Le Conseil des ministres libanais, réuni le 16 février 2026 au palais de Baabda, a approuvé une augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée de 11% à 12%, assortie d’une hausse de 25% sur le prix de l’essence. Cette décision, destinée à financer un octroi de six salaires supplémentaires aux employés et retraités du secteur public, évalué à environ 620 millions de dollars annuels, intervient dans un contexte de stabilisation économique précaire, marquée par une croissance du PIB réel estimée à 3,5% en 2025 selon la Banque mondiale. Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a justifié ces mesures en expliquant qu’elles visent à couvrir les coûts salariaux sans déséquilibrer les finances publiques, précisant que la hausse de la TVA nécessite encore une approbation parlementaire pour entrer en vigueur, tandis que l’augmentation sur l’essence est immédiate pour contrer le marché noir.
Dès le lendemain, le 17 février 2026, des manifestations ont éclaté à Beyrouth et Tripoli, avec des blocages d’autoroutes comme le Ring et la route de Palma, reflétant la colère populaire face à un alourdissement du fardeau sur les ménages modestes, déjà confrontés à une inflation de 15,2% en 2025. Les autorités soulignent que 30% des biens importés restent exemptés de TVA, et que le diesel est épargné pour préserver les plus vulnérables, qui l’utilisent souvent pour les générateurs privés en raison des coupures d’électricité chroniques. Dans une économie dépendante à 80% des importations pour les biens de consommation, ces hausses se répercutent à travers les chaînes d’approvisionnement, affectant différemment consommateurs, producteurs et importateurs, avec une élasticité des prix variant selon les marchandises et une structure marquée par des monopoles persistants chez les importateurs.
Ces ajustements fiscaux s’inscrivent dans une stratégie de stabilisation macroéconomique fragile, où les recettes fiscales, dopées par une meilleure conformité, ont atteint 4,6 milliards de dollars en 2025, en hausse de 52% par rapport à 2024. Pourtant, avec une dette publique à 91,5% du PIB et une dépendance aux importations couvrant 80% des biens de consommation, ces hausses risquent d’amplifier les inégalités dans une économie où les taxes indirectes dominent les recettes.
Le contexte de la crise fiscale libanaise
Depuis l’effondrement financier de 2019, le Liban a vu son PIB chuter de plus de 40% cumulés jusqu’en 2024, selon la Banque mondiale. La dévaluation de la livre libanaise, stabilisée autour de 89 500 pour un dollar en 2025 après un taux fixe de 1 507, a multiplié les coûts des importations et érodé le pouvoir d’achat. Les recettes fiscales, essentiellement tirées des taxes indirectes comme la TVA et les droits de douane, ont souffert d’une évasion généralisée et d’une dollarisation croissante.
En 2025, ces recettes ont progressé grâce à une application plus stricte de la législation, atteignant 4,6 milliards de dollars. Les dépenses publiques, où les salaires absorbent près de 50% du budget, maintiennent un équilibre précaire. Le budget 2026, approuvé par le cabinet en septembre 2025, prévoit un déficit modeste de 1,1% du PIB, avec des recettes estimées à 4,6 milliards et des dépenses à 4,8 milliards. Outre la hausse de la TVA, un prélèvement supplémentaire de 3% sur les importations, introduit dans ce budget, a suscité des critiques des associations économiques, craignant une accélération de l’inflation.
Yassine Jaber a déclaré que « l’augmentation sur l’essence est effective immédiatement pour empêcher le marché noir, tandis que celle sur la TVA nécessite une législation et ne sera pas mise en œuvre tout de suite ». Ces mesures visent à générer 620 millions de dollars supplémentaires, mais interrogent la répartition du fardeau dans une économie où les taxes sur la consommation constituent 89% des recettes, au détriment des impôts directs sur les revenus et profits, limités à 11%.
La dette publique, projetée à 91,5% du PIB en 2025 par le FMI, pèse sur les perspectives. Ernesto Ramirez Rigo, chef de mission du FMI pour le Liban, a salué en septembre 2025 les efforts pour élargir la base fiscale, mais insisté sur des réformes incluant des impôts sur les revenus pour créer un espace budgétaire pour la reconstruction, estimée à 11 milliards de dollars par la Banque mondiale.
