jeudi, février 5, 2026

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Les employés de l’administration publique libanaise suspendent leur grève en vue de négociations avec le FMI

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La Ligue des employés de l’administration publique au Liban a annoncé, ce 4 février 2026, la suspension temporaire de son mouvement de grève, avec un retour au travail prévu dès le jeudi 5 février. Cette décision, qualifiée de « responsable et limitée dans le temps » par l’organisation syndicale, vise à ouvrir la voie à des négociations sérieuses au sein du ministère des Finances, coïncidant avec la visite imminente d’une délégation du Fonds monétaire international (FMI) à Beyrouth. Dans un communiqué officiel, la Ligue souligne que cette mesure n’équivaut pas à un renoncement aux droits des employés, mais constitue plutôt un « avertissement final » adressé au gouvernement pour qu’il prenne des engagements concrets dans un délai précis.

Cette annonce intervient dans un contexte de tensions sociales persistantes, où les employés du secteur public, confrontés à une érosion drastique de leur pouvoir d’achat depuis la crise économique de 2019, ont multiplié les actions pour exiger des ajustements salariaux. La suspension de la grève, bien que temporaire, marque un tournant potentiel dans les relations entre les syndicats et l’exécutif, dirigé par le Premier ministre Nawaf Salam depuis février 2025. Elle reflète également les pressions internationales exercées sur le Liban pour avancer sur la voie des réformes structurelles, essentielles à la reprise économique.

Les origines d’un mouvement social profond

Le mouvement de grève des employés de l’administration publique, qui a paralysé de nombreux services depuis plusieurs semaines, trouve ses racines dans les difficultés accumulées par le secteur public libanais au fil des ans. Dès janvier 2026, les syndicats ont intensifié leurs actions, prolongeant les arrêts de travail pour protester contre ce qu’ils qualifient d’inaction gouvernementale face à la crise sociale et financière. Les employés, incluant ceux des administrations centrales, des écoles publiques et des services judiciaires, ont réclamé une révision complète de la grille salariale, visant à restaurer les niveaux de rémunération d’avant la crise de 2019, ajustés à l’inflation et au coût de la vie.

Parmi les revendications clés figurent l’intégration des augmentations salariales post-crise dans les salaires de base, l’approbation d’une charte de retraite pour les travailleurs contractuels et journaliers, ainsi que le relèvement de l’âge de la retraite à 68 ans. Ces demandes ne sont pas nouvelles ; elles émanent d’un sentiment d’injustice croissant, alors que les salaires ont été rognés par la dévaluation de la livre libanaise, qui a perdu plus de 98 % de sa valeur depuis 2019. En avril 2023, un décret avait porté le salaire minimum à 9 millions de livres libanaises (environ 100 dollars américains à l’époque), puis à 18 millions en avril 2024 et à 28 millions en juillet 2025, mais ces ajustements ont été jugés insuffisants face à une inflation qui, bien qu’en décélération, reste élevée.

Les actions syndicales ont pris diverses formes : grèves reconductibles, sit-ins devant les ministères et manifestations dans le centre de Beyrouth. Le 27 janvier 2026, une grève générale a immobilisé les tribunaux, les écoles et les administrations, exposant au grand jour la fragilité de l’État libanais. Les juges ont suspendu leurs audiences, les enseignants ont fermé les classes, et les employés administratifs ont cessé de traiter les dossiers, rappelant que sans eux, l’appareil étatique s’arrête. Cette mobilisation collective, coordonnée par le Rassemblement des ligues du secteur public, a mis en lumière les disparités entre les travailleurs du public et du privé, ainsi que les inégalités régionales, particulièrement marquées dans les zones du Nord et du Sud du pays, où les influences confessionnelles – sunnites à Tripoli, chiites au Sud – influencent les dynamiques sociales.

