Le 26 août 2025, la chambre d’accusation de Beyrouth, présidée par le juge Nassib Elia, a ordonné la libération sous caution de Riad Salamé, ancien gouverneur de la Banque du Liban (BDL), contre 20 millions de dollars et 5 milliards de livres libanaises, assortie d’une interdiction de voyager d’un an. Cette décision, la plus lourde caution jamais imposée au Liban, a provoqué une onde de choc parmi les responsables politiques, les autorités judiciaires et les avocats, dans un pays ravagé par une crise économique et une défiance envers ses institutions. Accusé de corruption, de détournement de fonds et de blanchiment d’argent, Riad Salamé, figure centrale du système financier libanais, cristallise les tensions. Cette libération est perçue comme une victoire pour les banques et un revers pour la justice, envoyant un signal inquiétant à la communauté internationale, qui attendait des avancées dans la lutte contre la corruption.
Les faits reprochés à Riad Salamé : un effondrement économique orchestré
Riad Salamé, à la tête de la BDL de 1993 à 2023, est accusé d’avoir conçu des montages financiers ayant précipité le Liban dans une crise économique sans précédent. Les charges incluent détournement de fonds publics, blanchiment d’argent et enrichissement illicite. Au Liban, l’enquête se concentre sur des transactions suspectes avec Optimum Invest, une société de courtage liée à Salamé. Entre 2015 et 2018, 45 transactions auraient généré 44 millions de dollars de commissions illicites, sur un total de 8 milliards de dollars, masquant les pertes abyssales de la BDL, dont les réserves étaient épuisées dès 2016 (Libnanews, 5 septembre 2024).
Suivez les principaux indicateurs économiques en temps réel.
À l’international, Salamé est poursuivi en France pour corruption, détournement de fonds et blanchiment, avec un mandat d’arrêt émis en mai 2023 (France 24, 25 mai 2023). Les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni ont imposé des sanctions, Washington le désignant comme un acteur clé de « l’effondrement de l’État de droit » (RFI, 3 septembre 2024). En Allemagne, bien que le mandat d’arrêt ait été annulé en juin 2024, l’enquête sur son patrimoine immobilier se poursuit. Les investigations européennes ciblent un réseau de sociétés écrans, notamment Forry Associates, contrôlée par son frère Raja, soupçonnée d’avoir détourné 330 millions de dollars (OMSAC, 31 juillet 2025).
Ces accusations s’appuient sur un patrimoine immobilier et bancaire accumulé en Europe, estimé à des centaines de millions d’euros.La gestion de Salamé a maintenu une illusion de stabilité économique via des taux d’intérêt exorbitants pour attirer des capitaux étrangers, qualifiés par la Banque mondiale de « pyramide de Ponzi » (Middle East Transparent, 17 janvier 2023). Depuis 2019, la livre libanaise a perdu 98 % de sa valeur, plongeant des millions de Libanais dans la pauvreté, tandis que les déposants ont vu leurs économies gelées. Salamé, loin d’être un simple exécutant, est perçu comme un architecte central de ce désastre, accumulant une fortune personnelle via des comptes offshore et des propriétés européennes.
Réactions politiques : entre colère et prudence
La décision de libérer Salamé sous caution a suscité des réactions vives, marquées par une indignation mesurée et des calculs stratégiques. Le député Jamil Sayyed, connu pour ses critiques du système judiciaire, a dénoncé sur X une décision orchestrée par des « interventions précises de figures de l’establishment », affirmant que ce « secret » circulait depuis plus de 48 heures (
@jamil_el_sayyed, 14:21 2025-08-26). Cette accusation suggère des pressions politiques sur le juge Nassib Elia, dans un contexte où l’indépendance judiciaire est régulièrement mise en doute.
Le président Joseph Aoun, récemment élu, n’a pas commenté directement la libération, mais son discours du 9 janvier 2025, appelant à une justice indépendante, a été interprété comme un engagement implicite à poursuivre les enquêtes (OMSAC, 31 juillet 2025). Son silence dans les dernières 48 heures reflète une prudence face à un dossier explosif, alors qu’il cherche à consolider son pouvoir.
Taymour Joumblatt, chef du Parti socialiste progressiste, a appelé sur X à une « justice indépendante pour mettre fin à l’impunité », sans mentionner directement Salamé (@TaymourJoumblatt, 26 août 2025). Cette déclaration vise à capter la colère populaire tout en évitant un affrontement avec les factions soutenant l’ex-gouverneur.
Le député Nadim Gemayel, des Kataëb, a été plus incisif, déclarant sur X que « libérer Salamé est une insulte aux victimes de la crise bancaire » et exigeant une « réforme judiciaire profonde » (@NadimGemayel, 26 août 2025). Cette position s’aligne sur la ligne du parti, qui dénonce depuis longtemps les compromissions du système.Les réactions politiques révèlent une fracture. Certains, comme Sayyed ou Gemayel, exploitent la décision pour mobiliser l’opinion publique, tandis que d’autres, comme Aoun ou Joumblatt, adoptent une posture mesurée pour préserver les équilibres fragiles du pouvoir. Cette ambivalence illustre l’incapacité de la classe politique à s’attaquer aux racines de la corruption, dont beaucoup ont bénéficié.