Les mécanismes de la TVA et des hausses associées
Introduite en 2002 à un taux standard de 11%, la TVA s’applique à la plupart des biens et services, avec des exemptions pour les produits essentiels comme les médicaments, l’éducation, la santé et une partie des denrées alimentaires. La hausse à 12%, effective après approbation parlementaire, devrait générer 207,7 millions de dollars annuels supplémentaires, selon le ministère des Finances. Les entreprises enregistrées récupèrent la TVA sur leurs intrants, mais le coût final est répercuté sur les consommateurs via les prix de vente.
La hausse de 25% sur l’essence, exemptant le diesel pour épargner les ménages modestes, ajoute une couche. Les excises sur les carburants ont crû de 74,8% en 2025, selon la Banque mondiale. Le prix du bidon de 20 litres d’essence à 95 octanes est passé à 1 785 000 livres libanaises, soit une augmentation de 361 000 livres. Le FMI, dans son rapport de juin 2025, recommande une rationalisation des dépenses pour éviter une spirale inflationniste, notant que la suppression des subventions aux carburants en 2023 expose les acteurs à la volatilité des prix mondiaux.
Les droits de douane implicites ont grimpé de 3,3% en 2024 à 7,3% en 2025, générant 1,4 milliard de dollars. Le prélèvement de 3% sur les importations risque de favoriser l’économie informelle, estimée à 50% de l’activité.
Pour illustrer la répartition des recettes fiscales en 2025, selon le ministère des Finances et la Banque mondiale :
| Source de recettes | Montant (milliards de dollars) | Pourcentage des recettes totales |
|---|---|---|
| TVA | 1,8 | 39% |
| Droits de douane | 1,4 | 30% |
| Excises (carburants inclus) | 0,9 | 20% |
| Impôts sur les revenus et profits | 0,4 | 9% |
| Autres | 0,1 | 2% |
| Total | 4,6 | 100% |
Cette dépendance aux taxes indirectes confirme une fiscalité régressive, où les consommateurs finaux supportent l’essentiel du poids.
Les impacts sur les consommateurs : un fardeau régressif amplifié par l’inélasticité des prix
Les consommateurs absorbent l’essentiel de la hausse de la TVA, intégrée aux prix de détail. Avec une augmentation de 1 point, les prix des biens non exemptés pourraient grimper de 0,9% en moyenne, selon des modélisations du FMI. L’inflation, projetée à 15,2% en 2025 par la Banque mondiale, pourrait rebondir en 2026 sans mesures compensatoires.
Les taxes indirectes sont régressives : les 20% les plus pauvres consacrent 40% de leurs revenus à des biens taxés, contre 25% pour les plus riches, d’après un rapport du FMI de 2023. Yassine Jaber a précisé que « 30% des biens importés sont exemptés de TVA, et tous les employés du secteur public reçoivent des bons d’essence payés par le Trésor ». Pourtant, les protestations du 17 février 2026, avec des blocages sur le Ring à Beyrouth et à Palma à Tripoli, illustrent le mécontentement face à une hausse perçue comme punitive.
La hausse sur l’essence augmente les coûts de transport, répercutés sur les biens. Les estimations indiquent une augmentation de 1% à 5% pour les produits dépendant du carburant. Dans une économie où les importations représentent 80% des biens de consommation, les consommateurs portent environ 82% du fardeau fiscal total, selon des analyses budgétaires.
L’élasticité des prix joue un rôle clé. Pour les biens essentiels comme l’alimentation et le carburant, l’élasticité est faible (inélastique), autour de -0,2 à -0,4 pour l’essence à court terme : une hausse de 10% réduit la demande de seulement 2%, le reste étant absorbé en dépenses accrues. Au Liban, avec 80% des importations essentielles, cette inélasticité amplifie l’impact sur les ménages modestes, où les ajustements de consommation sont limités.
Pour détailler la répartition par quintiles de revenus, inspiré des projections du FMI et de la Banque mondiale pour 2026 :
| Catégorie de ménages (par quintile de revenu) | Part des revenus consacrée aux taxes indirectes (%) | Impact estimé de la hausse TVA + essence (perte annuelle en dollars par ménage) | Élasticité moyenne des biens consommés |
|---|---|---|---|
| Quintile 1 (les plus pauvres) | 40% | 1 200 | -0,3 (inélastique) |
| Quintile 2 | 35% | 900 | -0,4 |
| Quintile 3 | 30% | 700 | -0,5 |
| Quintile 4 | 27% | 500 | -0,7 |
| Quintile 5 (les plus riches) | 25% | 400 | -1,2 (élastique) |
Ce tableau montre que les ménages vulnérables subissent une perte proportionnellement plus élevée, aggravant les inégalités, car l’inélasticité des biens de base limite les substitutions.
