Les rues de Téhéran et de plusieurs villes iraniennes ont été le théâtre d’affrontements violents le 1er janvier 2026, marquant le cinquième jour d’une vague de protestations déclenchée par la dévaluation accélérée du rial et une inflation galopante. Au moins un membre des forces de sécurité a été tué et plusieurs manifestants blessés lors de heurts à Kouhdasht, dans la province de Lorestan, où des protestataires ont attaqué des véhicules policiers. Ces événements, qui se sont étendus à plus de 17 provinces selon des rapports officiels, illustrent une frustration profonde face à une crise économique exacerbée par des sanctions internationales, des facteurs environnementaux et les retombées du conflit de juin 2025 avec Israël. Pourtant, derrière cette agitation, le régime iranien conserve des appuis stratégiques qui compliquent toute perspective de changement radical. Les autorités ont déployé des unités anti-émeute dans les principaux centres urbains, tandis que les réseaux sociaux, malgré les restrictions, diffusent des images de barricades et de gaz lacrymogènes, témoignant d’une mobilisation qui, bien que sporadique, révèle des fissures dans le tissu social iranien.
Les racines économiques des troubles actuels
La dépréciation du rial, qui a atteint un record de près de 1,4 million pour un dollar américain fin décembre 2025, a servi de détonateur à ces manifestations. Les commerçants, piliers de l’économie iranienne, ont été les premiers à réagir en fermant des centaines de boutiques dans le Grand Bazar de Téhéran et dans d’autres marchés clés comme ceux d’Ispahan et de Chiraz. Ce mouvement de grève, initialement limité aux secteurs de l’électronique et des biens de consommation, s’est rapidement propagé aux marchés aux fruits et légumes, perturbant les chaînes d’approvisionnement alimentaires dans la capitale. Des travailleurs du complexe gazier de South Pars, le plus grand champ gazier d’Iran, ont rejoint les rangs des protestataires, réclamant une meilleure gestion des ressources nationales. Dans les provinces comme le Fars et le Khouzestan, des usines textiles et des raffineries ont vu leurs employés débrayer, ajoutant à la paralysie économique. À Bandar Abbas, port stratégique sur le golfe Persique, des dockers ont bloqué des chargements de conteneurs, affectant les exportations de pétrole brut vers l’Asie, déjà réduites par les sanctions.
Cette contestation n’est pas isolée. Elle s’inscrit dans un contexte de polycrise économique où l’inflation a dépassé les 40 % en 2025, selon les estimations du Fonds monétaire international, et où les prix des denrées de base comme la viande et les produits laitiers ont augmenté de plus de 60 %. Le président Masoud Pezeshkian, élu en juillet 2024, a reconnu publiquement ces difficultés lors d’un discours télévisé le 31 décembre 2025, déclarant que l’économie iranienne traversait une période « extrêmement difficile » et appelant à un dialogue avec les représentants des commerçants. Des mesures d’urgence, comme la distribution de coupons électroniques d’une valeur équivalente à environ 5 dollars par personne pour l’achat d’œufs, de poulet et de riz dans des magasins gouvernementaux, ont été annoncées, rappelant les systèmes de rationnement mis en place pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces aides, distribuées via des applications mobiles gérées par le ministère des Affaires sociales, visent à atténuer les pénuries immédiates, mais elles soulignent la dépendance croissante de la population aux subsides étatiques. Dans les villes comme Mashhad, des files d’attente devant les centres de distribution ont dégénéré en échauffourées, avec des accusations de favoritisme dans l’allocation des aides.
Ces initiatives, toutefois, n’ont pas apaisé les tensions. Les manifestants, issus de classes moyennes et populaires, dénoncent non seulement la hausse des taxes – augmentées de 53 % dans le budget 2026 – mais aussi les frais accrus pour les passeports, les amendes de circulation et même les permis pour les restaurants pendant le ramadan. Cette pression fiscale, combinée à une chute des recettes pétrolières due aux sanctions réimposées après le conflit de juin 2025 avec Israël, a créé un cercle vicieux où les subventions gouvernementales, autrefois piliers du soutien populaire, deviennent insoutenables. Les protestations, qui ont débuté le 28 décembre 2025, se sont étendues à des villes comme Esfahan, Hamadan, Babol, Dehloran, Baghmalek et Pian, avec des chants contre le guide suprême Ali Khamenei se faisant entendre même dans la ville sainte de Qom, bastion chiite traditionnel. À Tabriz et à Rasht, des grèves dans les secteurs de l’automobile et des transports ont bloqué des routes principales, amplifiant l’impact sur l’économie quotidienne. Les camionneurs, essentiels pour le transport de marchandises, ont rejoint le mouvement dans le nord-ouest, causant des retards dans la livraison de carburant et de biens essentiels, ce qui a exacerbé les pénuries dans les régions éloignées comme le Sistan-et-Baloutchistan.
