jeudi, janvier 22, 2026

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La France reconnaît l’État de Palestine lors de l’Assemblée générale de l’ONU à New York

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C’est depuis le siège des Nations unies à New York que le président de la République française, Emmanuel Macron, a annoncé la reconnaissance de l’État de Palestine. Cette déclaration, faite lors d’une réunion coprésidée avec le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohamed ben Salmane, marque un tournant dans la diplomatie française au Moyen-Orient, intervenant dans un contexte de guerre persistante à Gaza et de tensions régionales accrues. L’annonce, prononcée aux alentours de 21 heures, heure française, s’inscrit dans le cadre de la 80e Assemblée générale des Nations unies, où plusieurs pays ont emboîté le pas à la France pour accentuer la pression sur Israël.

Une annonce au cœur de la diplomatie multilatérale

L’intervention d’Emmanuel Macron à New York n’est pas isolée. Elle fait suite à des mois de négociations en coulisses, menées par le Quai d’Orsay sous la direction du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot. Ce dernier a qualifié la décision de « grande victoire diplomatique de notre pays, qui entraîne et fédère, qui pèse sur les grandes questions de sécurité internationales ». La réunion coprésidée par la France et l’Arabie saoudite a réuni des représentants de neuf autres nations, toutes unies autour de la feuille de route énoncée dans la Déclaration de New York du 12 septembre dernier. Ce document, adopté par 142 des 193 États membres de l’ONU, exige explicitement le désarmement du Hamas et son exclusion de toute gouvernance future à Gaza, marquant une première à ce niveau de clarté depuis les attaques du 7 octobre 2023. Le prince héritier saoudien a participé à cette session par visioconférence, soulignant l’engagement régional dans la relance d’une solution à deux États.

Le processus de reconnaissance s’est déroulé de manière formelle : Emmanuel Macron a exprimé l’acte officiel lors de son discours, soulignant que cette étape vise à « redonner une perspective politique pour sortir du conflit ». La France rejoint ainsi un groupe croissant de pays, portant le total à au moins 145 sur les 193 États membres de l’ONU, selon un décompte établi par l’Agence France-Presse. Parmi les nations qui ont annoncé leur reconnaissance simultanément ou la veille, figurent le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie, le Portugal, Andorre, la Belgique, le Luxembourg, Malte et Saint-Marin. Yvette Cooper, cheffe de la diplomatie britannique, a déclaré sur la BBC : « L’autorité palestinienne peut établir une ambassade et nommer un ambassadeur au Royaume-Uni. Nous définirons les étapes diplomatiques avec l’autorité palestinienne ». Le Canada est devenu le premier pays du G7 à franchir ce pas le 21 septembre, suivi de l’Australie et du Royaume-Uni le même jour. Le Premier ministre britannique, Keir Starmer, a publié une vidéo de six minutes expliquant que cette reconnaissance vise à « raviver l’espoir pour la paix et une solution à deux États », tout en annonçant des sanctions contre des responsables du Hamas dans les semaines à venir.

Cette reconnaissance collective intervient alors que l’Assemblée générale est dominée par la guerre à Gaza, qui a causé des dizaines de milliers de victimes civiles et une crise humanitaire sans précédent. L’ONU, par la voix de son secrétaire général António Guterres, a salué l’initiative comme un pas vers la mise en œuvre des résolutions historiques, telles que la résolution 181 de 1947 sur le plan de partition, la 242 de 1967 appelant au retrait israélien des territoires occupés, et la 2334 de 2016 condamnant les colonies. Cependant, cette décision ne modifie pas le statut d’observateur de la Palestine à l’ONU, bloqué par un veto américain au Conseil de sécurité. L’État de Palestine, proclamé en 1988, est déjà reconnu par près de 150 pays, dont la Chine et la Russie, représentant environ 75 % des membres de l’ONU. Des reconnaissances récentes incluent l’Arménie et la Slovénie en juin dernier, ainsi que l’Espagne, la Norvège et l’Irlande en mai, motivées par l’offensive israélienne à Gaza depuis le 7 octobre 2023 en réponse aux attaques du Hamas.

