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Naim Kassem recentre la ligne du Hezbollah : discours d’autorité à haute portée politique

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Contexte et moment du discours

Le secrétaire général du Hezbollah, Naim Kassem, a prononcé un discours public le 25 mai 2025 à l’occasion de la commémoration de la fête de la Résistance et de la Libération. Ce discours intervient dans un moment politique marqué par une recomposition partielle du paysage électoral local, des tensions frontalières persistantes au sud du Liban, et une dynamique régionale dominée par les négociations indirectes entre puissances rivales. L’événement a rassemblé les cadres du parti, des délégations d’organisations alliées et plusieurs personnalités locales du Sud.

En toile de fond, les derniers scrutins municipaux ont renforcé les positions du Hezbollah et de son allié Amal dans plusieurs municipalités du Sud, confirmant leur ancrage électoral dans une conjoncture sécuritaire toujours fragile. Naim Kassem a saisi l’occasion pour adresser un message à la fois de mobilisation interne et de positionnement régional, à la veille de potentielles tractations diplomatiques autour de dossiers sensibles.

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Message central : la souveraineté défendue par la résistance

Au cœur du discours figure l’argumentaire récurrent sur la « défense de la souveraineté » nationale par la résistance armée. Naim Kassem a rappelé que « la libération du 25 mai n’aurait pas été possible sans le sacrifice des moudjahidines », affirmant que « la seule voie pour préserver le Liban de l’ennemi sioniste reste la vigilance de la résistance ». Cette déclaration réaffirme un paradigme selon lequel l’appareil militaire non étatique constitue le principal rempart contre l’agression israélienne.

Le secrétaire général a souligné que « la souveraineté ne se négocie pas sur les tables internationales mais se défend sur le terrain », une formule qui vise explicitement les milieux politiques favorables à un désarmement progressif de la milice chiite au profit d’une armée centralisée. Ce passage du discours fait écho aux débats internes sur la stratégie sécuritaire du Liban, dans lesquels le Hezbollah s’oppose à toute initiative visant à remettre en cause sa capacité militaire indépendante.

Il a également affirmé que « la Résistance n’est pas une milice, mais une institution de défense nationale née de l’inaction des gouvernements successifs », défendant son organisation comme partie intégrante du tissu national, et non comme un corps séparé ou confessionnel.

La dénonciation des interférences étrangères : Washington et Tel-Aviv ciblés

L’un des axes majeurs du discours de Naim Kassem réside dans la critique appuyée des ingérences extérieures, en particulier celles des États-Unis et d’Israël. Il a dénoncé « l’hypocrisie de ceux qui prétendent soutenir la souveraineté libanaise tout en imposant des sanctions contre notre peuple et notre économie », pointant nommément l’administration américaine.

Le discours relie directement la crise économique actuelle aux « politiques d’asphyxie décidées à Washington » et à l’alignement de certaines factions libanaises sur des agendas étrangers. Cette rhétorique vise à délégitimer toute tentative de remise en cause du rôle militaire du Hezbollah en l’associant à des volontés étrangères.

Concernant Israël, Naim Kassem a insisté sur le fait que « l’ennemi n’a jamais cessé ses violations de notre espace aérien et de notre souveraineté », réitérant que « seule une résistance forte et prête peut lui imposer des limites ». Cette posture militaire s’inscrit dans une continuité doctrinale mais gagne en intensité dans un contexte où les tensions à la frontière sud se sont accrues ces derniers mois.

Une main tendue sous conditions à l’État libanais

Si le ton du discours était ferme vis-à-vis des acteurs étrangers et des formations politiques rivales, Naim Kassem a néanmoins envoyé un signal de coopération vers les institutions étatiques. Il a affirmé que « la Résistance agit toujours en coordination avec l’armée libanaise lorsqu’il s’agit de défendre le pays », reprenant la ligne classique du Hezbollah sur la « complémentarité » entre les forces régulières et ses propres unités.

Cependant, cette main tendue s’accompagne de conditions strictes. Le Hezbollah refuse toute participation à un dialogue politique national qui inclurait, selon lui, une « remise en cause préalable du droit de résistance ». Kassem a précisé que « nous sommes prêts à discuter de tout, sauf de l’essence même de notre mission défensive ».

Ce positionnement reflète la volonté de maintenir une double image : celle d’un mouvement enraciné dans le système politique national, et celle d’un acteur qui se réserve le droit de l’action militaire autonome. Ce double discours permet de conserver un espace de manœuvre en évitant une marginalisation tout en consolidant sa légitimité parmi ses partisans.

Discours à usage interne et externe : calculs et effets attendus

L’intervention de Naim Kassem avait clairement pour objectif de réaffirmer le leadership idéologique et stratégique du Hezbollah au sein de son électorat, mais aussi de délivrer des messages codés à ses partenaires et adversaires régionaux. Sur le plan interne, le discours a été perçu comme une opération de remobilisation après des mois de critiques sur la gestion sociale et économique des zones d’influence du parti.

Le ton martial adopté vise à resserrer les rangs à l’approche d’échéances politiques futures, en particulier l’élection présidentielle et les débats sur les grandes orientations diplomatiques du Liban. La volonté de positionner le Hezbollah comme une force de continuité dans un État instable est manifeste.

Au niveau régional, le discours s’adresse à Israël mais aussi indirectement à l’Iran, dans une logique d’alignement sans soumission. En réaffirmant sa posture de résistance indépendante, Naim Kassem cherche à rassurer ses alliés sur sa fiabilité, tout en montrant à ses opposants qu’aucun affaiblissement stratégique n’est envisageable.

À l’international, le discours vise à rappeler que toute négociation sur le Liban, qu’il s’agisse de frontières, de ressources naturelles ou de réformes institutionnelles, devra compter avec le Hezbollah. C’est un message implicite adressé aux chancelleries occidentales, aux Nations Unies, et aux médiateurs régionaux.

Dans les heures qui ont suivi son intervention, peu de réactions officielles sont venues des autres formations politiques libanaises. Cette relative prudence illustre à la fois la crainte de provoquer un affrontement direct et la reconnaissance implicite du poids qu’exerce toujours Naim Kassem dans l’échiquier politique et sécuritaire du Liban.

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Newsdesk Libnanews
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