La visite du ministre français de l’Europe et des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, à Beyrouth les 6 et 7 février 2026 s’inscrit dans une tournée régionale au Proche et Moyen-Orient, marquée par un contexte de tensions persistantes et d’efforts diplomatiques pour stabiliser la région. Annoncée par l’ambassade de France au Liban, cette étape libanaise vise à réaffirmer le soutien de Paris à la souveraineté du Liban, au respect de l’accord de cessez-le-feu conclu en novembre 2024, et aux mesures prises par les autorités libanaises pour rétablir le monopole de l’État sur les armes. Elle permettra également de coordonner avec Beyrouth les préparatifs d’une conférence internationale de soutien à l’armée libanaise et aux forces de sécurité intérieure, prévue à Paris le 5 mars prochain. Enfin, les discussions porteront sur les réformes financières nécessaires pour convoquer un futur sommet dédié à la reconstruction du Liban, un pays encore marqué par les séquelles d’un conflit destructeur et d’une crise économique profonde.
Cette initiative diplomatique reflète l’engagement continu de la France dans la région, où elle cherche à promouvoir des alliances solides et à contribuer à une stabilité régionale fondée sur le respect de la souveraineté des États. Dans un communiqué, l’ambassade française a souligné que la tournée de M. Barrot, qui inclut des étapes en Syrie et en Irak avant le Liban, illustre les priorités de Paris face aux défis posés par la lutte contre le terrorisme, les tensions avec l’Iran et les efforts pour intégrer les minorités, comme les Kurdes en Syrie. Au Liban, pays avec lequel la France entretient des liens historiques profonds, cette visite intervient à un moment charnière, alors que le gouvernement de Nawaf Salam, formé en février 2025, s’attelle à consolider l’autorité de l’État et à relancer l’économie.
Un contexte régional sous tension
La tournée de Jean-Noël Barrot au Proche et Moyen-Orient débute en Syrie, où il a rencontré son homologue syrien pour discuter de la poursuite de la lutte contre l’État islamique, qualifiée de « priorité absolue » par le ministre français. « Depuis dix ans, la France s’est battue, a combattu sans relâche et sans pitié, les terroristes de Daech en Irak comme en Syrie », a déclaré M. Barrot à Damas, soulignant l’engagement de Paris dans la coalition internationale. Cette étape syrienne, suivie d’une visite en Irak, vise à rassurer des pays abritant des groupes alliés à l’Iran, tels que les milices chiites et le Hezbollah, sur la volonté de la France d’éviter une escalade régionale. En Irak, les discussions portent sur la stabilisation et la lutte contre Daech, tandis qu’au Liban, l’accent est mis sur le désarmement et le renforcement des institutions étatiques.
Le Liban, en particulier, reste vulnérable aux dynamiques régionales. Le cessez-le-feu de novembre 2024, signé entre Israël et le Liban avec la médiation des États-Unis et de la France, a mis fin à plus d’un an de conflits transfrontaliers intenses, qui ont causé des milliers de victimes et des destructions massives, estimées à plus de 8,5 milliards de dollars par la Banque mondiale. L’accord stipule un arrêt des hostilités pour une durée de 60 jours, prolongée par la suite, au cours de laquelle les forces israéliennes doivent se retirer progressivement du sud du Liban, tandis que le Hezbollah est tenu de déplacer ses combattants et armes au nord du fleuve Litani. Le gouvernement libanais s’engage à empêcher toute opération armée contre Israël depuis son territoire, et Israël à cesser ses actions offensives contre des cibles libanaises.
Malgré des violations sporadiques, l’accord tient globalement, grâce à un mécanisme de surveillance international dirigé par les États-Unis, impliquant la France, le Liban, Israël et la Force intérimaire des Nations unies au Liban (Finul). Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a exhorté toutes les parties à respecter pleinement l’accord, notant que « l’occupation continue d’Israël doit cesser ». Du côté libanais, le président Joseph Aoun, ancien chef de l’armée élu en janvier 2025, a insisté sur l’importance de déployer les forces armées libanaises dans le sud pour assurer la stabilité. « Nous avons besoin d’une présence internationale au sud, de préférence sous mandat onusien, pour sa neutralité », a déclaré le Premier ministre Nawaf Salam lors d’une visite à Paris en janvier 2026.