Les réactions en France : un pays divisé entre soutien et controverses

En France, l’annonce a provoqué une vague de réactions immédiates, mêlant célébrations populaires et tensions judiciaires. Dès le matin du lundi 22 septembre, 52 communes avaient hissé le drapeau palestinien sur leur mairie, un chiffre porté à 86 en fin d’après-midi selon un bilan du ministère de l’Intérieur. Parmi elles, des villes comme Nantes, Rennes, Saint-Denis, Grigny, Besançon et Lyon, souvent dirigées par des maires écologistes ou de gauche. À Lyon, le maire Grégory Doucet a expliqué dans un communiqué : « Cette reconnaissance de l’État palestinien n’est pas une offense faite à Israël. L’absence d’État est un terreau fertile pour tous les groupes terroristes, de Daech au Hamas ». À Tours, Emmanuel Denis a ajouté : « Reconnaître l’État de Palestine, c’est rappeler que nulle conquête territoriale par la force ne peut être légitimée et qu’aucune paix durable ne saurait naître sans justice et réciprocité ».

Ces initiatives locales ont toutefois rencontré une opposition ferme du gouvernement. Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a multiplié les recours judiciaires pour faire respecter le principe de neutralité des bâtiments publics. À Corbeil-Essonnes, le maire divers gauche Bruno Piriou a organisé une distribution de 1000 drapeaux palestiniens via une association locale, après une interdiction judiciaire de la mairie elle-même. Il a taclé le ministre : « Il aura fallu que le sinistre ministre de l’intérieur, M. Retailleau, vienne perturber cette journée historique, en nous interdisant de hisser le drapeau : la politique mérite mieux qu’un ministre qui veut prendre la lumière, vous êtes une injure à ceux qui prônent la fraternité ». Le tribunal administratif de Cergy-Pontoise a suspendu le pavoisement à Goussainville et Bagneux, tandis que celui de Strasbourg a interdit l’illumination de la mairie aux couleurs palestiniennes.

À Paris, une dizaine d’élus, dont David Belliard, candidat écologiste aux municipales de 2026, ont déployé un drapeau depuis une fenêtre de l’Hôtel de ville, contre l’avis de la maire PS Anne Hidalgo. Belliard a déclaré : « Paris a une voix particulière à porter. C’est la raison pour laquelle, j’ai décidé moi aussi avec d’autres élus de porter ce drapeau de Palestine sur la façade de l’Hôtel de ville, en signe de solidarité et en signe de paix. Que Bruno Retailleau le veuille ou non, nous montrerons notre solidarité avec l’État de Palestine ». Marine Tondelier, secrétaire nationale des Écologistes, s’est réjouie sur X : « Je me réjouis de voir des dizaines de villes afficher le drapeau palestinien sur leur mairie, malgré les pressions déplacées de Bruno Retailleau ».

D’autres actions symboliques ont émergé, comme à Saint-Herblain près de Nantes, où le drapeau palestinien a flotté au-dessus d’un monument aux morts, ou à Montpellier, où des élus l’ont hissé sur le parvis de la mairie avant intervention de la police municipale. À Marseille, le maire Benoît Payan a annoncé un jumelage avec Bethléem : « Ce jumelage est un acte fort, de fraternité et de solidarité, dans un contexte géopolitique dramatique ». À Malakoff, la mairie communiste a maintenu le drapeau malgré une astreinte de 150 euros par jour infligée par le tribunal, annonçant un appel au Conseil d’État pour défendre la libre administration des communes.

Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, a critiqué la projection des drapeaux israélien et palestinien sur la tour Eiffel la veille : « Hidalgo, dans la grande tradition des coups tordus de congrès, pavoise la tour Eiffel aux drapeaux d’Israël et de Palestine. Consternant de stupidité après deux ans de génocide. Le ni/ni devient un “et en même temps” dégoûtant. Le PS trahit tout le monde à la fois ». Rima Hassan, eurodéputée insoumise, a averti : « La bataille ne fait que commencer avec tous les gouvernements complices du génocide. Tous ceux qui ont abandonné les Palestiniens après avoir soutenu, financé et armé Israël. Ils ne s’en sortiront pas avec une reconnaissance symbolique de la Palestine ».

Les implications pour les relations franco-palestiniennes

Sur le plan bilatéral, cette reconnaissance ouvre la voie à un renforcement concret des liens entre Paris et Ramallah. Practiquement, elle implique l’élévation du statut de la représentation palestinienne en France au rang d’ambassade, avec nomination d’un ambassadeur plénipotentiaire. Inversement, la France pourrait transformer son consulat général à Jérusalem en ambassade, bien que le dilemme de la localisation persiste : Ramallah pour éviter de heurter Israël, ou Jérusalem-Est pour affirmer la revendication palestinienne sur la ville sainte. Comme l’a illustré le cas britannique, où Husam Zomlot, chef de la mission palestinienne à Londres, a hissé un drapeau et annoncé l’installation prochaine d’une plaque « Ambassade de l’État de Palestine », des formalités juridiques et administratives sont nécessaires.