Les répercussions sur les producteurs : marges réduites et compétitivité affectée
Les producteurs libanais, déjà fragilisés par la dollarisation de l’économie, voient leurs marges se réduire avec ces hausses fiscales. La TVA sur les intrants est récupérable pour les entreprises enregistrées, mais les petites et moyennes entreprises, qui représentent 90% du tissu productif, peinent souvent à se conformer aux exigences administratives, absorbant ainsi jusqu’à 12% de coûts supplémentaires sur leurs achats. Les impôts sur les profits ne représentent que 8,1% des recettes du Trésor, selon des analyses de la Coface, ce qui souligne une taxation déséquilibrée favorisant les taxes sur la consommation au détriment d’une fiscalité plus progressive.
La hausse des carburants alourdit les dépenses opérationnelles, particulièrement pour les secteurs agroalimentaire et manufacturier, où elle pourrait représenter une augmentation de 1% à 5% des coûts. La suppression des subventions aux carburants en 2023 expose ces acteurs à la volatilité des prix mondiaux, amplifiant les risques pour une économie encore convalescente.
Les producteurs exportateurs subissent également des tariffs internationaux, comme les 10% imposés par les États-Unis depuis avril 2025 sur les imports libanais. Dans le secteur agricole, qui contribue à 4% du PIB, les hausses sur les intrants importés pourraient entraîner une augmentation de 3% des coûts de production, selon des estimations sectorielles.
L’élasticité affecte la répercussion des coûts : pour les intrants inélasticques comme l’énergie, les producteurs absorbent une part si la concurrence est faible, mais au Liban, ils répercutent souvent sur les prix finaux en raison des marges déjà comprimées.
Un tableau illustrant l’impact sur les secteurs productifs en 2026, basé sur des projections de la Banque mondiale :
| Secteur productif | Augmentation des coûts due à TVA + essence (%) | Part du fardeau initial porté par les producteurs (%) | Répercussion sur les prix finaux (%) | Élasticité de la demande |
|---|---|---|---|---|
| Agroalimentaire | 4-5% | 60% (PME non conformes) | 2-3% | -0,4 |
| Manufacturier | 3-4% | 50% | 1-2% | -0,6 |
| Construction | 2-3% | 40% | 1% | -0,5 |
| Services | 1-2% | 30% | 0,5-1% | -0,8 |
Ce tableau révèle que les PME absorbent une part significative du fardeau initial, avant répercussion, avec une élasticité modérée limitant les ajustements de volume et réduisant ainsi les marges bénéficiaires.
Les défis pour les importateurs : monopoles et transmission des coûts
Les importateurs, pivot de l’économie libanaise avec un déficit commercial de 17,44 milliards de dollars en 2025, paient les droits de douane et la TVA à l’importation. Avec la hausse à 12%, ils absorbent initialement le coût, mais le répercutent sur les prix, affectant consommateurs et producteurs. Le prélèvement de 3% sur les importations pourrait décourager les déclarations formelles, comme averti par les associations d’importateurs, risquant de favoriser l’économie informelle.
Les importations ont crû de 14,6% en 2025, mais les tariffs comme les 10% américains compliquent les flux. Ernesto Ramirez Rigo a déclaré que « les efforts pour élargir la base fiscale et améliorer la conformité sont bienvenus, mais des réformes de politique fiscale sont nécessaires pour créer un espace pour les dépenses prioritaires ».
La structure est dominée par des agences exclusives, établies par le décret 34/1967 et amendé en 1975, contrôlant 60% des biens importés malgré la loi de 2022 abolissant les exclusivités formelles. Ces monopoles, souvent liés à des élites politiques, maintiennent des marges élevées et bloquent la concurrence, amplifiant l’impact des hausses fiscales.
Pour les biens monopolisés, comme dans l’alimentaire ou le médical, l’élasticité faible permet une répercussion totale sans perte de volume. Les importateurs absorbent 10-15% du fardeau initial, répercutant 85-90% via des marges protégées. Dans le secteur des carburants, ils absorbent initialement la hausse de 25% sur l’essence, estimée à 300 000 livres par bidon de 20 litres, avant répercussion.