L’économie iranienne, déjà fragilisée par des années de sanctions, fait face à un chômage officiel de 8,5 % en 2025, mais des estimations indépendantes le placent à plus de 15 % chez les jeunes, un groupe démographique clé dans ces protestations. Les universités de Téhéran et d’Ispahan ont vu leurs étudiants organiser des sit-in, réclamant non seulement des réformes économiques mais aussi une plus grande liberté d’expression. Le ministère de l’Économie a publié des données montrant une contraction du PIB de 2,3 % au troisième trimestre 2025, attribuée en partie à la chute des investissements étrangers, limités par les restrictions bancaires internationales. Des secteurs comme le tourisme, qui avait connu un timide rebond post-pandémie, sont à nouveau touchés, avec une baisse de 40 % des arrivées internationales due à l’instabilité perçue. Les petites et moyennes entreprises, représentant 60 % de l’emploi, peinent à accéder au crédit, avec des taux d’intérêt dépassant les 20 %, forçant de nombreuses fermetures dans les bazars traditionnels.
Le rôle de la sécheresse et des facteurs environnementaux
Au-delà des facteurs purement économiques, les troubles actuels sont amplifiés par une crise environnementale majeure. L’été 2025 a été marqué par une sécheresse historique à Téhéran et dans les régions environnantes, avec une chute de 100 % des précipitations dans certaines zones, selon les autorités iraniennes. Les réservoirs alimentant la capitale, comme ceux de Karaj et de Lar, ont atteint des niveaux critiques, forçant le gouvernement à imposer des coupures d’eau intermittentes. Des images satellitaires publiées par des organismes internationaux montrent que ces réservoirs étaient à moins de 30 % de leur capacité saisonnière moyenne en novembre 2025, exacerbant les pénuries alimentaires et l’exode rural vers les villes. Dans le Khouzestan, province riche en pétrole mais frappée par la salinisation des sols, des agriculteurs ont perdu jusqu’à 40 % de leurs récoltes de blé et de riz, menant à des protestations locales dès juin 2025.
Ce scénario évoque les événements précédant les manifestations en Syrie en 2011. Là-bas, une sécheresse prolongée entre 2006 et 2010 avait provoqué un exode massif des campagnes vers Damas et d’autres centres urbains, aggravant les tensions économiques sous un régime de sanctions internationales. En Iran, des provinces comme le Khouzestan et l’Ispahan ont vu des protestations locales sur l’eau dès juillet 2025, avec des milliers de personnes descendant dans les rues pour dénoncer la mauvaise gestion des ressources hydrauliques. Le ministre de l’Énergie, Abbas Aliabadi, a admis en octobre 2025 que la sécheresse avait réduit la production hydroélectrique de 20 %, contribuant à des coupures d’électricité qui ont paralysé l’industrie et augmenté les coûts de production. L’agriculture, qui consomme plus de 90 % de l’eau en Iran, a été particulièrement touchée, avec des pertes estimées à des milliards de dollars et une réduction de la production céréalière de près de 25 %. Des cultures comme le safran dans le Khorassan et les dattes dans le Sistan ont subi des baisses de rendement de 30 à 50 %, forçant des milliers de fermiers à migrer vers les villes, gonflant les bidonvilles périphériques de Téhéran et d’autres métropoles.
Ces facteurs environnementaux ne sont pas anodins. Ils ont accéléré l’inflation alimentaire, avec des hausses de prix atteignant 80 % pour certains produits agricoles. Dans les villes comme Téhéran, où la population a gonflé de migrants ruraux fuyant les terres arides, les tensions sociales se cristallisent autour de l’accès à l’eau et à la nourriture, transformant des revendications locales en un mouvement national. Des experts de l’ONU, dans un rapport sur la sécurité alimentaire en Asie occidentale daté de novembre 2025, ont souligné que l’Iran risquait une « crise hydrique aiguë » si les précipitations ne revenaient pas à la normale en 2026, potentiellement alimentant de nouvelles vagues de contestation. Les pluies récentes de décembre 2025 ont apporté un répit temporaire, mais elles n’ont pas résolu les problèmes structurels, comme la surexploitation des aquifères et la dégradation des infrastructures hydrauliques datant des années 1970. À Ispahan, le fleuve Zayandeh Roud, asséché depuis des mois, est devenu un symbole de ces échecs, avec des manifestations locales réclamant une redistribution équitable de l’eau entre provinces. Dans le nord, le lac d’Urmia, autrefois un des plus grands d’Asie, continue de s’assécher, affectant l’écosystème local et forçant des communautés azéries à se déplacer, ajoutant une dimension ethnique à la crise.