Le soutien français à la souveraineté libanaise
Depuis des décennies, la France joue un rôle pivotal dans le soutien à la souveraineté libanaise, ancré dans des liens culturels, linguistiques et historiques. Paris a été un acteur clé dans la médiation du cessez-le-feu de 2024, aux côtés de Washington, et continue de plaider pour l’application pleine et entière de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l’ONU, adoptée en 2006 après un précédent conflit entre Israël et le Hezbollah. Cette résolution appelle au désarmement de tous les groupes armés au Liban, au déploiement exclusif de l’armée libanaise au sud et au retrait israélien jusqu’à la Ligne bleue.
Lors de sa visite à Beyrouth, Jean-Noël Barrot réaffirmera cet engagement. Selon des sources diplomatiques françaises, le ministre insistera sur le respect de l’accord de cessez-le-feu et sur les décisions des autorités libanaises visant à restaurer le monopole de l’État sur les armes. « Il n’y a pas d’autre choix que de remettre toutes les armes du Hezbollah entre les mains des forces armées libanaises », avait déclaré le président Emmanuel Macron en septembre 2025, soulignant que le Liban ne pourra respirer librement que lorsque le Hezbollah sera affaibli et désarmé. Cette position s’aligne sur les priorités du gouvernement Salam, qui a réaffirmé son engagement à placer toutes les armes sous l’autorité de l’État lors de sa formation en février 2025.
Le cabinet de Nawaf Salam, composé de 24 ministres, marque une rupture avec les gouvernements précédents, dominés par des influences partisanes. Parmi les figures clés figurent le vice-Premier ministre Tarek Mitri, ancien ministre de la Culture et des Affaires étrangères, le ministre de la Défense Michel Mnassah, un officier à la retraite, et le ministre des Affaires étrangères Youssef Rajji. Ce gouvernement, qui a obtenu la confiance du Parlement en février 2025, priorise les réformes financières, la reconstruction et l’application de la résolution 1701. Le commandant de l’armée, le général Rodolphe Haykal, joue un rôle central dans le déploiement des forces au sud, coordonné avec la Finul, dont le mandat a été prolongé jusqu’au 31 décembre 2026.
Les préparatifs de la conférence de Paris
Un point central de la visite de M. Barrot sera la coordination avec les autorités libanaises pour la conférence de soutien à l’armée libanaise et aux forces de sécurité intérieure, prévue le 5 mars 2026 à Paris. Annoncée en janvier 2026 par la présidence libanaise après des consultations avec des envoyés français, saoudiens et américains, cette conférence vise à mobiliser une aide financière et matérielle pour renforcer les capacités de l’armée dans sa mission de désarmement et de sécurisation du territoire. Près de 50 pays et une dizaine d’organisations internationales sont attendus, avec une ouverture par le président Macron.
« Nous accompagnons les efforts du Liban pour appliquer le cessez-le-feu et le plan ‘Bouclier national’ », ont déclaré conjointement les envoyés américain, français et saoudien en décembre 2025, annonçant la création d’un groupe de travail tripartite pour préparer l’événement. La France, qui a déjà fourni une aide humanitaire de 800 millions d’euros lors d’une conférence à Paris en octobre 2024, met l’accent sur le renforcement des institutions sécuritaires libanaises. Le porte-parole du Quai d’Orsay, Pascal Confavreux, a indiqué que M. Barrot évoquera à Beyrouth les besoins en armes, équipements et financements pour les années à venir, afin que les États participants puissent répondre efficacement.
Cette conférence s’inscrit dans une série d’initiatives internationales pour soutenir l’armée libanaise, qui fait face à des défis logistiques et financiers dans le déploiement au sud. En janvier 2026, la Banque mondiale a approuvé un projet de 250 millions de dollars pour la reconstruction dans les zones affectées par le conflit, tandis que l’Union européenne a engagé 65 millions d’euros pour renforcer les forces armées. Le gouvernement libanais, par la voix de son ministre des Finances Yassin Jaber, a souligné que ces aides sont essentielles pour consolider la souveraineté et prévenir une résurgence des tensions.