Réactions judiciaires : une justice sous tension
La juge Ghada Aoun, procureure générale du Mont-Liban jusqu’à sa retraite le 1er mars 2025, a réagi avec virulence sur X : « Libérer Riad Salamé comme ça, tout simplement ? L’homme responsable, avec ses complices, du vol du siècle et de la ruine des Libanais ? » (
@ghadaaoun4, 14:05 2025-08-26). Bien qu’elle ne soit plus en fonction, Aoun reste une figure influente, soutenue par une partie de la population et des ONG comme Transparency International (Libnanews, 27 février 2025). Ses enquêtes passées sur Salamé, notamment sur ses liens présumés avec la banque Audi, ont alimenté les soupçons de protections au sein de l’élite.
Les avocats de Salamé, menés par Me Marc Habka, ont dénoncé une caution « excessive et illégale », affirmant que leur client est victime d’une « chasse aux sorcières politique » (Arab News, 26 août 2025). Habka a soutenu que les 11 mois de détention de Salamé étaient « sans fondement légal », cherchant à discréditer les procédures libanaises et internationales.Zena Wakim et Étienne Arnaud, de la fondation Accountability Now, ont exprimé leurs inquiétudes : « Cette libération pourrait permettre au Liban de rendre un jugement hâtif pour bloquer les enquêtes européennes via le principe de “ne bis in idem” » (Arab News, 26 août 2025). Ils craignent une stratégie pour protéger Salamé des poursuites internationales.
L’avocat Wadih Akl, proche du Courant patriotique libre, a soutenu les critiques d’Aoun, déclarant sur X que « la libération de Salamé est une insulte à la justice » et louant le courage de la juge retraitée (@WadihAkl, 26 août 2025). Cette position reflète celle des défenseurs des déposants, qui dénoncent une justice sous influence.La caution record semble être un compromis pour apaiser l’opinion publique sans menacer les réseaux puissants soutenant Salamé. Les critiques d’Aoun et d’Akl mettent en lumière un système judiciaire miné par les pressions politiques, tandis que la défense de Salamé cherche à gagner du temps. Les ONG, quant à elles, redoutent une justice de façade, incapable de rendre des comptes.
La remise en liberté controversée de Riad Salamé
Selon Al Akhbar (27 août 2025), la décision de remise en liberté de l’ancien gouverneur de la Banque du Liban, Riad Salamé, continue de provoquer une onde de choc dans les milieux judiciaires et politiques. Le journal qualifie cette décision de « mascarade judiciaire », pointant la faiblesse du montant de la caution imposée pour sa libération. La presse rappelle que Salamé, bien qu’impliqué dans de multiples affaires de corruption et de détournement de fonds, a pu quitter sa cellule sans que les conditions judiciaires habituelles soient remplies, notamment l’examen des preuves matérielles dans les volets internationaux de l’affaire.
L’article précise également que plusieurs juges du ministère public ont été mis à l’écart ou désavoués dans ce dossier, ce qui alimente les soupçons d’interférences politiques dans le traitement du cas Salamé. L’implication d’avocats influents et de réseaux liés à l’ancien pouvoir en place est largement évoquée, sans que des noms ne soient publiquement confirmés. L’affaire révèle une fracture persistante entre une partie du corps judiciaire revendiquant son indépendance et des pressions exercées par des figures politiques ou institutionnelles souhaitant neutraliser certaines enquêtes.
État des enquêtes : un chemin semé d’obstacles
Au Liban, l’enquête sur Salamé se focalise sur les transactions avec Optimum Invest, accusées d’avoir généré des profits illicites. Cependant, les investigations stagnent en raison de documents manquants, comme l’a signalé une commission rogatoire internationale (Libnanews, 5 septembre 2024). La libération sous caution risque de freiner davantage le processus, dans un contexte où la justice manque de ressources et d’indépendance.À l’international, les enquêtes sont plus avancées. En France, un mandat d’arrêt reste actif, et 120 millions d’euros d’avoirs ont été gelés en France, en Allemagne et au Luxembourg (France 24, 25 mai 2023). La juge Aude Buresi devrait bientôt rendre une décision (LBCI, 13 août 2025). En Allemagne, l’enquête sur le patrimoine de Salamé se poursuit, et les États-Unis maintiennent leurs sanctions, ciblant ses comptes offshore.
Suites judiciaires : une incertitude persistante
La libération sous caution complique les perspectives judiciaires. Au Liban, les enquêtes risquent de s’enliser face aux pressions politiques et au manque de moyens. La caution, bien que massive, pourrait être payée via des fonds offshore, offrant à Salamé une certaine liberté malgré l’interdiction de voyager. À l’international, les enquêtes européennes se poursuivront, mais un jugement libanais hâtif pourrait bloquer certaines procédures en invoquant le principe de « ne bis in idem ».
Les banques et la justice : un système intouchable
La décision est perçue comme une victoire pour les banques libanaises, impliquées dans les montages de Salamé. Elle renforce l’idée que les élites financières échappent à la justice, malgré des preuves accablantes. L’avocat Nizar Saghiyé a dénoncé « l’instrumentalisation de la justice pour protéger les puissants », soulignant que « l’impunité reste une constante » (Libnanews, 13 janvier 2025).
Un signal désastreux pour la communauté internationale
La communauté internationale, qui voit dans l’affaire Salamé un test des réformes anti-corruption, considère cette libération comme un recul majeur. À l’approche d’une réunion du Groupe d’action financière (GAFI), qui pourrait placer le Liban sur la liste grise pour laxisme face au blanchiment d’argent, cette décision compromet les chances d’obtenir une aide internationale, conditionnée à des réformes judiciaires et fiscales (OMSAC, 31 juillet 2025).



