lundi, février 23, 2026

Les derniers articles

Articles liés

Geagea sur la défensive : l’effet boomerang de la surenchère politique

- Advertisement -

Une stratégie offensive avant la visite de Tom Barak

À la veille de la visite de l’émissaire américain Tom Barak à Beyrouth, Samir Geagea s’est illustré par une série de prises de position virulentes visant à disqualifier toute tentative de compromis entre l’État libanais et les représentants de la diplomatie américaine. En multipliant les déclarations publiques, le leader des Forces libanaises a tenté d’imposer sa lecture de l’agenda sécuritaire national : un désarmement immédiat et sans condition du Hezbollah, comme condition préalable à tout dialogue avec les puissances étrangères.

Cette stratégie reposait sur l’idée que la présence armée du Hezbollah est la cause première de l’instabilité du pays et que toute négociation menée sans remise en cause directe de ce statu quo constituerait une trahison de la souveraineté nationale. Il appelait ainsi les autorités à « ne pas céder une fois de plus au chantage des armes », affirmant que la seule réponse acceptable à l’émissaire américain devait passer par une affirmation ferme du monopole de l’État sur l’usage de la force.

Une pression préméditée sur les institutions

L’objectif politique de cette offensive était double. D’une part, faire pression sur le président de la République et le Premier ministre afin d’écarter toute tentative de dialogue souple avec Washington sur la question du désarmement. D’autre part, préparer l’opinion publique à une éventuelle rupture avec le gouvernement, en cas de concessions jugées inacceptables.

Recommande par Libnanews
Indicateurs économiques du Liban

Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

Dans ce contexte, plusieurs figures proches de Geagea ont laissé entendre qu’un retrait des ministres affiliés aux Forces libanaises pourrait être envisagé si les orientations de l’exécutif s’écartaient de la ligne défendue par leur parti. Ces menaces ont été largement relayées dans les médias, contribuant à tendre davantage l’atmosphère politique dans les jours précédant l’arrivée de Barak.

Une réception inattendue de la mission américaine

La tonalité modérée adoptée par Tom Barak lors de ses entretiens avec les dirigeants libanais a pris à contrepied la stratégie de confrontation défendue par Geagea. Contrairement aux attentes de certains acteurs, l’émissaire américain n’a pas exigé un calendrier immédiat de désarmement, ni formulé d’ultimatums. Il a salué le ton constructif de ses interlocuteurs et a qualifié les discussions de « responsables et franches ».

Face à cette approche mesurée, la ligne dure défendue par Geagea a soudainement perdu de sa pertinence tactique. La diplomatie américaine, tout en rappelant son attachement à la souveraineté de l’État libanais, a évité toute formulation susceptible de relancer une guerre politique intérieure à Beyrouth. Cette posture a isolé de fait les voix appelant à une rupture immédiate avec le Hezbollah, au profit d’une logique de stabilisation graduelle.

Isolement croissant dans le paysage politique

À l’issue de la visite, plusieurs formations politiques qui s’étaient jusqu’alors montrées critiques vis-à-vis du Hezbollah ont opté pour une position de repli tactique, considérant qu’un affrontement ouvert serait contre-productif. Le ton adopté par le président de la République et par le Premier ministre, insistant sur l’importance du dialogue et sur la priorité donnée à la souveraineté, a rencontré un certain écho dans la classe politique.

Dans ce contexte, la position de Geagea s’est durcie mais sans relais significatif. Son discours, autrefois central dans l’opposition à l’arsenal militaire du Hezbollah, semble désormais marginalisé par une majorité de forces politiques soucieuses de préserver la stabilité gouvernementale et d’éviter une nouvelle crise institutionnelle. Ce recentrage du débat sécuritaire a mis en évidence les limites d’une stratégie basée sur la confrontation permanente.

Critiques internes et réajustements forcés

Des voix critiques se sont également élevées au sein même de la base politique des Forces libanaises. Certains cadres régionaux ont exprimé leur malaise face à une posture jugée trop rigide, qui risque de priver le parti de toute capacité de négociation. Des figures modérées, jusqu’ici alignées sur la ligne officielle, ont suggéré la nécessité de revoir le ton et la méthode, afin de ne pas apparaître comme une force de blocage systématique.

Face à ces signaux internes, Geagea a tenté de repositionner son discours. Sans renier ses accusations à l’égard du Hezbollah, il a introduit dans ses dernières interventions l’idée d’un processus politique structuré, sans pour autant abandonner sa critique des orientations de l’exécutif. Ce recentrage ne suffit cependant pas à effacer l’impression d’un isolement croissant, d’autant que les partenaires régionaux et internationaux semblent eux aussi favoriser une approche plus pragmatique.

Des alliés silencieux, des adversaires ragaillardis

L’absence de soutien public à la ligne de Geagea de la part d’autres leaders chrétiens a renforcé son isolement. Les formations politiques traditionnellement proches de ses positions n’ont pas repris ses appels à la rupture, et ont préféré saluer le climat apaisé des discussions avec Tom Barak. Ce silence a été interprété comme un désaveu implicite de la stratégie offensive engagée par le chef des Forces libanaises.

De leur côté, les alliés du Hezbollah ont profité de cette dynamique pour accentuer leur rhétorique autour de la résistance nationale. Ils ont présenté la visite de Barak comme une reconnaissance implicite de la réalité du rapport de force local, et comme un échec de la stratégie de pression politique. Cette lecture a renforcé leur légitimité dans l’espace public, au détriment des formations les plus critiques.

Réactions mesurées du président et du Premier ministre

Face aux attaques directes de Geagea, ni le président de la République ni le Premier ministre n’ont répondu sur le même ton. Tous deux ont privilégié une approche de désescalade, en affirmant que la position du gouvernement était conforme à l’intérêt national et qu’aucune décision ne serait prise sans consultation. Ce refus d’entrer dans un bras de fer a contribué à marginaliser davantage le chef de l’opposition dans le débat actuel.

Cette posture a été renforcée par le soutien tacite de plusieurs diplomates étrangers à l’approche institutionnelle adoptée par Beyrouth. En l’absence de soutien extérieur à ses revendications, Geagea a vu sa marge de manœuvre se réduire, tant sur le plan interne qu’international.

Enjeux futurs pour le leadership des Forces libanaises

La séquence ouverte par la visite de Barak a mis en lumière une crise de positionnement pour le leader des Forces libanaises. Son pari initial — capitaliser sur une radicalisation du discours américain pour imposer sa ligne — s’est retourné contre lui. Il se retrouve à devoir défendre une position affaiblie, sans relais institutionnels solides, et confronté à une dynamique politique plus modérée.

Dans les prochaines semaines, la capacité de Geagea à réinventer son rôle d’opposant constructif sera déterminante. Son avenir politique pourrait dépendre de sa faculté à intégrer une dimension de dialogue sans renier ses principes, et à reconstruire une coalition plus large autour de revendications crédibles et applicables.

- Advertisement -
Newsdesk Libnanews
Newsdesk Libnanewshttps://libnanews.com
Libnanews est un site d'informations en français sur le Liban né d'une initiative citoyenne et présent sur la toile depuis 2006. Notre site est un média citoyen basé à l’étranger, et formé uniquement de jeunes bénévoles de divers horizons politiques, œuvrant ensemble pour la promotion d’une information factuelle neutre, refusant tout financement d’un parti quelconque, pour préserver sa crédibilité dans le secteur de l’information.

A lire aussi