Les syndicats, dont la Ligue des employés de l’administration publique, ont insisté sur le respect des principes constitutionnels, tels que la continuité du service public et l’équité entre les employés. Leur communiqué du 4 février réaffirme que la suspension de la grève est une « étape responsable » pour permettre à l’exécutif de remplir ses obligations légales, mais elle est assortie d’avertissements clairs : tout échec dans les négociations entraînera une reprise immédiate des actions, potentiellement plus radicales.

La crise économique libanaise : un héritage persistant

Pour comprendre l’ampleur de ce mouvement, il faut replonger dans la crise économique qui frappe le Liban depuis 2019, qualifiée par la Banque mondiale comme l’une des plus sévères depuis plus de 150 ans. Le produit intérieur brut (PIB) réel a chuté cumulativement de près de 40 % entre 2019 et 2024, avec une contraction annuelle de -0,76 % en 2023. La pauvreté a triplé en une décennie, touchant 44 % de la population, tandis que l’inflation, qui a atteint des sommets hyperboliques, a décru à 14,7 % au premier semestre 2025, grâce à la stabilisation du taux de change à 89 500 livres libanaises par dollar depuis août 2023.

Cette crise a été exacerbée par des facteurs structurels : corruption endémique, mauvaise gestion des finances publiques et une dette publique colossale, dont les niveaux exacts restent opaques en raison de l’absence d’audits complets. Le secteur bancaire, autrefois pilier de l’économie, est en faillite, avec des contrôles de capitaux imposés depuis 2019 qui ont gelé les dépôts et transféré les pertes aux citoyens ordinaires. La dollarisation quasi-totale des prix de consommation a atténué l’inflation, mais les secteurs domestiques comme les loyers et l’éducation restent sujets à des hausses persistantes.

En 2025, des signes de reprise modeste sont apparus : le PIB a crû de 3,5 %, porté par un rebond du tourisme, des envois de fonds stables et des réformes initiées par le gouvernement. Pour 2026, une croissance de 4 % est projetée, à condition que les réformes se poursuivent. Le budget 2026, soumis par le ministre des Finances Yassine Jaber et approuvé par le Parlement fin janvier, vise un déficit zéro, avec des recettes équilibrant les dépenses, comme en 2024 et 2025. Cependant, ce budget a été critiqué par les syndicats pour son inadéquation face aux besoins des employés publics, dont la masse salariale représente près de la moitié du budget total de l’État, estimé à 6 milliards de dollars.

Les réformes incluent une loi sur la secrecy bancaire adoptée en avril 2025, alignée sur les exigences du FMI, et des efforts pour restructurer la dette publique. Pourtant, l’absence d’un plan global pour répartir les pertes bancaires et recapitaliser le secteur financier entrave la confiance des investisseurs. La crise a également été aggravée par des chocs externes, comme le conflit de 2023-2024, qui a causé 14 milliards de dollars de dommages économiques, dont 6,8 milliards en destructions physiques, et entraîné le déplacement de plus de 64 000 personnes du Sud-Liban, avec des retours lents en raison de l’insécurité persistante.

La visite du FMI : un enjeu décisif

La suspension de la grève coïncide précisément avec l’arrivée annoncée d’une mission du FMI à Beyrouth, prévue du 9 au 13 février 2026. Cette visite technique vise à poursuivre les discussions sur un programme d’assistance financière, conditionné à des réformes profondes. Le Premier ministre Nawaf Salam a confirmé cette mission le 23 janvier, soulignant son objectif de conclure un accord avec le Fonds.

Les engagements du FMI avec le Liban remontent à plusieurs années, mais les progrès ont été lents en raison des blocages politiques antérieurs. En 2025, plusieurs missions du FMI ont eu lieu : une en mars, une en juin et une en septembre, centrées sur la transformation numérique de l’administration fiscale et la restructuration de la dette. Le gouvernement Salam, formé en février 2025, s’est engagé à accélérer les réformes, incluant la transparence financière et la lutte contre la corruption, pour sortir de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) où le Liban a été placé en 2024.