Cette évolution diplomatique s’accompagne d’implications économiques et humanitaires. La France, déjà un donateur majeur via l’Union européenne, pourrait intensifier son aide bilatérale, notamment en soutenant l’Autorité palestinienne dirigée par Mahmoud Abbas. Des échanges commerciaux pourraient être facilités, avec des accords préférentiels similaires à ceux existants avec d’autres États reconnus. Sur le plan culturel et éducatif, des programmes d’échanges universitaires ou de coopération en matière de santé et d’infrastructures pourraient voir le jour, renforçant la présence française en Cisjordanie et à Gaza une fois la situation stabilisée. Emmanuel Macron avait annoncé son intention en avril dernier sur X, lors de son retour d’Al-Arich en Égypte, prévoyant initialement la reconnaissance pour le 17 juin, mais repoussée en raison des escalades militaires entre Israël et l’Iran. Le 24 juillet, il a adressé une lettre à Mahmoud Abbas confirmant l’acte lors de l’Assemblée générale de l’ONU, réitérée le 19 septembre.

Cependant, ces avancées se heurtent à la réalité du terrain. L’État palestinien doit remplir les critères classiques du droit international : un territoire défini, une population stable et une autorité effective. La Cisjordanie reste morcelée par plus de 400 000 colons israéliens, Jérusalem est proclamée capitale indivisible par Israël, et Gaza, dévasté par les combats, est contrôlé de facto par le Hamas malgré les appels au désarmement. Mahmoud Abbas, dont le mandat a expiré en 2009, fait face à des accusations de corruption et de complaisance, affaiblissant la légitimité de l’Autorité. Enfin, les 5,8 millions de réfugiés palestiniens enregistrés par l’UNRWA posent la question de leur retour et de la nationalité, potentiellement inacceptable pour Israël. Juridiquement, la reconnaissance est un acte souverain de politique étrangère, ne nécessitant ni vote onusien ni procédure spécifique, mais elle n’accorde pas automatiquement à la Palestine un statut de membre plein de l’ONU, qui requiert l’approbation de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité.

Les risques de représailles israéliennes

Cette décision expose la France à des représailles potentielles de la part d’Israël, qui a historiquement réagi avec fermeté aux reconnaissances unilatérales. En mai dernier, lorsque l’Espagne, la Norvège et l’Irlande ont franchi le pas, Jérusalem a rappelé ses ambassadeurs et imposé des restrictions aux diplomates de ces pays. Une mesure similaire pourrait viser la France : retrait temporaire de l’ambassadeur israélien à Paris, réduction des coopérations sécuritaires ou limitations d’accès pour les ONG françaises en territoires occupés. Le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, avait accusé Emmanuel Macron en août dernier d’alimenter l’antisémitisme et de servir les intérêts du Hamas, réitérant le 21 septembre que l’État palestinien mettrait en danger l’existence d’Israël et récompenserait le terrorisme. Il est prévu qu’il s’exprime à l’Assemblée générale de l’ONU le 26 septembre.

Sur le plan économique, Israël pourrait suspendre des contrats dans les secteurs de la défense ou de la technologie, où les échanges franco-israéliens s’élèvent à plusieurs milliards d’euros annuels. Des sanctions ciblées contre des entreprises françaises impliquées en Palestine pourraient émerger, ou une intensification des campagnes de boycott contre les produits français dans les cercles pro-israéliens. Au niveau international, Israël pourrait contester la décision devant des instances comme la Cour internationale de justice, arguant qu’elle viole les accords d’Oslo de 1993, qui prévoyaient une reconnaissance mutuelle via négociations directes. Diplomatiquement, Emmanuel Macron estime que cette reconnaissance isole le Hamas, bien qu’elle reste symbolique sans impact direct sur Gaza à moins d’être accompagnée de sanctions contre Israël.

Les alliés d’Israël, notamment les États-Unis, ont déjà exprimé leur désaccord. L’ambassadeur américain en France, Charles Kushner, a déclaré sur X : « Le Hamas est en fête aujourd’hui ». Donald Trump, via sa porte-parole Karoline Leavitt, a qualifié la reconnaissance de « récompense pour le Hamas », annonçant un discours à l’ONU pour critiquer les « mots sans actions concrètes ». L’Allemagne, quant à elle, maintient une position prudente : Johann Wadephul, ministre des Affaires étrangères, a indiqué que la reconnaissance « se situe plutôt à la fin du processus ».