La sécheresse a également impacté l’énergie, avec une réduction de la production d’électricité de sources renouvelables, forçant une dépendance accrue au gaz naturel et au mazout. Des usines comme celles de l’acier à Mobarakeh ont réduit leurs opérations de 15 %, menant à des licenciements massifs. Le gouvernement a lancé un programme de desalination dans le golfe Persique, mais les projets, comme celui de Bushehr, sont retardés par le manque de financement étranger. Des ONG locales, comme l’Association pour la protection de l’environnement, rapportent que plus de 2 millions de personnes ont été affectées par les pénuries d’eau en 2025, avec des cas de maladies liées à l’eau contaminée en hausse de 25 % dans les zones rurales. Ces éléments environnementaux, intrecciés aux difficultés économiques, créent un cocktail explosif, où les protestations initialement focalisées sur les prix se muent en critiques plus larges de la gouvernance.
Les sanctions internationales et leur impact paradoxal
Les sanctions imposées par les États-Unis et l’Union européenne, renforcées après le conflit de juin 2025, jouent un rôle central dans cette crise. Ces mesures, visant à limiter les exportations pétrolières iraniennes et à freiner son programme nucléaire, ont réduit les revenus de l’État de plus de 50 % par rapport à 2024, selon des estimations du ministère des Finances iranien. Le président américain Donald Trump, dans une déclaration du 2 janvier 2026, a menacé l’Iran d’une intervention si la répression des manifestants s’intensifiait, affirmant que les États-Unis étaient « prêts et chargés » à agir pour protéger les droits humains. Ces sanctions touchent particulièrement les secteurs bancaires et énergétiques, bloquant l’accès à des technologies étrangères pour moderniser les raffineries, comme celles de Abadan et de Bandar Abbas, datant des années 1950.
Pourtant, ces sanctions ont un effet paradoxal. Elles ont certes affaibli l’économie formelle, en limitant l’accès aux marchés internationaux et en provoquant une fuite des capitaux, mais elles ont aussi renforcé les réseaux informels contrôlés par les Gardiens de la Révolution islamique (IRGC). Ces derniers, via des circuits d’exportation contournant les embargos, ont maintenu un flux de devises essentielles, estimées à plusieurs milliards de dollars annuellement. Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Nasser Kanaani, a déclaré le 1er janvier 2026 que ces sanctions étaient « un acte de guerre économique » destiné à déstabiliser le régime, mais qu’elles n’avaient pas réussi à briser la résilience nationale. Les IRGC, qui contrôlent environ 60 % de l’économie via des conglomérats comme Khatam al-Anbiya, ont diversifié leurs activités vers le commerce avec des pays comme l’Irak et la Turquie, exportant du ciment, des produits pétrochimiques et même des armes légères.
Dans ce contexte, les manifestations actuelles, bien que virulentes, se heurtent à une machine répressive financée par ces revenus alternatifs. Les forces de sécurité, équipées de canons à eau et de gaz lacrymogène, ont dispersé des rassemblements à Téhéran et à Hamadan, avec au moins huit décès confirmés par des groupes de défense des droits humains. Cette répression, cependant, n’empêche pas les protestations de se poursuivre, soulignant les limites des sanctions comme outil de changement politique. L’organisation Hengaw pour les droits humains a rapporté au moins 119 arrestations, 7 morts et 33 blessés depuis le début des troubles. À Khorramabad et à Ilam, des affrontements ont impliqué des milices Basij, renforçant la présence sécuritaire dans les zones frontalières. Les sanctions ont également affecté l’importation de médicaments, avec des pénuries de 30 % pour les traitements contre le diabète et le cancer, selon le ministère de la Santé, alimentant le mécontentement dans les hôpitaux de provinces comme le Mazandaran.
Le contexte du conflit israélo-iranien de juin 2025
Les tensions actuelles ne peuvent être comprises sans revenir au conflit de juin 2025, connu sous le nom de « guerre des Douze Jours ». Déclenché le 13 juin par des frappes israéliennes sur des sites nucléaires iraniens, des installations de missiles balistiques et des infrastructures énergétiques, ce bref affrontement a impliqué des échanges de missiles et une intervention américaine limitée. Israël, justifiant ses actions par la menace d’un programme nucléaire iranien avancé, a visé des cibles comme les centrales de Natanz et Fordow, ainsi que des raffineries pétrolières. L’Iran a riposté avec des salves de missiles sur des zones résidentielles en Israël du Nord, causant des dommages mais sans escalade totale. Les frappes ont détruit environ 20 % des capacités d’enrichissement d’uranium, selon des estimations internationales, et endommagé des pipelines dans le Khouzestan, réduisant les exportations de 500 000 barils par jour.