Les négociations portent sur des points cruciaux : la réforme du secteur bancaire, la unification des taux de change et la mise en place d’un filet de sécurité sociale. Pour les syndicats, cette visite représente une opportunité pour que le gouvernement démontre sa capacité à négocier des solutions viables, y compris des ajustements salariaux qui préservent la pouvoir d’achat. La Ligue des employés insiste sur le respect des lois en vigueur relatives aux droits des employés et retraités, et sur l’abstention de toute mesure unilatérale affectant les acquis.

Le rôle du gouvernement et les défis internes

Sous la direction du Premier ministre Nawaf Salam et du ministre des Finances Yassine Jaber, le gouvernement libanais navigue entre les exigences syndicales et les contraintes budgétaires. Le cabinet, issu d’une coalition fragile tenant compte des équilibres confessionnels, a approuvé le budget 2026 en visant l’équilibre fiscal, mais sans allocations substantielles pour les hausses salariales demandées. Yassine Jaber, économiste formé à l’Université américaine de Beyrouth, a soumis le projet de loi budgétaire en septembre 2025, insistant sur la discipline fiscale pour restaurer la confiance internationale.

Les discussions au ministère des Finances, que la suspension de la grève vise à faciliter, porteront sur la correction des salaires en tenant compte de la capacité d’achat, un point central des revendications. Le gouvernement a promis des mesures pour réduire les dépenses et augmenter les recettes, via des réformes fiscales et une meilleure collecte des impôts, mais les syndicats craignent que ces engagements ne soient que des manœuvres dilatoires.

Les avertissements syndicaux et les perspectives d’escalade

Dans son communiqué, la Ligue des employés de l’administration publique met en garde contre toute tentative d’utiliser les négociations comme un « couvert pour la procrastination ou pour gagner du temps ». Elle affirme que tout manquement à produire des résultats tangibles entraînera l’annulation immédiate de la suspension et le passage à des « actions escalatoires ouvertes », dont les formes et le timing seront déterminés dans le cadre légal.

Le Rassemblement des ligues du secteur public doit émettre un communiqué clarificateur ce 4 février, exposant les recommandations et options de lutte futures. Cette coordination syndicale, impliquant des unions comme celles des enseignants, des juges et des employés d’Électricité du Liban, renforce la pression sur l’exécutif. Les actions passées, telles que la grève d’avertissement des employés d’EDL le 3 février ou l’extension des arrêts judiciaires jusqu’au 6 février, illustrent la détermination des travailleurs.

Les implications immédiates de la suspension

Avec le retour au travail dès le 5 février, les services publics devraient reprendre progressivement, évitant une paralysie accrue qui affecterait les citoyens ordinaires. Cette pause permet au gouvernement de se concentrer sur la mission du FMI, dont les recommandations pourraient influencer les allocations budgétaires futures. Cependant, les tensions persistent : les déplacements internes dus aux conflits au Sud, combinés à l’insécurité et aux inondations localisées en janvier 2026, compliquent l’accès aux marchés et aux emplois, aggravant la vulnérabilité des ménages pauvres.

Les employés publics, dont le nombre total avoisine les 330 000 (actifs et retraités), représentent un pilier de l’économie, avec une masse salariale annuelle de 3,1 milliards de dollars. Toute résolution des négociations devra équilibrer leurs droits avec la capacité financière de l’État, limitée par une trésorerie exsangue. Les réformes en cours, comme la numérisation fiscale soutenue par le FMI, pourraient générer des revenus supplémentaires, mais leur mise en œuvre reste incertaine face aux risques d’escalade régionale et aux divisions internes.

Cette suspension, bien que temporaire, ouvre une fenêtre pour des avancées concrètes, mais elle expose aussi la fragilité du dialogue social au Liban. Les prochains jours révéleront si les négociations au ministère des Finances produiront des décisions spécifiques sur les salaires, les retraites et les protections sociales, ou si elles mèneront à une reprise des hostilités syndicales.

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Newsdesk Libnanews
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