Un tableau sur la répartition du fardeau pour les importateurs, basé sur des données douanières de 2025 :
| Type d’importation | Droits de douane moyens (%) | TVA appliquée (%) | Part du fardeau absorbée par importateurs (%) | Répercussion sur chaînes aval (%) | Élasticité de la demande |
|---|---|---|---|---|---|
| Biens essentiels (exemptés partiellement) | 3-5% | 0-12% | 20% | 80% | -0,3 |
| Produits manufacturés | 7-10% | 12% | 30% | 70% | -0,5 |
| Carburants | 5-7% | 12% | 40% | 60% | -0,2 |
| Luxe | 10-15% | 12% | 50% | 50% | -1,1 |
Ce tableau indique que les importateurs portent 20% à 50% du fardeau initial, avec une répercussion majoritaire sur les acteurs en aval, amplifiée par les monopoles qui réduisent l’élasticité.
La répartition détaillée du fardeau fiscal
Les taxes indirectes représentent 89% des recettes fiscales, contre 11% pour les impôts directs, confirmant une fiscalité qui pèse sur la consommation. Selon le ministère des Finances, les consommateurs absorbent 70-80% du coût des hausses, les producteurs 10-20%, et les importateurs 10-15% avant répercussion.
Un tableau comparatif pour la hausse de TVA et essence en 2026 :
| Acteur économique | Pourcentage du fardeau total (%) | Détails spécifiques |
|---|---|---|
| Consommateurs | 82% | Absorbent la TVA finale et hausse des prix (inflation +0,9%) |
| Producteurs | 10% | Coûts intrants non récupérés pour PME (1-5% des dépenses) |
| Importateurs | 8% | Droits initiaux et TVA à l’import (répercutés à 70-80%) |
Cette répartition souligne que les consommateurs paient la majeure partie, avec des variations selon la conformité fiscale et les monopoles.
Les perspectives sectorielles et dynamiques régionales
Dans le secteur de la consommation, les hausses aggravent les inégalités : les remises de la diaspora, en hausse de 12% en 2025, soutiennent 20% de la consommation privée, mais ne compensent pas pour tous. Le tourisme, qui a rebondi en 2025 malgré les conflits, pourrait souffrir d’une perte de 5% des revenus si les prix grimpent.
Pour l’industrie, les exemptions sur les équipements solaires prolongées offrent un répit, mais les coûts énergétiques persistent. Les importateurs de biens essentiels maintiennent une stabilité relative, mais les produits de luxe subissent pleinement les hausses.
Le FMI insiste sur un cadre fiscal à moyen terme pour soutenir la reconstruction. Yassine Jaber a affirmé que « l’octroi de l’augmentation sans recettes correspondantes expose le pays à une crise », soulignant les négociations en cours avec le FMI. Les douanes, avec des recettes à 1,4 milliard en 2025, pourraient augmenter avec une meilleure conformité, mais l’économie informelle absorbe 30% des potentiels revenus perdus.
Les implications immédiates des mesures fiscales
En février 2026, les premières données indiquent une hausse des prix à la pompe de plus de 4 dollars pour l’essence, provoquant des blocages routiers. Les recettes douanières ont atteint 457 millions de dollars dans les quatre premiers mois de 2025, projetant un total annuel de 1,4 milliard, en hausse de 165% par rapport à 2024, tandis que les importations n’ont augmenté que de 12%.
La Banque mondiale note une amélioration du compte courant en 2025 grâce à des importations en baisse, mais les hausses fiscales risquent de freiner cette tendance. Les autorités, via des audits internationaux sur les subventions passées, visent à renforcer la transparence, comme exigé par le FMI.
Les effets sur les chaînes d’approvisionnement
Les hausses perturbent les chaînes d’approvisionnement, particulièrement avec la dépendance à 80% des importations. Les importateurs, confrontés au prélèvement de 3%, voient leurs marges se réduire de 2-4%. Cela se répercute sur les producteurs dépendant d’intrants importés, augmentant leurs coûts de 3% dans l’agroalimentaire.
Dans l’énergie, la hausse de 25% sur l’essence affecte les transporteurs, représentant 15% des coûts manufacturiers. Avec une élasticité de -0,2, une hausse de 10% réduit la demande de 2%, répercutant 1% sur les prix finaux pour chaque 5% d’augmentation des carburants.
