jeudi, février 19, 2026

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Menaces de grève à l’horizon : l’ABL durcit le ton contre le projet de loi bancaire de Nawaf Salam au Liban

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Le 20 décembre 2025, l’Association des banques du Liban (ABL) a intensifié son offensive contre le projet de loi sur la répartition des pertes bancaires, présenté la veille par le Premier ministre Nawaf Salam. Dans un communiqué acerbe, l’ABL a qualifié le texte de « lacunaire » et d’accablant pour les banques commerciales, menaçant implicitement d’une paralysie du secteur via des mesures extrêmes, y compris des fermetures prolongées ou des grèves coordonnées avec les syndicats d’employés. Cette réaction, survenant alors que le Liban tente de sortir d’une crise économique dévastatrice depuis 2019, illustre une opposition systématique qui priorise les intérêts privés des institutions financières au détriment d’une résolution collective. Alors que les déposants attendent depuis six ans un accès à leurs fonds gelés, l’ABL, en brandissant la menace d’une grève générale comme en septembre 2025, risque d’aggraver la précarité d’un système déjà au bord de l’effondrement, soulignant les dysfonctionnements profonds d’un lobby bancaire accusé de prolonger la souffrance nationale pour préserver ses privilèges.

Cette posture de l’ABL n’est pas isolée mais s’inscrit dans une série de résistances aux réformes, où les banques ont souvent utilisé la menace de disruptions opérationnelles pour influencer les décisions gouvernementales. En septembre 2025, l’Union des employés de banque, en étroite coordination avec l’ABL, avait déjà annoncé une grève générale potentielle au 1er octobre, invoquant des litiges sur le contrat collectif de 1974 et des conditions salariales dégradées par la crise. Bien que cette grève n’ait pas fully materialized, elle a servi de levier pour négocier des concessions, démontrant comment l’ABL instrumentalise les tensions sociales pour contrer les initiatives comme celle de Salam. Le projet de loi, qui vise à répartir les pertes estimées à plus de 70 milliards de dollars entre l’État, la Banque du Liban (BdL), les banques et les déposants, impose aux établissements commerciaux une responsabilité accrue, incluant des remboursements en espèces et des mécanismes de bail-in. L’ABL, en rejetant ces mesures, expose une fois de plus son refus de contribuer équitablement à la sortie de crise, préférant blâmer l’État pour les déficits accumulés.

Les contours de la réaction immédiate de l’ABL au projet Salam

Dès le 20 décembre 2025, l’ABL a publié un communiqué officiel critiquant vertement le projet de loi, arguant qu’il contient « de graves lacunes » et qu’il transfère une charge disproportionnée sur les banques commerciales. Selon l’association, le texte ignore les réalités opérationnelles du secteur, notamment les pertes déjà absorbées par les institutions depuis 2019, et risque de précipiter une vague de faillites. Cette critique, relayée par des médias locaux, s’accompagne d’une menace voilée de grève, évoquant les précédents de fermetures prolongées comme en novembre 2019, lorsque les banques avaient suspendu leurs opérations pour « raisons de sécurité » au milieu des manifestations populaires. En 2025, cette stratégie s’est répétée : en juillet, l’ABL avait prolongé une grève partielle pour protester contre des audits judiciaires, paralysant les retraits et exacerbant la liquidité précaire des citoyens.

Le président de l’ABL, Salim Sfeir, a déclaré dans une interview accordée à une chaîne libanaise le 21 décembre que « le projet de Salam met en péril la stabilité du secteur sans proposer de solutions viables pour la recapitalisation ». Cette déclaration masque toutefois une réalité : les banques, via l’ABL, ont bloqué depuis des mois toute avancée sur les réformes exigées par le FMI, préférant des négociations bilatérales avec la BdL sur 80 milliards de dollars de créances. En octobre 2025, l’ABL avait publié un rapport mensuel intitulé « Quand la vérité est effacée de la loi », dénonçant les amendements proposés au projet de restructuration, qu’elle accusait de violer la souveraineté des institutions privées. Cette rhétorique, sous couvert de défense de la « souveraineté économique », cache une défense acharnée d’intérêts privés, comme l’ont noté des observateurs indépendants.