Le 22 juin, les États-Unis ont bombardé des sites nucléaires iraniens, marquant un tournant. Le cessez-le-feu du 24 juin a laissé l’Iran affaibli : ses capacités nucléaires dégradées, ses exportations pétrolières réduites de 30 % et une économie déjà fragile sous le choc. Des rapports du Parlement britannique datés de juillet 2025 soulignent que ces frappes ont accéléré la crise énergétique, avec une dépendance accrue aux combustibles fossiles et des coupures d’électricité massives. Ce conflit a non seulement intensifié les sanctions, mais aussi isolé davantage Téhéran, favorisant un vide régional que d’autres acteurs, comme la Turquie, ont cherché à combler. Paradoxalement, ces frappes américaines et israéliennes ont momentanément renforcé l’unité nationale en Iran, au lieu de diviser la population, en cristallisant un sentiment de résistance face à l’agression extérieure. Des rassemblements massifs de soutien au régime ont été observés dans les jours suivants le cessez-le-feu, avec des discours officiels exploitant ce narratif pour consolider le front intérieur. Aujourd’hui, les menaces renouvelées d’Israël et des États-Unis pourraient s’avérer contreproductives, en risquant de nuire aux manifestants plutôt que de les aider, en ravivant ce sentiment d’unité nationale et en légitimant une répression accrue sous prétexte de défense contre des ingérences étrangères. Des analystes notent que ces menaces extérieures pourraient dissuader certains protestataires modérés de rejoindre le mouvement, craignant une intervention étrangère qui aggraverait le chaos. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a déclaré le 25 juin 2025 que les frappes étaient « nécessaires pour empêcher une menace existentielle », tandis que le guide suprême iranien Ali Khamenei a qualifié l’attaque de « crime sioniste soutenu par l’arrogance américaine ».
Les allégations d’intervention d’agents externes
Parmi les éléments compliquant la situation, des allégations officielles iraniennes pointent vers une amplification des protestations par des agents externes. Le président Pezeshkian, lors d’un forum économique à Téhéran le 31 décembre 2025, a suggéré que des interférences étrangères étaient responsables de l’agitation, sans nommer explicitement les pays impliqués. Ali Larijani, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, a accusé les États-Unis et Israël d’exploiter les manifestations pour lancer de nouvelles attaques, dans une déclaration du 2 janvier 2026. Ces affirmations font écho à des discours récurrents du régime, qui attribue souvent les troubles internes à des complots occidentaux ou sionistes. Des arrestations récentes, comme celles de sept personnes accusées de liens avec des monarchistes basés aux États-Unis et en Europe, renforcent ce narratif. Le ministère de l’Intelligence a rapporté avoir démantelé un réseau présumé financé par des fonds saoudiens, bien que sans preuves publiques.
Des preuves concrètes manquent, mais des analystes notent que des réseaux d’exilés iraniens, comme le Conseil national de la résistance en Iran, ont amplifié les appels à la protestation via des médias satellites. Des déclarations de figures comme le prince Reza Pahlavi, appelant à un retour à la monarchie constitutionnelle, circulent largement sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, des drills navals conjoints avec la Chine et la Russie en 2025 indiquent que Téhéran perçoit ces partenariats comme un bouclier contre de telles ingérences. Ces accusations, qu’elles soient fondées ou non, servent à légitimer la répression et à unir les factions loyalistes face à une menace perçue comme extérieure. Dans les provinces frontalières comme le Kurdistan, des rumeurs d’infiltrations par des groupes kurdes irakiens ajoutent à la paranoïa sécuritaire. Des médias étatiques comme IRIB ont diffusé des reportages accusant des « agents sionistes » d’orchestrer les grèves dans les bazars, avec des images de manifestants présumés portant des insignes étrangers.
L’Iran comme partenaire stratégique pour la Chine
Face à ces pressions occidentales, l’Iran s’appuie sur des alliances solides, notamment avec la Chine. Pékin voit en Téhéran un partenaire essentiel pour son initiative des Nouvelles Routes de la Soie, avec des investissements cumulés dépassant les 20 milliards de dollars depuis l’accord de coopération stratégique de 2021. En 2025, malgré les sanctions, les échanges commerciaux sino-iraniens ont atteint un record de 18 milliards de dollars, centrés sur le pétrole iranien échangé contre des technologies et des biens manufacturés chinois. L’accord de 25 ans, dont l’implémentation a accéléré en janvier 2025, inclut des investissements directs dans les secteurs pétrolier, gazier et pétrochimique, estimés à 300-400 milliards de dollars. Des projets comme le port de Chabahar, financé par Pékin, renforcent cette interdependence, permettant à la Chine d’accéder au marché indien via l’Iran, contournant le Pakistan.