Les défis des réformes financières
Au-delà de la sécurité, la visite de Jean-Noël Barrot abordera les réformes financières indispensables pour organiser une conférence internationale sur la reconstruction du Liban. Le pays, ravagé par une crise économique depuis 2019, aggravée par le conflit de 2024, nécessite des investissements massifs estimés à 11 milliards de dollars par la Banque mondiale pour la reconstruction et la relance. Cependant, les donateurs internationaux conditionnent leur soutien à des avancées concrètes en matière de transparence et de gouvernance.
En avril 2025, le Parlement libanais a adopté une loi révisée sur le secret bancaire, alignée sur les exigences du Fonds monétaire international (FMI) et du Groupe d’action financière (Gafi), qui avait placé le Liban sur sa liste grise en octobre 2024. Cette mesure, saluée par les partenaires internationaux, vise à combattre la corruption et à faciliter l’accès aux aides. « Restaurer une croissance forte et durable nécessite des réformes ambitieuses pour aborder les faiblesses structurelles », a noté une mission du FMI en septembre 2025, insistant sur la restructuration du secteur bancaire et la création d’espace fiscal pour les dépenses prioritaires en reconstruction et protection sociale.
Le gouvernement Salam s’est engagé à ces réformes, avec un budget 2026 incluant des allocations modestes pour la reconstruction via le Conseil pour le développement et la reconstruction (CDR) et d’autres organismes. Ces fonds, bien que limités, marquent le début d’un effort étatique, après plus d’un an d’attente pour des aides étrangères. Des envoyés étrangers ont rappelé à Beyrouth que le soutien international dépend de la mise en œuvre effective de ces réformes et du contrôle exclusif de l’État sur les armes.
Les implications immédiates pour le Liban
Dans ce cadre, les discussions entre Jean-Noël Barrot et les dirigeants libanais – dont le président Joseph Aoun, le président du Parlement Nabih Berry, le Premier ministre Nawaf Salam, le ministre des Affaires étrangères Youssef Rajji et le commandant de l’armée Rodolphe Haykal – porteront sur les préparatifs concrets de la conférence de mars. Le ministre français devrait évoquer les mécanismes de suivi du cessez-le-feu, la sécurité frontalière et les violations israéliennes signalées par l’armée libanaise, telles que des survols de drones et des frappes sporadiques.
Par ailleurs, la prolongation du mandat de la Finul jusqu’à fin 2026 offre un cadre pour soutenir le déploiement libanais au sud, mais des questions persistent sur la présence internationale post-2026. Le Premier ministre Salam a plaidé pour une force internationale, idéalement onusienne, pour maintenir la neutralité. Les tensions régionales, notamment avec l’Iran, ajoutent à la complexité, Paris cherchant à rassurer Beyrouth sur les risques d’engrenage.
Enfin, les réformes financières restent au cœur des échanges. Le Liban, avec une dette publique écrasante et une économie contractée, doit démontrer des progrès pour débloquer des fonds. La Banque mondiale estime que sans réformes, la reconstruction risque de perpétuer les dysfonctionnements passés, comme la corruption dans l’allocation des aides. Le gouvernement a lancé des initiatives symboliques, comme des allocations pour le sud via le budget 2026, mais l’ampleur des besoins exige une mobilisation internationale coordonnée. Les discussions à Beyrouth examineront les conditions pour une future conférence sur la reconstruction, potentiellement organisée par la France une fois les prérequis remplis.
Les dynamiques géopolitiques en jeu
La visite de M. Barrot met en lumière les enjeux géopolitiques plus larges. La France, en coordination avec les États-Unis et l’Arabie saoudite, pousse pour un Liban stable, capable de résister aux influences extérieures. Le tripartite groupe de travail, formé en décembre 2025, prépare activement la conférence de mars, avec un focus sur l’intégration des minorités et la lutte antiterroriste. Au Liban, le désarmement du Hezbollah reste un défi majeur, conformément à l’accord de cessez-le-feu, qui prévoit le démantèlement de ses infrastructures au sud.
Des progrès ont été notés : en janvier 2025, l’armée libanaise a annoncé l’achèvement de la première phase du plan de désarmement, avec le retrait partiel des forces israéliennes. Cependant, des incidents persistent, comme des tirs de projectiles depuis le Liban vers Israël, bien que limités. L’ONU a enregistré des violations quasi quotidiennes par Israël, avec plus de 500 frappes confirmées depuis le cessez-le-feu. « Toutes les parties doivent adhérer pleinement à l’accord », ont déclaré des experts onusiens en octobre 2025, appelant à des enquêtes indépendantes.
