jeudi, février 19, 2026

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La Sûreté de l’État révèle une évasion fiscale de près d’un demi-million de dollars au port de Tripoli

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La Direction générale de la Sûreté de l’État libanaise a annoncé, dans un communiqué officiel diffusé par l’Agence nationale d’information, la découverte d’une vaste opération d’évasion fiscale impliquant plusieurs agences maritimes opérant au port de Tripoli. Cette affaire, qui remonte à 2010, porte sur des montants estimés à environ un demi-million de dollars américains en frais portuaires non payés. L’enquête, menée par le bureau du port de Beyrouth de la Sûreté de l’État, a mis en lumière un système d’évasion intentionnelle de la part de 18 compagnies maritimes, combiné à une négligence fonctionnelle de certains employés de l’administration du port. Un employé du port de Tripoli a été placé sous enquête, tandis que les propriétaires et agents de 16 de ces compagnies ont été contraints de régler des arriérés totalisant 150 000 dollars américains et 75 millions de livres libanaises. Ces paiements ont permis la délivrance de quittances financières, et les responsables ont été libérés sous caution d’habitation. Des sommes supplémentaires, évaluées à 300 000 dollars américains, restent en cours de recouvrement. L’enquête a été clôturée et transmise aux autorités judiciaires compétentes pour poursuite des procédures légales et récupération des fonds restants.

Cette révélation intervient dans un contexte où les autorités libanaises intensifient leurs efforts pour sauvegarder les ressources publiques, particulièrement dans les secteurs stratégiques comme les infrastructures portuaires. Le port de Tripoli, situé au nord du Liban, représente un pilier essentiel de l’économie nationale, servant de porte d’entrée pour une grande partie des importations et exportations du pays. Depuis la crise économique qui a éclaté en 2019, ce port a vu son rôle s’accroître, notamment en raison des perturbations affectant le port de Beyrouth suite à l’explosion du 4 août 2020. Les opérations maritimes y ont augmenté de manière significative, avec un trafic conteneurs qui a progressé de plus de 20 % entre 2023 et 2025, selon les rapports officiels du ministère des Travaux publics et des Transports. Cependant, cette expansion s’est accompagnée de vulnérabilités administratives, favorisant des pratiques irrégulières comme celles mises au jour par la Sûreté de l’État.

Une opération minutieuse contre le détournement de fonds

L’enquête de la Sûreté de l’État a débuté à la suite d’informations précises reçues sur des irrégularités dans le paiement des redevances portuaires. Ces frais, qui incluent les droits d’accostage, de manutention et de stockage, sont essentiels pour le financement des opérations du port et contribuent aux recettes fiscales de l’État. Depuis 2010, les compagnies impliquées auraient systématiquement omis de s’acquitter de ces obligations, accumulant une dette collective estimée à un demi-million de dollars. Le communiqué de la Sûreté précise que l’évasion était « intentionnelle », impliquant une coordination entre les agents maritimes et certains fonctionnaires du port chargés de la surveillance et du recouvrement. L’employé du port interrogé est soupçonné d’avoir négligé ses devoirs en omettant de poursuivre les débiteurs, ce qui a permis la persistance de ces pratiques sur plus d’une décennie.

Parmi les 18 compagnies visées, 16 ont été sommées de payer immédiatement les montants dus, soit 150 000 dollars et 75 millions de livres libanaises. Ces règlements ont été effectués sous contrainte judiciaire, et les responsables ont obtenu des quittances confirmant l’extinction de leurs dettes. Les deux compagnies restantes font l’objet de poursuites pour les 300 000 dollars encore en suspens. Cette approche mixte – recouvrement partiel et poursuites judiciaires – illustre la stratégie adoptée par la Sûreté de l’État pour combiner efficacité immédiate et rigueur légale. Le transfert du dossier au parquet compétent marque la fin de la phase d’investigation administrative et ouvre la voie à des sanctions potentielles, incluant des amendes supplémentaires et des interdictions d’opérer au Liban.

Le rôle central de la Sûreté de l’État dans la préservation des biens publics

La Direction générale de la Sûreté de l’État, placée sous l’autorité du ministère de l’Intérieur, joue un rôle pivotal dans la lutte contre les infractions financières au Liban. Créée en 1921 et réorganisée en 1983, cette institution est chargée de la sécurité intérieure, du renseignement et de la protection des intérêts économiques de l’État. Dans le cadre de la stratégie nationale anti-corruption adoptée en 2020 et prolongée jusqu’en 2025, la Sûreté a multiplié les opérations similaires, ciblant des secteurs sensibles comme les douanes, les télécommunications et les infrastructures. En 2025, par exemple, elle a démantelé un réseau de contrebande aux frontières sud, récupérant des biens évalués à plusieurs millions de dollars. L’affaire du port de Tripoli s’inscrit dans cette dynamique, démontrant la capacité de l’institution à agir sur des informations précises et à coordonner avec les autorités judiciaires.

