Les derniers articles

Articles liés

La liquidité sans justice est une violence

- Advertisement -

La crise financière libanaise est trop souvent présentée comme un dilemme technique : faut‑il d’abord ramener de la liquidité, ou rendre justice en identifiant les responsabilités ? Cette alternative est trompeuse. Elle masque l’essentiel : ce n’est pas le manque d’argent qui a détruit le pays, mais la destruction du lien de responsabilité entre l’État, les institutions financières et les citoyens.

La disparition de la liquidité est une urgence vitale. Sans argent, la société ne respire plus. Les salaires s’évaporent, les soins deviennent inaccessibles, l’économie réelle s’éteint. Mais injecter de la liquidité dans un système qui refuse de dire la vérité, c’est réanimer un corps sans cœur. Cela permet de gagner du temps, jamais de guérir.

La justice, dans ce contexte, n’est pas un luxe moral ni une vengeance tardive. Elle est la condition même de l’existence de l’État. Rendre justice signifie ici nommer les décisions, établir les chaînes de responsabilité, reconnaître les fautes. Un État qui refuse de dire qui a fait quoi n’est plus un État. Il devient une mécanique de transfert de pertes vers les plus faibles.

Recommande par Libnanews
Indicateurs économiques du Liban

Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.

La crise libanaise est avant tout une crise de confiance. Or la confiance ne se décrète pas par une loi financière ni par un plan technique. Elle naît d’une parole tenue. La liquidité restaure la circulation de l’argent. La justice restaure la circulation de la parole. Sans cette dernière, toute liquidité fuit, se cache, s’exile.

C’est pourquoi l’ordre des priorités est décisif. La première urgence est la vérité institutionnelle : un audit réel, une chronologie claire, une désignation explicite des responsabilités de l’État, de la banque centrale et des banques. La seconde est une justice ciblée, non spectaculaire, mais fondatrice, capable de restaurer la légitimité perdue. La liquidité ne peut venir qu’ensuite, encadrée, protégée, orientée vers l’économie réelle.

Depuis 2019, le Liban a fait exactement l’inverse. On a exigé des sacrifices sans justice, promis une liquidité future sans vérité, et fini par faire porter la faute au déposant. C’est une inversion morale et politique profonde : l’État se sauve en détruisant la vie de ses citoyens.

La liquidité sans justice est une violence. La justice sans liquidité est une abstraction. Mais seule la justice rend la liquidité féconde. Sans vérité, rien ne tient. Sans responsabilité, rien ne revient.


Bernard Jabre

- Advertisement -
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre
Bernard Raymond Jabre, Etudes scolaires à Jamhour puis à l’Ecole Gerson à Paris, continua ses études d’économie et de gestion licence et maitrise à Paris -Dauphine où il se spécialise dans le Master « Marchés Financiers Internationaux et Gestion des Risques » de l’Université de Paris - Dauphine 1989. Par la suite , Il se spécialise dans la gestion des risques des dérivés des marchés actions notamment dans les obligations convertibles en actions et le marché des options chez Morgan Stanley Londres 1988 , et à la société de Bourse Fauchier- Magnan - Paris 1989 à 1991, puis il revint au Liban en 1992 pour aider à reconstruire l’affaire familiale la Brasserie Almaza qu’il dirigea 11 ans , puis il fonda en 2003 une société de gestion Aleph Asset Management dont il est actionnaire à 100% analyste et gérant de portefeuille , de trésorerie et de risques financiers internationaux jusqu’à nos jours.

A lire aussi