Le Liban, englué dans une crise multidimensionnelle depuis plusieurs années, fait face à un nouveau chapitre de tensions internes. Le débat sur le désarmement des groupes armés non étatiques, avec le Hezbollah en ligne de mire, domine l’actualité politique en cette rentrée 2025. Ce sujet, qui hante le pays depuis la fin de la guerre civile en 1990, s’intensifie sous l’effet des pressions régionales et internationales, notamment pour l’application de la résolution 1701 de l’ONU. Alors que les échanges sporadiques à la frontière sud avec Israël persistent, les institutions libanaises – gouvernement, présidence et Parlement – se déchirent autour de cette question explosive. Le système confessionnel, déjà fragilisé par l’absence prolongée d’un président jusqu’à l’élection récente de Joseph Aoun, risque une paralysie accrue.
La réunion du 5 septembre : un test décisif pour le gouvernement
La session du Conseil des ministres prévue pour le 5 septembre 2025 s’annonce comme un moment pivotal, susceptible de redéfinir les rapports de force au sein de l’exécutif. Convoquée par le Premier ministre Nawaf Salam, cette réunion doit examiner une proposition émanant directement de l’armée libanaise, visant à réguler les armes détenues par des entités en dehors du cadre étatique. Ce plan, qui cible sans le nommer l’arsenal du Hezbollah, représente un enjeu majeur : il propose une approche graduelle pour intégrer ces armes sous le contrôle de l’État, en s’appuyant sur des mécanismes de surveillance et de coordination interinstitutionnelle. Des sources proches du gouvernement indiquent que la proposition inclut des étapes concrètes, telles que l’inventaire des stocks, la formation de comités mixtes armée-groupes armés, et des garanties sécuritaires pour les régions frontalières.
Les divisions au sein du cabinet sont déjà palpables. Les ministres issus du tandem chiite, représentant le Hezbollah et le mouvement Amal, ont exprimé des réserves profondes, percevant cette initiative comme une remise en cause des équilibres stratégiques post-guerre civile. Selon des rapports internes, ces ministres pourraient assister à la session sans s’engager sur un vote favorable, optant pour une stratégie d’observation tactique. Le risque d’un boycott partiel plane, ce qui pourrait compromettre le quorum nécessaire – fixé à la moitié des membres plus un, soit au moins 13 ministres sur 24 dans la configuration actuelle. Si ce seuil n’est pas atteint, la réunion pourrait être reportée ou annulée, accentuant la perception d’un gouvernement dysfonctionnel.
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Le Premier ministre Salam, déterminé à maintenir la session, argue que ce débat est indispensable pour restaurer la crédibilité de l’État. Lors d’une réunion préparatoire, il a déclaré : « Le respect des engagements internationaux du Liban ne saurait être compromis par des considérations partisanes. Nul n’est au-dessus de l’État. » Soutenu par le président Joseph Aoun, qui voit dans cette session un « test de responsabilité nationale », Salam a reçu des avertissements diplomatiques de la part d’émissaires occidentaux, soulignant les conséquences d’un blocage sur l’aide internationale. Des médiateurs, dont le président de la Chambre Nabih Berri, tentent de désamorcer les tensions par des consultations bilatérales. Berri, dans un discours récent, a mis en garde : « Toute tentative d’imposer le désarmement de manière unilatérale constitue une menace pour la cohésion de l’armée. »
Les préparatifs de cette réunion révèlent des tractations intenses. Une note de synthèse juridique, rédigée par le général Mansour et distribuée aux ministres, détaille les implications constitutionnelles : elle insiste sur le respect de l’article 95, qui consacre le droit à la défense nationale, tout en rappelant les obligations de la résolution 1701. Ce document propose des scénarios alternatifs, comme une régulation temporaire en attendant un consensus élargi, ou l’intégration progressive des forces du Hezbollah dans l’armée régulière. Cependant, aucune réaction officielle n’a filtré du côté du tandem chiite, qui perçoit cette note comme une tentative de légitimer une opération sécuritaire déguisée.
Le climat autour de cette session est marqué par une polarisation accrue. Des sources au sein de l’armée indiquent que des officiers supérieurs craignent une escalade si la proposition est adoptée sans consensus, risquant de diviser les rangs militaires le long de lignes communautaires. Parallèlement, des voix souverainistes, comme celles du parti Lana, soutiennent l’initiative, voyant en elle une opportunité de renforcer l’autorité étatique. La réunion du 5 septembre pourrait ainsi déboucher sur trois scénarios : un vote adopté avec des amendements, un report pour négociations supplémentaires, ou un blocage menant à une crise gouvernementale ouverte.