Sous le gouvernement de Nawaf Salam, formé le 8 février 2025, ces efforts ont été renforcés par une volonté politique affirmée. Le cabinet, composé de 24 ministres dont cinq femmes, intègre des figures réformatrices comme Ghassan Salamé au ministère de la Culture et Yassine Jaber aux Finances. Le ministre des Finances, responsable de la supervision des recettes publiques, a insisté sur la nécessité de moderniser les systèmes de recouvrement fiscal pour prévenir de telles évasions. De même, le ministre de la Justice, Adil Nassar, a supervisé la transmission des dossiers aux tribunaux, soulignant l’importance d’une justice rapide et impartiale. Le président Joseph Aoun, élu en janvier 2025, a quant à lui réaffirmé lors de réunions avec les chefs de sécurité l’engagement de l’État à éradiquer les pratiques corruptives qui minent la confiance publique.

Le port de Tripoli, un hub stratégique miné par les défis structurels

Situé à 85 kilomètres au nord de Beyrouth, le port de Tripoli est le deuxième plus important du Liban, couvrant une superficie de 3 millions de mètres carrés et disposant de 7 quais principaux. Il gère annuellement plus de 6 millions de tonnes de marchandises, représentant environ 30 % du commerce extérieur libanais en 2025. Ses infrastructures, modernisées dans les années 2010 avec des investissements chinois et européens, incluent des terminaux pour conteneurs, vrac et passagers. Le port joue un rôle crucial dans l’approvisionnement du nord du pays, particulièrement en produits pétroliers, céréales et biens de consommation, et sert de relais pour les échanges avec la Syrie voisine. En 2025, le volume des importations y a augmenté de 15 %, porté par la reprise partielle du tourisme et des envois de fonds de la diaspora, estimés à 6,7 milliards de dollars.

Cependant, le port est confronté à des défis persistants, exacerbés par la crise économique. La pauvreté à Tripoli, où le taux dépasse 80 % selon les estimations de la Banque mondiale en 2025, favorise un environnement propice à la corruption. Des rapports officiels du ministère des Travaux publics indiquent que les pertes dues à des irrégularités administratives s’élèvent à plusieurs dizaines de millions de dollars par an. L’affaire révélée par la Sûreté met en évidence des failles dans le système de suivi des paiements, où les redevances sont calculées sur la base du tonnage, de la durée d’accostage et des services utilisés. Depuis 2010, l’instabilité politique – incluant les conflits syriens et les tensions internes – a affaibli les contrôles, permettant à des compagnies de sous-déclarer leurs activités ou de différer indéfiniment leurs paiements.

La crise économique libanaise, un terreau fertile pour les infractions financières

Le Liban traverse depuis 2019 une crise économique sans précédent, marquée par une dépréciation de 98 % de la livre libanaise et une contraction du PIB de plus de 50 %. En 2025, l’inflation annuelle a ralenti à 14,8 %, le taux le plus bas depuis le début de la crise, contre 45,24 % en 2024, grâce à la stabilisation du taux de change autour de 89 500 livres pour un dollar. Les projections pour 2026 tablent sur une poursuite de cette tendance, avec une inflation estimée à 8,7 %, selon le Fonds monétaire international, sous réserve de réformes structurelles. La dette publique, évaluée à plus de 100 milliards de dollars, représente environ 280 % du PIB en 2025, rendant l’État dépendant des recettes fiscales pour financer ses opérations courantes.

Dans ce contexte, les évasions fiscales comme celle du port de Tripoli aggravent le déficit budgétaire, estimé à 9 % du PIB en 2025. Les recettes publiques, qui ont chuté à 6 % du PIB en 2023, se sont légèrement redressées à 3,5 milliards de dollars en 2025, grâce à des mesures comme l’augmentation de la TVA à 12 % en février 2026. Cependant, la corruption endémique – le Liban se classant 149e sur 180 dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International en 2023 – prive l’État de ressources vitales. La stratégie nationale anti-corruption, lancée en 2020, vise à intégrer des outils de transparence dans les secteurs prioritaires, incluant les ports et les douanes. En 2025, la Commission nationale anti-corruption, présidée par le juge Claude Karam, a participé à la Conférence des États parties à la Convention des Nations unies contre la corruption, renforçant les engagements internationaux du Liban.