Le rôle de la France dans ces dynamiques est crucial. En janvier 2026, lors d’une conversation téléphonique avec Nawaf Salam, M. Barrot a réaffirmé le soutien de Paris aux efforts libanais pour restaurer la stabilité et la souveraineté. La conférence de mars visera à fournir des équipements et financements pour renforcer l’armée dans sa mission de désarmement, avec des pledges attendus de pays européens, arabes et américains.
Les perspectives sécuritaires au sud
Au sud du Liban, la situation sécuritaire reste précaire. L’accord de cessez-le-feu a permis un retour progressif des populations déplacées, mais des milliers de Libanais et d’Israéliens restent évacués. L’armée libanaise, avec le soutien de la Finul, a déployé des troupes supplémentaires, mais manque de ressources. La conférence de Paris abordera ces besoins, en ligne avec les estimations de la Banque mondiale sur les coûts de reconstruction.
Le commandant Haykal présentera lors des discussions avec M. Barrot sa vision pour le sud, incluant la coordination avec le comité de surveillance du cessez-le-feu. Des négociations frontalières, entamées en décembre 2025, progressent lentement sur les zones contestées. La France, via son envoyé Jean-Yves Le Drian, a facilité ces pourparlers, soulignant l’importance d’un Liban souverain pour la paix régionale.
Les implications économiques immédiates
Sur le plan économique, le Liban fait face à une dette publique dépassant 150 % du PIB, une inflation persistante et un secteur bancaire en restructuration. La loi sur le secret bancaire de 2025 a permis un rapprochement avec le FMI, qui recommande des réformes fiscales pour créer de l’espace budgétaire. Le budget 2026 inclut des mesures pour la reconstruction, mais les fonds publics restent modestes, environ 100 millions de dollars alloués au CDR.
Les partenaires internationaux, dont la France, insistent sur la transparence pour éviter la diversion des aides. « L’aide sans capacité étatique risque de perpétuer les problèmes », note un rapport de la Banque mondiale de février 2025. Le gouvernement Salam priorise la reconstruction du sud, avec des projets pour le logement et les infrastructures, estimés à 3 milliards de dollars. Des aides bilatérales, comme les 250 millions de la Banque mondiale, soutiennent ces efforts, mais une conférence dédiée à la reconstruction dépend des avancées en réformes et désarmement.
Les enjeux humanitaires persistants
Plus d’un an après le conflit, les besoins humanitaires au Liban restent aigus. Plus de 30 000 personnes sont toujours déplacées au nord d’Israël, et au Liban, des villages entiers sont détruits. L’ONU a appelé à une aide accrue, avec des programmes pour la protection des civils. La France a contribué 200 millions d’euros pour la sécurité en 2024, et prépare d’autres engagements.
Lors de sa visite, M. Barrot discutera de ces aspects avec les autorités, soulignant l’importance d’une reconstruction inclusive. Le plan « Bouclier national » de l’armée vise à intégrer ces efforts, avec un focus sur la stabilité. Des experts onusiens ont averti contre les violations continues, qui minent la confiance.
Les relations bilatérales franco-libanaises
Historiquement, la France est un pilier pour le Liban, avec des échanges commerciaux et culturels intenses. En 2025, Paris a accueilli le Premier ministre Salam pour discuter des réformes, Macron réaffirmant le soutien à un Liban stable. La visite de Barrot renforce ces liens, avec des discussions sur l’exploration gazière par TotalEnergies, encouragée par le président Aoun.
Le Liban, avec sa diversité confessionnelle, reste un modèle fragile de coexistence. Le gouvernement Salam, équilibré entre chrétiens et musulmans, cherche à dépasser les divisions. Les élections générales de mai 2026 testeront cette unité, avec un décret fixant les dates.
Les préparatifs pour mars se précisent, avec des attentes sur les contributions. La France, via Barrot, coordonne avec Beyrouth pour assurer le succès, en lien avec les dynamiques régionales impliquant l’Iran et les États-Unis.