Les trois présidences face à l’épreuve
Au-delà de la session imminente, les relations entre les trois piliers du pouvoir – présidence de la République, gouvernement et Chambre des députés – sont scrutées avec attention. Le président Joseph Aoun, élu récemment pour mettre fin à un vide présidentiel de plus de deux ans, adopte une posture d’équilibre. Ancien commandant en chef de l’armée, il privilégie la médiation, évitant les confrontations directes. Lors d’une rencontre à Baabda avec une délégation diplomatique, il a exprimé sa déception vis-à-vis des États-Unis : « L’absence de garanties sur le respect de notre souveraineté rend difficile toute avancée. » Aoun confirme sa présence à la session du 5 septembre, qu’il considère comme essentielle pour tester la maturité institutionnelle.
Nabih Berri, président de la Chambre et allié du Hezbollah, incarne l’ambiguïté du système. Ses déclarations récentes ne tranchent pas clairement entre soutien institutionnel et loyauté communautaire. Lors de la commémoration de l’imam Moussa Sadr, il a affirmé : « Les villages bombardés du Sud représentent le Liban dans toute sa diversité, et non une seule communauté. L’armée ne peut être livrée à une mission de désarmement sans couverture nationale. » Berri a initié une médiation avec le vice-président Elias Bou Saab pour coordonner les positions, mais ses efforts se heurtent à des résistances internes.
Nawaf Salam, Premier ministre et ancien juge international, pousse pour une approche juridique ferme. Il voit dans la réunion du 5 septembre une occasion de démontrer que « les institutions ne doivent pas fonctionner par consensus permanent, mais assumer leurs responsabilités ». Salam a multiplié les consultations préparatoires, recevant des avertissements sur un possible veto chiite. Sa position, qualifiée de « juridico-politique », insiste sur l’urgence d’agir dans le cadre de la légalité républicaine.
Ces dynamiques interinstitutionnelles s’accompagnent de reconfigurations partisanes. Le président Aoun a reçu une délégation du parti Lana, incluant les députés Halima Kaakour, Pascal Abchi et Hassan Hijazi, pour élargir le dialogue à des forces non traditionnelles. Ces échanges visent à forger un front plus inclusif face aux blocages récurrents.
Le désarmement : racines constitutionnelles et sécuritaires
Le cœur de la crise réside dans le désarmement, ancré dans la Constitution et les accords internationaux. L’article 95 garantit le droit à la défense, mais des juristes arguent que la détention d’armes par des groupes en période de conflit n’est pas explicitement interdite. Toute réforme nécessite un consensus, potentiellement une révision constitutionnelle. La résolution 1701 exige le monopole de l’armée au sud du Litani, mais son application bute sur les menaces régionales.
La note du général Mansour met l’accent sur ces engagements, proposant une sécurisation des frontières avant toute régulation. Des officiers soulignent les risques d’une démarche unilatérale, qui pourrait affaiblir la cohésion militaire. Le Hezbollah, via Naim Kassem, affirme : « Le dialogue est la voie, mais les lignes rouges sont connues. » Le mouvement pourrait suspendre sa participation gouvernementale en cas de vote forcé.
Dans le camp souverainiste, des contacts informels cherchent une plateforme commune, mais divergent sur la stratégie face à la résistance. Les bombardements au sud compliquent le tableau, Berri les qualifiant de menace pour l’unité nationale.
Appels religieux à l’unité nationale
Les leaders religieux interviennent pour apaiser. Le cheikh Ali Fadlallah appelle à « la fin des doubles discours », voyant la résistance comme « une responsabilité collective ». Le patriarche Bechara Raï plaide pour un « pacte d’équilibre renouvelé » : « Toute réforme sécuritaire exige l’adhésion de toutes les composantes. »
Dans les régions, comme Akkar, le juge Khaldoun Arimout reçoit des délégations pour lutter contre la marginalisation. À Zahlé, une lettre ouverte aux députés réclame transparence sur la réforme électorale.
Défis régionaux et ingérences extérieures
Le Liban subit les retombées régionales : tensions avec Israël, soutien iranien au Hezbollah. Les États-Unis et la France pressent pour la 1701, mais sans garanties, les avancées stagnent. Aoun réitère l’attachement à la résolution « sans sélectivité ». Berri dénonce les « intérêts extérieurs », Salam insistant sur la responsabilité.
Mouvements partisans et locaux
Les souverainistes peinent à s’unir, tandis que des initiatives locales à Akkar et Zahlé pressent pour des réformes. Ces dynamiques pourraient influencer la session du 5 septembre.
Perspectives incertaines
La réunion du 5 septembre pourrait marquer un tournant ou une impasse. Sans consensus, le Liban risque une crise accrue. Les appels au dialogue, de Berri à Salam, soulignent les enjeux : « L’armée doit être préservée », « Nul n’est au-dessus de l’État ». Ce débat interroge l’avenir d’un pays au bord du précipice.



