mercredi, février 18, 2026

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Le président du syndicat ouvrier rejette les nouvelles taxes sur les carburants destinées à financer les hausses salariales

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Au cœur des tensions économiques qui secouent le Liban depuis plusieurs années, Béchara Asmar, président de la Confédération générale du travail (CGTL), a exprimé un refus catégorique des mesures fiscales récemment adoptées par le gouvernement. Dans un communiqué diffusé ce matin par l’Agence nationale d’information, il a qualifié ces taxes d’inacceptables, arguant qu’elles pèsent injustement sur les épaules des classes laborieuses déjà éprouvées par la crise. Cette déclaration intervient au lendemain de l’approbation, par le Conseil des ministres réuni sous la présidence de Joseph Aoun et dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam, d’une série d’augmentations salariales pour le secteur public, les retraités et les militaires, financées en partie par une hausse des taxes sur les carburants et une élévation de la TVA à 12 %. Ces décisions, prises lors de la séance du 16 février 2026, visent à atténuer l’érosion des revenus face à une inflation persistante, mais elles ravivent les débats sur la répartition des efforts fiscaux dans un pays où la dette publique avoisine les 150 % du PIB et où les recettes fiscales peinent à couvrir les dépenses courantes.

Un refus catégorique des mesures fiscales imposées

Béchara Asmar n’a pas mâché ses mots dans son intervention. « Nous refusons absolument les taxes et impôts imposés hier au peuple pour financer les augmentations dans le secteur public, les retraités et les militaires », a-t-il déclaré. Selon lui, le gouvernement aurait dû explorer d’autres sources de financement plutôt que de recourir à des prélèvements qui, à ses yeux, épuisent les foyers modestes sans résoudre les problèmes structurels. Il a insisté sur le fait que ces hausses salariales, bien que nécessaires, ne sont pas intégrées au salaire de base et sont immédiatement absorbées par les nouvelles charges fiscales. « Il aurait été plus judicieux de chercher d’autres ressources, au lieu de donner une augmentation qui ne répond pas aux besoins et de la reprendre aussitôt en alourdissant les taxes sur les classes ouvrières et militaires, ce qui affecte négativement toutes les catégories de la population », a-t-il ajouté.

Cette position reflète les préoccupations récurrentes des syndicats face à une politique budgétaire perçue comme punitive. Asmar a appelé à une réunion d’urgence de la CGTL pour examiner les étapes à entreprendre afin de « stopper cette destruction systématique des classes laborieuses ». Il a mis en garde contre les répercussions néfastes de ces mesures sur les prix des biens de consommation, du chauffage et des transports, soulignant que l’augmentation des taxes sur les carburants, approuvée à hauteur de 300 000 livres libanaises par litre d’essence, entraînera une spirale inflationniste. Cette hausse, combinée à l’élévation de la TVA, pourrait éroder encore davantage le pouvoir d’achat dans un contexte où les salaires réels ont chuté de plus de 80 % depuis le début de la crise en 2019.

Le contexte persistant de la crise économique libanaise

Pour comprendre l’ampleur de cette controverse, il faut replacer ces événements dans le cadre de la profonde crise économique qui frappe le Liban depuis octobre 2019. À l’époque, des manifestations massives avaient éclaté contre la corruption, la mauvaise gouvernance et l’effondrement du système financier, menant à un défaut de paiement sur la dette souveraine en mars 2020. La livre libanaise a perdu plus de 95 % de sa valeur par rapport au dollar américain, passant d’un taux officiel de 1 507 livres pour un dollar à un taux parallèle flirtant avec les 89 500 livres en 2023, avant une stabilisation relative autour de 89 000 livres en 2025 grâce aux interventions de la Banque du Liban.

Les indicateurs macroéconomiques restent alarmants. Selon les estimations de la Banque mondiale, le PIB réel du Liban a contracté de 7,5 % en 2024, en raison notamment des impacts de la guerre avec Israël et des tensions régionales. Pour 2025, une croissance de 5 % est projetée, marquant la plus forte depuis 2011, mais elle repose sur une base fragile : une décrue de l’inflation de 220 % en 2023 à environ 14,8 % en 2025, et une amélioration des recettes fiscales grâce à une application plus stricte des lois. Cependant, les dépenses publiques continuent d’augmenter, tirées par les salaires du secteur public et les subventions, tandis que les recettes fiscales, dominées par la TVA et les douanes, représentent plus de 80 % des revenus budgétaires. Le budget 2025, adopté en mars de la même année, affichait un déficit zéro sur le papier, mais au prix d’une dépendance accrue aux taxes indirectes, qui touchent disproportionnellement les ménages à faible revenu.

