Le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane a effectué plusieurs appels téléphoniques privés au président Donald Trump au cours du mois dernier pour plaider en faveur d’une attaque américaine contre l’Iran, malgré son soutien public à une solution diplomatique, révèle le Washington Post dans un article publié le 28 février 2026. Ce lobbying discret, combiné à la campagne publique de longue date menée par le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en faveur de frappes contre ce qu’il considère comme un ennemi existentiel, a joué un rôle clé dans la décision de Trump de lancer l’opération Epic Fury, une offensive massive contre des sites stratégiques iraniens qui a abouti à la mort du guide suprême Ali Khamenei. Ces révélations, issues de quatre sources familières avec les discussions, soulignent les dynamiques complexes des alliances régionales au Moyen-Orient, où les intérêts sécuritaires de Riyad et de Jérusalem convergent pour influencer la politique étrangère américaine, même lorsque les évaluations du renseignement américain ne détectent aucune menace imminente.
Les appels du prince héritier saoudien à Trump
Selon le Washington Post, Mohammed ben Salmane, souvent désigné par ses initiales MBS, a multiplié les conversations privées avec Donald Trump au cours des semaines précédant l’attaque. Ces échanges, tenus secrets, contrastaient avec les déclarations publiques du dirigeant saoudien en faveur d’une résolution diplomatique des tensions avec Téhéran. Le prince héritier, qui dirige de facto le royaume depuis 2017, a argumenté que le moment était opportun pour une action militaire décisive, malgré les efforts parallèles de l’émissaire présidentiel Steve Witkoff et du gendre de Trump, Jared Kushner, pour poursuivre des négociations avec les Iraniens. Ces discussions diplomatiques, menées en coulisses, visaient à relancer un dialogue sur le programme nucléaire iranien, mais le lobbying saoudien a apparently pesé plus lourd dans la balance.
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Les sources citées par le journal indiquent que MBS a insisté sur les risques posés par l’Iran pour la stabilité du Golfe, en particulier pour les monarchies sunnites comme l’Arabie saoudite, confrontées à des proxies iraniens au Yémen, en Irak et en Syrie. Le prince héritier a évoqué les attaques passées contre des installations pétrolières saoudiennes, comme celle d’Abqaiq en 2019, attribuée à Téhéran, pour justifier une intervention préventive. Ces appels s’inscrivent dans une stratégie saoudienne plus large de normalisation des relations avec Israël, scellée par les accords d’Abraham en 2020 sous l’égide de l’administration Trump précédente. Riyad, qui n’entretient pas de relations diplomatiques officielles avec Jérusalem, partage toutefois un intérêt commun à contrer l’influence iranienne, perçue comme une menace existentielle pour les deux pays.
La campagne publique de Netanyahu pour des frappes contre l’Iran
De son côté, Benjamin Netanyahu n’a pas ménagé ses efforts pour convaincre Washington de passer à l’action. Le Premier ministre israélien, au pouvoir de manière quasi ininterrompue depuis 2009, a mené une campagne publique soutenue contre l’Iran, qu’il qualifie d’ennemi existentiel depuis des décennies. Dans des discours devant le Congrès américain en 2015 et des interventions à l’ONU, Netanyahu a régulièrement dénoncé le programme nucléaire iranien comme une menace pour la survie d’Israël. Selon le Washington Post, cette pression s’est intensifiée au cours du mois dernier, avec des communications directes entre Netanyahu et Trump, renforcées par des échanges entre les services de renseignement des deux pays.
Netanyahu a argumenté que l’Iran représentait une menace imminente, malgré les évaluations du renseignement américain qui ne détectaient pas de risque direct pour les États-Unis ou leurs alliés dans un avenir proche. Les sources du journal notent que le lobbying israélien s’est appuyé sur des données partagées avec Washington, incluant des informations sur les avancées nucléaires iraniennes et les capacités balistiques de Téhéran. Cette collaboration étroite entre les appareils sécuritaires américain et israélien n’est pas nouvelle : elle remonte à l’administration Obama, mais a été amplifiée sous Trump, avec des opérations conjointes contre des cibles iraniennes en Syrie et en Irak dès 2017. Le Premier ministre israélien a également mis en avant les bénéfices d’une attaque pour la sécurité régionale, en alignant ses arguments sur ceux de Riyad, formant ainsi un front uni pour influencer la Maison Blanche.
Le contraste entre soutien public à la diplomatie et lobbying privé
Le Washington Post met en lumière le décalage entre les positions publiques et privées des alliés américains. Mohammed ben Salmane a publiquement défendu une solution diplomatique, comme lors du sommet de Djeddah en juillet 2022, où il avait appelé à un dialogue avec l’Iran pour stabiliser le Golfe. De même, Netanyahu a parfois évoqué des négociations, mais toujours conditionnées à un démantèlement complet du programme nucléaire iranien. En privé, cependant, les deux dirigeants ont plaidé pour une option militaire, arguant que les négociations en cours – menées par Witkoff et Kushner – ne suffiraient pas à neutraliser la menace. Ces efforts ont coïncidé avec une période de tensions accrues, marquée par des exercices navals iraniens dans le détroit d’Ormuz en février 2026 et des lancements de missiles balistiques vers Israël en juin 2025, qui avaient déjà perturbé les marchés énergétiques mondiaux.