Le président Xi Jinping, lors d’une rencontre avec son homologue iranien en septembre 2025, a réaffirmé l’engagement de Pékin à « approfondir la coopération stratégique » pour contrer l’hégémonie occidentale. Cela se traduit par des livraisons d’équipements militaires et de technologies de surveillance, aidant le régime à maintenir l’ordre interne. Des avions cargo chinois et russes ont été observés atterrissant à Téhéran début janvier 2026, transportant potentiellement des systèmes d’armes pour renforcer les forces de sécurité face aux protestations. Des drills navals conjoints en 2025 ont démontré une interopérabilité accrue, signalant un intérêt partagé à défier l’influence américaine au Moyen-Orient. La Chine a également fourni des drones et des composants électroniques, contournant les embargos via des tiers comme le Venezuela. Des entreprises chinoises comme Huawei ont installé des réseaux 5G dans des villes iraniennes, malgré les sanctions, améliorant la surveillance numérique du régime.
Cette alliance n’est pas seulement économique. Elle sert les intérêts géopolitiques de la Chine en contrebalançant l’influence américaine au Moyen-Orient. Pour l’Iran, elle fournit un bouclier contre l’isolement, permettant au régime de survivre malgré les sanctions. Des analystes du Conseil chinois des affaires étrangères ont noté en décembre 2025 que l’Iran restait un « pivot stable » pour les intérêts de Pékin, même au milieu des troubles internes. Post-conflit de juin 2025, la Chine a accéléré son soutien, voyant dans un Iran affaibli une opportunité de consolider son emprise régionale. Des accords sur le gaz naturel liquéfié et les infrastructures ferroviaires reliant l’Iran à l’Asie centrale soulignent cette stratégie à long terme. La Chine a investi dans des mines de cuivre et de lithium en Iran, essentielles pour sa transition énergétique, avec des contrats signés en octobre 2025 pour l’exploitation de sites dans le Kerman. Ces investissements, protégés par des clauses de sécurité, impliquent des gardes chinois sur place, renforçant la présence de Pékin.
Contrebalancer l’axe turcophone et ses implications régionales
L’Iran joue également un rôle crucial dans la containment de l’influence turque au Moyen-Orient. Ankara, sous la présidence de Recep Tayyip Erdogan, a renforcé son « axe turcophone », reliant les minorités turques d’Asie centrale à la Turquie via des initiatives comme l’Organisation des États turciques. Cette expansion inquiète non seulement Israël, qui voit en la Turquie un concurrent croissant dans la région, mais aussi la Russie, la Chine et l’Arménie. Depuis le conflit de juin 2025, la Turquie a gagné du terrain en Irak et en Syrie, où elle a étendu son contrôle sur des zones frontalières après le déclin de l’influence iranienne. Des bases militaires turques à Idlib et à Afrin illustrent cette avancée, avec des opérations contre les milices kurdes soutenues par Téhéran.
Des rapports du ministère des Affaires étrangères israélien, datés d’octobre 2025, expriment des préoccupations sur l’axe des Frères musulmans soutenu par Ankara, qui s’étend de l’Égypte à la Jordanie et à la Palestine. Cela contrevient aux intérêts israéliens, qui préfèrent un Iran affaibli mais pas effondré, évitant un vide que la Turquie pourrait combler. Pour la Russie et la Chine, un Iran stable est un rempart contre l’expansionnisme turc vers l’Asie centrale, où des minorités turques en Chine (comme les Ouïghours) pourraient être instrumentalisées. L’Arménie, quant à elle, voit en l’Iran un allié contre l’Azerbaïdjan, soutenu par la Turquie. Le ministre arménien des Affaires étrangères, Ararat Mirzoyan, a déclaré en novembre 2025 que la stabilité iranienne était « vitale » pour la sécurité régionale, soulignant les tensions post-guerre du Haut-Karabakh. Des livraisons d’armes iraniennes à l’Arménie via des routes terrestres ont été signalées, contrecarrant les ambitions azéries, avec des drones Shahed modifiés fournis en septembre 2025.