Les administrations publiques, employant plus de 300 000 personnes, ont été particulièrement affectées. Les salaires, libellés en livres libanaises, ont été érodés par l’hyperinflation, menant à des grèves répétées et à une dégradation des services publics. En 2024, certains employés des autorités de régulation, comme ceux des télécommunications ou de l’électricité, ont obtenu des rémunérations mensuelles allant jusqu’à 9 000 dollars, creusant les inégalités au sein même de la fonction publique. Le gouvernement de Nawaf Salam, formé le 8 février 2025 après des tractations ardues, s’est engagé à réformer ce secteur, mais les progrès sont lents face aux résistances confessionnelles et politiques.

Les détails des augmentations salariales approuvées récemment

La décision du Conseil des ministres du 16 février 2026 marque un tournant dans les efforts pour corriger les salaires du secteur public. Sous la présidence de Joseph Aoun et avec le Premier ministre Nawaf Salam à la tête du gouvernement, les ministres ont validé l’octroi de six salaires supplémentaires à tous les employés publics, contractuels et militaires, incluant l’ensemble des compléments pour ces derniers. Cette mesure, évaluée à environ 505 720 milliards de livres libanaises (soit près de 5,65 milliards de dollars au taux actuel), représente une augmentation de 13,6 % des dépenses par rapport à l’année précédente. Elle s’inscrit dans le cadre du budget 2026, qui prévoit des recettes fiscales de 439 610 milliards de livres, soit 81,65 % des revenus totaux, complétées par des recettes non fiscales comme les frais administratifs.

Pour financer ces hausses, le gouvernement a opté pour une augmentation des taxes sur les carburants et une élévation de la TVA de 11 % à 12 %. Le ministre des Finances, Yassine Jaber, a justifié ces choix en soulignant la nécessité de maintenir l’équilibre budgétaire tout en préservant les fonctions essentielles de l’État. « Ces ajustements permettront de couvrir les besoins immédiats sans creuser davantage le déficit », a-t-il déclaré lors de la séance. Parmi les ministres présents, le vice-Premier ministre Tarek Mitri, chargé également des Affaires étrangères par intérim, a insisté sur l’importance de ces mesures pour restaurer la confiance entre les citoyens et l’État. Le cabinet, composé de 24 ministres dont cinq femmes, inclut des figures comme Ghassan Salamé aux Affaires étrangères et Fadi Makki au Développement administratif, reflétant un mélange de technocrates et de représentants des principales formations politiques, du tandem chiite Amal-Hezbollah aux Forces libanaises.

Ces augmentations ne sont pas les premières. En février 2024, le ministère des Finances avait déjà relevé l’allocation de transport des employés à 450 000 livres par jour travaillé, et exempté les indemnités de fin de service de l’impôt sur le revenu jusqu’à fin 2025. Cependant, ces palliatifs n’ont pas suffi à apaiser les syndicats, qui dénoncent un manque de vision globale. La grille des salaires, dernière mise à jour en 2016 avec des hausses moyennes de 15 %, est obsolète face à l’inflation cumulée.

Les implications pour les classes laborieuses et l’économie quotidienne

Les répercussions de ces taxes sur la vie quotidienne des Libanais sont immédiates et multiformes. Avec l’augmentation de 300 000 livres sur le prix de l’essence, les coûts de transport pourraient grimper de 20 % à 30 %, affectant particulièrement les régions rurales et les banlieues de Beyrouth où les ménages dépendent des véhicules privés faute d’un réseau de transports publics efficace. Le chauffage, déjà un poste de dépense majeur en hiver, verra ses prix s’envoler, alors que de nombreuses familles peinent à payer leurs factures d’électricité, subventionnées à hauteur de 2 milliards de dollars annuels par l’État.

