Le 5 septembre 2025, le Liban s’apprête à tenir une session ministérielle décisive sous la houlette du Premier ministre Nawaf Salam. Cette réunion, prévue pour vendredi, vise à aborder un sujet brûlant : le plan de l’armée libanaise pour instaurer un monopole étatique sur les armes, dans un contexte de tensions politiques et sécuritaires persistantes. Le chef du gouvernement, en coordination avec le palais présidentiel de Baabda et le siège de la présidence du Parlement à Ain el-Tineh, ambitionne d’obtenir un consensus unanime sur cette initiative, sans recours à un vote formel. Ce projet, qui s’inscrit dans une volonté de renforcer l’autorité de l’État, intervient dans un climat marqué par des divergences profondes entre les acteurs politiques, notamment avec le « duo chiite » formé par le Hezbollah et le mouvement Amal.
Une session sous haute tension pour un objectif ambitieux
Le Premier ministre Nawaf Salam, figure respectée pour son passé de juriste international et son engagement en faveur de la souveraineté nationale, s’efforce de préparer une session ministérielle « fluide », selon des sources médiatiques. L’objectif principal est de faire adopter un plan élaboré par l’armée libanaise, dirigée par le général Rodolphe Haykal, visant à établir un monopole étatique sur la possession et l’usage des armes. Ce plan s’inscrit dans le prolongement des résolutions de l’ONU, notamment la résolution 1559 de 2004, qui appelle au désarmement de toutes les milices au Liban et à la consolidation de l’autorité de l’État sur l’ensemble de son territoire.
Salam, conscient de la sensibilité du sujet, souhaite éviter toute fracture au sein du gouvernement. « Le Premier ministre préfère que le plan soit approuvé à l’unanimité, sans avoir à recourir à un vote », ont rapporté des sources proches du gouvernement. Cette approche témoigne de la volonté de Salam de préserver une certaine cohésion dans un cabinet déjà marqué par des clivages politiques. Cependant, la participation des ministres affiliés au duo chiite – Hezbollah et Amal – constitue un défi majeur. Ces derniers ont d’ores et déjà annoncé leur présence à la session, mais ils ont clairement indiqué qu’ils ne participeraient pas aux discussions détaillées sur le plan. « Les ministres du duo chiite exprimeront leurs positions de manière claire, sans s’engager dans les détails techniques », ont précisé des rapports médiatiques.
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Le duo chiite impose ses conditions
Le Hezbollah et Amal, qui disposent d’une influence significative au sein du gouvernement et du Parlement, ont cherché à élargir l’ordre du jour de la session pour éviter qu’elle ne se focalise exclusivement sur la question du monopole des armes. Cette demande, perçue comme une manœuvre pour diluer l’attention portée au plan de l’armée, a été acceptée par le président de la République, Joseph Aoun, et le Premier ministre Salam. « Le duo a requis l’ajout de clauses supplémentaires à l’agenda, de sorte que la session ne soit pas uniquement centrée sur le plan de l’armée », ont indiqué des sources informées. Cette concession illustre la complexité des négociations internes au Liban, où chaque décision politique doit naviguer entre des intérêts divergents.
Le Hezbollah, en particulier, reste un acteur central dans ce débat. L’organisation, qui dispose d’un arsenal militaire considérable, a toujours défendu son droit à conserver ses armes, qu’elle considère comme un outil de « résistance » face à Israël. Cette position, ancrée dans son identité politique et militaire, entre en conflit direct avec les objectifs du plan de l’armée, qui vise à centraliser le contrôle des armes sous l’égide de l’État. Des sources proches du Hezbollah ont averti que l’insistance du gouvernement à faire adopter ce plan pourrait « avoir des répercussions négatives sur le niveau de coopération avec le Hezbollah, y compris dans la région au sud du fleuve Litani », où la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) opère aux côtés de l’armée libanaise.
Une rencontre positive entre Salam et Haykal
Malgré ces tensions, Nawaf Salam affiche une détermination sans faille à faire avancer le plan de désarmement. Lors d’une récente rencontre avec le commandant en chef de l’armée, le général Rodolphe Haykal, les deux hommes ont affiché une convergence de vues. « Les positions étaient identiques sur la nécessité de respecter la décision du gouvernement et de la mettre en œuvre », ont rapporté des sources proches du Premier ministre. Cette entente entre le chef du gouvernement et le haut commandement militaire constitue un signal fort de la volonté de l’État de reprendre le contrôle de la situation sécuritaire, dans un pays où les milices armées, et notamment le Hezbollah, ont longtemps opéré en parallèle des forces régulières.
Le général Haykal, qui a pris ses fonctions en 2024, s’est distingué par son engagement à renforcer l’armée libanaise, souvent perçue comme sous-équipée et sous-financée face aux défis sécuritaires. Le plan de monopole des armes, bien que ses détails techniques demeurent confidentiels, prévoirait un renforcement des capacités de l’armée, un contrôle accru des frontières et une coordination avec les forces internationales, notamment la FINUL. Ce projet s’inscrit dans un contexte régional marqué par des tensions croissantes, notamment le long de la frontière sud avec Israël, où des incidents récurrents impliquant le Hezbollah et l’armée israélienne ravivent les craintes d’une escalade.