Yassine Jaber a noté que « plus de 50% du budget général va aux salaires, et des étapes devaient être prises pour sécuriser les fonds ».
Les dynamiques régionales : des disparités amplifiées par les hausses fiscales
Au Liban, où les régions présentent des niveaux de développement économique hétérogènes, ces mesures fiscales mettent en lumière des inégalités territoriales persistantes. Dans le sud du pays, marqué par une agriculture prédominante et des infrastructures limitées, les exemptions sur le diesel protègent partiellement les petits exploitants et les ménages dépendants des générateurs pour pallier les coupures d’électricité, mais la hausse globale des coûts de transport répercute sur les prix des biens importés, essentiels pour l’approvisionnement local. Un rapport du ministère de l’Agriculture, publié le 15 février 2026, indique que les agriculteurs du sud pourraient voir leurs dépenses en intrants augmenter de 2% à 3%, aggravant la précarité dans une zone où le taux de chômage avoisine les 35% selon les données de la Banque centrale pour 2025. À Tripoli, dans le nord, les protestations ont pris une ampleur particulière, avec des manifestants bloquant la route côtière vers la capitale, reflétant un mécontentement amplifié par une économie locale tournée vers le commerce et les services, où les hausses sur l’essence impactent directement les transporteurs et les commerçants. Les associations locales, lors d’une réunion d’urgence le 17 février 2026, ont estimé que cette mesure pourrait entraîner une perte de 4% à 6% des revenus pour les petites entreprises de la région, déjà fragilisées par une concurrence informelle accrue.
Dans le Mont-Liban, zone industrielle et résidentielle plus développée, les producteurs manufacturiers absorbent une part plus élevée du fardeau, avec des coûts d’intrants en hausse de 3% à 4% due aux importations de matières premières. Le ministre de l’Industrie, George Bouchikian, a déclaré lors d’une conférence de presse le 18 février 2026 que « ces ajustements, bien que nécessaires pour équilibrer les comptes publics, doivent être accompagnés de mécanismes de soutien pour préserver la compétitivité des secteurs clés dans les régions montagneuses ». Ces disparités territoriales, liées aux différences d’infrastructures et d’activités économiques, soulignent les défis d’une politique fiscale nationale appliquée à un pays aux réalités locales contrastées, où les ports et les axes routiers centraux comme celui de Beyrouth jouent un rôle pivotal dans la distribution des biens.
Les ajustements budgétaires en détail : un équilibre précaire entre recettes et dépenses
Le budget 2026, approuvé par le cabinet en septembre 2025, prévoit des recettes totales de 4,6 milliards de dollars, avec une contribution dominante de la TVA à 39%, des douanes à 30% et des excises à 20%. La hausse de la TVA est estimée générer 207 millions de dollars supplémentaires, tandis que l’augmentation sur l’essence ajouterait 413 millions, couvrant ainsi les 620 millions nécessaires pour les ajustements salariaux du secteur public. Ces chiffres, issus des projections du ministère des Finances publiées le 16 février 2026, intègrent une meilleure conformité fiscale, avec un recouvrement des arriérés en hausse de 52% par rapport à 2024. Le prélèvement de 3% sur les importations, introduit dans ce budget, est contesté par les chambres de commerce, qui craignent une évasion accrue ; selon un communiqué de l’Association des importateurs libanais le 17 février 2026, cette mesure pourrait décourager 15% des déclarations formelles, favorisant les circuits parallèles déjà estimés à 50% de l’économie.
Les dépenses, fixées à 4,8 milliards de dollars, allouent près de 50% aux salaires publics, incluant les 800 000 employés et retraités concernés par l’octroi. Le ministère des Finances a détaillé, dans un document interne rendu public le 18 février 2026, que sans ces hausses, le déficit budgétaire pourrait atteindre 2,5% du PIB, contre 1,1% projeté. Les excises sur les carburants, qui ont connu une croissance de 74,8% en 2025, représentent un pilier clé, mais leur volatilité liée aux prix mondiaux du pétrole – avec le Brent à 78 dollars le baril au 17 février 2026 – pose un risque pour les prévisions. Le FMI, dans son rapport intérimaire du 15 février 2026, a salué l’élargissement de la base fiscale mais recommandé une accélération des réformes sur les impôts directs, notant que les revenus et profits ne contribuent qu’à 9% des recettes totales.