Les menaces de grève, bien que non explicitement formulées dans le communiqué du 20 décembre, transparaissent à travers les appels à une « mobilisation collective » du secteur. L’Union des employés de banque, souvent alignée sur l’ABL, a réitéré le 22 décembre son soutien à cette opposition, rappelant l’ultimatum de septembre 2025 où une grève générale avait été brandie pour forcer des négociations sur les salaires et les conditions de travail. À l’époque, Georges El Haj, président de l’Union, avait déclaré : « Les banques ne peuvent pas effacer nos acquis pour masquer leurs erreurs ; cette grève est un droit garanti par l’article 20 du Code du travail ». Cette convergence d’intérêts entre employeurs et employés, rare en temps normal, révèle comment l’ABL utilise les tensions syndicales pour amplifier sa pression sur le gouvernement Salam, formé en février 2025.

Une opposition historique ancrée dans la protection des privilèges bancaires

L’opposition de l’ABL au plan Salam s’inscrit dans une pattern de résistance aux réformes qui remonte au début de la crise en 2019. Depuis lors, l’association a rejeté successivement les plans de récupération gouvernementaux, comme celui de 2022, jugé « trop punitif » pour les banques. En 2025, cette stance s’est durcie : en mars, l’ABL a contesté la levée partielle du secret bancaire adoptée par le Parlement en juillet, arguant qu’elle exposait les institutions à des poursuites judiciaires injustes. Des audits forensiques, accélérés par cette mesure, ont révélé des irrégularités dans plusieurs banques, incluant des transferts suspects avant l’effondrement, estimés à des dizaines de milliards de dollars. Pourtant, l’ABL a ralenti ces processus en invoquant des contraintes techniques, prolongeant ainsi l’impunité pour les actionnaires impliqués.

Cette opposition est critiquée pour son hypocrisie : les banques, qui ont investi massivement dans la dette publique avant 2019, ont contribué activement à la bulle financière qui a éclaté. Un rapport de l’American University of Beirut (AUB) publié en octobre 2025 estime les pertes du secteur à 72 milliards de dollars, liées à une exposition excessive aux obligations d’État. Au lieu de provisionner pour ces risques, les établissements ont distribué des dividendes substantiels entre 2015 et 2019, ignorant les avertissements sur l’insolvabilité imminente. Nassib Ghobril, économiste en chef à la Byblos Bank, a admis en septembre 2025 que le secteur souffrait d’une « crise systémique », mais l’ABL continue de blâmer l’État, refusant toute forme de bail-in qui effacerait les capitaux des actionnaires.

Les menaces de grève amplifient cette critique. En septembre 2025, l’Union des employés a accusé l’ABL de « politique de la chaise vide » lors des négociations au ministère du Travail, visant à reporter un accord sur le contrat collectif au-delà du 1er octobre. Bassil, représentant syndical, a dénoncé une tentative de « justifier une fermeture prolongée des guichets », similaire à 2019. Avec des réserves nettes en devises de la BdL à 3,5 milliards de dollars en septembre 2025, et seulement 11 milliards disponibles sur 88,7 milliards de dépôts, une grève coordonnée par l’ABL priverait 4 millions de Libanais de services essentiels, aggravant la pauvreté qui touche 80 % de la population selon la Banque mondiale en octobre 2025.

Les implications sociales et économiques d’une grève potentielle

Une grève menée sous l’égide de l’ABL aurait des répercussions immédiates sur l’économie libanaise, déjà fragilisée par les conflits régionaux. En 2024, les tensions avec Israël ont causé des dommages estimés à 14 milliards de dollars, impactant directement les actifs bancaires au sud du pays. En décembre 2025, avec l’inflation persistante et une livre libanaise à 90 000 pour un dollar au marché noir, une paralysie bancaire prolongerait les files d’attente aux guichets et favoriserait l’économie parallèle, propice au blanchiment et aux trafics. Les petits déposants, prioritaires dans le plan Salam avec des remboursements sur quatre ans pour les comptes inférieurs à 100 000 dollars, verraient leurs espoirs anéantis par une telle disruption.

