en 1948 par le Comité international de la Croix-Rouge pour accueillir les réfugiés palestiniens fuyant la guerre en Palestine, il a accueilli des familles originaires de villes côtières comme Acre, Haïfa et Jaffa. Au fil des décennies, le camp s’est étendu au-delà de ses limites initiales, fusionnant avec les quartiers environnants de Saïda et absorbant des vagues successives de réfugiés, notamment lors de la guerre civile libanaise (1975-1990) et plus récemment avec l’afflux de Palestiniens syriens fuyant le conflit syrien depuis 2011.
Le camp est un microcosme de la politique palestinienne, où coexistent des factions rivales : Fatah, Hamas, Jihad islamique, Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), et divers groupes islamistes comme Usbat al-Ansar ou Jund al-Sham. En vertu d’un accord datant de 1969 (l’accord du Caire), l’armée libanaise n’entre pas dans le camp, laissant la sécurité interne aux forces palestiniennes conjointes. Cette autonomie a souvent transformé Ain al-Helweh en une zone de tensions internes, avec des affrontements sporadiques entre factions, comme ceux d’août 2023 qui avaient fait des dizaines de morts.
La présence du Hamas dans le camp est significative, avec des représentants locaux impliqués dans des activités politiques et militaires. Israël accuse régulièrement le groupe d’utiliser le site pour coordonner des opérations contre ses forces, bien que le Hamas nie toute installation militaire dans les camps libanais, insistant sur le caractère civil des lieux. Le camp, déjà surpeuplé et sous-équipé, souffre de problèmes chroniques : infrastructures défaillantes, chômage élevé (près de 80 % chez les jeunes), et une dépendance à l’aide de l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient), qui fournit éducation, santé et services sociaux à la majorité des résidents.
Des frappes récurrentes malgré le cessez-le-feu de 2024
Cette attaque n’est pas isolée. En novembre 2025, une frappe israélienne sur Ain al-Helweh avait tué 13 personnes, dont 11 enfants, dans un terrain de football près d’une mosquée. L’armée israélienne avait alors affirmé cibler un « complexe d’entraînement du Hamas », utilisé pour planifier des attaques contre Israël. Le Hamas avait réfuté ces allégations, qualifiant le site d’un « terrain de sport ouvert fréquenté par les jeunes du camp » et accusant Israël de fabrications pour justifier une agression contre des civils. Le ministère libanais de la Santé avait confirmé le bilan, soulignant que les victimes étaient majoritairement des adolescents jouant au football. Des funérailles massives avaient suivi, avec des manifestations dans le camp dénonçant l’escalade.
Ces incidents s’inscrivent dans le cadre plus large des violations alléguées du cessez-le-feu signé le 27 novembre 2024, sous médiation américaine, qui visait à mettre fin à plus d’un an d’hostilités entre Israël et le Hezbollah. L’accord prévoyait un retrait israélien des zones occupées au sud du Liban dans un délai de 60 jours, le déploiement de l’armée libanaise et des forces de l’ONU (FINUL) au sud du Litani, et le désarmement des groupes armés non étatiques dans cette zone. Pourtant, Israël a maintenu une présence militaire dans cinq points stratégiques libanais et continué des opérations aériennes et terrestres.
Selon le gouvernement libanais, Israël a commis plus de 6 256 violations de la souveraineté libanaise entre novembre 2025 et janvier 2026, incluant 1 542 incursions terrestres, 3 911 violations aériennes et 803 maritimes. En janvier 2026, le ministère des Affaires étrangères libanais a déposé une plainte auprès du Conseil de sécurité de l’ONU, appelant à contraindre Israël à un retrait complet et à cesser ses attaques. Le porte-parole du ministère, Ahmed Arafa, a qualifié ces actes de « violation claire de la résolution 1701 du Conseil de sécurité », qui avait mis fin à la guerre de 2006.