Les réactions internationales et les mouvements mondiaux

Au-delà de la France, l’annonce a suscité des échos globaux. Au Royaume-Uni, la mission palestinienne à Londres a organisé une cérémonie de lever de drapeau, avec Husam Zomlot saluant une « réparation d’une injustice historique » amid les souffrances à Gaza. En Italie, des dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans plusieurs villes pour « dénoncer le génocide à Gaza ». À Rome, plus de 20 000 personnes, dont de nombreux lycéens, se sont rassemblées devant la gare Termini, brandissant des drapeaux palestiniens et criant « Palestine libre ! ». Des heurts ont éclaté à Milan, où des manifestants ont jeté des projectiles sur la police près de la gare centrale, menant à des interventions avec gaz lacrymogènes. À Bologne, une autoroute a été bloquée avant dispersion par canons à eau ; des rassemblements similaires ont eu lieu à Turin, Florence, Naples, Bari, Palerme, Gênes et Livourne, où des dockers ont paralysé des ports.

À La Réunion, la présidente de la région, Huguette Bello, a hissé symboliquement le drapeau sur le parvis de l’hôtel de région : « Depuis notre île, carrefour de cultures et de religions diverses, nous affirmons une valeur fondamentale : celle de la dignité humaine et du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Ces mouvements illustrent une mobilisation transnationale, amplifiée par les réseaux sociaux et les appels d’organisations comme Amnesty International ou Human Rights Watch, qui documentent les violations des droits humains dans le conflit. La reconnaissance intervient dans un contexte de crise humanitaire sévère à Gaza depuis le 7 octobre 2023, exacerbée par les offensives israéliennes, la colonisation en Cisjordanie et les menaces d’annexion, soulignant l’urgence des efforts diplomatiques pour avancer la paix au Moyen-Orient.

L’évolution de la position française de De Gaulle à Macron

La reconnaissance marque une évolution significative de la doctrine française. Sous la Ve République, la France a toujours soutenu la solution à deux États, mais conditionnée à un accord bilatéral. Charles de Gaulle, après la guerre des Six Jours en 1967, avait imposé un embargo sur les armes à Israël et appelé à son retrait des territoires occupés. François Mitterrand, en 1982 à la Knesset, avait défendu le droit des Palestiniens à un État. Jacques Chirac, en 1996 à Jérusalem, avait insisté sur la souveraineté palestinienne. Nicolas Sarkozy, en 2008, avait réaffirmé ce soutien à la Knesset. Emmanuel Macron, jusqu’à présent, maintenait cette ligne équilibrée, mais la guerre à Gaza, avec ses implications humanitaires, a accéléré le virage. Cette décision, près de deux ans après le 7 octobre 2023, rompt avec la prudence antérieure pour adopter une approche plus proactive, décrite par le président comme un « devoir moral » visant à collaborer avec Netanyahou malgré les tensions.

Les défis immédiats de la reconnaissance

Malgré son symbolisme, la reconnaissance soulève des questions pratiques immédiates. Comment définir les frontières d’un État palestinien ? Les lignes de 1967, avec échanges de territoires, restent la référence onusienne, mais les colonies israéliennes compliquent toute cartographie. La population palestinienne, estimée à 5 millions en Cisjordanie et Gaza, plus les réfugiés, nécessite une gouvernance unifiée, loin d’être acquise avec la division entre Fatah et Hamas. L’autorité publique, affaiblie par l’absence d’élections depuis 2006, doit être renforcée pour exercer un monopole sur la violence légitime.

À l’ONU, les débats se poursuivent avec des interventions prévues de leaders mondiaux. Les pays arabes, comme l’Arabie saoudite, poussent pour une normalisation avec Israël conditionnée à des avancées palestiniennes. Les implications immédiates incluent une possible intensification des aides humanitaires à Gaza, où les bombardements ont détruit infrastructures et hôpitaux, et une surveillance accrue des violations par des observateurs onusiens. En France, les tribunaux continuent d’examiner les recours contre les pavoisements, avec des décisions attendues pour des communes comme Matataire dans l’Oise ou Grabels dans le Gard. La guerre à Gaza persiste avec des frappes israéliennes massives provoquant la panique, tandis que la reconnaissance collective des dix pays occidentaux renforce la pression diplomatique sur le terrain.

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