Aujourd’hui, le 9 février 2026, le Liban a perdu deux enfants de trois ans dans des circonstances tragiques qui soulignent avec amertume l’échec de l’État à protéger ses citoyens. À Yanouh, au sud, un enfant a été tué dans une frappe aérienne israélienne qui a visé un véhicule, causant également la mort de son père et d’une autre personne. Les autorités israéliennes ont revendiqué avoir ciblé un responsable d’artillerie du Hezbollah, mais cela ne saurait justifier la perte d’un petit garçon nommé Ali Jaber et de son père Hassan, dans le district de Tyr. Au nord, à Tripoli, un autre enfant du même âge a péri dans l’effondrement d’un immeuble résidentiel, un drame qui a fait au moins 15 morts et plusieurs blessés graves. Les équipes de secours ont extrait son corps des décombres, tandis que d’autres enfants ont été sauvés dans un état critique, illustrant l’urgence d’une crise ignorée depuis trop longtemps.
Ces deux événements, distants géographiquement mais survenus le même jour, ne sont pas des coïncidences isolées. Ils révèlent l’incapacité profonde de l’État libanais à sauvegarder la vie de ses habitants, tant face aux menaces extérieures qu’aux dangers intérieurs. D’une part, la frappe israélienne met en évidence l’impuissance du gouvernement à sécuriser ses frontières et à protéger les civils dans une région encore marquée par les tensions après le cessez-le-feu de 2024. Malgré les accords internationaux, les violations persistent, et l’État, affaibli par la corruption et la paralysie politique, ne parvient ni à dissuader les agressions ni à assurer une défense adéquate. D’autre part, l’effondrement à Tripoli expose une négligence flagrante envers l’infrastructure urbaine. Dans cette ville appauvrie, les bâtiments vétustes s’écroulent régulièrement – il s’agit du cinquième incident cet hiver – en raison de normes de construction non respectées et d’un manque d’inspections. Les autorités étaient informées : 105 immeubles à Tripoli risquent l’effondrement, et des évacuations récentes dans des quartiers voisins n’ont pas empêché cette catastrophe.
Du nord au sud et du sud au nord, c’est la même rage, le même deuil qui unit le pays. Pour une fois, le Liban semble soudé dans cette douleur collective, transcendant les divisions habituelles pour partager une indignation commune face à ces pertes absurdes.
Du haut de leurs trois ans, ces enfants étaient l’incarnation de l’innocence, des vies à peine commencées et déjà volées par un monde impitoyable. Quelle existence ont-ils connue ? Une courte vie marquée par la guerre incessante au sud, où les bruits des frappes et les peurs quotidiennes remplacent les jeux d’enfants, et par la crise économique qui ronge tout le pays, laissant des familles dans la misère, sans accès à des soins adéquats ou à une sécurité de base. Au nord, dans les quartiers délaissés de Tripoli, c’est la pauvreté et l’instabilité qui ont dicté leur quotidien, une souffrance précoce imposée par des adultes qui ont failli à leur devoir. Ces petits n’ont pas eu le temps de rêver, seulement celui de subir les conséquences d’un État en déroute.
Comment accepter une telle inertie ? Ces enfants n’ont pas succombé au hasard, mais à l’incurie d’un système qui privilégie les luttes de pouvoir au détriment de la vie humaine. L’État libanais, miné par une crise économique persistante et une instabilité politique chronique, a renoncé à son devoir fondamental : veiller sur ses citoyens. Au sud, il échoue à instaurer une paix durable et à équiper ses forces pour contrer et faire face à des incursions étrangères. Au nord, il abandonne les plus vulnérables dans des habitats délabrés, laissant des familles entières exposées à des risques prévisibles. Cette double défaillance n’est pas seulement tragique ; elle est répréhensible. Elle impose une réflexion morale : combien d’autres innocents devront périr avant que les responsables ne soient tenus comptables ?
Il est impératif de souligner cette réalité sur le plan éthique : l’État n’est pas une entité abstraite, mais un contrat social qui exige vigilance et responsabilité. En mémoire de ces deux enfants de trois ans, le Liban doit réclamer des réformes immédiates – renforcement des frontières, audits structurels obligatoires, et une gouvernance centrée sur la préservation de la vie. On peut espérer que, du paradis, ils souffriront moins des manques des adultes qui ont failli. Sinon, ces pertes ne seront que les signes avant-coureurs d’une nation qui s’effrite encore sous le poids de son propre abandon.