Ces dynamiques géopolitiques rendent un renversement du régime iranien improbable à court terme. Les puissances extérieures, y compris celles hostiles à Téhéran, craignent un chaos qui profiterait à la Turquie, renforçant ainsi la résilience du système actuel. La dissolution du PKK en mai 2025 et les ajustements tactiques d’Ankara en Irak illustrent comment la Turquie recalibre sa stratégie pour exploiter les faiblesses iraniennes. En Syrie, la présence turque dans le nord contrecarre les proxies iraniens comme le Hezbollah, mais un effondrement iranien pourrait ouvrir la voie à une domination ottomane revisitée. La Turquie a signé des accords gaziers avec l’Azerbaïdjan en 2025, visant à bypasser l’Iran pour les exportations vers l’Europe, accentuant la concurrence énergétique. Des tensions à la frontière iranienne, avec des incidents impliquant des gardes-frontières en décembre 2025, soulignent cette rivalité.
La géographie et la démographie des manifestations
Les protestations actuelles, bien que répandues, restent concentrées dans certaines zones. Initialement centrées sur Téhéran et les grandes villes comme Ispahan et Machhad, elles se sont étendues à des provinces occidentales comme le Lorestan et le Khouzestan, où des populations sunnites et kurdes sont plus présentes. À Kouhdasht et Azna, des clashes ont impliqué des communautés locales, avec des slogans anti-régime se mêlant à des revendications économiques. Des enterrements dans le Sistan-et-Baloutchistan, une région à majorité sunnite baloutche, ont tourné en manifestations le 2 janvier 2026. Dans le Kurdistan iranien, des tensions ethniques ajoutent une dimension, avec des appels à plus d’autonomie locale, rappelant les soulèvements de 2018.
Cependant, l’ampleur démographique est limitée. Des estimations basées sur des vidéos vérifiées montrent des rassemblements de quelques centaines à un millier de personnes par événement, loin des millions nécessaires pour un soulèvement massif dans un pays de 90 millions d’habitants. Les provinces sunnites de l’ouest, comme le Kurdistan et le Sistan-et-Baloutchistan, représentent moins de 10 % de la population totale, mais leurs tensions ethniques – exacerbées par la discrimination perçue – ajoutent une couche à la contestation. À Téhéran, les quartiers comme Tehranpars et Narmak ont été actifs, mais sans paralyser la capitale. Cette dispersion géographique, tout en démontrant une frustration nationale, dilue l’impact, avec des protests rapportés dans au moins neuf provinces le 30 décembre 2025, incluant Alborz, Kermanshah et Markazi. Des villes comme Arak et Nahavand ont vu des manifestations nocturnes, avec des barricades improvisées et des feux allumés pour défier les coupures d’électricité. Dans le sud, le port de Bandar Abbas a vu des dockers rejoindre les commerçants, bloquant des chargements vers la Chine.
Les slogans et le rôle de l’héritier du Shah
Parmi les éléments notables de ces manifestations, les slogans scandés par les protestataires incluent des références à Reza Pahlavi, l’héritier du Shah Mohammad Reza Pahlavi, renversé lors de la révolution de 1979. Des chants comme « Reza Shah, ruh shad » (Reza Shah, que ton esprit soit joyeux) ou « Javid Shah » (Vive le Shah) ont été entendus dans plusieurs villes, notamment à Téhéran, Ispahan, Arak et Dorud. Reza Pahlavi, exilé aux États-Unis, a lui-même réagi aux événements dans un message du 2 janvier 2026, saluant les manifestants comme des « héros » et appelant à honorer les victimes des répressions. Il a déclaré : « Vous êtes en train d’écrire l’histoire avec votre courage, votre solidarité et votre détermination pour reconquérir votre pays. » Ces invocations suggèrent que les protestations pourraient être influencées, au moins en partie, par les soutiens encore présents de la monarchie pahlavie, des groupes nostalgiques d’une ère pré-révolutionnaire perçue comme plus prospère.
Cette présence de chants pro-Pahlavi pose la question de l’importance réelle de ces soutiens au sein du mouvement. D’un côté, ils pourraient refléter un désir de retour à une identité nationale pré-islamique, symbolisée par la dynastie Pahlavi, dans un contexte où le régime républicain islamique est associé à la corruption et à la misère économique. Des vidéos circulant sur les réseaux montrent des foules à Rasht et Shiraz reprenant ces slogans, indiquant une visibilité accrue. Cependant, il convient de s’interroger sur leur représentativité : sont-ils le fait d’une minorité organisée, amplifiée par des médias exilés comme Iran International, ou signalent-ils un renouveau plus large ? Des critiques soulignent que certains enregistrements pourraient être manipulés pour exagérer ce soutien, divisant potentiellement les protestataires entre monarchistes et républicains. L’importance de ces soutiens reste à évaluer : ils pourraient mobiliser une frange de la diaspora et des classes moyennes urbaines, mais dans les régions ethniques comme le Baloutchistan, les revendications portent davantage sur l’autonomie que sur une restauration monarchique. Cette dynamique interroge sur la capacité de Reza Pahlavi à unifier un mouvement hétérogène, où les appels à la démocratie séculière coexistent avec des griefs locaux. Des groupes comme les Moudjahidine du peuple, rivaux des monarchistes, ont aussi tenté de s’approprier les protestations, créant des tensions internes.