Les émissaires américains impliqués dans les négociations, comme Kushner, qui avait joué un rôle clé dans les accords d’Abraham, ont tenté de préserver un canal diplomatique. Selon les sources, ces discussions visaient à relancer un accord sur le nucléaire, inspiré du JCPOA de 2015 abandonné par Trump en 2018. Pourtant, le lobbying de Riyad et Jérusalem a apparently convaincu Trump que le moment était propice à une action décisive, malgré l’absence de menace imminente identifiée par la CIA et le DNI. Cette décision s’inscrit dans la doctrine Trump de « pression maximale » sur l’Iran, initiée lors de son premier mandat avec des sanctions économiques qui ont réduit les exportations pétrolières iraniennes de 2,8 millions de barils par jour en 2018 à 1,5 million en 2025.
Les implications pour la politique étrangère américaine
Cette révélation du Washington Post interroge la souveraineté de la décision américaine dans les affaires moyen-orientales. Trump, qui a fait de la relation avec l’Arabie saoudite et Israël un pilier de sa politique étrangère, a souvent aligné ses positions sur celles de ses alliés. Lors de son premier mandat, il avait transféré l’ambassade américaine à Jérusalem en 2018 et reconnu la souveraineté israélienne sur le Golan en 2019, des moves applaudis par Netanyahu. Avec Riyad, les liens se sont renforcés par des ventes d’armes massives, comme le paquet de 110 milliards de dollars annoncé en 2017, bien que gonflé pour des raisons publicitaires. Ces alliances ont permis à Washington de contrebalancer l’influence iranienne, mais elles exposent les États-Unis à des risques d’enlisement régional, comme lors de la guerre au Yémen où Riyad a mené une coalition soutenue par les Américains depuis 2015.
L’attaque du 28 février, qui a tué Khamenei et détruit des sites nucléaires, a provoqué une riposte immédiate de Téhéran, avec des missiles touchant des bases américaines dans le Golfe et des villes israéliennes. Le bilan humain s’alourdit : en Iran, plus de 1 000 morts, dont 53 dans une école à Minab ; en Israël, une civile tuée et 121 blessés ; aux Émirats, une morte et neuf blessés. Ces événements soulignent les conséquences d’un lobbying réussi, qui a poussé Trump à opter pour l’option militaire malgré les évaluations internes.
Les dynamiques régionales derrière le lobbying
L’intérêt commun de l’Arabie saoudite et d’Israël contre l’Iran repose sur une convergence stratégique née des accords d’Abraham. Riyad voit en Téhéran un rival confessionnel sunnite-chiite, finançant des groupes comme les Houthis au Yémen qui ont attaqué des installations saoudiennes en 2019 et 2022. Israël, de son côté, perçoit l’Iran comme une menace nucléaire et balistique, avec des missiles capables d’atteindre Tel Aviv. Les deux pays ont collaboré discrètement sur des questions de renseignement, comme révélé par des fuites en 2020 sur des rencontres entre MBS et Netanyahu. Ce front uni a influencé Trump, dont le second mandat a vu un renforcement des alliances avec les monarchies du Golfe, incluant des accords de défense avec les Émirats en 2021.
Les négociations en coulisses, menées par Witkoff – un proche de Trump nommé émissaire pour le Moyen-Orient – et Kushner, ont été éclipsées par ce lobbying. Witkoff, promoteur immobilier et ami personnel de Trump, a visité Riyad et Jérusalem en janvier 2026 pour discuter d’un potentiel accord, mais les appels de MBS ont apparently convaincu le président que la diplomatie était futile. De même, Netanyahu a utilisé ses canaux directs avec la Maison Blanche, forgés lors de son premier mandat, pour plaider sa cause.
Les évaluations du renseignement américain et l’absence de menace imminente
Le Washington Post souligne que les agences de renseignement américaines, dont la CIA et le DNI, n’ont pas identifié de menace imminente émanant de l’Iran. Des rapports internes, cités par les sources, indiquent que Téhéran ne représentait pas un danger immédiat pour les intérêts américains, malgré ses avancées nucléaires. L’AIEA avait rapporté en janvier 2026 un enrichissement d’uranium à 60 % en Iran, proche du seuil militaire, mais sans preuve d’arme opérationnelle. Cette discordance entre les évaluations internes et la décision présidentielle suggère que le lobbying externe a primé sur les analyses objectives, un pattern observé lors du retrait du JCPOA en 2018, motivé par des pressions israéliennes.