Les implications régionales : le sud du Liban sous surveillance
La région au sud du fleuve Litani, où le Hezbollah maintient une forte présence militaire, est au cœur des préoccupations internationales. La FINUL, déployée depuis 1978 et renforcée après la guerre de 2006 entre Israël et le Hezbollah, joue un rôle clé dans le maintien de la stabilité dans cette zone. Cependant, la mission onusienne a été confrontée à de multiples défis, notamment des accusations d’inefficacité de la part d’Israël et des tensions avec les populations locales, qui perçoivent parfois la FINUL comme une force d’occupation.
Le 28 août 2025, un incident impliquant un véhicule de la FINUL près de la ville de Naqoura a ravivé les tensions. Selon un communiqué officiel de l’ONU, « un véhicule de la FINUL a été la cible de tirs d’origine inconnue, sans faire de blessés ». Cet événement, bien que mineur, a souligné la fragilité de la situation dans le sud du Liban, où la coexistence entre l’armée libanaise, la FINUL et le Hezbollah reste précaire. Le porte-parole de la FINUL, Andrea Tenenti, a appelé « toutes les parties à respecter le cessez-le-feu et à coopérer pleinement avec les mécanismes de coordination établis ». Cet appel intervient alors que le gouvernement libanais tente de renforcer son autorité dans cette région stratégique.
La question du monopole des armes, si elle est adoptée, pourrait avoir des répercussions directes sur la dynamique dans le sud. Le Hezbollah, qui considère cette région comme un bastion de sa « résistance », pourrait réduire sa coopération avec l’armée libanaise et la FINUL, compromettant ainsi les efforts de stabilisation. Des sources informées ont averti que « l’insistance du gouvernement sur cette décision pourrait compliquer les relations avec le Hezbollah, même dans les zones où une coordination minimale est nécessaire pour éviter une escalade avec Israël ».
Les défis structurels du Liban face à la crise
Au-delà des tensions politiques, le Liban fait face à des défis structurels qui compliquent la mise en œuvre de réformes ambitieuses comme le plan de monopole des armes. Le pays, plongé dans une crise économique sans précédent depuis 2019, souffre d’une instabilité chronique, marquée par une dévaluation de la livre libanaise, une inflation galopante et une détérioration des services publics. L’armée libanaise, bien que perçue comme une institution unificatrice, manque de ressources pour assumer pleinement son rôle de garante de la sécurité nationale.
Dans ce contexte, le plan de désarmement soulève des questions pratiques. Comment l’armée, déjà sous pression, pourrait-elle absorber les armes des milices, notamment celles du Hezbollah, dont l’arsenal est estimé à des dizaines de milliers de roquettes et d’armes sophistiquées ? Quels mécanismes de contrôle seraient mis en place pour garantir la transparence et l’efficacité de ce processus ? Ces interrogations, bien que cruciales, restent pour l’heure sans réponse publique, alimentant les spéculations sur la faisabilité du projet.
Le rôle de la communauté internationale
La communauté internationale, et en particulier les Nations unies, suit de près les développements au Liban. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a réitéré à plusieurs reprises son soutien à la souveraineté libanaise et à l’application des résolutions onusiennes, notamment la 1559 et la 1701, qui établit le cadre du cessez-le-feu entre Israël et le Liban après la guerre de 2006. Dans un discours prononcé le 1er septembre 2025, Guterres a déclaré : « La consolidation de l’autorité de l’État libanais et le désarmement des groupes non étatiques sont essentiels pour garantir une paix durable dans la région. »
La France, acteur historique au Liban, a également exprimé son soutien au renforcement de l’armée libanaise. Lors d’une visite à Beyrouth en juillet 2025, le ministre français des Affaires étrangères a annoncé une aide de 50 millions d’euros pour moderniser les capacités de l’armée, notamment dans le domaine de la logistique et de la formation. Cette aide, bien que symbolique, vise à renforcer la légitimité de l’État face aux milices armées.
Une session ministérielle à l’épreuve des équilibres fragiles
À l’approche de la session du 5 septembre, Nawaf Salam se trouve dans une position délicate. D’un côté, il doit répondre aux attentes de la communauté internationale et d’une partie de la population libanaise, qui aspire à un État fort capable de surmonter les divisions confessionnelles et politiques. De l’autre, il doit composer avec les réalités du pouvoir au Liban, où le Hezbollah et ses alliés exercent une influence déterminante. La décision d’élargir l’ordre du jour de la session, bien qu’elle puisse apaiser certaines tensions, risque de diluer l’impact du plan de l’armée, au grand dam des partisans d’une réforme radicale.
Les prochaines heures seront cruciales pour déterminer si le gouvernement parviendra à trouver un terrain d’entente. La présence des ministres du duo chiite, bien qu’ils se limitent à des déclarations de principe, indique une volonté de maintenir un dialogue, même minimal. Cependant, les avertissements concernant une possible rupture de la coopération dans le sud du Liban rappellent que chaque pas vers la centralisation de l’autorité de l’État pourrait avoir un coût politique et sécuritaire.
Le 5 septembre 2025, les regards seront tournés vers le palais du gouvernement à Beyrouth, où Nawaf Salam tentera de concilier les impératifs de la souveraineté nationale avec les réalités d’un pays fracturé. Les décisions prises lors de cette session pourraient redessiner les contours de la politique libanaise, dans un contexte où la stabilité régionale reste plus que jamais précaire.