Pourquoi un renversement du régime semble improbable
Malgré l’intensité des manifestations, un renversement du régime reste difficile à envisager. Le système, ancré dans l’idéologie des Gardiens de la Révolution, bénéficie d’une loyauté interne forgée par des privilèges économiques et une répression efficace. Les protestations passées, comme celles de 2019 sur les prix du carburant, ont été écrasées avec plus de 300 morts, sans altérer la structure du pouvoir. Les oppositions internes et en exil, bien que vocales, manquent d’organisation unifiée. Des analystes soulignent que les factions réformistes au sein du régime pourraient absorber les revendications sans céder le pouvoir central. Le guide suprême Ali Khamenei, malgré son âge avancé, conserve un contrôle sur les institutions clés, comme le Conseil des gardiens, qui valide les candidatures électorales et les lois.
De plus, les soutiens extérieurs, comme ceux de la Chine et de la Russie, fournissent un filet de sécurité, avec des livraisons d’armes observées récemment. Le conflit de juin 2025, bien qu’ayant affaibli l’Iran militairement, n’a pas ébranlé ses alliances orientales, qui voient en Téhéran un contrepoids à l’Occident. La Russie, engagée en Ukraine, dépend des drones iraniens, tandis que la Chine utilise l’Iran pour ses routes commerciales. Ces partenariats limitent les options d’isolement total. Le régime a également renforcé ses milices internes, comme les Basij, qui comptent des millions de membres, mobilisés pour contrer les protestations. Des réformes cosmétiques, comme l’augmentation des salaires minimaux de 20 % annoncée en décembre 2025, visent à désamorcer les tensions sans changer le système.
Transitions plutôt que révolutions : leçons du Moyen-Orient
Dans cette région, les transitions ordonnées ont souvent prévalu sur les révolutions brutales. En Syrie, les tentatives de renversement en 2011 ont mené à une guerre civile dévastatrice, favorisant des acteurs comme la Turquie. En Égypte, la révolution de 2011 a abouti à un retour au statu quo militaire. Pour l’Iran, une évolution graduelle – via des négociations internes sur les réformes économiques – pourrait être préférable à un chaos qui profiterait à des puissances rivales. Les protestations de 2025, liées à l’eau et à l’électricité dans des villes comme Yasuj et Gilan, illustrent comment des crises locales peuvent s’étendre sans nécessairement mener à un effondrement total. Des mouvements similaires en 2022, après la mort de Mahsa Amini, ont mobilisé des millions mais ont été contenus par une répression ciblée, avec des arrestations de leaders étudiants et des coupures internet. En Irak, les protestations de 2019 contre la corruption ont conduit à un changement de gouvernement, mais sans renverser le système confessionnel, offrant un modèle potentiel pour l’Iran.
Les implications immédiates des troubles récents
Les forces de sécurité ont intensifié leur présence à Téhéran le 2 janvier 2026, avec des arrestations ciblées dans les universités et les marchés. Des vidéos montrent des jeunes affrontant la police près de la place Haft Hoz, tandis que des grèves persistent dans le sud. Le gouvernement a remplacé le gouverneur de la banque centrale, signalant une tentative de stabilisation monétaire, mais les chants contre le guide suprême Ali Khamenei persistent dans des villes comme Qom. Ces développements, sans résolution rapide, pourraient aggraver les pénuries alimentaires et énergétiques dans les semaines à venir, avec des protestations signalées dans plus de 50 villes et des funérailles transformées en rassemblements anti-régime. À Zahedan et Tabriz, des clashes ont impliqué des forces anti-émeute, avec des rapports de tirs à balles réelles. Des hôpitaux comme ceux de Lorestan rapportent une augmentation des blessés, avec des cas de traumatismes dus à des matraques et des gaz. Les autorités ont fermé des routes principales vers Téhéran, isolant les provinces rebelles, tandis que des milices locales patrouillent les quartiers sensibles. Des appels à la grève générale circulent sur Telegram, malgré les blocages, avec des syndicats clandestins coordonnant des actions dans l’industrie pétrolière.