L’élévation de la TVA à 12 % touche l’ensemble des biens de consommation, des produits alimentaires aux services essentiels. Dans un pays où 70 % de la population vit sous le seuil de pauvreté selon les estimations de la Banque mondiale pour 2025, ces mesures indirectes exacerbent les inégalités. Les classes moyennes, déjà laminées par la crise, risquent de basculer dans la précarité, tandis que les plus aisés peuvent recourir à des optimisations fiscales. Béchara Asmar a souligné ce point : « Ces taxes auront des effets négatifs sur les prix et les biens, aggravant la charge sur les foyers ouvriers ». Les syndicats, regroupés au sein de la CGTL, représentent plus de 200 000 affiliés et ont déjà organisé des manifestations en janvier 2026 pour exiger une refonte du système fiscal, incluant une imposition progressive des revenus et une lutte accrue contre l’évasion fiscale, estimée à 5 milliards de dollars par an.

Sur le plan régional, ces tensions s’inscrivent dans un contexte géopolitique volatile. Le cessez-le-feu avec Israël, intervenu fin 2024, a permis une reprise timide, mais les bombardements sporadiques au sud du pays perturbent les chaînes d’approvisionnement. L’ONU, via son coordinateur humanitaire pour le Liban, a averti en janvier 2026 que sans réformes structurelles, la faim pourrait toucher 2,5 millions de personnes d’ici fin 2026, malgré une légère amélioration en 2025. « La stabilisation actuelle n’est pas garantie », a déclaré le représentant, appelant à une aide internationale conditionnée à des avancées en matière de gouvernance.

Les dynamiques politiques internes compliquent la situation. Le gouvernement Salam, issu d’un compromis entre les blocs sunnite, chiite et chrétien, doit naviguer entre les exigences du FMI pour un accord de financement – incluant la restructuration de la dette et la réforme bancaire – et les pressions locales. Le Parlement, présidé par Nabih Berri, a débattu en commission des finances des hausses fiscales proposées, approuvant des exemptions pour les zones affectées par la guerre, mais rejetant des amendements syndicaux pour une taxation accrue des hauts revenus.

Les perspectives budgétaires pour 2026 et au-delà

Le budget 2026, en cours d’examen, prévoit une croissance des dépenses de 13,6 %, portée par les salaires et les investissements dans les infrastructures endommagées par le conflit. Les recettes fiscales, dominées par les taxes sur les biens et services, devraient atteindre 81,65 % des revenus, avec une contribution moindre des impôts directs. Le ministre de l’Économie, Ahmad Hajjar, un général à la retraite affilié à Kulluna Irada, a présenté des projections indiquant une croissance de 7,1 % en 2027 si les réformes sont mises en œuvre, incluant une meilleure collecte des douanes et une réduction des subventions inefficientes.

Cependant, les scénarios alternatifs restent incertains. Bank Audi estime une croissance de 5 % en 2025, mais prévoit trois voies pour 2026 : une reprise à 8,2 % avec des réformes, une stagnation à 2 % en cas de statu quo, ou une contraction de 3 % si les tensions régionales s’aggravent. L’ESCWA, organe onusien, appelle à une relance urgente pour éviter une crise prolongée, notant que l’érosion des salaires publics a créé un déficit de compétences critiques, avec des milliers de fonctionnaires ayant quitté leurs postes.

Dans les administrations, les tensions montent. Les employés des ministères de la Santé et de l’Éducation, dirigés respectivement par Hanine Sayyed et une figure indépendante, ont multiplié les arrêts de travail, réclamant des ajustements permanents plutôt que des primes temporaires. Le secteur militaire, sous la tutelle du ministre de la Défense, bénéficie de compléments spécifiques, mais les retraités, souvent issus de régions chiites au sud, expriment leur mécontentement face aux retards de paiement.

Ces développements illustrent les défis immédiats du Liban : équilibrer les besoins sociaux avec les contraintes fiscales, tout en maintenant la cohésion nationale. Les appels syndicaux à une réunion d’urgence pourraient déboucher sur des actions collectives, tandis que le gouvernement prépare un projet de loi pour atténuer les impacts sociaux des taxes, comme l’a annoncé Nawaf Salam. Les exonérations fiscales pour les victimes de la guerre, approuvées en parallèle, visent à soulager les régions frontalières, où les destructions ont coûté plus de 10 milliards de dollars selon les évaluations préliminaires de l’ONU.

Les débats parlementaires sur le budget 2026, prévus pour les prochaines semaines, examineront ces mesures en détail, avec une attention particulière aux contributions au FMI et aux ajustements fiscaux. Les députés, influencés par leurs bases confessionnelles – sunnites à Tripoli, chiites au sud – , pourraient amender les textes pour protéger leurs électorats, mais les pressions internationales pour une fiscalité plus équitable persistent.

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