Les implications pour le secteur maritime et les finances publiques

L’affaire du port de Tripoli souligne les risques pour le secteur maritime libanais, qui contribue à environ 5 % du PIB et emploie des milliers de personnes dans le nord du pays. Les compagnies impliquées, majoritairement des agents locaux représentant des armateurs internationaux, opèrent dans un marché où la concurrence est limitée par des oligopoles historiques. Les paiements recouvrés – 150 000 dollars et 75 millions de livres – représentent une injection immédiate dans les caisses de l’État, mais les 300 000 dollars en suspens pourraient nécessiter des saisies d’actifs ou des interdictions d’opérations. Le ministère des Finances, sous Yassine Jaber, a annoncé en 2025 des audits renforcés sur les infrastructures portuaires, visant à numériser les procédures de paiement pour éviter les négligences futures.

Au niveau judiciaire, le parquet compétent, probablement celui de Tripoli sauf si dépaysisation du dossier, examinera les preuves accumulées par la Sûreté, incluant des documents comptables et des témoignages. Les sanctions potentielles, prévues par le code pénal libanais, incluent des peines d’emprisonnement pour abus de fonction et des amendes doubles des montants évadés. Cette poursuite pourrait dissuader d’autres acteurs, particulièrement dans un contexte où les envois de fonds de la diaspora – 6,7 milliards de dollars en 2025 – soutiennent l’économie, mais où les fuites fiscales minent la reconstruction. En 2026, avec la reprise fragile du trafic portuaire, estimée à 7 millions de tonnes, les autorités visent à renforcer les partenariats internationaux pour moderniser les contrôles, comme avec l’Union européenne via le projet ACT pour la transparence.

Les dynamiques régionales et les défis persistants

Le port de Tripoli, frontalier avec la Syrie, est influencé par les instabilités régionales, incluant les flux de marchandises transfrontaliers. En 2025, les tensions au sud du Liban ont détourné une partie du trafic vers le nord, augmentant la pression sur les infrastructures. La Sûreté de l’État, en coordination avec l’armée libanaise, a intensifié les surveillances pour contrer la contrebande, récupérant des biens évalués à des millions. L’affaire actuelle révèle comment les négligences internes s’entremêlent avec des pratiques externes, où des compagnies exploitent les faiblesses administratives pour minimiser leurs coûts.

Dans le cadre du gouvernement Salam, des initiatives comme le Reform, Recovery and Reconstruction Framework (3RF), soutenu par la Banque mondiale et l’ONU, intègrent des mesures anti-corruption pour la reconstruction post-conflit. En 2025, ces efforts ont permis de débloquer des fonds pour les infrastructures, avec un focus sur la transparence. Pour 2026, les projections économiques prévoient une croissance modérée de 2 % si la stabilité monétaire persiste, mais les risques d’inflation remontant à 20 % en cas de chocs externes menacent cette trajectoire. Les recouvrements comme celui de Tripoli contribuent à stabiliser les finances, mais exigent une vigilance accrue pour protéger les secteurs vulnérables.

Les mesures immédiates et leurs effets sur les acteurs locaux

Suite à l’enquête, les 16 compagnies ont réglé leurs dettes, obtenant des quittances qui leur permettent de poursuivre leurs activités. Cependant, les deux restantes font face à des procédures accélérées, avec des montants en cours de recouvrement via des garanties bancaires ou des saisies. L’employé du port, toujours sous enquête, risque une suspension ou un licenciement, illustrant la tolérance zéro adoptée par l’administration. Au niveau local, à Tripoli, où la pauvreté affecte plus de 80 % de la population, ces révélations renforcent les appels à une redistribution équitable des recettes portuaires, qui financent en partie les services municipaux. Le conseil municipal, démissionnaire en février 2026 suite à l’effondrement d’un immeuble, souligne les liens entre corruption et négligences infrastructurelles.

Les autorités, via le ministère des Travaux publics, prévoient en 2026 d’installer des systèmes numériques pour le suivi des paiements, réduisant les interventions humaines. Cette modernisation, soutenue par des partenariats avec la Chine et l’Europe, vise à porter le trafic à 8 millions de tonnes. Les implications immédiates incluent une augmentation des recettes fiscales de 10 % pour le port, aidant à combler le déficit budgétaire.

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