Les réactions internationales et régionales
Les experts de l’ONU ont exprimé une grave préoccupation face à ces violations persistantes. Dans un communiqué du 13 février 2025, ils ont averti que les frappes israéliennes répétées et l’occupation partielle du territoire libanais ont endommagé des écoles, centres de santé et lieux de culte, tuant au moins 57 civils dans les 60 jours suivant le cessez-le-feu. Ils ont noté que, après l’expiration du délai initial de retrait le 26 janvier 2025, des civils libanais tentant de retourner dans leurs villages occupés ont été visés par des tirs israéliens, causant 24 morts et 120 blessés. Même après l’extension du délai au 18 février 2025, les confrontations ont continué, avec deux civils supplémentaires tués en quatre jours.
La FINUL, chargée de surveiller la Ligne bleue (frontière délimitée par l’ONU), a rapporté des incidents répétés impliquant des forces israéliennes. Le 6 février 2026, des casques bleus ont accusé Israël d’une augmentation de la violence à leur encontre, incluant des tirs à proximité de patrouilles. Un porte-parole de la FINUL a décrit cela comme une « tendance préoccupante », appelant l’armée israélienne à cesser les comportements agressifs près des positions onusiennes.
Sur le plan régional, le Hezbollah a condamné la frappe sur Ain al-Helweh comme une « violation flagrante » du cessez-le-feu, tout en réaffirmant son engagement à ne pas répondre militairement tant que l’accord tient. Naim Qassem, secrétaire général du Hezbollah, a déclaré en janvier 2026 que la patience du groupe pourrait s’épuiser si les violations persistent, mais qu’il observerait les développements directs sur le terrain. Le gouvernement libanais, sous la direction du Premier ministre, a insisté sur l’application progressive du désarmement, accordant à l’armée libanaise quatre mois supplémentaires pour la deuxième phase au nord du Litani, une décision rejetée par le Hezbollah comme servant les intérêts israéliens.
Implications immédiates pour les réfugiés palestiniens
Les réfugiés palestiniens au Liban, au nombre d’environ 500 000, vivent dans des conditions précaires, sans droits à la citoyenneté ni à l’emploi dans de nombreux secteurs. Ain al-Helweh, qualifié de « capitale de la diaspora palestinienne », incarne ces défis : surpeuplement, violence interne et expositions aux conflits externes. La frappe récente a ravivé les craintes d’une escalade touchant les camps, où les factions palestiniennes maintiennent une présence armée limitée, malgré les appels libanais à un désarmement général.
En février 2026, l’armée israélienne a intensifié ses opérations contre des sites présumés du Hezbollah au sud du Liban, détruisant des dépôts d’armes et des lance-missiles, qu’elle accuse de violer l’accord. Le 19 février, des forces israéliennes ont démoli deux maisons et mené une frappe aérienne, tuant deux civils. Gideon Saar, ministre israélien des Affaires étrangères, a qualifié les efforts libanais pour désarmer le Hezbollah au sud du Litani comme « loin d’être suffisants », citant les tentatives de réarmement du groupe.
Ces actions ont entravé le retour de plus de 64 000 déplacés libanais, selon des estimations de février 2026. Les bombardements ont détruit des infrastructures critiques, rendant des villages entiers inhabitables. Le Norwegian Refugee Council a rapporté que janvier 2026 a vu au moins 50 frappes aériennes israéliennes, le plus haut mensuel depuis le cessez-le-feu, créant un climat de peur et sapant les efforts de reconstruction.
Les dynamiques géopolitiques en jeu
Les tensions au Liban sud reflètent des enjeux plus larges : l’influence iranienne via le Hezbollah, les préoccupations sécuritaires israéliennes, et les efforts américains pour stabiliser la région. En juillet 2025, l’envoyé américain Tom Barrack a négocié une extension du cessez-le-feu, mais Israël a révélé des raids terrestres secrets, qualifiés de violations flagrantes par Beyrouth. La résolution 1701 reste le cadre de référence, mais son application partielle – avec Israël occupant encore des territoires et menant des survols – alimente les plaintes libanaises.
