mercredi, février 25, 2026

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Inflation et pauvreté : les limites de la réponse publique face à la crise sociale

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Une inflation structurelle qui se prolonge

Le Liban enregistre depuis plus de trois ans l’un des taux d’inflation les plus élevés au monde. En 2025, l’indice des prix à la consommation a progressé en moyenne de 126 % sur l’année. Cette dynamique inflationniste ne s’est pas résorbée malgré la stabilisation apparente du taux de change au second semestre, oscillant entre 89 000 et 94 000 livres pour un dollar sur le marché parallèle.

Les hausses de prix ont concerné l’ensemble des biens et services essentiels. Les denrées alimentaires ont vu leur prix augmenter de 138 % entre janvier et décembre 2025. Le prix du pain familial a triplé en un an, passant de 20 000 livres à plus de 65 000 livres le paquet de six unités. Les produits importés de première nécessité, comme les huiles, les farines spéciales ou les produits laitiers, sont devenus inaccessibles pour une part croissante de la population.

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Dans le secteur de la santé, les consultations privées ont dépassé les 50 dollars dans la majorité des cabinets de Beyrouth, tandis que les médicaments essentiels importés ont vu leur prix moyen multiplié par cinq depuis 2021. Cette situation affecte directement l’accès aux soins, les familles les plus pauvres ayant recours à des médicaments génériques peu fiables ou à l’automédication.

Une dollarisation qui aggrave les inégalités

La dollarisation quasi totale de l’économie urbaine alimente la segmentation sociale. Les transactions dans les secteurs du logement, de la santé, de l’enseignement privé et de l’alimentation se font désormais en devises. Les ménages percevant un revenu exclusivement en livres – majoritaires dans la fonction publique et l’économie informelle – sont exclus de nombreux services.

Les enseignants du secteur public, dont le salaire mensuel moyen est équivalent à 90 dollars, ne peuvent plus subvenir à leurs besoins de base. Une famille avec deux enfants scolarisés dans une école privée dollarisée doit débourser entre 3 000 et 6 000 dollars par an, un montant hors de portée pour plus de 80 % des foyers. Dans ce contexte, les désinscriptions scolaires ont fortement augmenté.

Le marché locatif, également dollarisé, connaît une hausse continue. À Beyrouth, le loyer mensuel d’un appartement de 100 mètres carrés dépasse les 600 dollars dans les quartiers périphériques. Le paiement en cash est exigé, et les anciens contrats en livres sont résiliés ou renégociés sous la menace d’expulsion.

Une pauvreté de masse, mal mesurée et peu combattue

Aucune enquête officielle de l’administration centrale de la statistique n’a été publiée depuis 2021, mais les estimations indépendantes convergent : plus de 78 % de la population vit désormais sous le seuil de pauvreté multidimensionnelle, avec des pics à 90 % dans les zones rurales. Le seuil de pauvreté monétaire absolue est évalué à 3,2 millions de livres par personne et par mois, soit environ 35 dollars, une somme insuffisante pour couvrir les besoins alimentaires quotidiens.

Le Programme alimentaire mondial distribue une assistance monétaire à plus de 1,6 million de personnes au Liban, soit un quart de la population, via des cartes électroniques ou des transferts directs en dollars. Mais ces aides restent inférieures aux besoins. Les transferts mensuels ne dépassent pas 25 dollars par personne, et les files d’attente devant les centres de distribution témoignent de l’explosion de la demande.

Les mécanismes nationaux d’assistance sociale sont désorganisés. Le ministère des Affaires sociales gère encore le fichier NPTP, mais il n’a pas été mis à jour depuis 2022. Le programme « DAEM », censé fournir une aide régulière aux plus vulnérables, est en sommeil faute de financements. Le soutien reste donc assuré principalement par les ONG et les organisations internationales.

Un effondrement des services publics essentiels

L’éducation publique connaît une crise sans précédent. La grève des enseignants a duré plus de 140 jours en 2025, interrompant presque complètement l’année scolaire dans les établissements officiels. L’absence de transport subventionné, de cantines et de fournitures scolaires a contraint de nombreux enfants à abandonner l’école. Le taux de décrochage scolaire dépasse les 35 % chez les enfants de 12 à 16 ans dans certaines régions, notamment au Nord et à la Békaa.

Dans les hôpitaux publics, la pénurie de médicaments, d’équipements et de personnel qualifié rend l’accès aux soins aléatoire. Les urgences ferment régulièrement, et les interventions chirurgicales sont reportées faute de matériel. Seuls deux hôpitaux publics sur quarante fonctionnent avec une capacité supérieure à 60 %. Le personnel médical est en grève intermittente pour dénoncer le non-paiement des indemnités en dollars.

Les coupures d’électricité affectent l’ensemble des services. L’approvisionnement national moyen n’a pas dépassé 2 heures par jour en 2025. Les écoles, hôpitaux et administrations fonctionnent grâce à des générateurs privés, dont le coût d’exploitation est prohibitif. Ce recours massif au secteur informel de l’énergie crée une économie parallèle fondée sur les abonnements en dollars, accentuant encore les disparités.

Une absence de politique de soutien ciblée

Malgré l’ampleur de la crise, aucune politique sociale intégrée n’a été mise en œuvre. Le budget de l’État ne comporte pas de ligne spécifique pour les aides sociales monétaires. Les transferts restent dépendants de l’aide internationale, sans perspective de financement durable. Le Parlement n’a pas voté de réforme de la protection sociale depuis plus de cinq ans.

La couverture santé universelle promise depuis 2019 n’a pas été appliquée. La Caisse nationale de sécurité sociale fonctionne de manière partielle, avec des retards de remboursement de plus d’un an, ce qui pousse les prestataires à refuser les patients affiliés. Moins de 20 % de la population dispose d’une assurance privée fonctionnelle.

La Banque mondiale avait proposé une stratégie de soutien social ciblé, fondée sur des transferts conditionnés, des bons alimentaires et des subventions croisée pour les transports. Mais ce plan n’a pas été adopté, faute de coordination entre les ministères et de volonté politique. Les projets pilotes dans les quartiers défavorisés de Tripoli et de Baalbek ont été suspendus en 2024.

L’aide internationale, principal filet de sécurité

En 2025, l’aide humanitaire au Liban a atteint environ 960 millions de dollars, en légère baisse par rapport aux années précédentes. Cette assistance est pilotée par les agences onusiennes et distribuée via des ONG locales. Le HCR, le PAM et l’UNICEF en sont les principaux opérateurs. Mais cette aide est fragmentée, dépendante des bailleurs de fonds, et souvent ponctuelle.

Le manque de transparence et l’opacité des données ont conduit certains donateurs à suspendre ou réduire leur contribution. Les mécanismes de contrôle sont insuffisants, et les soupçons de détournement ou de favoritisme dans la sélection des bénéficiaires affaiblissent la légitimité des programmes.

Les populations les plus exposées – réfugiés syriens, travailleurs migrants, personnes âgées isolées – sont parfois exclues de ces dispositifs. Le double système d’aide, avec des barèmes différents pour les Libanais et les réfugiés, accentue les tensions sociales. Les cas de violence dans les centres de distribution se sont multipliés en 2025, selon les rapports de terrain.

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Newsdesk Libnanews
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