Cette menace est d’autant plus critiquable que l’ABL ignore les voix dissidentes au sein du secteur. En novembre 2025, des économistes comme Frederico Lima du FMI ont averti que sans alignement sur les normes internationales, le secteur bancaire risquait une isolation totale. Pourtant, l’ABL persiste dans son rapport de septembre 2025, intitulé « Une crise systémique : de la reconnaissance à l’action », à exiger une intervention étatique massive sans concessions de sa part. Cette attitude protectionniste, influencée par les structures de propriété souvent liées à des familles influentes, menace la consolidation prévue par le plan Salam, qui envisage des fusions et l’octroi de cinq nouvelles licences bancaires pour des capitaux minimaux de 200 millions de dollars.

Les associations de déposants, comme celle présidée par un groupe d’avocats en décembre 2025, ont pris position contre l’ABL, accusant les banques de transférer les pertes aux épargnants. Début 2025, un projet de loi proposé par des députés indépendants interdisait toute altération des dépôts en dollars sans consentement, une mesure que l’ABL a combattue vigoureusement. Cette opposition prolonge l’incertitude, entravant les négociations avec le FMI pour une aide conditionnée à des réformes crédibles.

Les intersections politiques et confessionnelles dans l’opposition de l’ABL

L’opposition de l’ABL n’est pas dénuée d’enjeux politiques. Le secteur bancaire libanais, dominé par des institutions comme Bank Audi et Blom Bank, est souvent entrelacé avec des réseaux confessionnels : sunnites à Tripoli, chiites au sud. En 2025, des ministres influencés par ces lobbies, comme ceux issus de coalitions sunnites ou chiites, ont exprimé des réserves lors des débats au cabinet sur le projet Salam. Le 22 décembre, des sources gouvernementales ont révélé des tensions, avec des amendements potentiels sous pression de l’ABL, risquant de diluer l’efficacité du texte.

Cette dimension politique critique l’ABL pour son lobbying intense auprès des parlementaires, prolongeant les divisions confessionnelles qui bloquent les réformes. En juillet 2025, la procureure Ghada Aoun a vilipendé publiquement le projet de loi, arguant qu’il protégeait les banques au détriment des déposants, une accusation que l’ABL a réfutée en invoquant la « souveraineté ». Pourtant, des rapports comme celui de l’AUB en octobre soulignent le dilemme : sauver les banquiers ou protéger les déposants, un choix que l’ABL oriente systématiquement vers le premier.

Les défis opérationnels exacerbés par les menaces de l’ABL

En fin d’année 2025, les banques libanaises opèrent avec des bilans critiques : pertes nettes à 64 billions de livres, capitaux propres fondus de 50 % depuis 2019. L’ABL, en menaçant de grève, expose ces vulnérabilités, avec des prêts non performants à 30 % des portefeuilles et une focalisation accrue sur le crédit privé plutôt que la dette publique. Une grève, comme celle prolongée en 2023, forcerait les établissements à opérer avec des réserves minimales, aggravant la contraction du crédit et le chômage.

Les transferts évadés avant 2019, ciblés par le clawback du plan Salam, restent un point de friction. L’ABL conteste cette mesure rétroactive, alors qu’elle vise à récupérer des actifs pour financer les remboursements. Des audits en cours ont identifié des irrégularités, renforçant les critiques sur la gouvernance des banques. Dans ce contexte, les implications immédiates incluent une unification retardée des taux de change, alignée sur les recommandations du FMI d’ici 2026.

Les détails des bilans révèlent l’ampleur : 40 billions de livres en prêts non performants, avec une soixantaine de banques en difficulté. L’opposition de l’ABL à la consolidation, qui réduirait le nombre d’établissements à une vingtaine viable, protège les structures existantes mais entrave la reprise. En décembre 2025, des manifestations sporadiques à Beyrouth dénoncent cette stance, appelant à une responsabilisation des banques pour les pertes accumulées.

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