En janvier 2026, le Conseil de sécurité de l’ONU a été saisi d’une plainte libanaise détaillant 2 036 violations israéliennes en 2025, urging une pression pour un retrait et la libération de prisonniers libanais. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, a rapporté que la FINUL a découvert plus de 100 caches d’armes appartenant au Hezbollah et d’autres groupes depuis novembre 2024.
Les frappes continues, comme celle sur Ain al-Helweh, illustrent les défis du désarmement. Le gouvernement libanais a mobilisé 6 000 soldats au sud, démantelant des infrastructures du Hezbollah sans résistance majeure. Pourtant, des officiels libanais se plaignent de violations israéliennes généralisées, tandis qu’Israël accuse le Hezbollah de reconstituer ses capacités.
Les impacts humanitaires persistants
Les civils paient le prix fort. Depuis le cessez-le-feu, plus de 370 personnes ont été tuées par des frappes israéliennes au Liban, selon les autorités libanaises. L’ONU a documenté plus de 10 000 attaques aériennes et terrestres en un an, incluant des incursions qui ont détruit 260 propriétés et blessé des centaines. En février 2026, des confrontations ont tué deux civils supplémentaires, malgré l’extension du délai de retrait.
Dans Ain al-Helweh, la frappe a perturbé la distribution d’aide, aggravant la précarité. L’UNRWA, déjà sous-financée, peine à répondre aux besoins accrus depuis l’afflux de réfugiés syriens. Les résidents, majoritairement apatrides, font face à un chômage endémique et à des restrictions légales libanaises.
Les opérations israéliennes récentes, comme les frappes du 19 février contre des sites du Hezbollah, ont visé des installations militaires, mais ont aussi touché des zones civiles. L’armée israélienne affirme que ces sites violent l’accord, promettant de continuer contre toute menace. Le Hezbollah, affaibli par les pertes de 2024, évite l’escalade ouverte, mais ses dirigeants avertissent que les violations pourraient épuiser leur patience.
Ces événements soulignent les fragilités du cessez-le-feu : occupations persistantes, survols aériens quotidiens, et accusations mutuelles. Le 17 février 2026, le gouvernement libanais a annoncé needing quatre mois pour la deuxième phase de désarmement au nord du Litani, une mesure contestée par le Hezbollah. Pendant ce temps, des raids israéliens sur des cibles comme celles de Jmeijmeh ont éliminé des operatives du Hezbollah impliqués dans la reconstitution d’infrastructures militaires.
Les implications sécuritaires immédiates
Les frappes sur des camps comme Ain al-Helweh risquent d’étendre le conflit aux factions palestiniennes, compliquant le rôle de l’armée libanaise. En 2025, Israël a accusé le Hamas de renforcer sa présence au Liban, formant des compagnies prêtes à rejoindre les forces du Hezbollah. Le camp, bastion du Hamas et de groupes salafistes, reste une zone sensible où l’armée libanaise n’intervient pas directement.
Les opérations israéliennes en février 2026 incluent des destructions de dépôts d’armes du Hezbollah, accusés de menacer Israël. Le 20 février, l’armée a revendiqué des frappes sur des installations dans plusieurs zones sud-libanaises, incluant des camps d’entraînement de l’unité Radwan. Ces actions, qualifiées de violations par Beyrouth, ont causé des dommages collatéraux, forçant des évacuations temporaires.
Le gouvernement libanais, confronté à une crise économique, priorise la stabilisation, mais les violations israéliennes sapent la confiance. Le ministre des Affaires étrangères a appelé à une pression internationale pour arrêter les attaques sur les casques bleus de la FINUL, touchés par des tirs à proximité en février 2026.
Ces développements factuels, ancrés dans les événements les plus récents, mettent en lumière les défis persistants pour la sécurité au Liban sud, où les accords internationaux peinent à s’imposer face aux impératifs militaires des parties impliquées. Les survols drones et les incursions terrestres continuent, maintenant une vigilance accrue parmi les populations locales et les forces onusiennes.