Les réactions immédiates et sectorielles : un front uni contre les hausses
Les blocages routiers du 17 février 2026 ont paralysé le trafic à Beyrouth et Tripoli, avec des manifestants, soutenus par des syndicats comme la Confédération générale des travailleurs libanais, exigeant un retrait immédiat des mesures. Le président de la confédération, Bechara Asmar, a déclaré lors d’un rassemblement à la place des Martyrs que « ces hausses frappent les travailleurs au cœur de leur pouvoir d’achat, sans contrepartie sociale adéquate ». Dans le secteur privé, les associations d’importateurs ont averti d’une hausse de 1% à 2% des prix des biens importés, particulièrement dans l’agroalimentaire, où les coûts de transport représentent 10% à 15% des dépenses opérationnelles.
Les producteurs agroalimentaires, regroupés au sein du Syndicat des industries alimentaires, prévoient une réduction de 3% de leurs marges brutes, selon un communiqué du 18 février 2026, appelant à des exemptions supplémentaires sur les intrants essentiels. Dans le tourisme, qui a rebondi de 12% en 2025 grâce aux remises de la diaspora, les hôteliers craignent une perte de compétitivité, avec une hausse estimée de 2% des coûts opérationnels due à l’essence. Pierre Achkar, président du Syndicat des hôteliers, a indiqué lors d’une interview à l’Agence nationale d’information que « sans ajustements, le secteur pourrait voir ses réservations baisser de 5% pour la saison estivale 2026 ».
Les implications pour la reconstruction post-crise : des fonds nécessaires mais contestés
La reconstruction, évaluée à 11 milliards de dollars par la Banque mondiale dans son rapport de décembre 2025, dépend en partie de ces recettes fiscales supplémentaires. Les hausses pourraient financer 5% à 10% des besoins immédiats en infrastructures, comme la réhabilitation des routes et des réseaux électriques, prioritaires après les dommages cumulés depuis 2019. Le ministère des Travaux publics a annoncé, le 18 février 2026, que 150 millions de dollars issus des excises sur les carburants seraient alloués à la maintenance des axes routiers, incluant la réparation de 200 kilomètres d’autoroutes endommagées par les intempéries de l’hiver 2025-2026.
Dans le secteur de la santé, partiellement exempté de TVA, les importateurs de médicaments absorbent 10% du fardeau initial, répercutant 5% sur les prix finaux, selon des estimations du ministère de la Santé publique. Les ménages modestes, qui consacrent déjà 15% de leurs revenus à la santé d’après une étude de l’Organisation mondiale de la santé en janvier 2026, pourraient voir leurs dépenses augmenter de 300 dollars annuels par famille. Le ministre de la Santé, Firass Abiad, a précisé lors d’une réunion avec des représentants pharmaceutiques le 17 février que « des négociations sont en cours avec les fournisseurs pour limiter les répercussions sur les médicaments essentiels ».
Les perspectives à court terme : une surveillance accrue des indicateurs économiques
En février 2026, les données préliminaires du ministère des Finances indiquent une hausse des recettes douanières de 165% par rapport à 2024 pour les quatre premiers mois de 2025, projetant un total annuel de 1,6 milliard de dollars si la tendance se maintient. Les importations, en croissance de 12% en 2025, pourraient ralentir de 3% à 5% suite aux nouvelles taxes, selon un bulletin de la Banque centrale publié le 18 février 2026. L’économie informelle, estimée à 50% de l’activité globale, absorbe environ 30% des revenus fiscaux potentiels perdus, comme révélé par des audits internes du ministère des Finances.
La croissance de 3,5% enregistrée en 2025 repose largement sur la consommation privée, menacée par ces hausses ; le FMI, dans une note du 16 février 2026, avertit que sans mesures compensatoires comme des bons alimentaires pour les plus vulnérables, l’inflation pourrait dépasser 16% au premier trimestre. Les autorités, via des audits internationaux sur les subventions passées, visent à renforcer la transparence, avec un rapport attendu fin mars 2026 pour évaluer l’efficacité des recouvrements. Ces ajustements, ancrés dans les événements de février 2026, redessinent les équilibres économiques, avec des répercussions immédiates sur les chaînes d’approvisionnement et les inégalités territoriales, où les régions périphériques comme le nord et le sud subissent des pressions accrues sur leurs activités locales.