L’impact sur les minorités ethniques
Les manifestations ont révélé des clivages ethniques profonds, particulièrement dans les régions périphériques. Dans le Sistan-et-Baloutchistan, à majorité baloutche et sunnite, les protestations ont pris une teinte séparatiste, avec des accusations de marginalisation économique par le régime chiite central. Des leaders locaux, comme des mollahs sunnites, ont appelé à plus d’investissements dans l’infrastructure, citant le manque d’écoles et d’hôpitaux. À Sanandaj, capitale du Kurdistan iranien, des kurdes ont rejoint les commerçants, réclamant la reconnaissance de leur langue et culture, rappelant les revendications de 1979. Ces groupes, représentant environ 20 % de la population, ajoutent une couche de complexité, car le régime les accuse souvent d’être manipulés par des puissances étrangères comme l’Irak ou la Turquie. Des rapports font état de 15 morts dans ces provinces depuis le début des troubles, avec des funérailles dégénérant en affrontements. Le gouvernement a déployé des troupes supplémentaires à la frontière, craignant des infiltrations.
La dimension genre dans les protestations
Les femmes ont joué un rôle visible dans ces manifestations, continuant le legs du mouvement de 2022. À Téhéran, des groupes de femmes ont défié les patrouilles de moralité, enlevant leurs hijabs en public et chantant des slogans contre la répression. Des figures comme des enseignantes et des étudiantes ont organisé des marches, réclamant non seulement des réformes économiques mais aussi l’égalité des droits. Le régime a répondu par des arrestations, avec plus de 50 femmes détenues à Evin depuis décembre 2025. Des ONG internationales rapportent une augmentation des violences domestiques liée à la crise économique, exacerbant le mécontentement féminin. Ces éléments montrent comment les protestations transcendent les enjeux économiques pour toucher à des questions sociétales plus larges.
Les réactions internationales aux troubles
Les réactions internationales aux manifestations restent mesurées. L’Union européenne a condamné la répression dans une déclaration du 2 janvier 2026, appelant au respect des droits humains, mais sans nouvelles sanctions. La Russie, par la voix de Sergueï Lavrov, a soutenu Téhéran, accusant l’Occident d’ingérence. Des ONG comme Amnesty International ont documenté des cas de torture en détention, avec des témoignages de manifestants libérés. Les États-Unis ont annoncé une aide de 10 millions de dollars pour les médias indépendants iraniens, mais sans soutien direct aux protestataires. Ces positions reflètent la prudence géopolitique, avec la peur d’un vide régional.
L’évolution des forces de sécurité
Les forces de sécurité iraniennes, incluant la police, les IRGC et les Basij, ont évolué depuis les protestations de 2019. Avec un budget augmenté de 15 % en 2025, elles disposent de drones de surveillance et de logiciels chinois pour traquer les dissidents en ligne. Des unités spéciales, formées en Russie, sont déployées dans les villes clés, avec des tactiques de dispersion rapide. Des rapports font état de 200 arrestations quotidiennes, avec des prisons comme Rajaee Shahr surpeuplées. Cette machine répressive, financée par des revenus pétroliers clandestins, limite l’escalade des manifestations.
Les défis pour l’opposition en exil
L’opposition en exil, basée à Paris et Washington, peine à coordonner. Reza Pahlavi a lancé des campagnes en ligne, mais des divisions avec les Moudjahidine entravent l’unité. Des conférences virtuelles en décembre 2025 ont rassemblé des dissidents, mais sans impact sur le terrain. Ces groupes dépendent des médias satellites, bloqués en Iran, réduisant leur portée.
Les perspectives économiques à court terme
Le budget 2026 prévoit une croissance de 2 %, mais des experts doutent, avec l’inflation projetée à 35 %. Des réformes comme la privatisation de banques d’État sont annoncées, mais retardées par la corruption. Les investissements chinois en énergie renouvelable offrent un espoir, mais les sanctions limitent les progrès. Des pénuries de carburant persistent dans le nord, avec des rations imposées aux véhicules.
Les implications pour le programme nucléaire
Les troubles pourraient affecter le programme nucléaire, avec des scientifiques rejoignant les protestations. Des sites comme Bushehr opèrent à capacité réduite due aux coupures d’électricité. L’AIEA a rapporté une augmentation de l’enrichissement en décembre 2025, malgré les dommages de juin. Cela renforce la position du régime face aux menaces extérieures.
Les troubles dans le contexte historique
Les manifestations s’inscrivent dans une longue histoire de contestations, depuis les grèves de 1978 jusqu’aux mouvements verts de 2009. Chaque vague a été contenue par la répression, renforçant le régime. Les événements actuels, bien que plus dispersés, suivent ce pattern, avec des appels à la justice sociale.



